Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

2 mai 2013    Cinéma   

Publié par Nicolas Thévenin

Akira

Compte-rendu du film réalisé par Katsuhiro Otomo, réalisé par le groupe E des A1, suite à la projection au Cinématographe le 8 novembre 2012.

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(Illustration : Julie Roy, Charlotte Ripaud, Louison  Guilbaud, Aurélien Jean, Jean-François Le Grand)

Présentation générale de l’oeuvre et de l’auteur

Katsuhiro OTOMO est né en 1954, au Japon, dans la préfecture de Miyagi.

Dès son premier âge il était fasciné par le monde de la bande dessinée et des films, une anecdote raconte même que durant les vacances scolaires il prenait un train de 3 heures uniquement pour en voir.

Il obtient son diplôme d’études secondaires en 1973 puis part aussitôt de sa province pour rejoindre la capitale Tokyo, en espérant devenir un dessinateur de mangas. Il fait ses débuts dans une bande dessinée publiée dans le magazine « Action » ou il dessine de courtes histoires adaptées du roman de Prosper Mérimée : « Mateo Falcone ». C’est en 1979 qu’il publie son premier ouvrage qui remporte un immense triomphe, celui-ci donnera suite à de nombreuses années de succès.

Cet auteur porte un certain intérêt au univers post-apocalyptiques et au formes qui évoluent pour devenir méconnaissables, cela vient peut-être d’un traumatisme dans son enfance, son frère l’avait emmené sur les lieux détruits pas la bombe Hiroshima, ses réalisations sont peut-être le reflet de ses souvenirs…

Katsuhiro Ōtomo est la figure de proue du manga moderne. On le considère comme l’un des importateurs de la culture manga en occident.

Il écrit et illustre la série Akira publiée de 1982 à 1990 dans Young Magazine. Sa richesse scénaristique, sa dynamique et sa qualité graphique ont participé à la diffusion du manga en Occident. En 1988 Katsuhiro Otomo décide d’adapter son manga en film d’animation alors qu’il n’a pas encore publié ni écrit la fin d’Akira.

L’univers de l’auteur est sombre, presque « post-atomique», il crée un monde apocalyptique marqué par la violence urbaine.

Il est le scénariste et le dessinateur des mangas suivant :

Hightway star (1979), Fireball(1983), Short Peace (1984), Zed (1991), Memories (1994), Pesadillas (2003), Hipira (2007), Steamboy (2009) où encore La Garde du Sultan (2011).

En 1984 il obtient le Grand prix Japonais de la Science -fiction pour Domu et en 1984 le Prix du manga  Kodansha pour la série Akira.

L’auteur a réalisé 7 films et en a produit 2. Il a notamment réalisé le début et la fin de Robot Carnival, puis a réalisé Akira qui popularisera ce genre de film d’animation, et qui deviendra un film culte. Il collabore ensuite au long métrage RoujinZ en 1991, puis réalise le film Memories en 1995. Il aide à réaliser le film Perfect blue puis le film Spriggan . Enfin, il scénarise l’adaptation du manga de Osamu Tesuka Métropolis réalisé par Rintaro.

En parallèle, il travaille depuis 8ans sur un long métrage d’animation appelé Steamboy (ce film garde toujours le thème de prédilection de l’auteur: la science-fiction, mais est moins violent, plus optimiste et s’adresse ainsi à un plus large public).

Le film d’animation Akira réalisé en 1988 est adapté d’un manga de science- fiction des années 1980. Influencé par  la contre-culture et les sciences humaines c’est à cette époque qu’apparaît une nouvelle vague de science-fiction (moins de narration, plus d’action et de violence) qui porte un regard critique sur notre société.

Le Japon est encore très marqué par le traumatisme d’ Hiroshima et de la seconde guerre mondiale. L’univers du  film est très pesant, la ville est omniprésente et semble étouffer la population. Elle pourrait faire référence à la puissance américaine qui occupe le pays suite à sa défaite en 1945.

Le personnage d’Akira est représenté sous la forme d’un petit enfant qui possède un pouvoir de destruction immense et incontrôlable : c’est la personnification de la bombe lâchée au-dessus de Hiroshima, elle-même surnommée «little boy».

