Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

5 février 2013    Cinéma · Théâtre   

Publié par l.vantorre

World of wires, Lieu unique

Compte rendu, par les étudiants A1, du spectacle World of Wires, joué les 8, 9 & 10 novembre au Lieu Unique, dans le cadre du Module de théâtre.

Illustration par RIO M., GERARD E., ALLEMON G., MONSIMIER L. et HU C.

Illustration par RIO M., GERARD E., ALLEMON G., MONSIMIER L. et HU C.

Présentation de l’auteur et du metteur en scène

La pièce World of Wires est une adaptation au théâtre du roman de Daniel GALOUYE, Simulacron-3. Auteur de science fiction féru de nouvelles technologies, il a été pilote de l’armée américaine, journaliste et enfin s’est plongé dans l’écriture de romans. Simulacron-3 a d’abord été adapté à la télévision allemande dans la série FASSBINDER ou « Le monde sur le fil », puis au cinéma en 1999 dans « Passé virtuel ».

Enfin, ce fut au tour de Jay SCHEIB, metteur en scène aux multiples facettes, d’entreprendre une adaptation théâtrale du roman. En effet il est metteur en scène, dessinateur, auteur de théâtre et d’opéra, professeur de musique et d’art dramatique et également professeur au Massachussetts Institut of Technology (MIT).

World of Wires, (traduisez « Un monde de fils ») est habité par une question qui perturbe le spectateur tout au long du spectacle : et si la réalité n’était pas réelle ? Cette simple réflexion suffit à nous plonger dans un sentiment d’incompréhension, et donne à la pièce une certaine ambigüité qui nous fait perdre le fil et remet en question le rapport entre le corps et l’esprit, la distance entre le réel et le fictif. De nombreux paradoxes sont traités dans cette pièce. Tout d’abord celui entre le temps et l’espace, puis nous trouvons celui entre le réel et l’irréel dans une même scène, intégrant la vidéo au théâtre. Il fait intervenir un tournage qui a lieu en direct des coulisses alors qu’on s’y cache traditionnellement, mais aussi le paradoxe de Zénon… Autant d’éléments qui réussissent à nous désorienter.

La pièce se déroule dans un univers où, grâce aux nouvelles technologies, nous découvrons que nous apparaissons dans notre propre passé. Pour obtenir cette capacité à « boucler la boucle », propre à la science fiction, SCHEIB s’est intéressé au rythme imposé aux recherches des nouvelles technologies. Il s’est également penché sur des travaux traitants de l’espace entre réalité et fiction, mais aussi des théories de pensée par l’image, le potentiel des membres humains, observé par W. Forsythe , ou encore, comment penser l’impossible en architecture, ce sur quoi a travaillé R. Koolhaas. On retrouve de ces diverses influences sur scène notamment dans le décor, pensé pour faire disparaître momentanément un personnage, par exemple, ou dans le jeu que SCHEIB impose aux acteurs. En effet, il souhaite que chaque acteur puisse traduire une pensée par son corps.

On peut imaginer que par cette pièce il se remet en question, en effet il pratique divers métiers partout dans le monde. SCHEIB a donc réussi à faire une analyse de l’abolition de la distance entre réalité et fiction, tout en remettant en cause la notion de l’identité. Ce qui lui a valu le Obie Award 2012.

Par RIO M., GERARD E., ALLEMON G., MONSIMIER L. et HU C.

Illustration par LECUYER E., IVART J., GUNET-CAPLAIN C., LEMARIE M et LEVY B.

Illustration par LECUYER E., IVART J., GUNET-CAPLAIN C., LEMARIE M et LEVY B.

Dès notre arrivée dans la salle de représentation, nous remarquons que la pièce a déjà commencé sans nous attendre. Cette mise en scène crée un fossé entre nous et les traditions du théâtre classique.

On peut remarquer qu’un mur est érigé et nous sépare de la scène ce qui est inhabituel dans le théâtre, c’est le début d’un long cycle de recherche du fil de l’histoire. Ce dernier nous force à regarder l’écran filmant en direct le jeu des acteurs. Nous devenons ainsi simple téléspectateur. La  barrière est ôtée par la démolition de ce mur improvisant une levée de rideau.

La narration rapide et dynamique est omniprésente dans une sensation de stress même d’oppression. La langue anglaise est simple mais d’un langage cru et familier. Suivre l’intrigue d’un bout à l’autre est tout de même difficile même sans la barrière de langue car l’un des objectifs du scénariste et de faire perdre la tête aux spectateurs. La scène est divisée en trois parties différentes qui se recoupent dans l’intrigue. Notre regard se perd dans cette mosaïque de plateau. Parfois, deux jeux de scène sont joués simultanément étoffant l’intrigue. La répétition de certains passages mais avec des acteurs et costumes différents ajoute à cette confusion.

