Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

18 avril 2013    Non classé · Théâtre   

Publié par l.vantorre

Théâtre des opérations, 6 décembre 2012, Lieu unique

Compte rendu du spectacle Théâtre des opérations par les étudiants de Première année.

Illustration par BOULESTIN Camille - DANILO Eloïse et LEBRUN Charline

Illustration par BOULESTIN Camille - DANILO Eloïse et LEBRUN Charline

Pierre Rigal et le « théâtre des opérations »

Théâtre des opérations, créé et mis en scène par Pierre Rigal est un spectacle liant le théâtre et la danse.

Pierre Rigal a d’abord commencé dans le sport en tant qu’athlète spécialiste du 400m et 400m haies, il poursuit ensuite des études d’économie mathématiques pour enfin se diriger vers le milieu du cinéma. Il est titulaire d’un DEA de cinéma de l’École Supérieure d’Audiovisuel à Toulouse. Pendant sa formation, il croise le chemin de nombreux chorégraphes tels que Heddy Maalem, Bernardo Montet, Wim Vandekeybus et de metteurs en scène tels que Mladen Materic. En 2002, il intègre la compagnie de Gilles Jobin pour la création d’Under Construction et la reprise de The Moebius Strip (2003). En parallèle, il travaille en tant que réalisateur de vidéo-clips et de documentaires pour France 3. En novembre 2003, Pierre Rigal fonde la compagnie  « dernière minute  ». Il conçoit et interprète sa première pièce, le solo érection, co-mise en scène par Aurélien Bory. Pierre Rigal collabore beaucoup avec Aurélien Bory, metteur en scène, chorégraphe et acteur français. De 2003 à maintenant, Pierre Rigal jongle entre interprétation et création. L’ensemble de ses œuvres est basé autour de ses réflexions et de son vécu comme sa première pièce arrêt de jeu inspirée par un match de football joué en RFA qu’il a vu à neuf ans.

Théâtre des opérations a été écrite dans un contexte compliqué pour l’auteur puisque l’idée lui est venue dans une période de vide, de manque d’inspiration. Ce sont les performances des danseurs Coréens de Séoul qui ont donné l’idée d’un partenariat artistique à Pierre Rigal. Il s’est ensuite questionné sur la nature violente de l’homme et c’est cette réflexion qui articule le spectacle. Au travers de ces neuf danseurs se joue une guerre charnelle, abstraite, une mise en scène des confrontations entre les êtres. Et finalement l’homme revient à la civilisation, d’une manière étrange puisque les scientifiques qui au début mènent les opérations portent à la fin les mêmes masques inquiétants aux yeux rouges que la population qu’ils observaient au début.

Pour cette œuvre Pierre Rigal s’est inspiré du film La Jetée (1962) de Chris Marker, dans lequel les images, accompagnées d’une bande sonore, montrent une face de la réalité. Tout comme le film la pièce se déroule dans un environnement post-apocalyptique.

par BOULESTIN Camille – DANILO Eloïse et LEBRUN Charline

Narration

Avec Théâtre des opérations, Pierre Rigal soulève plusieurs problématiques comme celle de l’origine des conflits et de la violence qui sommeille, selon lui, au fond de chaque homme. Il s’interroge également sur la façon de retourner une situation de confrontation en une situation dite harmonieuse.

Pour cela, Pierre Rigal met en scène neuf êtres mouvants, silencieux et dont on ne distingue initialement pas les visages qui sont cachés derrière une chevelure noire transpercée par des yeux rouges flamboyants. Ils surgissent dans une atmosphère inquiétante et mystérieuse. Dans sa pièce, Rigal n’a pas une conception linéaire du temps, on ne différencie ni présent, ni passé, ni futur. Les tableaux s’enchaînent de façon anarchique, passant de scènes de conflit, à des scènes de souffrance due à la guerre, et paradoxalement à des scènes d’harmonie, de découverte innocente, allant même jusqu’au retour en enfance. Par ailleurs, à plusieurs reprises, le spectateur devient l’observateur observé, situation gênante qui crée une sorte de malaise constant.