La manipulation mentale (très utilisée pendant la guerre notamment par la CIA) prend également une part importante dans le film. Le personnage de Tetsuo tombé entre les mains des militaires en fait les frais. Le Japon prend peur de Tetsuo au fur et à mesure que son pouvoir grandit, ils craignent l’arrivé d’un «nouvel Akira», d’une nouvelle menace nucléaire lié à la course à l’armement durant la guerre froide.

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Lisa Gaudin, Clothilde Gourhant, Angelique Lemaitre, Antoine Stora, Lucie Vidal

Scénario

Tokyo 1988, une ville étendue sur des kilomètres, de grands buildings alignés, une explosion destructrice qui rase la ville : voilà comment se déroule la première scène du film.

Le scénario d’Akira est assez difficile à résumer car le film développe des points de vues tantôt parallèles tantôt opposés. L’intrigue se pose sur le personnage éponyme du film, Akira, et sur l’impact de ce derniers sur les différents protagonistes. Cependant deux personnages sont privilégiés dans ce film : Tetsuo et Kaneda. La trame est beaucoup trop longue pour être expliquée dans son ensemble, nous allons donc plutôt évoquer les enjeux du film.

Akira était un enfant qui, à l’issue de plusieurs expériences reçu un ensemble de pouvoirs surnaturels. Mais incontrôlable il mourra en utilisant ses pouvoirs à outrance. Trois enfants, ayant connus Akira et partageant les mêmes pouvoirs, survécurent à l’explosion de Tokyo. Leur but devient alors d’aider les hommes à se protéger du probable réveil d’Akira de Tetsuo. Celui-ci recevra une partie des pouvoirs d’un des enfants et cherchera alors Akira afin de savoir ce qu’il est. Il fera la découverte des échantillons cellulaires appartenant a Akira et mourra par la suite après avoir perdu le contrôle de ces pouvoirs.

Kaneda se lance à la cherche de Tetsuo afin de s’assurer de son état. Mais au fur à mesure il devra faire face à Tetsuo qui tentera par la suite de le tuer. Kaneda va se retrouver par hasard avec un groupe des révolutionnaires qui cherche à faire un coup d‘état dans l’espoir de changer la politique du Japon. Un ministre collabore avec eux mais pour des raisons financières ces derniers échoueront dans leur quête. Le colonel de l’armée est prêt à tout pour défendre Tokyo d’Akira. Il ira jusqu’à renverser l’état pour prendre le contrôle des armées. Ces histoires vont s’entrecroiser et se mêler les unes aux autres, toutes liées à la même chose : Akira, ce qu’il est, ce qu’il représente et son impact sur chacun.

Il s’agit donc d’un film de science fiction, dans lequel le réalisateur propose une vision possible du futur.

La destruction de Tokyo constitue le point de départ de l’histoire et correspond à la date de parution aussi bien dans le cas du manga, en 1982, que celui du film, en 1988. (Ceci étant valable également pour les différentes traductions du manga.) Donc, le réalisateur cherchait à créer un contexte fictif plausible, une réalité tangible, en situant son récit à la même époque que dans le monde réel, afin de faire réfléchir le spectateur sur sa propre réalité. Une fois le spectateur concernée, il projette l’histoire dans un contexte post- apocalyptique, teinté d’éléments propres au thème cyber-punk (cf Ghost in the Shell) comme les avancées scientifiques, la dystopie, le chaos aussi bien politique que social, etc. L’auteur intègre également un fait de société propre aux années 1980, utilisé comme une sorte de point d’ancrage du spectateur entre le récit et la réalité. En effet, à cette époque, il était possible d’assister dans les milieux urbains japonais à des rixes de jeunes sur motos, parfois sous substances illicites comme dans le manga. On retrouve cette idée, hormis l’usage de drogues, dans un autre manga, Young GTO voire GTO.

