Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

19 novembre 2007    Cinéma   

Publié par Luc Montessinos

Kaïro

Compte-rendu du film de Kiyoshi Kurosawa réalisé par les étudiants du groupe E des années 1 2007/2008, suite à la projection au Cinématographe le lundi 5 novembre 2007.

Présentation

Présentation de l’œuvre et de l’auteur

Kiyoshi Kurosawa est né au Japon en 1955. Etudiant en sociologie, il commence à réaliser des films. Il travaille ensuite comme assistant réalisateur et fait ses débuts derrière la caméra en 1983 avec le film Kandagawa Wars. Son premier grand succès est obtenu avec Cure en 1997, il lui amène une renommée internationale. En 1999, son long métrage Charisma est sélectionné à la quinzaine des réalisateurs, à Cannes.

Kaïro est un long-métrage d’angoisse, réalisé en 2001 par K. Kurosawa. « Le nom de ce film signifie circuit électronique, comme dispositif se mettant en marche sans l’intervention de l’homme. » (Allociné) Il a été présenté au Festival de Cannes dans la catégorie « Un certain Regard », où il a obtenu le prix de la Critique international. « Le jury a souligné la vision originale du danger virtuel des ordinateurs » (Allociné). Dans ce film, K. Kurosawa se charge de la mise en scène, du scénario et des dialogues. Le producteur est Shun Shimizu. Junichiro Hayashi s’occupe de l’image, Takefumi Haketa de la musique, Makio Ika est ingénieur du son, Jinichi Kikuchi monte le film et Tomoyuki Maruo réalise les décors. Meicho Tomiyama travaille sur l’éclairage et Shuji Asano sur les effets spéciaux. Des rôles tous aussi importants pour la confection de ce film.

Synopsis : un jeune informaticien est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. Le virus se propage à travers les réseaux informatiques. (cinéclubdecaen.fr)

« Ce film appartient à une tradition et à un genre connu sous le nom de « yurei eiga ». Cette tradition est mise à l’honneur dans les films des années 1956-60. Les histoires racontées s’inspiraient de contes fantastiques chinois connus au Japon sous le nom de « Kwaidan » (histoires de fantômes) » (Allociné). Ces contes mettent en scène des spectres, souvent une femme, défigurée avec de longs cheveux noirs, vêtue de blanc et qui flotte dans les airs.

Siner Morgane
Rosello Laure
Piriou Marion
Robion Tiphaine
Plévin Anne-Hélène

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Une trame peu conventionelle

Auteur très productif, Kiyoshi Kurosawa est considéré comme un des meilleurs représentants de la nouvelle génération de cinéastes japonais. Kaïro est un scénario original malgré quelques ressemblances avec « Ring»  de Hideo Nakata. En effet, les deux auteurs ont décidé de traiter de manière différente leur projet commun: faire un film sur les esprits. Ce film a aussi fait l’objet d’une adaptation américaine, « Pulse»  de Jim Sonzero.

Kaïro s’inscrit dans le registre de l’épouvante, mais ce qui le différencie des autres longs métrages de ce type, c’est son intrigue présente d’un bout à l’autre du scénario. Intrigue diffcilement définissable, ce qui la rend si angoissante. Elle est ponctuée par des dialogues parfois étranges, mais très concis et précis qui aident à la compréhension du film et à décrire le tissu social qui unit les personnages. Par ailleurs, on constate d’étonnantes absences de dialogues dans certaines scènes. Absences due au fait que Kurosawa se sert de tous les outils dont il dispose, c’est à dire l’image et le son, pour retranscrire les ambiances qu’il veut faire passer. De plus, on observe souvent une forme de discours réthorique. Par ce biais, Kurosawa nous aide à cerner au mieux le profil des personnages.
Ces derniers sont d’ailleurs tous des jeunes tokioïtes sans rapports familiaux ni sociaux apparents, tous issus de la dernière génération fortement confrontée aux nouvelles technologies. On distingue deux types de personnages: ceux qui, comme Harué, ne font plus confiance aux gens, et compensent leur solitude par leur profession. Où ceux qui, comme Michi, croient davantage aux rapports humains et sont moins matérialistes.

