Compte-rendu réalisé par des étudiants des années 1 2008/2009, suite à la représentation de la pièce d’Edouardo De Fillipo “La Grande Magie” au Grand T le 8 octobre 2008.
(Illustration : ALBERT Philomène - AILLOUD Blandine - ABILLARD Céline - PUJOL Loris - ROYER Benjamin)
Présentation
KOSTAR: La Grande Magie a été écrite en 1948 par Edouardo De Fillipo; pouvez-vous nous en dire davantage sur cet auteur?
Fabienne Pascaud : Édouardo de Filippo est né au tout début du 20ème siècle à Naples. Il s’est tout de suite orienté vers une carrière d’auteur dramatique et oscille entre le métier d’acteur et de metteur en scène. Ses inspirations évoluent selon deux grandes époques, l’avant guerre durant laquelle il écrit 17 comédies, et finira dans un registre mélodramatique avec 24 pièces rédigés après la seconde guerre mondiale. Certaines personnes le comparent même à Molière…
KOSTAR: Qu’en est-il de son œuvre?
Fabienne Pascaud : Edouardo De Filippo portait beaucoup d’attention à la société contemporaine italienne et à tous les différents types d’arts et principalement la magie. Avec cette pièce, il a voulu démontrer que la vie est un jeu et que la magie – ou autrement dit l’illusion – permettait de pallier à la dureté de la vie. Pour lui, la vie a besoin d’illusion, d’où l’envie d’inclure de la magie dans sa pièce de théâtre. Le ton passe du burlesque au mélodramatique ce qui permet un jeu d’acteurs souvent impressionnant.
KOSTAR: 1948, le contexte d’écriture est très particulier n’est-ce pas?
Fabienne Pascaud : Oui, on est à la fin de la guerre, l’Italie se reconstruit, le pays est plongé dans la misère, Edouardo de Filippo en profite, notamment dans la Grande Magie, pour critiquer la société dans laquelle il évolue, il dénonce les vices et les incertitudes qu’il perçoit dans ses relations.
KOSTAR: Pour autant, cette pièce est intemporelle puisque Laurent Laffargue la reprend 50 ans plus tard.
Fabienne Pascaud: Tout à fait, Laurent Laffargue effectue un travail formidable, il parvient à mettre en scène cette pièce sans donner d’indications sur le contexte, le décor est très moderne, et traduit exactement l’ambiance qui ressort de l’intrigue. Laurent Laffargue est relativement jeune, presque 40 ans, et pour autant se définit lui-même comme « vieux jeune metteur en scène ». On lui doit d’ailleurs beaucoup de représentations, et parmi elles, une lauréates, Terminus de D. Keen en 2002, qui lui value le prix Jean-Jacques Gautier.
KOSTAR: Pourriez vous nous renseigner sur le métier de metteur en scène en quelques mots?
Fabienne Pascaud: Le metteur en scène est chargé d’interpréter la production de l’auteur… que ce soit le texte, les décors, les acteurs, les costumes, la lumière, et le son. C’est à travers ces éléments que le métier de metteur en scène prend tout son sens. Il lui faut distribuer les rôles, intervenir auprès des équipes de productions et assurer les répétitions. Le metteur en scène va s’imprégner de la pièce dans ses moindres détails, et parvenir à transmettre les intentions de l’auteur grâce à sa propre interprétation et vision de la pièce. Un autre grand aspect du metteur en scène est de cerner les caractères des personnages, moraux et physiques afin de calquer au mieux un acteur sur un personnage.
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KEN BRECHET – FRANTZ BROUGERE – GWENDOLINE ALIAUME – CLAIRE CHESNIN – LUCAS BRICENO
TEXTE
L’histoire débute dans un hôtel touristique, au bord de la mer. Les personnages sont en vacances et passent la quasi-totalité de leurs journées à lézarder au soleil, sur la plage. On y ressent presque de l’ennui. Leur principale activité est donc de commérer entre eux, sur tout ce qui se passe à l’hôtel. Le sujet favori de l’été est un couple : Martha et Calogero Di Spelta, une très belle créature et un jaloux, possessif, aigris et paranoïaque. Ils s’amusent de leur situation étouffante en faisant remarquer au spectateur à quel point Martha n’est pas heureuse. On comprend alors pourquoi cette dernière entame une liaison, avec un jeune photographe présent à l’hôtel.