La mort oubliée de certains personnages ajoute à la confusion du protagoniste principale Fred, ainsi qu’à celle du spectateur. Cette confusion est supprimée lors de la dernière scène entre Jinx et Fred bien que ceci ne puisse pas être le monde réel.

World of Wires s’achève par des coups de feu tirés par les comédiens nous visant. Peut-être que c’est le seul moyen pour nous de sortir de ce monde virtuel si proche de la réalité? Nous partons dans une confusion la plus totale, ne sachant jamais si nous sommes dans la réalité ou fiction. La complexité de la narration et la juxtaposition de saynètes sur le plateau nous a permis de perdre le fil de l’histoire. Mais peut-être était-ce le but de l’auteur ?

Par LECUYER E., IVART J., GUNET-CAPLAIN C., LEMARIE M., LEVY B.

Illustration par AUBRET L., AYS Y., HARDY P.-E., ROUSSEL Q. et SIMARD M.

Illustration par AUBRET L., AYS Y., HARDY P.-E., ROUSSEL Q. et SIMARD M.

World of wires – Performances scéniques

World of wires est une pièce de théâtre à première vue déstabilisante. Pour un public non averti, les différentes actions et dialogues semblent difficilement compréhensibles. La première expression qui nous vient à l’esprit est « POURQUOI ?» , voire « WHAT THE FUCK?»  en anglais, langue parlée dans cette pièce. C’est en analysant un peu plus les différents choix et procédés de l’auteur, que cette dernière prend tout son sens. Le jeu des acteurs par exemple n’est pas le fruit du hasard.

L’auteur de la pièce, Jay Scheib, s’est inspiré des écrits de William Forythe pour les performances scéniques. En effet celui-ci montre le potentiel des membres : chaque mouvement traduit une pensée. Ce qui explique les évanouissements soudains des personnages : l’esprit est choqué donc le corps le montre. Les sentiments des personnages sont décuplés par leurs mouvements mais aussi leurs interactions avec les décors. Par exemple quand le personnage principal (Fred Stiller) s’énerve au début de la pièce, il arrache le drap qui fait office d’écran sur lequel nous regardons les images filmées par le caméraman.

Mais le jeu d’acteur n’est pas propre aux comédiens, le caméraman aussi incarne les sentiments et émotions des personnages. En effet celui-ci réagit selon les tensions dominantes des scènes : si les personnages débattent vivement le caméraman se déplace nerveusement alors que si les personnages sont en scène dite » d’amour»  le caméraman est beaucoup plus langoureux. De même quand les personnages se dénudent (comme au jardin d’Eden), le caméraman en fait autant. Serait-il donc la représentation de la conscience collective, ou se déplacerait-il ainsi malgré lui, dicté par son inconscient ?

On remarque également que les comédiens changent de costumes à des fréquences assez élevées, comme des transformistes, on peut alors imaginer l’épuisement que cela engendre. De même que si ces derniers se contentaient de ne jouer qu’un seul personnage, tout cela serait bien trop facile, mais ce n’est pas le cas. En effet, certains acteurs jouent plusieurs personnages à la fois (y compris leur double numérique, leur programme). Prenons par exemple Fred, qui est joué principalement par un homme, mais qui à quelques moments de la pièce est joué par une femme aux cheveux courts. Ces détails ajoutent encore au harassement que donne ce jeu scénique.

En conclusion, le brouhaha visuel est lié aux sentiments retranscrits par les mouvements : leurs pensées sont donc perceptibles par le spectateur. Le cameraman ajoute quant à lui des informations par rapport aux ‘’sentiments d’ambiance»  par le biais de ses actions parfois imperceptibles. Le jeu de scène peut donc être clairement qualifié de performance scénique, car les comédiens confèrent une énergie spectaculaire à la pièce.

par AUBRET L., AYS Y., HARDY P.-E., ROUSSEL Q. et SIMARD M.

Illustration par BRUNET O., RIVAS CORDOVA T., BOURCIER A., FAVIER T. et DEFFAIN M.

Illustration par BRUNET O., RIVAS CORDOVA T., BOURCIER A., FAVIER T. et DEFFAIN M.

Costumes, accessoires, décors

Vingt heures trente passées, nous entrons enfin dans la salle de spectacle, encore inconscients de la tournure de la prochaine heure et demie.

