Compte-rendu du film d’Ethan et Joel Coen, réalisé par les étudiants du groupe D des A1 2011/2012, suite à la projection au Cinématographe le 22 septembre 2011.

(Illustration : Gaël Jaffrezic / Léonard Grigne / Ugo Janiszewski / Zoé Jarny)
Présentation générale de l’oeuvre et de l’auteur
Les frères Coen
Depuis “Fargo” en 1996 qui les révéla au monde entier, les frères Coen font partie des grands noms de la réalisation cinématographique du XXI siècle. Depuis, ils sont à l’origine de nombreux grands films à succès notamment “True Grit” (2010), “No Country for Old Men” (2007), “The Big Lebowski” (1998) ou encore “O’Brother” (2000).
Reconnue comme la plus longue coopération au cinéma entre deux frères, leur filmographie repose donc sur un partage efficace des différentes tâches durant la phase de conception de leurs films. Si Joel Coen est perçu comme le réalisateur et son frère Ethan comme le producteur scénariste, il est évident que l’efficacité de cette collaboration se base sur un échange et un partage constant entre eux depuis 1980. Ce n’est qu’à partir de “Ladykillers” en 2004 qu’Ethan Coen sera considéré comme réalisateur et non plus co-réalisateur.
Ces cinéastes ont beaucoup de goût pour la culture populaire américaine mais aiment cependant retravailler les genres, comme on peut le voir dans « O’Brother » avec l’adaptation libre de l’Odyssée d’Homère. Ils aiment ainsi désacraliser les classiques. Joel et Ethan ont de même l’habitude d’utiliser des personnages dissonants : aux visages plastiques et aux expressions caricaturales. C’est l’une des raisons pour laquelle on peut souvent voir apparaître dans leurs films des acteurs tels que John Goodman, John Turturro ou encore Steve Buscemi. Une autre caractéristique de ces deux frères est que leur cinéma est pour la majeur partie indépendant : ils financent eux même la plupart de leur films souvent à faible budget.
« O’Brother »
« O’Brother » est un film situé dans la Grande Dépression des années 30, dans l’Etat du Mississipi. Des personnages benêts y errent de façon chronologique, subissant un destin qu’ils paraîtraient pourtant capables de maitriser : Everett Ulysse n’a pas l’air idiot en apparence mais subit, comme ses compagnons de galère. Leur parcours sera donc perturbé en chemin par la rencontre de personnages atypiques et parfois historiques comme Tommy Johnson ou Georges Nelson.
Tout le charme de ce film réside dans la dimension burlesque apportée par l’inadaptation des corps et des visages dans l’espace. Cependant, cette œuvre n’est pas qu’un divertissement ; elle évoque des thèmes tels que la question de l’objectivité concernant la justice et la place de Dieu dans la société américaine ou encore le problème du Ku Klux Klan.
Marie Jegat / Hélène Guillard / Ségolène Le Henaff / Josselin Hillion

Scénario
Le scénario a été écrit par les réalisateurs de ce film, les frères Coen eux-mêmes. Il est une adaptation librement inspirée de “L’Odyssée” d’Homère auquel il fait de nombreuses références. Tout d’abord, on remarque que le personnage principal du film porte le même prénom que le héros de “L’Odyssée”. Comme celui-ci, la quête d’Ulysse Everett est de retrouver sa femme, Pénélope pour le héros mythique, Penny pour le prisonnier évadé des frères Coen (on remarque d’ailleurs le rapprochement entre les prénoms des deux épouses). Seulement ici, Penny ne semble pas attendre sagement son mari en tissant et détissant une toile et n’hésite pas à profiter de chaque occasion qui lui est offerte. Quant à Everett, soumis à une femme capricieuse, il finira par repartir sur les routes comme le héros grec.
Sur le même schéma, on retrouve au début du film, le vieil aveugle dans le rôle de l’oracle, les sirènes incarnées par les trois charmantes femmes qui séduisent les voyageurs, le cyclope qu’on retrouve dans le personnage de Big Dan et le chien guidé par le shérif qui comme le chien du véritable Ulysse, retrouve Everett grâce à l’odeur de sa gomina. De même, Pete est (soi-disant !) transformé en crapaud comme les compagnons d’Ulysse sont transformés en divers animaux lors de leurs aventures.