Ainsi, dans Akira, la jeunesse se retrouve au centre du récit, notamment au travers de la figure des jeunes motards. En effet, dans un monde instable où la majorité des adultes, normalement garant de l’ordre, ne possède plus aucun contrôle sur la situation, ne saisissent pas les enjeux ou multiplient les mauvaises décisions, comme par exemple le scientifique militaire ou les figures du gouvernement, les jeunes sont érigés comme les quasi-seuls maîtres et/ou acteurs du récit. Katsuhiro Otomo pose ainsi l’idée selon laquelle le monde appartient à la jeunesse. Ainsi, que l’a dit Joe Strummer, grande figure britannique du mouvement punk, « The future is unwritten. », ici c’est la jeunesse qui l’écrit. Or, le personnage centrale se trouve être Akira, un jeune garçon.

Celui-ci constitue une métaphore de la bombe atomique et du traumatisme qu’elle a engendré. Ainsi, l’auteur privilégie l’image pour illustrer ses propos plutôt que les dialogues. En effet, l’apparence que revêt ce pouvoir qui attire tant de convoitises et ici une référence au nom de code donné à la bombe larguée sur Hiroshima, « Little Boy ». Or, cette apparence au premier abord déconcertante permet au spectateur de projeter toutes ses craintes en ce qui concerne la science sur un personnage concret et non plus uniquement sur une idée abstraite. Ainsi, Akira n’est donc plus qu’une simple représentation de la bombe nucléaire, elle- même représentant une avancée scientifique et technique qui nous rapproche de la puissance « divine ». Il représente l’apogée des avancées scientifiques de l’Homme et de sa quête de suprématie. Cela reflète le caractère dangereux que peut supposer la volonté d’ériger l’Homme à l’état d’être suprême : ici Akira.

Akira signifie en japonais sous forme de kanjis, brillant, lumière du ciel, soleil, paradis. Akira se voit alors attribuer les atouts d’une divinité, celui-ci ayant développé ses aptitudes télékinésiques au point d’avoir un contrôle totale de la matière. Or, on retrouve l’idée selon laquelle le mental surpasse le physique, que la pensée surpasse les armes et que le fruit de la pensée peut détruire toutes choses. Or, Akira tend à n’être que le réceptacle d’un pouvoir immense, on peut donc en dégager l’idée selon laquelle à mesure que le pouvoir augmente, la part d’humanité s’éteint. Il est alors possible de faire un parallèle entre le personnage d’Akira, et celui de Jon Osterman, dit Dr. Manhattan en référence au projet Manhattan sur la bombe nucléaire, présenté dans le comic book Watchmen.

Toujours dans le thème du comic book, de l’avis même de Katsuhiro Otomo, la cape rouge porté par Tetsuo est un clin d’œil à Superman. Or, cela peut donc signifier que Tetsuo tient pour rôle celui du héros que l’on retiendra de cette histoire, et donc au vu de ses actions, Tetsuo constitue une sorte d’antihéros.

Le film Akira possède toutes les bases d’un manga ordinaire, un grand nombre de personnages, il aborde la notion de pouvoirs surnaturels, la destruction. Cependant, il se démarque des autres manga en tant que seinen, c’est à dire en visant un public averti et mature, traitant de sujets sérieux au travers de la fiction.

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Jean-Gabriel Jablanczy, Iliès Machou,
Paul Sagot-Duvauroux, Ronan Brishoual, Margaux Rivière

Jeu / interprétation

Akira, Dessin Animé Expressif, Caricaturé et Réalisme

Akira est un dessin animé japonais sorti en 1988. Il fut produit par  Katsuhiro Ōtomo, auteur du manga du même nom.

A/ Une Codification des Personnages   :

Dans Akira, les personnages sont identifiables grâce à des caractéristiques récurrentes dans le manga japonais, mais également dans leur façon d’être. On peut parler d’une caricature  ; par exemple, le savant fou ressemble à «   Einstein   », avec ses cheveux ébouriffés, son excentricité et son décalage vis à vis du monde extérieur. Il y a également le colonel Shikishima, figure classique du militaire (morphologie imposante, cheveux courts, etc), personnage ambigu, tiraillé entre ses propres convictions et les ordres qu’il doit appliquer. Les personnages principaux, Kaneda et Tetsuo  sont totalement opposés  : l’un est charismatique, leader d’un groupe tandis que l’autre essaye de s’imposer tant bien que mal comme chef des motards. Les personnages présentés dans ce film restent assez classiques avec des codes qui les caractérisent. Akira est le personnage revêtant la plus forte symbolique  : pouvoir, force, dégénérescence, etc. Ce petit garçon représente l’angoisse de la bombe atomique et en même temps le paroxysme de la violence.