Damn it! Nous voilà devant un écran, quelques boîtes de carton et un drap blanc masquent la scène. Bien que les acteurs ne se trouvent qu’à quelques mètres de nous, ce mur sépare notre monde du leur, ne nous permettant pas de les découvrir.  
Nous qui voulions voir un spectacle vivant, nous voilà ramenés à un écran bien familier. Nous comprenons que le jeu des acteurs doit être projeté sur le drap comme une scène de cinéma.

Notre perception du spectacle est encadrée par le metteur en scène, Jay Scheib, qui filme les acteurs en direct et dont les images forcément sélectives sont projetées à la fois sur le drap qui sert de toile de projection et sur deux écrans de télévision placés en hauteur de chaque côté de la scène, que nous n’avions pas remarqués à notre entrée.

Heureusement, plus de peur que de mal, au bout d’un quart d’heure, le jeu rocambolesque des comédiens fait effondrer le mur de carton (puis le drap), ensevelissant par la même occasion les deux premières rangées de spectateurs. Nous sommes libérés du point de vue subjectif de la caméra. Notre regard n’est plus guidé et nous découvrons un décor hétérogène, mixe entre un mauvais soap opera des années soixante-dix (pour la décoration kitch, à base de tapisseries à motif) et un décor à la Big Brother (pour les écrans et les miroirs). La présence de la caméra ne se fait pas pour autant oublier. Les écrans sont toujours présents sur scène, tout comme le caméraman qui tente tant bien que mal de se frayer un chemin entre les éléments de décor et le jeu agité des comédiens.

Quatre espaces se dessinent sur scène : un bureau, un salon, une salle de bain et un couloir rouge. Rouge, au sol, au mur, sur les corps et les visages. Nous voilà plongés dans les cavités d’un cœur en pleine fibrillation. Les miroirs qui s’opposent sur les murs des deux pièces principales créent une vision horizontale infinie. Par analogie des reality TV, on peut supposer que ces miroirs, les observent, eux, les personnages, dont on suit les évolutions selon les situations rencontrées. Ainsi, parmi les sept personnages,  six changent périodiquement de personnalité et par la même occasion de costume –on troquera la chemise-cravate pour le col roulé et le tailleur à rayure pour une robe orange-. Un seul personnage reste constant, Fred. Il est le seul à n’avoir qu’une identité, donc qu’une apparence. C’est lui en costume gris qui se transpose dans ces réalités parallèles. Sommes-nous témoins de ses propres hallucinations ? Les nombreux verres d’eau jetés à sa figure, semblent devoir le ramener à la réalité en le sauvant de ses cauchemars personnels.

La pièce se termine et la scène est devenue un chaos à l’image de ce qui se passe alors à la fois dans nos têtes comme dans celle(s) de Fred. Les chaises sont renversées, les tables boiteuses, les verres éparpillés, un matelas dans un coin et un arbre en travers d’une moquette imbibée d’eau. Les comédiens sont décoiffés, débraillés et transpirants. Nous sommes restés immobiles pourtant nous partageons l’impression qu’un ouragan nous a tous renversés. 
Sommes nous de simples éléments d’un décor virtuel imaginé par une entreprise de communication qu’un hacker aurait réussi à pirater pour nous communiquer la nature de notre (non)existence ?

Par BRUNET O., RIVAS CORDOVA T., BOURCIER A., FAVIER T., DEFFAIN M.

Illustration par LEDUC L., RIAUD T., LACOMBE E., KERLAU C. et PEIGNET C.

Illustration par LEDUC L., RIAUD T., LACOMBE E., KERLAU C. et PEIGNET C.

Un éclairage utilitaire et des sons oppressants

World of Wires s’insère dans un projet de Jay Scheib. Pour lui, cela signifie une autre façon de représenter le théâtre. Comme on a pu le voir dans la pièce tout est retranscrit par écran grâce à une caméra et au début de la pièce un grand mur de draps et de cartons blancs empêche le spectateur de voir ce qu’il y a derrière la scène. Le spectateur ne voit la scène que grâce à la caméra qui filme les acteurs jouer sur scène et qui projette sur le mur le film. Ensuite le spectateur peut voir grâce à des trous, des fenêtres dans ce mur ou des reflets dans le miroir et c’est avec cela que le metteur en scène souhaite jouer.

