Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

2 mai 2013    Cinéma   

Publié par Nicolas Thévenin

Bienvenue à Gattaca

Compte-rendu du film d’Andrew Niccol, réalisé par le groupe G des A1, suite à la projection du film au Cinématographe le 17 janvier 2013.

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(Illustration : François Nikolenko, Pierre Arassus, Arthur Bizet, Madeleine Melle, Ophélie Herdzik)

Présentation générale de l’oeuvre et de l’auteur

Bienvenue à Gattaca est une oeuvre réalisée par Andrew Niccol, cinéaste Néo-Zélandais né en 1964. Homme de télévision à ses début où il travaille dans la publicité, il décide par la suite de se consacrer aux longs métrages. Ainsi, c’est notamment à lui que l’on doit The Truman Show, Lord of War, plus récemment Time Out, mais surtout Bienvenue à Gattaca.

Ce film est d’un genre bien particulier, celui de l’anticipation ; lié au genre de la science-science, dans la mesure où il fait référence à un futur plus ou moins proche. Ce choix nous fait comprendre de manière plus évidente que ce film n’est finalement pas si utopique que cela, et nous situe alors le film dans une réalité proche où tout ce que l’on voit est transposable aujourd’hui, des décors jusqu’aux questionnements sur les dangers et limites de la génétique moderne.

Dans Bienvenue à Gattaca, ce futur est marqué par le pouvoir qu’ont les hommes dans cette société où le hasard n’a plus sa place, de choisir et contrôler les génotypes des futurs nouveaux-nés, dans le but de créer un être se rapprochant de la perfection et ce, sur tous les plans : aussi bien physique que mental. Ainsi la Génétique a pris le pouvoir dans cette société prônant la perfection, et classe les individus en deux catégories : les «  valides  », conçus par sélection de leur meilleur génotype possible dont tous les défauts sont éliminés avant la naissance, et les «  invalides  », conçu sans assistance de manière totalement naturelle.

Vincent, le héros de ce film, est le fruit d’une conception naturelle, et donc invalide : il est plus susceptible de contracter des maladies ainsi que d’être promis à une mort précoce. Il est poussé par son rêve d’enfant qui n’est autre que celui qu’offre la société GATTACA qui entreprend des voyages dans l’espace. L’une des premières difficultés qui se heurte à lui, n’est autre que le fait que seul les meilleurs des «  valides  » sont admis. Mais Vincent ne baisse pas les bras et poursuit son, rêve avec l’aide précieuse de Jérôme Eugène Morrow, un «  valide  » paraplégique à la suite d’un accident. Il usurpe son identité par un lourd échange quotidien de cellules corporelles, parvient ainsi à tromper le système mis en place par les autorités, et entre dans la prestigieuse société de GATTACA. Malheureusement pour lui, l’obscur assassinat du Directeur de la Cité des Étoiles vient bousculer son rêve : les contrôles d’identités se voient renforcés, et les analyses génétiques multipliées. Toutefois il trouve une alliée en la personne d’Irène, une «  valide  » dont il tombe amoureux.

Dans ce parcours du combattant, Vincent comprends rapidement que malgré les gênes inscrits dans son sang à la naissance, rien n’est écrit, et tout est possible. Il est guidé par sa volonté et comprends que celle-ci transcende la génétique : elle est la clef de la réussite. La génétique ne peut pas déterminer un être, sa personnalité, sa place dans une société et son avenir.

Le thème principal du film Bienvenue à Gattaca est assurément celui du biocontrôle, permis par la manipulation génétique in vitro. Il s’articule autour d’une citation du prix Nobel de médecine James Watson, qui a reçu le prix en 1962 avec Wilkins et Crick (ils ont découvert la double hélice de l’ADN) : « Nous avons longtemps pensé que notre futur était dans les étoiles, maintenant nous savons qu’il se trouve dans nos gênes « . Le film alimente un véritable débat sur l‘étique des manipulations génétiques, en posant ses extrêmes et ses limites. En se demandant quel sera le destin de l’homme poussé par sa quête prométhéenne du pouvoir ? Le signataire novice de ce chef d’œuvre souligne alors le rendu supposé idéal d’un monde aseptisé, net, lisse, déshumanisé, uniformisé et impersonnel, dépouillé de toute nature, entièrement façonné par la main de l’homme. L’individu disparaît alors totalement de la société …

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Martin Cousseau, Frédéric Laval, Carla Marzin, Théophile Collet, Guillaume Bougro


Scénario

Un combat pour la liberté

Synopsis du film :