B/ Une Gestuelle au Service des Émotions   :

La caricature rejoint également certaines expressions des personnages. Dans le manga, les émotions sont volontairement mises en avant (parfois exagérées ou amplifiées) et ce procédé ce retrouve dans Akira. Par exemple, on remarque que lorsque Kaneda s’énerve, les traits du visage sont beaucoup plus marqués, le corps lui même est sujet à des tremblements. De même le visage de l’enfant Takashi semble se déformer lorsqu’il a peur (yeux énormes, mains sur la tête, on peut même y voir une référence au Cri de Munch). Les expressions des personnages principaux révèlent leur confrontation. Tetsuo montre des signes de démence à la fin du film, dans son visage et dans sa voix. Son corps s’autodétruit à mesure que sa soif de pouvoir grandit et devient finalement une sorte de fœtus monstrueux ( Ce monstre peut être vu comme un reflet de la haine que porte Tetsuo au monde, haine qui devient finalement grossière, ridicule)

C/ Un Souci de Réalisme   :

Ce réalisme est visible dans le dessin des motos, rouages et machines, le réalisateur  Katsuhiro Ōtomo étant lui même fasciné par la vitesse, les motos. Ce réalisme sert les mouvements des personnages, par ailleurs les techniques utilisées participent à cette gestuelle ( plus de 160 000  cellulos, feuilles de plastique transparent, sur lesquelles ont peint à la main les différents éléments du dessin animé, ont permis de donner une authenticité aux figures des personnages , car dans le manga, les figures et dialogues semblaient figés).  Ce réalisme se trouve également dans les motos, des rayons lumineux soulignent la vitesse. La vitesse devient alors un élément physique, vivant. Les foules peuvent de même être considérées comme des éléments participant à ce mouvement, notamment dans  la confrontation avec les policiers. Ce réalisme est voulu de même dans la destruction des corps, aucun détail n’apparaît hors champs et cette brutalité s’exprime totalement dans la déformation ou l’explosion des corps. Les caractères des personnages sont sombres ( la violence est présente dès le début dans la course de motos mettant en scène des adolescents violents et révoltés contre la société ou dans le cas de Tetsuo, contre lui même). Les personnages sont de même fatalistes (comme Lady Miyako qui annonce la fin des temps) ou pragmatiques ( à l’exemple du colonel). Tout ce réalisme sert les mouvements, les expressions des figurants et annonce une certaine «   noirceur   » du récit et dans la façon d’être des personnages.

D/ Une Relation entre le Décor et les Personnages   :

La relation entre les décors et les personnages est très importante. Elle participe aux comportements des personnages. Neo Tokyo apparaît dans le film comme une ville imposante, en proie au chaos et écrase les personnages ( les bâtiments de l’arrière plan ne sont jamais vu en entier, la verticalité fait référence au film Metropolis qui met en scène une exclusion sociale  : les riches en haut et les pauvres en bas). Ils sont écrasés et expriment leur violence dans le but de survivre dans cet environnement hostile (de même Tetsuo et Kaneda sont orphelins, ils ne peuvent que compter sur eux même). La fumée qui apparaît régulièrement, met en scène le chaos et la destruction des personnages. Les corps et les décors, notamment à la fin du film se mêlent ( transformation de Tetsuo en un  monstre plutôt ridicule).

Julie Roy, Charlotte Ripaud, Louison  Guilbaud, Aurélien Jean, Jean-François Le Grand

Montage / cadrage / prise de vue

Akira est un film d’animation japonais sorti en 1988 au Japon, puis en France en 1991. A l’origine, c’est une série publiée dans un magazine japonais créée par Katsuhiro Ôtomo ; c’est cette même personne qui va l’adapter au cinéma. Le scénario se déroule dans le futur, en effet le spectateur est projeté en 2019 dans la ville de « Néo-Tokyo », construite après que Tokyo ait été complètement détruite par une troisième guerre mondiale. Nous allons étudier comment le montage, le cadrage et la prise de vues de ce film influent sur la perception du décor.