L’éclairage n’est pas un aspect dominant de cette pièce, il est essentiellement utilitaire dans le sens où son rôle est de bien éclairer la scène pour que l’on puisse bien voir les personnages, même si cela reste à nuancer. L’éclairage se fait essentiellement par spots au plafond et la scène paraît très lumineuse grâce aux reflets de la lumière dans les miroirs. Cependant, il y a quand même quelques effets d’éclairage, il arrive que la scène ne soit pas éclairée, la plupart du temps pour signifier la nuit par exemple quand Fred (le personnage principal) s’évanouit ou lorsqu’il fait l’amour avec la secrétaire. Dans la pièce il y a un autre moment sombre mais qui ne veut pas signifier la nuit. C’est lorsque le ministre venu pour exploiter la machine de simulation de réalité virtuelle sur le plan politique, se place face à la caméra et commence à faire une sorte de discours de manière très rapide sur les conséquences que la machine aurait sur le monde. Ce noir-là est complété par un éclairage du ministre, qui éclipse totalement les autres personnages pour un temps. Une autre sorte d’éclairage est présent aussi au tout début de la scène, quand Fred se connecte à la machine de simulation de réalités virtuelles et qu’il apparaît en femme. Dans ce monde virtuel, la lumière y est rouge.

Les effets de son sont plus variés, et ont une réelle importance dans la pièce. Tout d’abord la pièce a pour but de perdre le spectateur d’installer en lui la confusion, de l’oppresser et le son dans cette pièce dessert très bien ce but. En effet, il n’y a jamais une minute de silence, que ce soit les acteurs qui parlent, la musique qui est jouée, le bruit des détonations, ou de BIP, il n’y a aucun silence pour laisser le spectateur reprendre ses esprits. De plus, le niveau sonore est assez élevé, cela, partiellement dû à des micros sur les acteurs ou sur la scène, mais on entend distinctement chaque parole ou chaque tintement de bouteille. Il n’y a pas beaucoup de musique jouée durant la pièce puisqu’il y a énormément de dialogues, mais lorsque le ministre parle extrêmement vite à la façon d’un show télévisé de la machine de simulation, on entend une musique classique très connue. Le spectateur est totalement perdu entre le discours extrêmement rapide du ministre, la musique de fond et les sur-titrages qui ne suivent pas parfois. À la toute fin, lorsque Fred est sensé avoir réintégré le monde réel, on entend un chant d’oiseau, le bruit de la nature, peut-être pour caractériser un monde plus naturel et pour l’opposer au monde virtuel beaucoup plus bruyant et industriel avec des détonations et beaucoup d’agitation. On a aussi sur la scène, la présence d’un micro portatif, qui sert à Fred pour faire entendre son ronflement lorsqu’il s’évanouit, ou alors sujet de conflits entre les différents personnages pour savoir qui l’aura. Il rajoute encore une amplification du son qui vise à totalement submerger le spectateur et à, lui aussi, le perdre dans ces différents mondes virtuels.

Par LEDUC L., RIAUD T., LACOMBE E., KERLAU C., PEIGNET C.

Synthèse

Lorsque le spectateur entre dans la salle, il se retrouve face à une toile tendue et un mur de carton. On aperçoit alors les acteurs. Sont-ils déjà en train de jouer ou sont-ils dans les coulisses ? La pièce débute. Les personnages s’agitent. Le spectateur est face à l’écran mais n’est pas en contact direct avec les acteurs ce qui peut sembler étrange car c’est cette proximité qui fait la particularité d’une pièce de théâtre. Mais peu à peu les personnages détruisent ce mur. Le côté double scène est cependant conservé par le jeu d’écran disposé en hauteur de la scène et qui retransmet ce que le cameraman, présent dans la scène, filme. L’histoire est trouble. Le personnage principal, Fred Stiller, nous fait découvrir les mondes simulés par ordinateur et passe d’un univers à un autre. Le spectateur se retrouve alors perdu entre un monde potentiellement virtuel et le monde réel. Comment discerner le vrai du faux ? Le décor reprend des éléments très courants (mobilier, Pringles) ce qui trompe le regard. Sommes-nous finalement nous-mêmes dans un monde réel ou sommes-nous dans la représentation ? Cette idée de monde incontrôlable rend Fred désespéré. Il ne sait plus où il est ni qui il est réellement. Il n’est plus maître de la machine. On peut dire que cette pièce est perturbante, dérangeante, car elle nous questionne sur notre propre identité  ainsi  que  notre société qui tend vers un monde virtuel. 
L’auteur, Jay Sheib, éclate les frontières entre différentes disciplines (expérimentation, philosophie, science, technologies…) .Il remporte avec cette pièce le Obie Award.

Par CHARMEY C., PHAM H., BLOC E., SILLON R., THOMAS H.

Tags: Cinéma · Théâtre

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