Les choses tournent lors d’une représentation de magie à l’hôtel par Otto Marvuglia, un illusionniste raté, malhonnête, manipulateur et escroc, qui se dévoile au fil de l’histoire comme étant quelqu’un de sensible mais maladroit avec les autres, comme nous le montre la situation dans laquelle il s’est embarqué avec Calogero ! Au départ pour de l’argent, il se rend contre son gré complice de la fuite de la femme et de l’amant et va ainsi devoir faire croire au mari inquisiteur que rien n’est réalité et que tout se passe dans sa tête, le temps d’un tour de magie… Le mari va donc croire que sa femme se trouve dans une petite boîte, et qu’il ne tient qu’à lui de l’ouvrir pour la retrouver, à la condition qu’il ait éperdument confiance en elle, sinon, elle ne réapparaîtra pas. Se prenant réellement au jeu, il ne l’ouvrira jamais !
Ainsi, le magicien perd tout contrôle de la situation et laisse le mari se complaire dans une certaine « folie lucide» (expression de Laurent Laffargue), refusant de croire que sa femme l’a quitté. Après quatre années d’illusion, Calogero est persuadé de la réalité de ce jeu, monté de toute pièce par le magicien, et il en devient le maître. Lorsque sa femme revient auprès de lui, il refuse de la reconnaître car, n’ayant pas encore ouvert la boîte, il croit à la supercherie. Décidant de ne plus jamais ouvrir cette boîte qui symbolise le retour à la réalité, il montre son « choix » de vivre désormais uniquement dans l’illusion…
Ainsi, la clé et l’enjeu principal de la pièce est cette fameuse boîte, qui va parvenir à faire plonger Calogero dans la folie : tout se passe à cause du fait que Calogero ne sait pas s’il doit l’ouvrir ou pas. Elle est donc la preuve qu’il se prend petit à petit au jeu de l’illusionniste, bien qu’il paraissait très septique au départ.
Les moments phares de l’histoire sont la disparition de Martha (péripétie entraînant le retournement de situation et le début du « jeu» ), puis la longue discussion entre Calogero et Otto (l’histoire inventée par Otto fonctionne et Calogero se prend au « jeu» ), ensuite vient la scène chez Calogero (le spectateur s’aperçoit par les yeux de Otto que Calogero est devenu totalement fou à cause de ce « jeu» ) et pour finir, le retour de Martha et le refus de Calogero (ce dernier se complaît dans cette confortable illusion).
Dans « La Grande Magie », le texte est exprimé de diverses manières : il peut être parlé, chanté, crié, entre plusieurs personnes, ou seulement entre deux comédiens ou encore en monologue. On peut tout de même noter que les échanges se font essentiellement entre les deux principaux protagonistes, Calogero et l’illusionniste, parfois au détriment des autres aussi présents sur scène, qui restent immobiles.
On trouve plusieurs types de dialogues : par exemple, au tout début de la pièce, une discussion générale entre les personnages présents au premier plan. Plus tard, lorsque la femme de Calogero s’enfuie avec son amant, leurs répliques sont chantées. Enfin, lors d’un échange de mots très vivant entre Calogero et le magicien, ces derniers passent par tous les sentiments : de la tristesse à la colère en passant par l’amusement et la folie. Le texte est à cette occasion souvent un peu flou, à cause des suites de mots illogiques, des répétitions, du jeu… tout cela pour appuyer le côté illusionniste de la pièce. On se perd dans les paroles du comédien et dans le cheminement de son discours.
On peut toutefois remarquer que les répliques, quels que soient les personnages, appartiennent au registre courant, parfois même familier (un exemple avec la vivante conversation entre Otto et le policier). Ces dialogues sont en partie mis en valeur grâce aux silences, intenses dans leur mise en scène, et marquant des changements importants dans la pièce. On terminera par noter la redondance du lexique de l’illusion et de la folie, ainsi que celui de la tromperie, tout au long de l’histoire.
