Compte rendu par les étudiants de Première année 2011-2012 de Géométrie de caoutchouc, d’Aurélien Bory. Représentation au Grand T le mardi 11 octobre 2011

Photo : Aglaé Bory
Présentation
Aurélien Bory est né en 1972 à Colmar. Aujourd’hui metteur en scène et chorégraphe, il a d’abord étudié la physique et l’acoustique architecturale avant de se former aux arts de l’acrobatie et du jonglage au sein du studio de création du Lido de Toulouse en 1995. Il y forme en 2000 la Compagnie 111 dans le but de faire fusionner les arts du cirque, la danse, le théâtre et les arts visuels. Il veut aborder ces thèmes par le biais d’un questionnement sur l’espace scénique.
De 2000 à 2005, il collabore avec Soltanoff pour la création d’une trilogie. IJK porte sur le volume, Plan B sur les plans et la géométrie variable et Plus ou moins l’infini sur la ligne.
Aurélien Bory centre ses recherches chorégraphiques et son écriture scénographique sur cette notion d’espace. Il considère que la scène délimite un volume utile qui devient pour lui un support de l’art soumis aux lois de la physique et qu’il faut aborder comme un problème mathématique à résoudre. C’est grâce au jeu des corps qu’il créé une harmonie entre l’espace et ses contraints physiques. La scène de théâtre devient un monde que l’homme ordinaire doit apprivoiser, dans lequel il doit trouver une place pour inviter l’extraordinaire. Au cirque, l’extraordinaire est attendu par le spectateur tandis qu’au théâtre, inattendu, il vient créer du merveilleux, de la magie et une certaine poésie qui font l’originalité du travail d’Aurélien Bory. L’intérêt pour lui est de toujours renouveler la forme de l’expression, sur cette frontière entre les disciplines. C’est le caractère indéfini de ces rencontres interdisciplinaires qui créé le lien, fait tomber la frontière et mène au questionnement de l’espace.
Ce renouvellement constant le mène à produire et à créer dans le monde entier, notamment en Chine. Il reçoit en 2008 le Prix « Créateur sans Frontières» bien nommé pour l’artiste qui tente de les effacer entre les différentes disciplines d’art scénique.
CARRE Marion – HILLION Josselin – BRUNEL Camille – CRAMER Typhaine

Illustration : TESSON Louise – THOMAS Morgane – THONNARD Matthieu – BAUCHET Simon
Géométrie de caoutchouc est une pièce de théâtre qui, sans parole ni texte, pose un questionnement sur les frontières et la limite qui existent entre l’espace et l’homme. L’interaction entre ces hommes et ce chapiteau qu’ils cherchent, qu’ils trouvent et découvrent, est à l’image du fil de la vie. Il est facile d’associer les étapes primordiales de la vie aux différentes scènes.
Tout commence par la naissance. Ces formes organiques que l’on voit à l’intérieur du chapiteau qui apparaissent et disparaissent, donnent l’impression que quelque chose se développe et évolue au cœur même de cette gigantesque masse lumineuse. Cela dure plusieurs minutes sur un fond musical calme et mystérieux, puis, tout s’arrête. Doucement des mains apparaissent puis des corps qui hésitent, qui semblent difficiles à maîtriser. Déjà habillés de grands manteaux, les acteurs ont l’air prêts à affronter la société, en contradiction avec leurs gestes maladroits tendant vers une découverte mutuelle.
L’absence de texte laisse le spectateur libre de sa propre interprétation, tout en étant guidé par la gestuelle, la lumière et le son vers une même idée: la vie. A l’image du cinéma muet, gestes et musique sont exagérés de manière à interpeller le spectateur et le garder dans un univers unique, où chacun a sa propre vision; d’autant plus que les spectateurs sont soumis à quatre points de vue différents.
Après la « naissance» , les circassiens prennent pleinement possession de leur environnement, en testent les capacités et les limites, en exploitent toutes les ressources, à l’image de l’homme sur la terre. Le chapiteau est mis à l’épreuve et résiste mais les acteurs finissent par démonter les cordes, le chapiteau est ainsi libéré et s’envole au-dessus de l’espace scénique. L’homme ayant poussé au maximum les limites du chapiteau, qui ressemble maintenant à une grande voile de caoutchouc, ils cherchent, en l’actionnant à l’aide de cordages comme une marionnette, à le ramener vers eux et à le faire redescendre. Le voile s’envole à chaque essai et ils essayent, en vain, de remonter dessus jusqu’à ce que la dernière corde cède et que ce poumon jusqu’alors plein de vie retombe sur le sol en expirant son dernier souffle. L’homme meurt en même temps que l’espace se dégonfle.