Ces personnages évoluent dans un univers inquiétant où les rues sont vides et dégradées, les pièces sont sombres et sans vie, même l’océan paraît mort. Ces décors sinistres procurent une forte impression d’isolement, également renforcée par certains passages du film, comme le suicide de la femme dans la rue ou le journal télévisé qui énumère les disparus. Ce sont les seuls moments ou l’on s’apperçoit que le phénomène ne touche pas que les personnages du film, ce qui nous conforte dans un fort sentiment d’impuissance. A l’inverse, le début du film avec la disparition de Taguchi ne laisse pas présager des événements d’une telle ampleur.
Kaïro n’est donc pas un film au scénario conventionel. Kurosawa fait tout pour que l’on s’identifie au mieux aux personnages, grâce notament au phénomène universel qu’est internet. En ne donnant que les grandes lignes du récit, il nous fait activement participer a son oeuvre.

VAUGRANTE Guillaume
SOURICE Marion
TUAL Charline
POTIER Antoine
TAM Simon

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Distanciation et interprétation calculée

Les acteurs jouant les rôles principaux dans le film de Kiyoshi Kurosawa, Kaïro, sont Haruhiko Kato pour Kawashima, Kumiko Aso pour Michi, Koyuki pour Harué, Kurume Arisaka pour Junko et Masatoshi Matsuo pour Yabé. La plupart de ces acteurs n’avaient jamais joué auparavant, seul Koyuki est connue. Elle jouera notamment plus tard dans Le dernier samouraïd’Edward Zwick en 2004. Aucun d’entre eux n’avait déjà travaillé avec ce réalisateur.
Kurosawa a su donner un style particulier à ses personnages, notamment dans l’interprétation des rôles. En effet, les dialogues sont rares, et la diction très lente, sans doute pour accentuer le suspense des scènes tragiques. Ce manque de dialogue est comblé par une caricature des mouvements, de la gestuelle et de l’expression. L’acteur se voit très limité dans son jeu de par la pauvreté de son texte. Il doit donc en très peu de mots, faire comprendre aux spectateurs ce qu’il éprouve. Il est bon de noter que le spectateur ne connaît ni l’histoire des personnages, ni leur personnalité. Ainsi en caricaturant leurs gestes, nous pouvons directement cerner leur mentalité, leurs sentiments.

Cet aspect caricatural nous enlève l’idée d’une possible réalité, ainsi nous sommes surpris car il nous est impossible de nous identifier aux personnages et encore moins nous placer dans la situation dans laquelle ils sont. En exagérant les gestes, les émotions, le réalisateur souhaite faire passer son message qui dénonce les risques d’asociabilité liée à l’utilisation abusive de l’informatique.

Les acteurs sont aussi très limités dans leur jeu, de par l’organisation de l’espace. Les mouvements étant déjà calculés par le réalisateur, la gestuelle est bien souvent très mécanique et prévisibles. De plus contrairement à certains films à grands frissons, ici c’est la caméra qui guide le déplacement des acteurs. En effet il arrive fréquemment dans le film, que la caméra change de pièce avant même que l’acteur y soit entré. Les déplacements sont donc anticipés, les personnages ne font que suivre les mouvements qu’elle impose, comme, par exemple, pour la découverte du premier corps.
Enfin, nous pouvons dire que le manque de liberté laissée aux acteurs, cette certaine aliénation vis à vis du texte, par rapport à la structure de l’espace et à la caméra, les obligent à caricaturer leurs gestes et propos afin de faire comprendre rapidement aux spectateurs la portée de leurs pensées. La caricature ici, étant poussée à son paroxysme, le spectateur a vraiment du mal à s’identifier aux personnes, et ne parvient pas à les cerner (en raison du manque de discours). Nous sommes donc face à une distanciation, le spectateur étant confronté à son propre choix critique.

VINET Pierre
SORIN Adrien
SOLIER Valentin
VERBRAKEL Germain
VINCENT Marion

montage

Prises de vue à la manière Kurosawa

Le film de Kiyoshi Kurosawa, Kaïro, est très particulier du point de vue de sa réalisation : sa manière de filmer (angles de vues, cadrages, netteté…) donne une atmosphère très pesante au film. On peut même ajouter que c’est sur le montage et le cadrage que repose l’ambiance du film. Un montage et des prises de vues différentes n’auraient pas donné le même rendu, et donc certainement pas un film aussi abouti du point de vue esthétique et plastique.