DENOGENT Juliane -DESBOIS Ludivine -FERREIRA Yoann -FIRGANEK Johanna -FOUCRAUT Manon
MANIPULATION ET ILLUSION
Dans cette pièce de théâtre basée sur les thèmes de la magie, du temps, de l’illusion et de la manipulation, on perçoit la transgression de certaines règles de base du théâtre classique, tout en gardant une simplicité et un style relativement conventionnel.
Cette pièce amène tout d’abord le non-respect du jeu face au public. C’est ainsi que lors de la représentation de magie, alors que le magicien fait son numéro d’illusion et nous tourne le dos, les rôles s’inversent : les acteurs deviennent des spectateurs et les spectateurs deviennent complices de la supercherie du magicien et des amants. On assiste ainsi à la création d’un spectacle à l’intérieur du spectacle, déjà mis en place par les petits tours de magie réalisés dès le début, et qui crée une mise en abyme amplifiée par le double jeu du magicien, celui-ci devenant tour à tour prestidigitateur et maître du « jeu-illusion ».
De plus, l’unité de temps (une des trois grandes règles du théâtre classique avec le lieu et l’action) respectée au début, est brisée par le saut de quatre ans au milieu de la pièce, ellipse mentionnée uniquement par l’intermédiaire des dialogues de personnages, tels que le valet ou les membres de la famille.
Le déplacement des acteurs s’effectue selon une trame prédéfinie : des mouvements presque exclusivement d’avant en arrière et latéraux, mettant en exergue le rôle de manipulateur du magicien qui cherche à emmener les autres personnages là où il le souhaite, physiquement et psychologiquement.
Pour amplifier cet effet de manipulation, la tonalité de la voix de l’acteur passe d’exclamations, dans l’optique d’impressionner son interlocuteur, à des tons doucereux afin de « l’envoûter ».
S’inspirant du Vaudeville, les rôles apparaissent poussés jusqu’à une forme de caricature. Le magicien manipulateur, le mari trompé, la femme infidèle, la famille « rapace », sont des archétypes sociaux présents dans « La Grande Magie ».
Par l’inversement des rôles acteurs-spectateurs, le saut temporel, le jeu sur les déplacements des acteurs et la voix du magicien, ainsi que l’instauration du sentiment d’illusion pour le mari trompé, cette pièce plonge le spectateur dans une réflexion personnelle sur la valeur du temps.
ALBERT Philomène -AILLOUD Blandine -ABILLARD Céline -PUJOL Loris -ROYER Benjamin
FIL ROUGE OU BOITE ROUGE ?
Costumes, accessoires et décors tiennent une place importante dans cette pièce d’ Edouardo de Filippo. Hormis les costumes qui sont très explicites, les accessoires et les décors sont moins présents, cependant ils sont suggérés par différents procédés scéniques. Les lumières s’éteignent dans la salle, le premier décor s’installe et apparaît par la suite.
Une plage s’offre à nos yeux. Pour décor, un simple plateau avancé au maximum (au devant de la scène). Les éléments illustrant l’univers de la plage ne sont principalement, voire quasiment que des accessoires: les transats, les serviettes de bain, la crème solaire, un mini bar sans oublier les personnages vêtus en tenues de plage, maillots de bains et autres bikinis des années 1960.
Pour aider les spectateurs à situer l’histoire dans l’espace, la façade de l’hôtel Métropole est reconstituée au premier plan, ainsi qu’au dernier plan, avec un rappel du nom de l’établissement. Au fil de la pièce, l’arche évoquant la façade de celui-ci est présente dans toutes les scènes. Néanmoins, l’état des témoins lumineux indique au public l’endroit de l’action : si ces témoins sont allumés, l’action se déroule à l’hôtel; dans le cas contraire, la scène se situe à l’extérieur de ce lieu.
La seconde scène débute. Les plateaux mobiles créent un nouveau décor (une ligne de plateau au lointain et une autre à la face). L’univers du spectacle nous apparaît. Cette fois-ci, le public est côté coulisses, ce qui nous rend complice du magicien Otto Marvuglia et de son assistante Zaira. Les autres acteurs, qui sont d’ailleurs sur leur 31, deviennent alors le public du spectacle intégré dans la pièce que nous nous regardons. Dans cette scène, pour le bon déroulement de cette aventure, de nouveaux objets importants font leur apparition. Ils s’introduisent au coeur de l’histoire. Il s’agit d’un sarcophage de magicien ainsi qu’une boîte rouge. D’autres objets sont bien sûr présents comme la malle du magicien et son matériel, cage à oiseaux, avec tous ses gadgets utiles, ses tours de passe-passe.