Cette œuvre cinématographique est composée de 160 000 cellulos qui, assemblés forment un long métrage de 2h05. Le montage a été fait par Takeshi Seyama. Les plans sont de courte durée et se succèdent sans transition particulière, hormis certains moments où l’on peut entendre un roulement de tambour ou encore apercevoir un flash .

Au début du film, quatre plans de coupe sont intégrés afin de poser le décor et de créer un environnement. Ceux-ci nous présentent la ville d’un point de vue aérien, nous avons l’impression que la personne qui filme est dans un avion surplombant la métropole. De plus, ces plans nous permettent d’apprécier la dimension imposante que dégage cette ville. Ces derniers ne seront plus utilisés par la suite. Dès le départ nous ressentons l’immensité de la ville dans laquelle se trouvent nos protagonistes et  l’impression d’emprisonnement que « Néo-Tokyo » procure de par un regard panoptique. En effet, cette dernière paraît être construite tout en verticalité dont les bâtiments bouchent l’horizon, on ne perçoit jamais les limites de cette ville, il n’y a donc aucune profondeur de champ.

Durant tout le film, la caméra semble se déplacer de façon lente. De gros plans sont effectués sur les visages des personnages afin de mieux nous transmettre les sentiments et les émotions qui les traversent. Par exemple, lorsqu’un personnage est triste, nous nous en rendons compte car le cadrage se fait de très près sur ses yeux humides et son front plissé de façon à ce que le spectateur puisse aisément comprendre  les émotions qui le traversent, chose que l’on ne percevrait pas aussi facilement si le cadrage se faisait de plus loin. En outre, nous pouvons remarquer que de nombreux montages de raccord dans l’axe sont présents. Ceux-ci permettent au réalisateur d’attirer l’attention sur un élément précis. Cette une manière judicieuse de guider le regard du spectateur.

Aucun hors champ n’est présent dans ce long métrage. Les scènes brutales et sanglantes qui, d’ordre générale, sont sensées être imaginées par le spectateur et non  illustrées, sont ici toutes montrées de manière crue. Cela permet au public de se rendre compte de la violence produite lors des scènes.

Certains plans de la ville rappellent clairement la vision générale de la ville du futur que peuvent avoir les auteurs de sciences fiction. L’organisation urbaine est établie sous forme pyramidale, en effet nous retrouvons une nouvelle fois la classe élitiste au sommet, les classes défavorisées en bas de l’échelle. Au sein de « Néo-Tokyo» le bâtiment dominant est celui de l’armée. Nous nous rendons compte que secrètement, ce sont les militaires qui gèrent la ville puisqu’au cours de l’histoire le général prend les pleins pouvoirs en ordonnant l’exécution d’un représentant de l’État.

Enfin, on peut dire que l’esthétisme du film est clairement mis en avant car il s’agit d’un manga. Le réalisateur a fait des choix de graphisme et pris des positions (scènes violentes, sanglantes, représentation précise des véhicules) ce qui donne du caractère au long métrage.

Nous pouvons en conclure que, même si Akira n’est qu’un film d’animation, le réalisateur a réussi à faire en sorte que le spectateur soit plongé dans l’immensité de «  Néo-Tokyo », qu’il ait lui aussi l’impression d’y être enfermé. De plus,  Katsuhiro Ôtomo a parfaitement gagné le pari d’adapter le manga en long métrage tout en conservant ses valeurs. Cette œuvre reste relativement esthétique, toutefois certaines images ne sont pas au goût de tous. Akira, malgré son âge certain est intemporel grâce à la qualité du graphisme et est un classique dans l’univers de la science-fiction.