Curiosité et insouciance de l’homme qui croit maîtriser son environnement sans se rendre compte des conséquences de ses actes. En effet, l’homme veut tout avoir, il cherche la limite de l’espace, il en veut plus. Une curiosité attisée par la mise en abîme du chapiteau, le spectateur veut tout voir, voir les quatre côtés du spectacle que le metteur en scène exploite. Il a peur de manque quelque chose.
Les danseurs cherchent eux aussi l’espace, qu’ils exploitent au maximum grâce à la matière malléable qu’est le caoutchouc. La danse nous transporte dans un monde de délicatesse et de découverte: découverte d’un lieu, du contact avec les autres, des limites de l’homme et du lieu. L’homme cherche toujours à aller plus loin et à se projeter ailleurs pour découvrir.
TESSON Louise – THOMAS Morgane – THONNARD Matthieu – BAUCHET Simon

Illustration : JARNY Zoé – COSSARD-GUENNOC Yona – AMOSSE Valentin – MAUGARD Nathanaël – ROCHERON Clémentine
Hostilité de la Nature et de la Vie
La pièce de théâtre d’Aurélien Bory peut amener à cette interprétation: le jeu laborieux et muet des premières minutes intègre déjà pleinement le spectateur dans une notion de représentation de la vie sous forme chronologique. Au commencement, l’état fœtal est représenté sous la forme lactée de la toile et d’un mouvement des acteurs sous l’enveloppe maternelle du chapiteau. Puis vient la naissance avec la poussée des corps hors de la structure, suive des premiers pas des huit acteurs exprimés par leur danse maladroite et leurs chutes répétitives.
Ces « personnacteurs» , en grandissant, se confrontent à une nature hostile, représentée par la toile, et tentent inlassablement de modeler cette structure monumentale. Ce passage évoque, et ce jusqu’à la fin, la lutte de l’homme, dans son ambition, contre la nature qui, bien que modulable, reprend toujours ses droits. Parallèlement, les notions mathématiques, scientifiques, d’étude d’un lieu, qu’affectionne Aurélien Bory, sont retranscrites dans le jeu des poids: toile, hommes, poids… L’idée de pesanteur est, aussi, traduite dans les remontées perpétuelles de la toile par les « personnacteurs» , qui se concluent toujours par une chute.
Le mutisme, pilier de la pièce, renvoie à une référence culturelle ancienne. Ainsi, les « personnacteurs» transmettent émotions, souffrances physiques, etc. par le simple jeu des corps, qui deviennent des outils de communication. Ce silence empêche la communication dans le groupe, et donc la cohésion, ce qui amène alors l’homme à lutter seul contre les obstacles de la vie. Toutefois, la mise en scène fait que l’entraide est évidente et inévitable entre les acteurs à cause de la taille et du poids de la structure qui ne leur permettent pas l’individualité.
Enfin, les « personnacteurs» finissent, loi de la nature oblige, par être recouverts de cette toile qui met fin à leurs jours. La toile laisse échapper une dernière bulle d’air, derniers soupirs des personnages. Pour finir, nous pouvons affirmer que cette pièce nous évoque les grandes étapes de la vie.
JARNY Zoé – COSSARD-GUENNOC Yona – AMOSSE Valentin –
MAUGARD Nathanaël – ROCHERON Clémentine

Illustration : MICHAUD Mathieu – MARTIN Jimmy – THOMAS Mathias – CHAUMONT Thomas – JEGAT Marie
Dans Géométrie de caoutchouc, la dernière réalisation d’Aurélien Bory, l’originalité du décor est tout à fait remarquable, sublimé à la fois par le jeu des comédiens et celui des projections de lumières tout au long de la pièce.
Le metteur en scène installe le spectateur dans un chapiteau carré qui contient lui-même son double en miniature. La pièce commence, le petit chapiteau, objet de la pièce, s’éveille sous des nuances de couleurs chaudes dans une pénombre plutôt froide et laisse apparaître des silhouettes. Dès cet instant, le public est plongé dans un univers propice à l’imaginaire. Puis les parois du grand chapiteau s’animent grâce aux ombres projetées des comédiens, s’en suit un jeu entre les comédiens et le chapiteau, sur lequel ils grimpent, sautent, dévalent. Ils testent les qualités techniques du matériau, et finissent par détruire totalement l’édifice.