Les plateaux rentrent en mouvement une seconde fois et laissent donc place à un troisième environnement. Nous nous retrouvons dans la maison d’Otto. Nous y retrouvons le sarcophage, faisant un lien avec la scène précédente. La cage aux oiseaux, un autre accessoire qui fait en même temps parti du décor, permet d’imaginer le reste de celui-ci. De plus, nous pouvons remarquer que cette scène est la plus chargée au niveau des accessoires: table, « bazar » du magicien, téléphone… et bien sûr une certaine boîte rouge. Les interprètes sont en habit quotidien et le magicien est pyjama.
Pour la quatrième et dernière scène, les plateaux bougent de nouveau pour nous amener chez le mari trompé et perdu dans son monde. Ce protagoniste est en tenue de sommeil, avec un peignoir rouge, alors que le reste de sa famille est en deuil, donc en noir ainsi que son major d’homme,Gennarino Fucecchia, en smoking. Le décor est lui aussi sobre, terne et morose. Dans ce tableau, les accessoires sont peu nombreux: une table, une chaise un canapé et un fauteuil, et cette fameuse boîte rouge qui est toujours au coeur de la discussion! Ce n’est jamais qu’une fois de plus!
Pour conclure, nous dirons donc que les décors sont très subjectifs et épurés, les accessoires sont parfois en nombre mais certains de ces objets ont un rôle très important ainsi qu’une symbolique sous entendue. Les notions d’enfermement, de prison et de liberté sont illustrées par le sarcophage, la cage à oiseaux (qui est une métaphore du mari, Calogero Di Spelta ), et en particulier la boîte rouge, qui est le fil conducteur de la pièce.

Boisselet Romain -Baudouin Clarisse -Arnauduc Elodie -Arnaud Corentin -Auger Claire
LA LUMIERE ET LE SON HABILLENT LA PIECE
Dans la pièce La Grande magie de Filippo Strehler, la musique et les variations de lumière jouent un rôle non négligeable. Ils permettent ainsi, dans certaines situations une compréhension globale de la pièce de théâtre.
Durant la représentation, la musique est interprétée le plus souvent par deux musiciens situés côté jardin entre les spectateurs et les comédiens, et dans d’autres cas elle est le produit d’effets sonores issus d’une bande son.
Au fil de la pièce on peut analyser le rôle de l’éclairage et de la musique. Comment traduisent-ils les émotions des personnages, le lieu, et l’action ?
Tout d’abord, on observe que les sons (musique, bruits…) et les variations de lumière accompagnent les sensations qu’éprouvent les personnages, en amplifiant une émotion pour mieux la communiquer aux spectateurs. Par exemple : la tristesse et la folie de Calogero sont soulignées par une mélodie mélancolique jouée au piano, lors de la scène où il se trouve dans son appartement.
Les variations d’éclairages (lumière tamisée le plus souvent) ponctuent également les anecdotes évoquées par les personnages les mettant ainsi en valeur. Par ailleurs on remarque que la musique s’arrête comme une respiration, en posant l’action dans les situations délicates, ou lorsque des personnages importants s’expriment.
L’éclairage et le son interviennent également dans le lieu où les différents personnages évoluent.
A l’ouverture et à la fermeture du rideau, la lumière devient diffuse, et le volume sonore s’intensifie progressivement, marquant ainsi une transition. Par la suite, à l’arrivée des acteurs sur scène l’éclairage se fait alors plus intense comme pour marquer l’espace, et la musique est de faible intensité pour laisser l’expression aux acteurs. Dans la pièce, la musique jouée par les musiciens structure l’événement et donne un rythme à l’histoire.
Les variations de lumière indiquent aussi les différents moments de la journée : le matin, le soir, mettant l’accent sur le décor, donc sur le réalisme de la pièce et donne vie à la situation. Ce même jeu de lumière se retrouve dans l’appartement de Calogero : les fenêtres sont fermées, puis ouvertes ; l’éclairage varie.