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Camille Bloc’h, Barbara Bourges, Sophie Clero, Jérémy Ivart, Julien Roussin, Félix Samson

Eclairages / son / décors

Géométrie, couleurs et musique du chaos

« Tokyo s’apprête à voir du changement. Cette ville est déjà saturée, elle devient un fruit trop mûr, ça commence à puer. Mais il y a une nouvelle graine qui germe à l’intérieur. Il ne reste plus qu’à attendre que le vent souffle et le fruit nous tombera dans les mains. Attendons le vent appelé Akira.« 

Akira est un film d’animation japonais futuriste dont l’intrigue se déroule dans la mégalopole de Tokyo. Le décor principal du film est une projection de la ville en 2019, Néo-Tokyo, ville tantôt saturée, désaffectée, détruite, ensevelie ou brûlée. Les bâtiments gigantesques, qui rappellent ceux de Metropolis, forment une enveloppe verticale emprisonnant les personnages. Dans cette architecture, le ciel n’est jamais visible (excepté dans les images des souvenirs du passé et de l’enfance).

La ville est en permanence dans le chaos et l’obscurité. Les personnages qui sillonnent dans la nuit imposent un rythme visuel fort de contrastes de couleurs, de lumières artificielles et de formes géométriques. L’arrière-plan reste fixe. Une traînée de points lumineux précède les véhicules qui circulent, donnant une image semblable aux photos des villes de nuit prisent avec un long temps de pause. Les lampadaires offrent des taches de lumière fondues (cercles ou faisceaux lumineux) qui viennent faire courir les ombres opaques des personnages en mouvement. Une explosion fait surgir une fumée épaisse, nette et impénétrable. Cette animation rythmée impose une sensation de désordre général.

Les couleurs sont ternes, grisâtres et salies. Il n’y a pratiquement pas de blanc pur. Cependant 327 couleurs ont été utilisées dans ce film. La teinte majeure est le bleu/vert, la couleur des néons de la ville. C’est la tendance esthétique des films de science-fiction des années 80. Une seconde couleur prend une place importante : le rouge, qui s’oppose au vert (le vert des machines, de la science expérimentale, des costumes portés par les politiciens et les scientifiques). Les héros du film portent tous cette couleur sur leur vêtement ou par touche avec un accessoire (la moto et la veste rouge de Kaneda etc.). Le plan de la cellule métallique qui enferme Akira révèle l’importance du sens de cette couleur : l’image est totalement grise et seule la lumière rouge au-dessus de la pancarte Akira clignote. Le drapeau rouge des révoltés qui manifestent est le seul élément coloré qui ressort dans l’obscurité du chaos. Le rouge, couleur du danger (et du gore, dans le dessin du sang représenté en abondance par du rouge vif) mais également porteur d’espoir (sens de cette couleur au Japon).

Si les actions évoquent un certain désordre, le détail des images n’est pas pour autant négligé. Comme dans beaucoup de films futuristes, l’auteur ici accorde beaucoup d’importance aux éléments urbains (exemple de la scène du bâtiment principal qui est un même plan et une même image simplement zoomée, comme un travelling, qui révèle la richesse des détails de l’architecture). Ce goût du détail est également visible dans le dessin de la technique : machine, lieu médical, rouage, mécanisme, etc.

La bande son du film vient compléter cette sensation de chaos qui s’empare de la ville. La musique ici, utilisée avec parcimonie, annonce deux discours : elle donne le ton de la violence ou prévient d’un élément surnaturel. L’action, comme les courses poursuites, est soutenue par une musique rythmée et nerveuse, faite avec des percussions africaines et xylophones indonésiens. En opposition, un élément surnaturel est annoncé par un « gong»  et est suivi d’une musique classique douce ainsi que d’étranges voix solistes. La musique est empreinte de tradition japonaise et de modernisme.

Les bruitages ont également leur place dans le film et renforcent l’idée de chaos et de violence : bruitage des machines, de la destruction et de l’explosion, des râlements des personnages, des coups, des chocs, des alarmes, des crissements de pneus, des pas précipités etc.

Malgré des scènes d’actions de l’ordre du surréalisme, le film reste ancré dans une intrigue contemporaine de l’époque du film. Une des scènes finales qui évoque une action fantastique est ancrée dans un décor réaliste (le stade d’athlétisme). Le lieu choisi renforce la sensation de plausibilité. Dans cet univers futuriste, le réalisme verbal s’oppose également à l’image.

