Compte-rendu du film d’Alfred Hitchcock réalisé par les étudiants du groupe E des années 1 2009/2010, suite à la projection au Cinématographe le jeudi 17 septembre 2009.

(illustration: Malrieu Solen – Penhouet Brenda – Malaquin Aude – Moineau Anaïs – Mouchard Mathias – Mouchet Lucie)
« Le maitre du suspens »
Alfred Joseph Hitchcock (1899-1980) est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur de cinéma anglais naturalisé américain.
Nommé cinq fois aux Oscars, il a 54 films à son actif : le premier « Jardin du plaisir » date de 1925 et le dernier « Complot de famille » sort en 1976.
Il est considéré comme le « maitre du suspens » et a donné au cinéma plusieurs films cultes dont « Sueurs froides » fait indéniablement partie. D’autres, tels que « La mort aux trousses » (1959) et « Psychose » (1960), ont ensuite conforté son talent.
On distingue deux périodes dans le travail d’Hitchcock. Une première britannique, dont le plus grand succès est « Une femme disparaît » (1938). Puis une seconde américaine, à la fin des années 30, qui correspond au temps fort de sa carrière.
Hitchcock a pour habitude de « signer » ses œuvres en y faisant un bref passage de figurant, une originalité qui le démarque encore des autres réalisateurs de son temps. On trouve également des caractéristiques communes à la plupart de ses chefs d’œuvres : un rythme lent, des procédés visuels particuliers pour les moments clés de l’intrigue et surtout la séparation du film en deux temps, avec l’utilisation de passages de la première partie dans la seconde.
Alfred Hitchcock sort en 1958 le film américain « Sueurs froides » (plus souvent connu sous son titre original « Vertigo »). C’est l’adaptation cinématographique d’un roman.
L’acteur principal James Stewart y joue un homme souffrant d’acrophobie qui, par son vertige, devient impuissant lors du suicide de la femme qu’il aime. Très marqué, il en modélise une autre à son image.
L’intrigue déroule les événements selon deux problématiques : comment le personnage doit vaincre sa phobie, et la modélisation qu’il arrive à faire d’une femme.
C’est le troisième film d’Hitchcock qui parle d’un handicap. Il clôt ainsi une sorte de trilogie en complétant « L’homme qui en savait trop » (l’histoire d’un homme qui perd son fils) et « Fenêtre sur cour » (le personnage à une jambe cassée), également joués par James Stewart.
« Sueurs froides » a été, et est toujours, un film très commenté ce qui atteste du talent de son auteur. Il a de plus influencé des productions plus récentes comme « La jetée » de Chris Marker (1962) ou « L’armée des douze singes » de Terry Gilliam (1995).

PALVADEAU Clémence
NEAU Laura
ONUMBA Iris
PICQ Hélène
MERCIER Camille
MERLÉ Yoann
Script envoutant
Sueurs Froides est une adaptation d’un récit de Pierre BOILEAU et de Thomas NARCEJAC intitulé « D’entre les morts », Alfred Hitchcock nous dévoile une fois de plus ses talents de cinéaste inouï.
L’histoire : A San Francisco, John Scottie (James Stewart), agent policier, démissionne après la mort d’un de ses collègues suite à une crise d’acrophobie. C’est un homme élégant et discret qui habite seul en appartement. Un ami d’enfance, Galvin Elster (Tom Helmore), intrigué par le comportement de sa femme, Madeleine (Kim Novak), le contacte afin de la suivre. On apprend à la fin du film que ce service n’était qu’un mensonge. Il prétend qu’elle est possédée par une certaine Carlotta. Scottie tente de comprendre la folie de Madeleine. Il s’attache à cette femme hantée et tente en vain de la sauver lorsqu’elle décide de se jeter du haut d’un clocher. Après un an de dépression, il retourne dans les lieux où il avait passé des moments avec Madeleine. Scottie cherche son visage dans la foule et finit par trouver son sosie. Il s’obstine à la rencontrer puis l’invite à sortir. Scottie s’acharne à transformer Judy à l’image de Madeleine: il la colore en blonde, la coiffe, la maquille et lui achète le même tailleur que la disparue. Etrangement Judy se laisse faire, car elle veut qu’il découvre la vérité par lui-même. La ressemblance est frappante. Judy commet alors l’erreur de mettre le collier de la défunte. Scottie réalise qu’il a été la victime d’une machination. Tout au long du film, un autre personnage essentiel, une amie de Scottie, Mige Wood (Barbara Bel Geddes), une artiste et styliste, le conseille, mais est elle aussi amoureuse de lui. C’est pourquoi elle cherche à en savoir plus sur la liaison de Scottie et de Madeleine. L’histoire se décompose en 3 grandes parties ; une histoire d’amour, une enquête policière et un drame personnel.