Cette histoire est cependant légèrement différente de celle écrite par Homère et commence par une évasion. On comprend que les trois hommes que nous suivrons tout au long de l’aventure cherchent un trésor. Sur la route, ils rencontrent de nouveaux personnages qui changeront le but de leur expédition : à la fin de cette dernière, on comprend que le fameux trésor n’a d’ailleurs jamais existé. Le destin des protagonistes va surtout être bouleversé par l’enregistrement d’une chanson improvisée pour gagner quelques dollars : c’est grâce à elle que les trois personnages finiront par s’en sortir et qu’Everett retrouvera son propre trésor : sa femme.
En effet, la musique occupe une place très importante dans “O’brother” : non seulement, elle permet aux personnages de se sortir plusieurs fois d’une mauvaise posture mais elle traduit la situation économique des Etats-Unis des années trente. Elle est ainsi une source d’informations indispensable sur la vie de cette époque. Les dialogues sont également très présents entre les différents antagonistes et deviennent de plus en plus nombreux et plus forts entre les trois personnages principaux au fils de l’aventure. Leur façon de s’exprimer diffère pourtant : alors qu’Everett parle dans un langage plutôt soutenu, ses deux compagnons utilisent un discours plus simple et ainsi moins rébarbatif. L’expression « Ain’t » souvent reprise par Pete et Delmar est une des expressions souvent utilisées par les Afro-américains de cette époque. De même, on remarque les nombreuses prières et les nombreux rapports à la religion, ainsi que les discours politiques qui illustrent parfaitement ceux des véritables politiciens. Le film accentue les différences entre nos trois héros : Everett apparaît comme un homme sûr de lui, parfois hautain. Il se décrète « chef de groupe » dès le début de l’expédition justifiant sa décision par sa « supériorité intellectuelle ». Il manipule ainsi les deux autres en les entraînant dans une aventure sans réel but. A la fin du film, Everett nous apparaît comme étant un homme plus sympathique qui semble lui aussi avoir ses faiblesses. Pete, quant à lui, est un type robuste mais fier de ses racines. Il n’apprécie pas les airs supérieurs d’Ulysse et sa « nomination » à la tête du groupe. Lui aussi s’adoucit au fils de l’aventure et se révèle être un dur au coeur tendre. Delmar, lui, paraît totalement inutile à l’avancement du projet. Il est le « simple » de l’histoire : il ne sait qui écouter et qui suivre et reste tiraillé entre les deux autres hommes. L’aventure est cependant rythmée par la présence de nombreux autres personnages pour certains déjà cités ci-dessus : le vieil aveugle, le guitariste, Georges Nelson, les trois charmantes créatures, Big Dan, la femme d’Everett et ses six filles, les membres du Ku Klux Klan, les politiciens, les policiers… C’est à travers les paysages du Mississipi que les trois amis rencontrent les différents acteurs de cette histoire. Leur « road trip » les fait parcourir de nombreux territoires parfois utopiques tel « Tishamingo » tout droit sorti de l’imagination de ses réalisateurs. C’est à travers la quête factice d’un trésor inexistant que se crée un véritable lien d’amitié entre ces trois hommes que tout sépare à l’origine. Les nombreux chants restent les moments forts du long-métrage. De même, il existe des scènes qui viennent assombrir cette histoire plutôt légère : la prise en otage de Pete, le moment où tous sont sur le point d’être pendus et les scènes violentes des processions du Ku Klux Klan. Même si le thème principal est celui de l’errance, le film se concentre aussi sur la société et la situation économique de l’Amérique à cette époque en montrant ses obsessions et ses préoccupations : la politique, la religion, la situation des noirs, le racisme, les sectes… Finalement, les deux thèmes phares de “O’Brother” sont l’amour et l’amitié qui clôturent cette longue errance.

Jules Leduc / Morgane Le Bas / Clémence Guillemyn / Daphné Le Cleac’h / Marine Le Razavet
Jeu / interprétation
Des personnages tout droit sortis d’un cartoon :
O’Brother, a été écrit et réalisé par les frères Joel & Ethan Coen en 2000. Cette œuvre est caractérisée par un jeu et une interprétation atypiques portés sur l’absurde et l’exagération. Ce qui est plutôt en opposition avec le thème principal de l’œuvre : l’errance.