Ces situations étranges installent une confusion permanente pour le spectateur qui peut alors interpréter librement ce qu’il observe. Or, il n’est pas le seul à examiner ces créatures étranges. En effet, on note la présence de personnages énigmatiques aux allures de scientifiques, cosmonautes …  qui sont en tout cas le reflet d’un futur inconnu. Ils interviennent très peu, mais sont omniprésents, ils sont l’élément déclencheur des questionnements de la pièce et c’est eux qui clôturent le spectacle. Au début de sa pièce, Rigal ouvre une parenthèse qu’il refermera astucieusement dans le tableau de fin en réutilisant les mêmes éléments que ceux de la scène initiale. Le spectateur quitte la pièce comme il l’avait découverte, laissant supposer qu’il pourrait s’agir d’un cycle.

par ROUSSELIN Elisabeth et MARHADOUR-SAVARY Camille

Illustration par MANDIN Laurie, PELE Emeline, PRIGENT Tanguy et BENETEAU Maxime

Illustration par MANDIN Laurie, PELE Emeline, PRIGENT Tanguy et BENETEAU Maxime

Face à la quasi totale absence de texte le metteur en scène Pierre Rigal propose un autre langage : le corps. Celui-ci devient alors  un moyen d’expression à part entière. Le corps est donc l’outil de construction principal de la pièce, ce qui n’est pas banal et ce qui accentue la notion de narration au biais du corps des personnages. En effet ce sont les mouvements, les expressions, les traits qui se dessinent qui permettent au spectateur de voir au-delà des mots.

Leur performance permet au chorégraphe de faire passer un message, des sensations , des idées. Celles-ci ayant lieu dans un théâtre : espace de confrontation cela marque d’autant plus l’envie du chorégraphe de nous parler de la guerre et de la violence qu’elle sous-entend entre les êtres. Différentes sortes d’êtres sont au fur et à mesure interprétés par les danseurs, ils s’approprient donc l’humain, le robot ou encore les animaux.

Ce sont leurs déplacements dans l’espace qui permettent au spectateur de les identifier peu à peu. Leurs gestes et attitudes ont été travaillés avec précision , par exemple lorsque les danseurs interprètent des bébés. Le spectateur reconnaît alors immédiatement la période de la vie humaine représentée : on peut donc relever le réalisme de la pièce.

Cette impression est accentuée par les déplacements déterminés et choisis par le metteur en scène pour ses danseurs. Ceux-ci étant nombreux, il y a alors un effet de masse ce qui amplifie le mouvement et son sens. Cependant comme dans toute civilisation certains dysfonctionnements se font ressentir, on peut constater que des éléments s’éloignent parfois de la masse et de son mouvement uniforme et continu créant ainsi une rupture.

De plus le réalisme prend part de la pièce lorsque les  danseurs observent le public en prenant place face à lui. Ainsi se crée un lien, plus ou moins positif selon les actions et les regards portés , en effet au départ lorsque ces êtres observent le public de leurs yeux rouges l’atmosphère devient pesante , cette sensation se retrouve lorsqu’ils pointent leurs armes vers nous . Alors le spectateur entre malgré lui dans l’intrigue de ce spectacle, il en fait alors partie intégrante. De cette façon le chorégraphe cherche à toucher le spectateur et à lui insuffler certains questionnements vis à vis de la relation entre l’Homme et la violence, et ce car le spectateur s’identifie aux acteurs.

par MANDIN Laurie, PELE Emeline, PRIGENT Tanguy et BENETEAU Maxime

Illustration par GAUDIN Lisa, LEMAITRE Angélique, GRAVELEAU Pierre et ROUSSEAU Eva.

Illustration par GAUDIN Lisa, LEMAITRE Angélique, GRAVELEAU Pierre et ROUSSEAU Eva.

Univers surréaliste

La lumière se lève au milieu de l’obscurité et laisse le spectateur découvrir un décor composé de tons noirs, dorés et argentés. Le sol est recouvert d’un papier rappelant les couvertures de survie. Ce décor nous emporte dès le début dans un univers surréaliste.

On peut qualifier ce décor d’évolutif : le sol, composé de couvertures de survie, se déchire vers les extrémités pour laisser place à la scène : « Le théâtre des opérations ». Les couvertures délimitent alors le terrain de jeu des danseurs.

De chaque côté, sur deux « tables » de contrôle sont posés des ordinateurs permettant de matérialiser l’univers des cosmonautes ; l’endroit à partir duquel ils observent les créatures.

Au dessus de la scène, un panneau affiche un texte lumineux rouge qui permet de suivre le cours des événements. A l’arrière de la scène, on retrouve également deux postes de télévision  faisant défiler des textes de couleur verte et des diagrammes d’analyse plongeant davantage le spectateur dans cet univers scientifique.