Le psychédélisme de la musique et le dynamisme des formes géométriques, qui opposent l’architecture et la lumière, offrent une fable futuriste dont l’atmosphère pesante et chaotique s’empare de la ville et de ses personnages.

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Caroline Conta, Emeline Pelé, Mathilde Pineau, Camille Vernet, Eva Rousseau

Thème du futur

Akira : un futur chaotique révélateur de la psychologie de l’auteur

Dans le film Akira (adaptation du manga du même nom), l’auteur Katsuhiro Otomo nous propose un regard personnel sur le futur, influencé par sa culture japonaise très marquée par diverses catastrophes telles que les tremblements de terre, tsunamis et bombes nucléaires. Enfant d’Hiroshima, ses œuvres reflètent sa vision de notre avenir. On peut donc se demander comment, en 1988, le réalisateur d’Akira envisage le futur.

La lumière est, dans ce film, un synonyme de richesse et de progrès techniques. On citera pour exemple, les rais de lumière que laissent les motos sur leurs passages, les hologrammes publicitaires que l’on découvre dans les quartiers riches, les faisceaux élévateurs qui permettent aux personnages d’accéder au vaisseau de l’armée (lévitation) et les néons. Par opposition à la lumière, l’ombre, son complément, illustre la pauvreté, l’inquiétude, l’oppression ainsi qu’un état d’esprit sombre : la psychologie des personnages.

La fumée, autre élément principal du film, sert, quant à elle, à illustrer que tout se désagrège et que rien ne reste entier, constant. On peut relever l’usage permanent de fumigènes lors de combats entre gangs et autres manifestations de violence. Elle permet également de créer une atmosphère angoissante. De plus, elle mystifie les personnages (découverte d’Akira pour le spectateur) et crée un certain suspense autour de la trame du scénario.

Les deux éléments précédents se retrouvent dans les explosions qui martèlent le film. Ces dernières nous conduisent à une destruction permanente qui suppose une reconstruction cyclique. Dans Akira, Tokyo a déjà été remplacée par Néo-Tokyo, qui va être détruite et remplacée à son tour. Dans le futur, l’architecture urbaine est novatrice, car la verticalité de la ville est poussée à l’extrême. En effet, dans ce film l’horizon est bouché par cette muraille d’immeubles. La nature, par ailleurs, a disparu au profit de la technologie et des constructions urbaines.

D’autre part, cet empiètement de la nature se retrouve également dans la manipulation du génome humain. Comme par exemple, le scientifique fou qui intervient dans le code génétique d’enfants afin d’amener la race humaine à une étape supérieure de son évolution. En effet, dans le futur imaginé par l’auteur, l’Homme est à un tournant de son évolution. Celle-ci est accompagnée de celle des machines, qui ne tarderont pas à prendre le pas sur l’Homme (confère le bras robotique de l’adolescent doté de pouvoirs, Tetsuo). Mais, cette relation, qui fut symbiotique entre l’Homme et sa machine (Kaneda et sa moto rouge), devient parasitaire et destructrice.

En parallèle, dans Akira, donc dans la vision du futur d’Otomo, la politique et le pouvoir en général sont vus de manière négative. En effet, ils sont représentés par des vieillards corrompus et assoiffés d’argent. De plus, les femmes en sont absentes ou réduites à l’ignorance ou au mutisme. Ce phénomène est constant dans le film, on peut citer le cas de l’amie de Tetsuo.

De manière générale, Akira est un film sombre, où l’espoir est un fil conducteur infime matérialisé par un ensemble d’éléments, dont une sphère lumineuse (voir illustration). Cette forme sphérique est reprise dans le thème même du film, où le futur est un éternel recommencement, un cycle. Pour l’auteur, le futur est également une destruction de l’Homme par lui-même, ou, comme dirait Freud : « L’Homme est un loup pour l’Homme. ».

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Diane Sevault,  Chloe Gunet-Capelin  Shuhan Wang,  Charline Finster,  Sébastien Fraboulet, Lorelei Watier

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