Des acteurs, récurrents dans les œuvres précédentes des frères, apparaissent ; ces derniers ont ainsi pu profiter d’une liberté dans leur interprétation. Nous pouvons citer : George Clooney (O’Brother ; Burn After Reading), John Turturro (Miller’s Crossing ; Barton Fink ; The Big Lebowski) ou bien encore John Goodman (Arizona Junior). L’œuvre laisse aussi place à des appropriations (reprise de Baby Face Nelson), des adaptations (le célèbre musicien Tommy Johnson) ainsi que des interprétations musicales (les « Soggy Bottom Boys » du film, interprètent des morceaux des Foggy Moutain Boys, groupe ayant réellement existé à la même époque où se situe le film).
Les co-réalisateurs américains ridiculisent les acteurs avec lesquels ils collaborent, en leur attribuant des rôles stéréotypés. De ce fait, parmi les trois personnages principaux, Pete (John Turturro) est le personnage sanguin et rustre, Delmar (Tim Blake Nelson) le brave benêt, l’arriéré sympathique. Quant à Everett (George Clooney), personnage le plus mis en avant dans le film, il évoque le dandy, coquet, ridiculisé par son addiction à la gomina et à l’utilisation d’une charlotte capillaire, brisant le « mythe » de son rôle de leader de groupe. De plus, le ridicule est poursuivi dans les nombreuses expressions souvent exagérées des acteurs (peur lors de la fuite de la grange en feu, excitation à la vue des « sirènes »)… Ceci n’est pas sans rappeler, et porter hommage, au style cartoon émergeant à la même époque grâce à la Warner Bros : déformations importantes du visages (étirements, grands yeux), exagération des situations et des émotions vécues par les personnages (cf. : scène des « sirènes », où Pete se conduit tel le loup à la vue de Betty Boop). Enfin, le ridicule dans le jeu passe également à travers les déplacements et gestuelles, notamment lors du concert des Soggy Bottom Boys ; l’occasion pour les frères Coen de faire danser de manière comique les acteurs face à une foule déchaînée.
Une autre clé de voûte de l’interprétation dans O’Brother repose sur la diction. Beaucoup de personnages ont un fort accent, qualifié de campagnard, ce qui participe ainsi à rendre le jeu plus crédible. De plus le chant cérémonial interprété par le chef du Ku Klux Klan (caché par un masque) paraît, à l’écoute, être chanté par une voix afro-américaine. Ces éléments se rapportent à l’idée que les Coen accordent une grande importance à la musicalité dans leurs films.
Enfin, on peut observer une relation entre les personnages et le décor dans ce film. L’évasion de ces trois camarades est bien représentée par les grands espaces qu’ils traversent, errant de villes en villes. Les trois personnages se servent également de ce décor pour se cacher, comme la scène avant le concert, où ils sont d’abord « spectateurs » (cachés derrière un mur) avant d’être projetés eux-mêmes sur les « planches ».
Gaël Jaffrezic / Léonard Grigne / Ugo Janiszewski / Zoé Jarny
Montage / cadrages / prises de vue
Dans le film des frères Coen, les trois héros sont d’anciens bagnards en fuite. En effet, ils parcourent l’état du Mississippi pour tenter d’échapper à la justice, mais surtout pour retrouver un trésor. Cette quête entreprise par les personnages est donc un thème central du film ; ainsi les frères Coen utilisent des procédés cinématographiques bien précis pour retranscrire cette impression d’errance. En ce sens, on retrouve tout au long du film de nombreuses scènes filmées sur des lignes de fuite : par exemple une route qui se perd à l’horizon, ou encore une voie ferrée qui semble interminable. Un grand nombre de plans nous présentent les trois acteurs le long de ces lignes de fuite ; cela permet d’insister sur le fait qu’ils poursuivent une quête, qu’ils poursuivent leur route sans s’arrêter. Ainsi, nous avons pu compter près de trente scènes qui sont centrées autour d’une ligne de fuite de manière explicite. Dans le dernier quart du film, les trois héros commencent à retrouver une certaine stabilité, en effet ils ne se déplacent pas autant qu’au début du film ; c’est dans cette partie, où les plans axés sur des points de fuite, sont les moins présents. Les frères Coen se servent donc de ces lignes pour insister sur l’évolution perpétuelle des personnages dans l’espace (géographique). On remarque également que dans la plupart des scènes où les personnages voyagent, la caméra effectue un travelling d’accompagnement afin de les suivre dans leur périple.