On peut également s’apercevoir que les principales scènes de dialogues sont fermées et que la plupart du temps il n’est question que de la phobie de Scottie ou bien du dédoublement de personnalité de Madeleine. De plus, Hitchcock joue beaucoup sur des prises de vues relativement subjectives, à savoir des champs / contre champs, ce qui privilégie une impression de dialogue alors qu’aucune parole n’est prononcée.
En somme cette histoire psychanalytique montre les problèmes de Scottie face à son vertige, en particulier avec l’élément de la spirale. Cette notion est présente tout au long du film : dans le générique, dans le chignon de Madeleine, dans le cauchemar et également dans les sensations de vertige de Scottie. On pourrait caractériser ce film comme l’un des chefs-d’œuvre d’Alfred Hitchcock, autant par la maîtrise du suspens que par son scénario envoutant.

Angélique Lotodé
Mélanie Ménard
Alexia Moisan
Antoine Poulizac
Fabien Proust
Kévin Pybourdin
Victor Pedraza
Ambivalence tourmentée
Dans cette analyse nous étudierons le jeu et l’interprétation des deux personnages principaux interprétés par James Stewart et Kim Novak :
Scottie joué par James Stewart est l’acteur principal du film. L’histoire est filmée en fonction de ses déplacements, or il subit ce qui lui arrive dans la mesure où il ne dirige pas l’évolution des évènements, ses actions sont toujours neutres, son regard est subjectif. James Stewart convient parfaitement pour ce rôle car il est un acteur qui passe pour « monsieur tout le monde », on a l’impression qu’il a du mal à faire ressortir ses émotions à l’écran, cela correspond bien au personnage de Scottie qui se fait manipuler pendant la majeure partie du film. On peut diviser le rôle de Scottie en deux grandes parties :
La première ou il est manipulé, restant neutre, il n’a aucune prise sur le déroulement des péripéties.
La deuxième partie, la fin du film, où il dirige l’action et laisse exprimer ses émotions. On regrette cependant une tendance de Scottie à sur-jouer l’acrophobie dans la première partie du film et le côté un peu trop passif de l’acteur dans certaines scènes.
Quant à la sublime actrice Kim Novak, on peut dire qu’elle s’est absolument appropriée ses rôles, ce qui n’était pas chose facile. En effet, en acceptant les rôles principaux féminins de « Sueur Froide », Kim Novak joue non pas un, mais trois rôles articulés de la manière suivante: son personnage, Judy Barton, est engagée (par l’ancien ami de Scottie et mari de Madeleine) à jouer le rôle de Madeleine Elster (épouse victime de son mari), qui elle-même est soi disant possédée par l’esprit de Carlotta (l’aïeule de Madeleine).A sa simple lecture, le scénario paraît abracadabrantesque et invraisemblable. Pourtant, le jeu de l’actrice nous transporte, on y croit et l’on se retrouve aussi surpris que Scottie, lorsque Hitchcock décide de nous faire part de la terrible machination. Scottie ne s’est rendu compte de rien, nous non plus!
On peut admettre que les apparences quelque peu opposées de Madeleine et Judy (l’une blonde, l’autre brune) aident à troubler le spectateur. Cependant la qualité de l’interprétation et la maîtrise des techniques de jeu, permettent une parfaite fluidité dans l’imbrication des différents rôles.
Par ailleurs, au départ, Hitchcock avait écrit les rôles (Carlotta – Madeleine – Judy) pour l’actrice Vera Miles qui n’a pu tourner pour cause de grossesse. Il est intéressant de remarquer que l’actrice K..Novak n’était donc en réalité qu’une remplaçante, tout comme son personnage prend la place de Madeleine.
N’ayant pas le rôle principal dans le film, c’est pourtant elle qui crée le mouvement. Par ailleurs, elle n’est pas la plus filmée malgré la multitude des rôles joués.
Ce film est très représentatif du cinéma de situation que Hitchcock prônait. En effet l’ambiguïté des personnages montre une richesse de l’interprétation.