Dans un futur indéterminé mais assez peu différent du nôtre, dans une société où le hasard n’a plus sa place, la génétique a pris le pouvoir et classe désormais les individus en deux catégories selon leurs aptitudes physiques et intellectuelles : les Valides, à qui sont exclusivement réservés tous les postes de responsabilité, et les Non Valides qui sont assignés aux taches inférieures. Vincent et Anton Freeman, deux frères aux talents différents, rivalisent dans les défis qu’ils se lancent. Mais Vincent, atteint d’une malformation cardiaque et Invalide, ne peut, à l’inverse de son frère, ambitionner d’être recruté à Gattaca, la Cité des Etoiles, réservée aux Valides dont la mission est de former et d’envoyer des astronautes coloniser l’espace. Pourtant, par sa volonté et grâce à la complicité de Jérôme Morrow, un Valide exclu de Gattaca suite à un accident qui l’a laissé paraplégique, il parvient à tromper le système mis en place par les autorités et à se faire passer pour Jérôme. Malheureusement pour lui, le Directeur de la Cité des Etoiles est assassiné pour d’obscures raisons. Les contrôles sont alors renforcés et les analyses génétiques multipliées. Vincent, soudainement en danger, trouve toutefois une alliée à Gattaca en la personne de Irène, une Valide dont il est amoureux. L’étau se resserre pourtant. D’autant plus que Anton, son propre frère, plus zélé et plus soupçonneux que l’inspecteur Hugo, est sur le point de le démasquer. C’est alors que Jérôme se suicide en se faisant passer pour Vincent. Dès lors, l’assassin du Directeur étant arrêté, plus rien ne s’oppose à son rêve : il peut enfin monter à bord d’une fusée envoyée aux confins de l’Univers !

Analyse du scénario :

Une première remarque s’impose, c’est un film de science-fiction qui n’utilise que très peu de codes visuels que l’on lui connait, ni trucages, ni décors futuristes voir extravagants. Le film annonce en préambule : « Cette histoire se déroule dans un futur proche ». La force du film est de nous proposer un univers et un cadre à la fois familier et décalé, fait de bâtiments fonctionnels, de longs couloirs, d’immenses espaces impersonnels, d’êtres anonymes, canalisés, surveillés, contrôlés, qui se croisent, silencieux et indifférents, comme des exécutants dociles à leur tache quotidienne. Cet ensemble créer un climat qui nous plonge dans un monde dépaysant qui ressemble au notre mais dont les règles nous paraissent insolites voir incompréhensibles. Les personnages qui habitent ce monde futuriste ajoute un malaise suplémentaire par leurs regards inexpressifs, leurs visages impassibles, comme vide de toutes émotions. S’ajoute à cela une froideur, une lumière sans éclat qui baigne le film dans des couleurs brunes et désaturées qui contraste nettement avec l’aspect bleu métallique du générique. A Gattaca, la chaleur des sentiments s’en est allée, remplacée par ce que l’on pourrait appeler une déshumanisation qui accentue la solitude de personnages réduits à leurs seules fonctions utilitaires. Nul sourire, nul éclat, mais une triste réalité qui définit un unviers pour le moins oppressant.

Andrew Niccol nous plonge dans une société régie par une loi, celle de la génétique. Une théorie qui se fonde sur une mise aux normes dont l’efficacité vient à écrasser l’humanité. Une mise aux normes qui tend d’une part à une discrimination envers les non-conformes que ce soit physiquement ou intellectuellement et d’autre part, à une suspicion à l’encontre des supposés déviants. Bienvenue à Gattaca s’appuie alors sur une intrigue des plus captivantes : Vincent a-t-il les moyens de s’introduire dans la Cité des Etoiles et de réaliser son rêve ? Les Autorités découvriront-elles la supercherie échafaudée entre Vincent et Jérôme ?

En outre, l’intrusion de Vincent et l’enquête qu’elle déclenche, qui tout au long du film se lient et maintiennent un suspens qu’Andrew Niccol réussit à rendre l’intrigue sans cesse prenante à l’aide de quelques scènes marquantes, fortes et inatendues (le bain de mer en forme de duel extrême, les détails de la supercherie, la descente de police dans le night-club, la traversée de la route au milieu du trafic des voitures, etc.) Le réalisateur nous dévoile un récit innovant à propos d’une thématique somme toute classique : la lutte entre la soumission et l’autorité. L’autorité représenté par les êtres génétiquement parfaits et sélectionnés, qui sont appliqués aux taches intellectuelles, et au contraite, la soumission laissée aux êtres non-conformes qui reste cantonnée aux taches ingrates de ce monde futuriste. Vincent est dans ce film le symbole de la transgression de l’ordre établi. Contre toute attente et avec la complicité de quelques individus Vincent finira par atteindre son rêve, son but. Si l’on en croit la dernière phrase prononcée par Vincent à bord de la fusée traversant l’espace « On dit que chaque atome de notre corps a fait partie d’une étoile. Peut-être que je ne pars pas. Peut-être que je rentre chez moi », un retour vers les origines du mystère et du sens de l’univers… Bienvenue à Gattaca nous interroge sur notre la Société et l’avenir de l’Humanité.