Ce n’est qu’après re-visionnage du film que l’on prend réellement conscience de l’importance du travail effectué sur les prises de vue et le montage. Ainsi dans ce film on peut avoir des passages où les plans sont filmés avec une caméra fixe, très pesants et durant jusqu’à plusieurs minutes, puis des images quasiment subliminales que sont les écrans d’ordinateurs, où l’on a une scène dans la scène (pas d’images directes des écrans, mais uniquement des images d’écrans filmés).

Cette ambiance pesante est également due au rythme du film qui est dans l’ensemble assez lent, ceci étant amplifié par des mouvements de caméra d’une très grande lenteur. Les seuls vrais mouvements de caméra surviennent lorsque l’on suit un des personnages principaux dans son déplacement, mais ce n’est pas systématique car la plupart du temps nous retrouvons des plans fixes plus ou moins éloignés selon les trajets.
Tous ces mouvements de caméra fonctionnent presque toujours avec des cadrages larges. On se retrouve donc souvent à l’extérieur de la scène (à travers des vitres ou des bâches plastiques), plus particulièrement lors des discussions entre les personnages, et il n’y a de gros plans que lorsque l’on nous montre des images d’écrans d’ordinateurs, et parfois aussi pour les fantômes.

On retrouve beaucoup ce type d’ambiance et de cadrages dans le cinéma d’épouvante (ou d’horreur) Japonais, avec par exemple la série des « The Ring ». On retrouve ainsi les mêmes plans larges, avec une esthétique très froide, des mouvements de caméra très lents, très peu de dialogues, une musique pesante placée à des moments précis, ce qui plonge le spectateur dans une ambiance très particulière.

Mathieu PICHAUD
Jules RATTIER
Jimmy REVZIN
Benjamin RIOT
Ivan RODRIGUEZ

Kaïro5

Un univers angoissant

Pour planter le scénario de Kaïro, Kiyoshi Kurosawa place ses personnages dans la ville de Tokyo. Les endroits fréquentés sont tous réalistes, les personnages évoluent dans les espaces tels que la serre, l’usine, les différents appartements, la salle informatique de l’école de Michi… Selon les pièces où nous sommes, le décor n’est pas toujours pareil.
Il y a dans un premier temps les espaces de vie, habités. On y remarque une multitude d’objets, d’instruments, de détails de la vie quotidienne. Les couleurs restent assez chaleureuses principalement dans les appartements et la bibliothèque. Un objet revient tout particulièrement, l’écran. En effet, il sert de lien entre les deux « mondes» .
Dans un deuxième temps, il y a les espaces inhabités, clos et inquiétants.Les murs sont vides, seuls quelques éléments persistent. Ces lieux sont délimités par des portes condamnées avec du ruban adhésif de couleur rouge.

Au point de vue de l’éclairage, en général celui-ci se fait discret, fade tout en nuances de gris, sans jamais révéler de chaleur. On peut ici aussi ditinguer deux aspects. Quand il y a de la vie, du mouvement, la lumière est naturelle et diffuse. Elle reste fixe même si la caméra se déplace autour d’un axe central. Tandis que là où la vie se fait rare, l’éclairage est artificiel, naît de sources cachées. Par exemple, quand Kawashima se retrouve dans l’usine pour remplir un bidon d’essence, il atterrit ensuite dans une pièce fermée où la lumière n’est pas censée entrer, pourtant, on y voit clair. Il existe aussi une sorte de jeu dans le fait que la lumière soit éteinte ou allumée. Effectivement, l’apparition et la disparition des spectres s’effectue par ce biais. Nous pouvons donc constater que la lumière accentue l’ambiance, les sensations et les actions des personnages.

De la même manière, le son amplifie les effets de peur ou de calme.
D’un côté il y a la musique, à la fois assez neutre par les instruments utilisés, et très excentrique de par ses nuances, rythmes et sonorités partagées entre notes très basses et très aigues. L’action s’en trouve ralentie en l’absence de percussions et donc de rythmes qui fasse référence à l’évolution des spectres dans l’espace. D’un autre côté, lorsque les personnages vivants sont présents, ceux-ci parlent peu et donc dégagent peu de présence. Les actions qu’ils effectuent, de même que le fond sonore, se font très peu entendre, ne sont pas intensifiés. Tout au long du film, les sons s’alternent avec des silences. Effectivement, ces silences renforcent les sensations de peur, de frayeur.