Sur le mur du fond, sont projetées des images de caméra qui scrutent les faits et gestes des « sauvages » comme s’il s’agissait d’un observatoire.

A certains moments du spectacle, de la fumée artificielle est projetée sur scène pour donner un effet de mystère et permet aux danseurs de se déplacer à l’abri du regard du public. A la fin de la  pièce, les individus reprennent les couvertures de survie laissées sur le pourtour de la scène. Ils les jettent au-dessus d’eux, jouent avec et les utilisent pour recouvrir leur tête. Ces couvertures passent alors d’éléments de décor à costumes.

Pierre Rigal met en scène deux groupes de personnages : les cosmonautes (observateurs et scientifiques), et les individus sauvages ou créatures (les danseurs). On les distingue facilement grâce à leurs costumes.

Les cosmonautes sont vêtus d’une combinaison qui rappelle les couvertures de survie du décor. Ils ont aussi un casque, leur visage n’est donc pas visible. Ils n’ont pas d’identité propre. On peut qualifier leur costume de très propres et évolués car faisant référence  aux vêtements de décontamination. Ce sont en quelque sorte des armures pour les protéger de  l’environnement extérieur et des créatures. Les scientifiques apparaissent en premier lieu. Ils scrutent le sol encore recouvert et s’aident de lampes torches puis prennent des notes sur  leurs ordinateurs et leurs calepins : ils observent et interprètent les actions des sauvages.

Ce costume sera conservé par les scientifiques en état durant tout le spectacle.

Les individus, ou créatures, ont quant à eux des costumes beaucoup moins « futuristes », ils sont composés de matières et motifs différents à la manière des patchworks. Les tissus sont très colorés et semblent être associés par hasard. Tout cela donne un esprit très sauvage à leur apparence et une idée d’identité propre à l’individu. L’association des tissus paraît involontaire mais créée paradoxalement une unité dans le groupe de sauvages : ils forment une meute composée d’êtres différents et complémentaires. Les danseurs s’animent dans la lumière. Certains portent des matières réfléchissant l’éclairage de la scène donnant ainsi un peu plus d’impact à leurs mouvements. Leurs costumes n’entravent pas leurs mouvements. Le code vestimentaire masculin/féminin a été conservé : les hommes dansent en pantalon et les femmes en jupe. Libre cours au spectateur d’imaginer que les costumes représentent le désordre ou la révolution.

Au début, les danseurs portent de longues perruques noires recouvrant entièrement leur visage. Deux lumières rouges sont placées sur celles-ci symbolisant les yeux. Ils dansent dans l’obscurité. Par ce costume le chorégraphe a représenté les danseurs comme des animaux sauvages et inquiétants.

Au tableau final, les danseurs se dévêtissent progressivement et apparaissent en sous-vêtements. Ils quittent leurs costumes pour revenir à l’état le plus naturel possible : la nudité ; qui est ici représentée par des dessous couleur chaire. Leur changement de costume s’accompagne d’un changement de comportement : les danseurs se voient imiter les actions d’enfants en bas âge. On pourrait donc penser que les vêtements symbolisent les acquis des individus au cours de leur vie et que sans eux, l’individu se voit redevenir un être à ses débuts : un être naïf, une page blanche.

Les créatures prennent ensuite possession d’armes fournies par les scientifiques au travers d’une malle. Elles s’amusent avec comme s’il s’agissait de jouets, sans prise de conscience. Puis, les danseurs reposent les armes dans la malle et s’en vont chercher des morceaux de couverture de survie pour les jeter en l’air et s’en amuser comme avec les armes. Les scientifiques prennent alors les armes en main et les sauvages se couvrent la tête avec le décor comme s’ils voulaient imiter le casque des observateurs. De plus, les observateurs ne portent plus leur casque mais la longue perruque noire qui appartenaient aux sauvages au début du spectacle.  Le spectateur peut donc alors conclure que les rôles des personnages sont inversés : chacun s’approprie un accessoire qui appartient normalement à l’autre groupe.

par GAUDIN Lisa, LEMAITRE Angélique, GRAVELEAU Pierre et ROUSSEAU Eva.