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Paulin Giret, Hugo Desjardins, Otmane Essibari, Adrien Fontaine, Line Richardeau, Arthur Lefevre


Jeu / interprétation

Nous allons étudier le film d’Andrew Niccol intitulé  Bienvenue à Gattaca, réalisé en 1997. Dans ce film trois acteurs principaux se distinguent : Ethan Hawke, Jude Law et Uma Thurman.

Nous allons nous intéresser à ces acteurs et à leur manière d’interpréter leur rôle.

Les acteurs :

Andrew Niccol a choisit de réaliser son film en faisant intervenir de jeunes acteurs en devenir.

Commençons par établir le profil professionnel d’Ethan Hawke. Ce jeune acteur de 27 ans à l’époque a débuté dans le cinéma en 1985 et a joué dans 17 films avant Bienvenue à Gattaca dont le film Le cercle des poètes disparus en 1989 qui lui a permis d’obtenir une certaine renommée. Cet acteur a donc une expérience avertie de la caméra et sait se montrer professionnel.

Uma Thurman a également joué dans de nombreux films avant celui ci depuis 1988. En effet à 27 ans elle avait déjà tourné dans 16 films d’où son professionnalisme reconnu dans Pulp fiction.

A l’inverse Jude Law, acteur britannique de 25 ans, n’était pas très connu. En effet, il a joué dans « seulement » 8 films depuis ces débuts en 1989. Il avait donc moins d’expérience que ces autres partenaires.

Andrew Niccol signe son premier long-métrage avec Bienvenue à Gattaca et c’est donc la première fois qu’il travaille avec ces acteurs.

Le jeu :

Dans ce film où la perfection et la standardisation sont prônées, les acteurs reflètent ces aspects par leur droiture de gestuelle. On peut caractériser ce phénomène par l’emprise de la science sur la nature de l’Homme qui conduirait à la robotisation de l’humanité : l’homme est programmé avant sa naissance pour en faire quelqu’un de parfait pour leur société comme la création d’un objet ou d’un robot.

Pour marquer cette caricature de la mécanisation, leur gestuelle est saccadée et non naturelle, leur corps reste droit et figé. Leurs déplacements marquent une détermination forte et une volonté d’agir avec perfection et droiture. De plus nous avons remarqué qu’ils font tous la même taille, ils ont tous les mêmes gestes comme quand le directeur de vol se fait tuer, ils se regroupent tous au même endroit et ont tous les mêmes réflexes. Cela peut nous faire penser au film de Jacques Tati, PlayTime, dans lequel il y a une standardisation des voitures. Leur voix reste toujours neutre et leur ton est calme, même dans les moments les plus critiques : leur voix ne traduit pas leurs sentiments notamment dans la scène de danse ou lors de leur fuite. Irene est la seule à faire un sourire sur son lieu de travail. On ne perçoit pas d’amour dans leur tonalité mais on le ressent dans leurs yeux. En effet tout se passe dans le regard, dans ce dernier on peut y voir une hiérarchisation et des rapports de force. C’est dans les yeux que l’on distingue les choses qu’ils tentent de cacher avec leur corps ou leur ADN, comme lorsque Jerome cache son identité en se grattant la peau pour retirer toute trace de sa véritable personne.

L’interprétation :

Ethan Hawk  et Uma Thurman ont des attitudes stylisées, glacées et intelligentes dues à leur métier, ils sont censés représenter une élite.

Cependant Jude Law, dans son fauteuil roulant, apporte une touche d’humanité comme si dans ce monde ou chacun est conçu pour être parfait, certains se heurtent à la réalité et aux accidents.

Les personnes font figées froides surtout à Gattaca mais deviennent plus douces et s’attendrissent chez Jerome, peut-être par empathie envers une personne handicapée, il a un rôle touchant et bouleversant. Le rôle d’Irène apporte de la féminité, assez discrète, dans un univers ou seule l’intelligence compte réellement : ils sont froids, aucune émotion ne transperce leur attitude qui reste aseptisée. Les personnes telles qu’Irene et Jerome sont à l’image du décor, ils s’inscrivent dans des symétries, des perspectives qui donnent un effet de profondeur et d’infini, toujours dans un sentiment d’alignement et de parallélisme et reflètent une élite. Cependant le handicape d’Eugene, la courbure de son corps et de son fauteuil font appel aux formes courbées de l’ADN.