Le film nous offre également un plan panoramique offrant un vaste paysage où les personnages principaux s’évadent. On retrouve donc un grand nombre de mouvements panoramiques horizontaux de la caméra ainsi qu’une très grande profondeur de champ dans les scènes situées en zone rurale. Le travelling vertical de bas en haut est également très présent : il permet d’introduire le décor au début d‘une nouvelle scène, ou au contraire de prendre du recul par rapport à une situation avant de passer à un contexte différent. Les frères Coen utilisent ces mouvements de caméra afin de faire apprécier l’immensité du paysage au spectateur et ainsi mettre en avant la vulnérabilité des personnages, perdus dans ce grand espace.
Dans le film O’Brother, on peut apercevoir plusieurs séquences. Une séquence au cinéma est une suite de plans ou de scènes formant une unité narrative ou thématique. Généralement l’articulation entre deux séquences utilise des effets de ponctuation plus ou moins conventionnels : fondu enchaîné, au noir, fermeture à l’iris, volets, rupture brutale dans l’échelle des plans, dans l’unité narrative par exemple… Le fondu enchaîné consiste à effacer progressivement l’image pour que l’image suivante se substitue avec la première par surimpression. On a tendance à dire que ce procédé veut souvent marquer une ellipse. Il est récurrent et très prononcé ce qui nous permet de la visualiser à chaque changement de scènes. Le fondu enchaîné que l’on peut apercevoir dans le film, permet à deux scènes divergentes, deux décors, deux situations différentes de s’enchaîner sans confusion. Le film démarre avec un fondu à l’ouverture, l’image apparaît progressivement, émergeant d’un fond noir. C’est l’effet introductif. On a ainsi une petite introduction qui situe l’action puis on retrouve un fondu au noir pour ainsi présenter le titre du film. Pendant le générique du début, on assiste à un enchaînement de scènes qui situent l’action. Il s’agit d’un montage « cut ». C’est le passage net, instantané d’un plan au suivant, sans effet de liaison entre les deux plans. Il est particulièrement intéressant dans le film O’Brother, de repérer les différentes transitions empruntées par les frères Cohen pour donner du sens au déroulement de l’histoire et rythmer les séquences du film. En effet, nous pouvons ainsi compter douze fondus enchaînés. On remarque que ces fondus enchaînés permettent plusieurs ellipses pour raccourcir la durée du film puisque l’histoire se déroule probablement sur plusieurs semaines. Cette transition a pour but d’obtenir un raccord progressif entre deux plans. Ainsi, les frères Coen utilisent judicieusement cette technique en choisissant des scènes dans les mêmes tons malgré leurs différents décors. O’Brother est également adepte de la transition « volet ». Un élément traverse l’écran, changeant au passage une image en une autre. Les volets sont en général utilisés pour marquer la transition entre deux scènes et sont une solution de plus au fondu-enchaîné. Le film utilise d’autres transitions tout à fait étonnantes. La fermeture à l’iris rappelle le cartoon et elle est effectivement utilisée dans la scène où Big Dan Teague, Ulysses Everett McGill et Delmar se battent. La fin de cette scène marque la fin du « combat ». Pour finir sur cette étude des transitions, on assiste à la fin du film à un fondu au noir d’une image représentative du film : ce long cheminement fait écho à la route empruntée, à la fuite des prisonniers. On appelle cela un fondu à la fermeture, l’image disparaît progressivement (ici de manière très lente) pour devenir noire et marquer un effet conclusif. Tout au long du film O’Brother, des plans inserts d’objets se succèdent. En effet, ce sont des gros plans sur certains éléments du décor qui vont avoir un impact essentiel dans la suite du scénario. On force donc le spectateur à poser son regard sur un élément particulier. Ce genre de plan offre un côté dramatique à certaines séquences du film et les rend plus attrayantes. Aussi, des plans inserts sont effectués sur les pots de « Dinky dan » qu’utilise Mac Gill. Ici encore, le but est vraiment de faire ressortir la personnalité de cet homme qu‘on devine très opportuniste, manipulateur et ayant cette volonté d‘être toujours élégant au bord du narcissisme. Enfin, un dernier exemple serait le plan insert sur le disque qui tourne lors de l’enregistrement de la chanson des « Culs trempés » : le scénariste fait ce choix pour nous montrer que cet enregistrement va avoir un impact essentiel dans la suite de l’histoire, car ce morceau va changer la carrière des personnages principaux et les amènera très clairement vers la voie du succès : un tournant fondamental dans le scénario.