Illustration par POIDRAS Envell, COLAS Maud, LE PAIH Delphine et MADIOT Anaël

Illustration par POIDRAS Envell, COLAS Maud, LE PAIH Delphine et MADIOT Anaël

Dans la pièce de Pierre Rigal, Théâtre des Opérations, la lumière et le son sont primordiaux. En effet, dès le début de la pièce, le spectateur est plongé dans l’obscurité, et, par le jeu de lumière des lampes torches et des bruits de pas des scientifiques sur l’aluminium, le public est pris dans cette atmosphère intrigante et mystérieuse. Ce bruit seul attire l’entière attention de l’assistance ; la première apparition de musique donne la danse à la suite du spectacle. L’apparition de diverses lumières rouges qui fixent le spectateur renforce l’inquiétude ambiante. Le son est un véritable fil conducteur tout au long du spectacle, il sert la narration de par l’atmosphère et le rythme donné. Au cours de la pièce, la musique fait un va-et-vient entre calme et agitation symbolisant tour à tour les différentes étapes de la vie humaine : l’enfance, la guerre, la renaissance, les sentiments, la rupture, l’émerveillement… Des moments de calme permettent de mettre en avant des petits sons comme la respiration des comédiens, les rendant humains et individuels. La lumière rappelle parfois le lever du soleil, cette notion de cycle et de temps qui passe. D’ailleurs une fois la lumière faite sur les autochtones, l’éclairage devient de plus en plus sombre mettant en scène cette chute de l’Homme dans la violence et son irrésistible attirance pour celle-ci. Etant donné le peu de décors, la lumière met l’attention sur la tribu ce qui donne une impression d’observation, comme si le spectateur les surveillait dans leur habitat naturel. Les couvertures de survie agitées par les danseurs à la fin prennent des allures de feu de joie lorsque la lumière se reflète sur leur surface. Cette agitation petit à petit s’éteint et amène à la fin du spectacle. Une fin plongée dans le noir avec l’apparition de deux petites lumières rouges qui font référence aux yeux rouges du début laissant l’assemblée dans le questionnement et dans la remise en question.

par POIDRAS Envell, COLAS Maud, LE PAIH Delphine et MADIOT Anaël

Illustration par LANGE Antoine et MARZIN Carla

Illustration par LANGE Antoine et MARZIN Carla

« Tout mouvement de quelque nature qu’il soit est créateur. » Poe

C’est une création hybride, à l’image de l’originalité du parcours de son auteur. Pierre Rigal, signe la rencontre entre différentes pratiques artistiques, mêlant le spectacle de danse, à la pièce de théâtre, sur une musique soignée de Julien Lepreux. La pièce choque par son esthétisme, un travail visuel soigné et recherché appelant ainsi le spectateur à être toujours très actif : il y a toujours plusieurs choses à voir. La richesse scénographique, la multiplicité des supports employés et la multitude d’actions simultanées dans un espace largement occupé par ces acteurs, invitent le spectateur à déplacer le regard sur toute la scène. Les nombreux écrans et jeux de lumières en perpétuel mouvement et correspondance avec l’œuvre musicale et dansée participent au développement d’un sentiment de cohésion parfois trompé par la fragmentation du groupe de danseurs.

Ce qui participe à la singularité de la pièce Théâtre des opérations, est l’absence totale de dialogue entre les danseurs. La narration passe par les écrans, mais surtout par le jeu des comédiens et la chorégraphie : la danse et le théâtre de mouvement deviennent les outils du langage, la pièce se rapproche alors du spectacle de danse. Le jeu entre chorégraphie de groupe, individuelle ou bien en duo nous fait comprendre la représentation d’une civilisation, humaine ou bien animale, sujette aux conflits, à la guerre, à la violence. C’est autour de cette question que s’est articulée la pièce. Pierre Rigal a cherché une réponse à travers cette pièce au mystère de la guerre, en jouant sur les mouvements corporels des danseurs, leurs géométries et harmonies.

Théâtre des Opérations pourrait ainsi tirer son titre des confrontations au cœur des civilisations, qu’elles soient harmonieuses, ou bien à l’extrême opposé, génératrices de dysfonctionnements, de conflits et de guerres. En plein cœur d’un débat sur la guerre des civilisations, Rigal articule la pièce autour de deux questionnements : pourquoi l’humain est-il inexorablement attiré par le conflit et la violence, mais également comment peut-il passer de deux extrêmes, tomber dans le chaos puis revenir dans la civilisation ?

Ce qu’on peut mettre en lien avec cette fascination actuelle pour « la fin du monde », rappelant aussi la phrase de Picasso : «Tout acte de création est d’abord un acte de destruction » soulignant l’aspect cyclique de toute chose…

par LANGE Antoine et MARZIN Carla

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