ROBERT Eva
ROCHER Chloé
TESSIER Matthieu
VERGNAUD Guillaume
VERON Quentin
technologie

Les nouvelles technologies et leurs conséquences sur les relations humaines

Kaïro, film de Kurosawa, a été réalisé en 2001. Pour comprendre la place de la technologie dans le film, il revient d’expliquer le contexte historique du Japon à cette époque. En 2001, Internet commence à faire son apparition dans la vie de tous les jours. Internet est alors considéré comme une révolution culturelle et sociale. Il permet de collecter et de réunir l’information mais aussi de communiquer à l’échelle mondiale. Cela n’a jamais été envisagé auparavant. Par la suite, le monde commence à s’interroger sur ses dérives possibles. Internet attire, mais inquiète. Ce film s’inscrit donc dans une réalité quotidienne.
Le titre Kaïro est plus qu’évocateur. Traduisible par « Réseau / Circuit » (ensemble d’ordinateurs ou de terminaux interconnectés par des télécommunications généralement permanentes) il évoque d’abord l’idée de lien, de communication mais aussi celle de transmission. Réseau fait donc ici référence à la « toile » internet qui est le support de propagation des spectres et, par conséquent, de la mort. C’est une diffusion efficace, rapide, et inévitable. On peut faire le parallèle avec un virus informatique qui ravage tout sans que rien ne puisse le stopper. Cette idée de virus informatique est renforcée par la disquette à l’origine de la propagation des morts.

Kaïro dénonce la société japonaise. Il critique une manière de vivre dans la société moderne et l’isolement causé par Internet. Le réalisateur ne se contente pas de nous montrer une simple histoire de fantômes. Il est question, en réalité, d’une critique plus ou moins ouverte, sur Internet et la technologie en général et des conséquences que ces différents objets peuvent avoir sur notre comportement au sein d’une société. Cette solitude créée par Internet touche particulièrement les jeunes, car c’est eux qui vont être le plus sensibilisés à tout ce qui est « high-tech ». On pense aux Otaku, passionnés monomaniaques, qui passent leurs journées seuls et isolés devant leur ordinateur. Dans le film, les personnes les plus intéressées et fascinées par Internet sont les premières à disparaître. L’informatique et Internet ont tendance à nous enfermer dans un monde irréel. Cette idée de réel/irréel est reprise par les images du film. La vie réelle est filmée telle quelle alors que l’irréel, le monde des spectres, est flou et pixellisé. La critique de la technologie passe aussi par le téléphone. Pareillement à Internet, le téléphone portable est porteur de la mort. Les « contaminés » communiquent avec les vivants avec cet appareil.

Le thème du film est repris par l’image des particules se déplaçant sur l’écran. Lorsqu’elles sont proches, elles se détruisent et lorsqu’elles s’éloignent, elles tendent à se rapprocher. C’est une métaphore des relations sociales : les rencontres, les ruptures… Elles illustrent les rapports avec autrui. On peut aussi voir une critique de la technologie passant par une référence à la puissance destructrice de l’arme atomique. Les japonais disparaissent en cendre et laissent les traces de leur silhouette sur les murs. Cela rappelle l’évènement à Hiroshima lors de l’explosion de la bombe atomique. Kaïro n’est pas une critique féroce et contestataire sur les dérives de la technologie. Ce film parle de la communication, renforcée par l’omniprésence des nouvelles technologies. Il veut faire prendre conscience de l’aliénation de l’homme et de la déshumanisation des rapports. Il met en garde contre l’utilité des médias, qui sont pratiques, mais qui ne permettent pas une réelle communication : « La mort est une chose cachée dans une grande ville comme Tokyo ou Paris, les nouvelles technologies essaient de nous faire croire à l’immortalité » Kurosawa.

Gabrielle Prévost
Pierre-Antoine Reymond
Abigail Potié
Guillaume Tilly
Julia Quancard

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Tags: Cinéma

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