Quant au son, on retrouve une gradation du volume des effets sonores imitant le bruit des vagues, où Calogero s’exclame « C’est la mer ! » (alors que l’éclairage baisse).
Les variations de lumière et de son peuvent également traduire différents registres, comme des situations humoristiques, oppressantes… et peuvent aussi centrer l’action, par exemple lors de la scène du tour de magie, l’éclairage diffère selon l’emplacement des personnages : l’estrade où se produit le spectacle est plus éclairée que l’endroit où se trouve le public (éclairé par une lumière bleue de faible intensité).
Ces variations servent de transition, comme une respiration qui tiendrait le public en haleine.
Lorsque le spectacle sort de la scène pour se retrouver dans la salle, mêlant ainsi le public à l’action, la lumière des projecteurs se focalise sur les acteurs (technique de Poursuite, ou Follow Spot) en associant le roulement de tambour à certains moments (scène de la disparition).
Le silence est également présent, par exemple lors de la mort d’Amélia. Cette absence de son, accompagnée de l’absence de variation d’éclairage renforce la tonalité tragique à cet instant : tout devient inerte et statique, donnant plus de réalisme à la situation.
Ronan Goasdoué – Nelly Garreau -Soizig Forveille -Bastien Desmé -Brice Eveno
DONC EN QUELQUES MOTS …
Grand dramaturge italien du XXe siècle, Eduardo de Filippo nous offre une pièce proche du public avec des personnages universels. On obtient alors un résultat très humain où il nous montre les vices et les malaises de sa société. Dans cette oeuvre, l’homme fait partie d’un jeu; un jeu mené dans une réalité construite, où la frontière entre la réalité et l’illusion est quasi inexistante.
La Grande Magie a été écrite en 1949 dans un contexte d’après guerre qui n’est plus le nôtre. Laurent Lafargue a pu traduire cette pièce d’une façon plus moderne et l’adapter au public actuel. Lafargue a totalement remanié les décors, cependant on peut remarquer une volonté du metteur en scène de garder les costumes et accessoires de l’époque; mélange entre l’ancien et le nouveau.
Ainsi, il a voulu mettre en évidence ce jeu, dans lequel on retrouve deux opposés : le trompeur et le trompé, le manipulateur et le manipulé, l’illusionniste et le spectateur.
Dans La Grande Magie, ce principe de trompeur/trompé est illustré par la relation entre Otto le magicien et Calogero le mari jaloux. Otto manipule et abuse des faiblesses de Calogero pour le faire rentrer dans une illusion qui lui semble réelle. L’illusionniste va permettre à la femme de celui-ci de s’échapper avec son amant. Le mari abusé va rentrer dans le jeu à un point tel que lors du retour de sa femme il refuse d’y croire.
D’ailleurs, c’est par cet aspect qu’un lien avec le Réel et son Double de Rosset peut être établi : on y remplace la vérité par une illusion qui a pour but de protéger l’individu de la « réalité cruelle» , ce double étant généré par nos émotions. On pense aussi à cette question de la frontière entre réalité et fiction traitée dans le film Matrix des frères Wachowski où lors d’un repas, les personnages réfléchissaient à la vraisemblance du goût des aliments. Ils se questionnaient sur le fait que ce qu’ils mangeaient n’était peut être pas ce qu’ils croyaient.
Cette pièce a également un côté singulier car contrairement à certaines représentations classiques, le spectateur reste proche des acteurs et de leur jeu ainsi que des musiciens qui restent visibles. La scène modulable mise en place pour symboliser les différents espaces, renforce également cette singularité.
Le contexte historique dans lequel la pièce a été écrite a changé, néanmoins le sujet qu’elle aborde reste d’actualité. On peut faire une relation entre l’illusion qu’Eduardo de Filippo exprime et celle que l’on « subit» tous les jours avec la publicité qui nourrit nos rêves d’une vie que l’on n’a pas. Comme dans la pièce où Calogero n’a jamais ouvert la boîte pour accepter la réalité, serions-nous capables d’ouvrir la nôtre?
Alexis PORHIEL -Felipe PARRA -Marion ESQUIAN -Cécile QUESNEL-RENÉ




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