Pour conclure, les frères Coen instaurent l’idée d’errance dans le montage, le cadrage, les prises de vues du film, ainsi cela crée un effet de surprise chez le spectateur. Notamment sur les plans inserts des éléments insolites de l’histoire, ainsi que les transitions spécifiques au cartoon qui donnent un effet burlesque au film.

Ivan Le Pays Du Teilleul / Paul Lec’hvien / Esther Jacques / Margot Gosselin / Alice Lairy
Eclairages / sons / décors
Le Rôle des Sons, des Éclairages et des Décors dans la Mise en scène des Frères Coen
Le film O’Brother utilise différents éclairages, sons et décors. Seulement nous pouvons remarquer certains éléments qui mettent en scène le film suivant un sens précis voulu par les frères Coen. Ces derniers ont beaucoup joué sur des contrastes de lumière pour exprimer la nuit, le jour et l’ambiance. Le son est énormément présent en bruitages et musique, il permet également une identification des scènes plus sombres. Enfin, le décor nous fait part de l’errance dans ce film de par plusieurs moyens. Dans un premier temps nous verrons par quels moyens sont mis en oeuvre l’éclairage, le son et le décor. Puis, dans un second temps nous verrons quelles sont les significations de ces moyens.
On peut distinguer trois types de lumière présente dans le film. La lumière pendant les nuits totales créée par une lentille bleue, par exemple la scène où G. Clooney avoue que le trésor n’existe pas. La lumière pendant les scènes de nuit où le feu illumine les visages, ce qui apporte une ambiance de chaleur. Et enfin la lumière naturelle, très présente notamment dans toutes les scènes en extérieur, ou dans les bâtiments avec de grandes ouvertures.
Les bruitages, qui renforcent l’aspect naturel et géographique des scènes. Ils marquent un contraste entre la ville, où l’on entend les bruitages urbains, et la nature avec les cigales, les ruisseaux… Les bruitages sont parfois très forts et passent presque au-dessus des voix. C’est aussi le cas de la musique dans certaines scènes où elle passe largement au-dessus du reste. La musique très présente, pour ne pas dire presque permanente, est Blues et Country.
Les décors respectent l’époque de la grande dépression avec des bâtiments fragiles, des lieux très pauvres et morts, mais aussi l’expansion très forte des chemins de fer aux États-Unis. Les décors respectent aussi le lieu de l’action, le Mississippi, avec les scènes de campagne, dans le bayou et aussi des éléments comme la maison coloniale du Sénateur Pappy O’Daniel.
Chaque type de lumière constitue un type d’ambiance que les frères Coen ont voulu faire passer à certaines scènes. Les nuits totales sont des moments où de terribles confessions, presque des aveux sont mis à jour. Les scènes de nuits éclairées à la bougie ou au feu de bois sont des scènes de confessions où les personnages se questionnent sur eux-mêmes. Les scènes de jour ont plutôt tendance à nous rappeler la situation difficile des personnages, leurs errances en plein soleil.
Les bruitages, eux aussi, nous rappellent l’errance des personnages : les insectes chantent au soleil et rappelle au spectateur la chaleur que les personnages subissent. La musique peut être considérée comme actrice de ce film : elle est incarnée par un vrai musicien de cette époque, Tom Johnson, elle est présente pour accentuer certains moments-clés du film et pour faire la transition entre chaque scène.