David MARTIN
Félix RAYMOND
Hélène LY
Baptiste LIQUARD
Jacques MULLER
Une oppression planifiée
Le montage de « Vertigo » est très particulier. Il est monté de telle façon qu’il donne l’impression de tourner en rond. Effectivement, vers le milieu du film, celui-ci est comme cassé en deux, la deuxième partie commençant avec le cauchemar de Scottie, cauchemar qui rappelle étrangement le générique du début. En effet George Tomasini, chargé du montage, réutilise des animations, des jeux de couleurs et de formes, dont il s’était servi auparavant dans le générique pour illustrer le cauchemar de Scottie. Notamment cette forme particulière, la spirale, qui, une nouvelle fois, rappelle le déroulement sinueux et circulaire du film. De plus, cette image de spirale est plus que présente dans « Sueurs froides ». On l’aperçoit par exemple dans le chignon de Madeleine, l’escalier du clocher, le bouquet de fleurs, ou encore lors du trajet en voiture de Madeleine.
La personnalité du personnage principal interprété par James Stewart est reflétée grâce aux très nombreux plans de face, ainsi que quelques contres plongées (dont l’échelle de cadre varie très peu), souvent rapprochés ( 85 % des plans), soulignant son côté passif, quelque peu égaré, lointain. La scène de la forêt avec Madeleine, ou bien celle du procès nous le décrit perdu, les plans d’ensemble le faisant paraître minuscule au milieu du décor, dépassé. Le trouble du personnage se fait aussi ressentir par le spectateur grâce aux nombreux plans subjectifs où la camera filme comme si l’on était à la place de Scottie (par exemple lors de ses crises de vertige lorsqu’il regarde par la fenêtre).
Par ailleurs, l’acrophobie de Scottie causée par la première scène du film, est mise en valeur par le travelling compensé, utilisé pour la première fois au cinéma par Hitchcock. Ce procédé consiste simultanément à reculer la caméra (travelling arrière) et à effectuer un zoom important pour simuler une impression de jeté dans le vide, de basculer, comme si la caméra s’approchait rapidement du sol. Ainsi l’image est déformée. Ensuite, l’utilisation de plans/contres plans entre le vide et Scottie montre bien qu’il est terrifié par la hauteur. D’ailleurs le changement de prise de vue à la fin du film montre effectivement une évolution de la part du personnage. Lorsqu’il se retrouve enfin en haut de la chapelle, seul, filmé dans son entier, l’image qui suit n’est pas ce qu’il voit, soit le vide, il y a une cassure du champ contre champ. Ce qui montre qu’il a vaincu sa phobie, il n’est plus terrorisé par la hauteur.
De plus nous pouvons facilement observer dans certaines scènes que les arrières plans jouent un rôle important dans le film, afin de mettre les acteurs ainsi que les spectateurs dans une ambiance particulière. En effet, avec un peu d’attention, nous remarquons que dans plusieurs scènes se déroulant à l’intérieur, les paysages sont des reproductions photographiques ou encore picturales. Celles-ci sont plates, sans mouvement, et entrainent alors un certain enfermement des personnages. Le spectateur se retrouve donc lui aussi dans ce contexte oppressant. Puis, notons qu’au cours du film nous apercevons régulièrement en arrière plan le pont de San Francisco, icône incontestée de la ville. De part sa grandeur et ses lignes strictes, il peut être interprété tel un signe de danger en perspective.

Tristan Massicot
Quentin Manac’h
Pauline Maraud
Bérénice Mensier
Juliette Neveu
Un Cauchemar Ambiant
Vertigo nous incite à partager le sentiment de rêve éveillé que vit Scottie. De même Alfred Hitchcock insiste sur la notion de folie et de répétition grâce au procédé de la spirale.
Tout d’abord, si on s’intéresse de plus près aux arrières plans on peut rapidement remarquer que ce ne sont presque que des peintures ou des photographies, que le paysage représenté n’est pas tout à fait net et que les couleurs pâles la plupart du temps se rejoignent et se confondent. Tout ceci est accentué par un éclairage flou et diffus ce qui nous plonge dans une atmosphère de songe, de rêve éveillé, comme si tout ce que l’on voyait n’était pas réel. Il y a donc un effet de confusion tout au long du film entre le rêve et la réalité, un trouble qui semble être constant pour le personnage de Scottie, notamment lorsqu’il ne sait plus si Madeleine et Judy sont deux personnes différentes ou non, ou lorsqu’il l’aperçoit comme un fantôme, entourée d’un halo lumineux intense, ce qui produit le même effet. Ce procédé se répète une fois de plus lorsque le profil de Judy nous apparaît en contre jour près d’une fenêtre. Le réalisateur joue donc avec les effets de lumière pour semer le trouble chez le spectateur afin qu’il ne sache plus réellement qui est Madeleine, Carlotta, ou Judy.