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Marthe Chatillon, Aurore de l’Estang, Charline Dufour, Marion Laillé, Mathilde Magniez

Montage, Prise de Vue et Image

Introduction  :

« Bienvenue à Gattaca » a été réalisé par Andrew Niccol en 1997. C’est un film de science fiction, dans lequel la société pratique l’eugénisme, c’est-à-dire que la génétique et la science déterminent le destin et la réussite de l’être humain. Dans ce contexte nous allons parler des images fortes du film, mais surtout des prises de vue et des cadrages choisis par le réalisateur, car ceux-ci sont déterminant dans la compréhension et l’intrigue du film.

1. Plan macro et grand angle  :

Aux premières images du film, le réalisateur nous emmène dans un univers différent du nôtre, avec des plans très serrés dans des couleurs bleutées ou ocres et sombres. Il nous est alors impossible de savoir ce que représente cette scène, ces images semblent presque irréelles. Plus tard nous comprendrons qu’il s’agissait de peaux mortes, d’ongles, de poils et de cheveux, dont le héros, Vincent, se débarrasse pour ne laisser aucune trace de son identité. On retrouve ainsi souvent des plans très serrés macro sur des parties du corps humain, comme les cheveux, le sang ou même les yeux du héros, rappelant que l’ADN c’est ça l’identité des hommes dans ce monde futuriste.

Cette question autour de la génétique et de l’ADN est récurrente dans «  Bienvenue à Gattaca  » et nous pouvons la retrouver dans les différents plans du film. Entre autre, la scène de l’escalier en colimaçon qui représente la chaîne de l’ADN avec une prise de vue typiquement hitchcockienne.

2. Ambiance  :

Les couleurs sont importantes dans les plans, comme les nuances de bleu, de doré et d’ocre. Le bleu symbolise l’identité avec par exemple les plans d’exfoliation de la peau qui permet à Vincent de cacher son identité réelle.  Les plans de couleurs dorée illustrent, à l’inverse, le changement d’identité de Vincent en Jérome lorsqu’il est dans le centre de recherche. Enfin les plans de couleur ocre expriment la compétition entre les deux frères et la réussite indirecte de Jérome  : sa médaille argentée se transforme en or lors de son suicide.

De plus lors de la sortie des deux amants, un contrôle routier est prévenu par la couleur verte de la lumière montrant la validité de son identité, se transformant en rouge avec les plots se resserrant vers sa potentielle révélation identitaire.

3. Plans répétitifs :

À noter que le film apporte beaucoup d’importance aux visages et à leurs expressions inexistantes. De plus les hommes et femmes travaillant à Gattaca sont tous identiques presque comme des robots parfaits  : tenues similaires dans les tons noirs, bleus nuits, allant dans la même direction, accentuant l’idée que le physique ne compte plus pour s’identifier. On y voit ainsi des plans sur des visages ternes et sans expression. Dans cette idée de répétition, on retrouve également des prises  de vue sur longue distance (profondeur de champ) qui traduisent la multiplication d’un objet.

4. Montage :

L’image de fin représentant Vincent dans la fusée, plan serré sur son visage, avec des faisceaux de lumière qui le traversent, et en parallèle le suicide de Jérôme dans les mêmes tonalités avec le démarrage de la fusée au même moment que son immolation par le feu, montre que Vincent a contredit la société eugéniste en atteignant son but et Jérome a obtenu sa médaille d’or à travers la réussite de Vincent.

Les plans dans ce film sont généreux avec des plongées ou contre-plongées nombreuses, champs et contre-champs. Ces plans sont beaux et originaux, ils amènent le spectateur à s’attarder sur le sens produit par l’image, comme le plan à l’envers d’Irène et Vincent faisant l’amour  : symbolisant le retournement de situation envers sa vigilance identitaire. Ou encore leur première rencontre dans le centre de recherche, où l’architecture immense et parfaitement symétrique dans ses arches tels deux yeux symbolise la puissance et le prestige du lieu. Nous retrouvons ces plans retournés dans la course à la nage des deux frères, où nous sommes en vue plongé, perpendiculaire à la mer et aux deux hommes vus de haut, on y voit une évolution : matin (défaite de Vincent), après-midi (Anton perd et donne espoir à son frère de réussir dans la vie) et soir (démonstration de la réussite complète de Vincent).