En effet, les personnages mettent en mouvement le chapiteau, tel un spectacle de marionnettes, laissant apparaître des visions fantastiques comme une raie manta ou une méduse flottant dans les airs. Après un long moment d’effort physique, comédiens et chapiteau retombent au sol, avec légèreté, sans vie.
Avec son installation anti-conformiste, Aurélien Bory offre un décor au spectateur libre de développer pleinement son imagination. En effet, l’idée du double chapiteau est de faire rentrer le public au cœur de la pièce. Il est difficile de situer la limite du décor, on pourrait se demander si le spectateur fait partie du décor…
Ce rapport que le public entretient avec le chapiteau est d’autant plus fort, par l’intermédiaire des odeurs de plastique se dégageant du chapiteau même. Cette ambiguïté est renforcée par les jeux d’ombres qui tapissent l’intérieur du grand chapiteau. On peut également noter la complexité du chapiteau, dont le poids est considérable, et qui est rendu manipulable, pour les comédiens, par un système de contrepoids. Le concept du chapiteau à quatre faces ajoute une originalité à la pièce puisque cela éveille chez le public la curiosité de savoir ce qui se passe aux autres faces du chapiteau. Cela mène également à une rotation du décor.
Pour ce qui est des costumes, on peut noter une certaine neutralité entre les hommes et les femmes, les comédiens portent en effet tous des parkas de couleurs neutres (bien que les femmes se différencient des hommes par le port d’une jupe) dans un souci de toujours mettre en avant le chapiteau.
MICHAUD Mathieu – MARTIN Jimmy – THOMAS Mathias –
CHAUMONT Thomas – JEGAT Marie

Illustration : BALLANDRAS Aurélien – JABLANCZY Jean-Gabriel – LE HENAFF Ségolène – PHILIPPE Antonin – VERGNOLLE Kévin
La lumière et le son sont deux éléments principaux et indissociables de la pièce car ils la font vivre, donnent le fil conducteur, apportent l’émotion et la cohérence de cette pièce. Nous allons donc porter notre attention sur la lumière, avec tous ses jeux, ce que cela nous évoque et comment nous l’interprétons. Ensuite, nous nous pencherons sur le son, son importance, les types de sonorités employés et à quels moments.
Au commencement, de la pièce de théâtre, nous avons pu voir que l’éclairage verdâtre provenait de l’intérieur du chapiteau. Cette lumière, ajoutée à la prestation des artistes, produisait des ombres en mouvement sur le bord de cette structure qui pouvaient être interprétées de différentes manières par les spectateurs. Ces jeux d’ombres nous ont donné l’impression d’assister à une échographie. Dans cette continuité, les luminaires étaient toujours à l’extérieur du chapiteau mais changeaient de couleurs pour les différentes étapes de la pièce. Pour commencer, on a distingué une lumière blanche qui nous a donné le sentiment du début de la vie, d’un enfant qui voit le jour. Puis une lumière rouge qui accompagne la montée des protagonistes le long du chapiteau pouvant signifier l’évolution constante de la vie. Ensuite, les acteurs qui sont au sommet du chapiteau jouent avec la lumière jaunâtre et verdâtre ce qui nous permet de distinguer le reflet des câbles mais aussi des ombres sur le grand chapiteau. Pendant ce temps, la toile se dégonfle et se gonfle et la lumière change en passant du rouge au vert et au rose. Tous ces éléments associés donnent, peut-être, à voir une fin de la vie.
Les sons dans la pièce Géométrie de caoutchouc sont divers et variés et agissent de manières différentes dans cette œuvre. Le piano est omniprésent dans la pièce : il apporte une ambiance parfois mélancolique, parfois oppressante .Il est une clé de voûte de la pièce. Ses apparitions sont durant des épisodes scéniques où les acteurs répètent les mêmes mouvements. Le piano apporte du relief à ces actions. Durant la pièce, on peut entendre des bruits métalliques qui sont en réalité des micros cachés dans la structure métallique du chapiteau et qui sont amplifiés durant la représentation. Ces sons sont présents à chaque fois que les acteurs éprouvent un changement radical dans leur jeu scénique. Ces bruits ont un rôle de rappel à la réalité pour les personnages et le spectateur : ils leur rappellent leur lieu et leur condition, c’est-à-dire, une structure instable et éphémère.