De plus on peut remarquer que Alfred Hitchcock a tendance à enfermer ses personnages dans des décors immensément grands par rapport à eux ce qui, de ce fait, les fait paraître minuscules voire ridicules. Ce choix plastique participe dans certains cas au vertige de Scottie, notamment lorsqu’il se promène dans la ville de San Francisco entouré de bâtiments gigantesques ou du célèbre Golden Gate Bridge, lorsqu’il se rend à la chapelle de la mission espagnole, ou encore quand il est dans la forêt au milieu d’arbres imposants. Tous ces effets de décors étouffent le personnage.
Dans le film un motif important revient sans cesse, ce n’est autre que la spirale largement exploitée. Ce thème résonne avec la trame même du film. En effet, dans Vertigo, les scènes se répètent, reviennent à leur début, les choses tournent en rond. Dans le décor du film, des objets rappellent vivement cette spirale : un escalier en colimaçon, le chignon sans défaut de Carlotta, une imposante lampe dans un hôtel, le tronc d’un arbre centenaire…
Cette image est accentuée par la musique qui est toujours répétée en boucle, saccadée et exagérée durant les intrigues.
En somme, à travers les décors, Hitchcock plonge Scottie et le spectateur dans un cauchemar éveillé. Il emploie aussi l’effet de spirale pour nous entraîner dans la peur du personnage, celle du vertige. Le réalisateur signe ainsi un chef d’oeuvre qui va bouleversé par la suite l’histoire du cinéma.
Malrieu Solen
Penhouet Brenda
Malaquin Aude
Moineau Anaïs
Mouchard Mathias
Mouchet Lucie
La Madeleine de Proust et d’Hitchcock
Sueurs Froides, d’Alfred Hitchcock est un film qui se présente comme un rêve éveillé et qui s’articule autour de souvenirs et d’identités confus.
La mémoire et les souvenirs des spectateurs sont nettement sollicités tout au long du film. Notamment lorsque l’on voit Judy pour la première fois, on se rappelle immédiatement de Madeleine du fait de leur ressemblance. Ce thème fait aussi partie intégrante du scénario comme on peu le constater lors de la scène où Madeleine oublie ses actions de la journée.
Cette femme est une énigme car elle cumule trois identités. Judy, sa véritable identité, Madeleine et Carlotta. La «fausse» Madeleine, s’identifie à Carlotta par le biais du tableau du Musée lors de ses moments de schizophrénie.
Quand à Scottie, il modèle Judy à l’image de son amour disparu, Madeleine; L’identité n’est pas fixe, elle est alors interchangeable. Sa mémoire douloureuse devient alors l’objet du film. Hitchcock met en scène non plus l’objet du désir mais son manque, non plus le contenu du souvenir mais la mémoire elle-même.
Hitchcock traite ses thèmes à l’aide de différents procédés: il trouble le spectateur en jouant sur les identités des personnages notamment celle de Madeleine. Par exemple, dans la scène de la chambre où Madeleine apparaît dans la lumière tel un spectre, on se demande alors si elle existe vraiment ou si tout ça n’est qu’un rêve?
La mémoire du spectateur et des personnages est sollicitée à l’aide de l’utilisation du flash-back. On repense à Scottie re-visualisant la scène où il est incapable de sauver Madeleine à cause de son vertige et la même scène perçue par Judy où l’on apprend la vérité sur la mort de la «vraie» Madeleine.
Il essaye de dégrader la mémoire de Scottie et donc celle du spectateur à l’aide de flash-back et de rêves psychédéliques.
Hitchcock fait appel aux souvenirs du public avec un film coupé en deux, les mêmes lieux, les mêmes actions mais enfin l’histoire s’éclaire. On comprend pourquoi Hitchcock a choisi la spirale comme symbole car elle représente le vertige de Scottie, la répétition infinie de l’histoire, l’hypnose et le rêve…
Enfin, mémoire et identité sont omniprésents aussi bien dans le scénario que chez le spectateur. Le film est étonnant par sa construction et c’est pour cela qu’il marqua l’histoire du cinéma.

Ulysse PILLEREL
Léonie PATRON
Arnaud PERRILAT
Ophélie RENAUDIN
1 commentaire
1 Luc Montessinos // nov 26, 2009 at 23:52
La dernière illustration pour cette article n’est pas sans me rappeler un des décors conçus par Salvador Dali pour une séquence de rêve dans le film d’Hitchcock « Spellbound» (1945). Référence voulue ou non, ça reste très pertinent:
http://www.nypress.com/blog-1804-hello-dal%C3%83%C2%AD-painting-and-film-by-the-master-surrea.html
Laisser un commentaire