Les décors sont filmés dans un certains ordre pour que l’on ne puisse pas sentir d’avancement dans leur odyssée, comme s’il tournait en rond alors que la plupart des scènes présentent une route droite. La nature omniprésente, pauvre comme à la ferme des Hogwallops ou riche comme dans les marais, contraste avec les villes qui ne représentent que des lieux de passages pour les personnages. Le braquage de Babyface Nelson à Itta Bena est un exemple. Les décors sont de véritables témoins de l’époque dans laquelle les frères Coen ont voulu écrire cette histoire.
O’Brother confirme donc le souci des frères Coen à retranscrire une époque de changements. Ici les lumières sont parfaitement cohérentes avec l’époque, elles ne paraissent jamais artificielles et la variation de leurs couleurs comme de leur intensité change la perception des décors et des émotions des personnages. Les décors, eux, rigoureusement fidèles à l’époque sont souvent vastes, renforçant l’errance des personnages. Ajouté aux décors, le son crée l’ambiance qui plonge le spectateur directement dans les années 30, à la fois par les bruitages renforçant le réalisme et par les musiques d’époque. C’est cette fidélité des décors, sons et lumières qui crée une harmonie particulière à cette époque et qui immerge le spectateur dans celle ci.

J-G Jablaczy / Cindy Guibouin / Bastien Henry / Félix Joubert / Iris Hauck
Thème de l’errance
L’errance dans O’Brother.
O’Brother est un film réalisé par les frères Coen en 2000. C’est un road movie où l’on suit les aventures des personnages durant une fuite ou un voyage. Ici ce sont trois prisonniers qui s’échappent du bagne, à l’époque de la Grande Dépression des années 30. Ils errent dans les grandes étendues du Mississippi en ayant pour but de retrouver leur liberté. L’errance signifie la déambulation, le voyage sans attaches. L’errance a une place majeure dans ce film, le lieu d’intrigue étant la route, et pas les lieux qu’ils traversent (c’est précisément le but du road movie). C’est pourquoi nous allons nous demander quelle est la place de l’errance dans ce film et quelle vision s’en dégage. Nous pouvons distinguer l’errance mentale et l’errance physique.
Force est de constater que l’errance mentale est liée au contexte du film. En effet, il se situe dans les années 30, période de grande dépression aux Etats-Unis qui fait naitre un changement d’époque. Le chômage et la pauvreté apparaissent, le climat mental est détruit. Les américains errent à la recherche d’une vie meilleure (liberté, travail). La première scène où l’on remarque cette errance de chômeurs est au début du film, lorsque Ulysses monte dans un train, et que les personnages dans le wagon sont justement pauvres et voyagent dans le but de trouver une vie meilleure, ailleurs. On voit également la pauvreté lorsque le cousin de Pete dénonce les trois échappés du bagne pour gagner la prime, même si c’est un membre de sa famille. On constate à cette époque l’apparition d’importants mouvements de masse religieux et de haine raciale envers les noirs. Dans l’oeuvre on assiste à deux cérémonies de ce genre : une première, montrant une procession de croyants qui souhaitent se laver de leur pêchés dans un fleuve, l’autre étant un rituel du Ku Klux Klan où les membres tentent de pendre le guitariste noir. L’apparition de ces mouvements de masse est la preuve que les américains ont perdu leurs repères, le monde est en train de leur échapper et ils tentent de de se rattacher à des croyances pour garder un univers de référence et un point d’ancrage dans la société.
Plus concrètement l’errance est synonyme de mouvement physique, de la déambulation et du voyage. Dans ce film les personnages sont en déplacement continu : ils marchent, utilisent des voitures volées ou font du stop. Ils n’ont pas de but dans leur voyage, mis a part le fait qu’Ulysse veut retrouver sa famille et a fait croire aux deux autres qu’ils sont en quête d’un trésor. Leur trajet semble aléatoire : dans la scène où ils prennent Tommy Johnson en stop, ils se situent justement à une intersection entre deux routes et ont le choix de la direction. Mais ils décident d’aller tout droit car peu importe où ils vont, ils veulent simplement échapper aux autorités qui les recherchent.
La place de l’errance dans le film est présente sous deux aspects, l’errance mentale et l’errance physique. Le passage de l’exil à l’errance dans l’oeuvre est traité avec humour et émotion. Les frères Coen ont ainsi allégé l’obscurité de l’errance.

Margaux Lecrenay / Clémence Germain / Jérémy Le Clair / Morgane Guyot
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