Nous avons pu voir précédemment que les sons, les lumières et leur mariage, nous évoquaient le déroulement de la vie. Nous avons apprécié cette pièce dans son ensemble malgré certains passages qui nous ont laissé dubitatifs. Cette pièce laisse, tout de même, une grande part d’imagination aux spectateurs grâce à son manque total de dialogue.
BALLANDRAS Aurélien – JABLANCZY Jean-Gabriel – LE HENAFF Ségolène –
PHILIPPE Antonin – VERGNOLLE Kévin

Illustration : AUBRY Arnaud – XAMBO Marie – COURTOT Matthieu – DE CARMEJANE Quentin – DANEK-BENAYOUN Alice
Géométrie de Caoutchouc est une pièce poétique, où Aurélien Bory met en scène de manière visuelle la forme du chapiteau, représentation par excellence du cirque, pour en faire sa sculpture. Il la plie, il la transforme, il la module, et c’est sur les multiples mutations dans l’espace que connaît cet objet mou que le spectacle se déroule. Pour cela, on a huit artistes issus du cirque, qui vont éprouver la forme et la matière. Ce sont des personnages « témoins » d’une expérience, d’une véritable lutte contre ce chapiteau. Un spectacle très physique pour ces acteurs qui jouent tant entre le mime que l’acrobatie. Pendant 1h15, on redécouvre cette forme qui nous cache tellement d’univers au début du spectacle, pour se faire progressivement mettre à nu, et faire disparaître des illusions pour en créer d’autres. Les sens de la forme sont divers, apparaissent des formes abstraites, et un cycle de la vie parfois cruel, parfois dur, où des hommes luttent contre tout pour arriver à se démêler, à rebondir, à s’accrocher. Tout cela de quatre manières différentes, puisque le spectacle joue sans cesse sur ses quatre cotés. Mais la magie de la métamorphose ne pourrait opérer sans les jeux de lumière, qui transforment notre manière de percevoir cette matière, et sur un piano qui accentue les effets qu’Aurélien Bory nous communique à travers sa scénographie.
Ce spectacle intriguant et mettant les sens en éveil a réunit plusieurs points de vue. Il a tout d’abord été possible de trouver cette œuvre sans texte étrange ou incompréhensible. Cependant une grande partie aurait trouvé ce spectacle subtil, étonnant et aurait compris le sens même de cette histoire contée. Les mouvements ont alors bien fait percevoir certains sentiments de lutte et d’animalité. La majorité des spectateurs a apprécié cette pièce de théâtre comme un vrai spectacle. Les jeux de couleurs et de formes ont séduit le public. En effet, cela est dû à cette mise en scène se rapprochant d’un ballet de danse moderne, avec pour partenaire ce chapiteau.
La pièce d’Aurélien Bory fait de nombreuses références aux mimes et ainsi, au cinéma muet. On pourrait penser au « Cirque » avec Charlie Chaplin. L’univers du metteur en scène fait également penser à celui de l’artiste contemporain Le Gentil Garçon, qui a lui aussi suivi des études de physique. Son travail est inspiré également par cet univers des sciences, comme on l’a vu au Lieu Unique dans l’exposition « La Grande décomposition ». Enfin, pour les jeux d’ombres et de lumières sur toile, il y a la pièce « Double je », qui est un spectacle de danse contemporaine de Pierre-Charles Durouchoux et Cathy Vergnes.
Géométrie de caoutchouc ou comment être à l’intérieur et à l’extérieur? Sommes-nous des acteurs ou des spectateurs ? Cette pièce nous fait réfléchir sur notre propre quotidien, de manière très imagée mais tout de même (métaphore de la naissance, etc…). Nous qui sommes si entrainés par des technologies et des modes de vie urbains et stressant, pouvons nous mener la vie que nous souhaitons vraiment ? Autrement dit, pouvons nous, nous aussi, modeler avec difficulté mais comme il nous chante, la vie que nous vivons ?
AUBRY Arnaud – XAMBO Marie – COURTOT Matthieu –
DE CARMEJANE Quentin – DANEK-BENAYOUN Alice
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