Conclusion  :

En somme, les plans, les prises de vue et le montage traduisent le thème de l’identité et de la réussite. Mais le film présente aussi une certaine poésie, comme la fois où l’on voit Vincent enfant dans l’eau en train de faire la planche, une référence au tableau de «  Ophélia  » de John Everett Millais.

François Nikolenko, Pierre Arassus, Arthur Bizet, Madeleine Melle, Ophélie Herdzik


Eclairages / son / décors

Nous allons analyser le film à travers son éclairage, sa bande originale, et ses décors.

Tout d’abord la lumière ; l’éclairage des scènes de ce film est particulier car il ne mélange pas les couleurs : une scène éclairée par le soleil sera ocre, sans aucune autre source de lumière colorée additionnée à la première. L’éclairage est diffus, statique, avec des dominantes verte, bleue, ocre, avec quelques touches de rouge. Dans ce film, le vert est associé à l’eau de la mer (celle-ci ayant une présence forte malgré ses apparitions peu nombreuses) ainsi qu’à la validation, l’autorisation, le « oui » qui permet chaque jour au héros Vincent Freeman de passer le portail le séparant de son travail. Le rouge est constamment présent, que ce soit au travers du sang ou bien du voyant rouge du contrôleur d’identité menant au centre aérospatial. Le bleu prend dans ce film une connotation très scientifique : il est associé aux scènes prenant place dans des milieux médicaux, ou bien à celle réalisées dans des lieux très technologiques (par exemple le four crématoire éclairé en bleu). Cette couleur ouvrant également le générique du film, elle peut être associée au destin du héros, au futur et peut-être même à l’eugénisme. Cependant ce futurisme est contrebalancé par l’ocre qui colore la pellicule tout au long du film, apportant une texture visuelle rappelant les années 30, et créant une confusion temporelle entre le passé et le futur dans lequel le film prend place.

Ensuite, le son ; la bande originale du film est particulièrement important et intéressante : c’est elle qui donne toute la dimension dramatique du film comme par exemple lorsque le héros et son frère font une course de natation une fois adultes. Cette bande son est originale car elle n’utilise que des instruments à corde pour donner le rythme du film ou faire passer les émotions (ces instruments touchent plus facilement la sensibilité des spectateurs avec leurs graves vibrant et leurs aigües frissonnant). De plus, à l’instar de Playtime, le générique est rythmé pas les bruits amplifiés des chutes d’éléments organiques habituellement silencieux pour nous. Vincent qui écrit, ses lentilles qui tombent, ces petites choses prennent leur importance et leur sens grâce à cette mise en valeur sonore.

Enfin, les décors ; on peut remarquer que les scènes n’ont pour toiles de fond que cinq lieux différents : l’appartement d’Eugène et Vincent, la mer, le lieu de travail de Vincent, le champ de panneaux solaires, et le restaurant-cabaret. Chaque lieu porte en lui une symbolique forte : l’appartement s’apparente à une cage pour Eugène et aussi à un lieu un peu flou, où l’identité des deux hommes se mélange ; la mer porte en elle le souvenir de l’enfance rongée par la compétition entre l’enfant naturel et l’enfant modifié ; le centre aérospatial (situé en réalité dans un bâtiment du centre municipal du comté de Marin en Californie) ressemble aussi à une prison, mais plus frustrante de par sa structure panoptique, les personnages évoluant sous la perpétuelle surveillance d’autorités invisibles ; le camp de panneaux solaires rappelle lui aussi Playtime, avec ses composants dupliqués à l’infini et parfaitement rangés ; enfin, la présence du restaurant un peu vintage détonne dans l’ambiance futuriste et, à la manière de Blade Runner, provoque un mélange des époques. Les décors lisses et sans traces d’une mode quelconque, permettent l’intemporalité du film. D’ailleurs, on ne les remarque pas, sauf lors de certaines scènes (l’escalier semble se prolonger sans cesse lorsqu’Eugène doit le gravir). Les seuls objets qui traversent le film et le marque de leur nombre important sont les ustensiles médicaux. L’escalier de l’appartement est un des éléments les plus importants du décor : il symbolise à lui seul le sujet du film grâce à sa forme de brin d’ADN : l’eugénisme. La symbolique la plus importante du film est le destin (de Vincent et d’Eugène). En effet le décor final du film se compose de deux portent, l’une est fermée et l’autre ouverte. Elles placent le héros dans un carrefour de sa vie : soit il se heurte à la porte fermée et abandonne ses rêves, soit il s’avance vers celle ouverte et plonge dans l’inconnu de son futur, comme un cordon ombilical le menant vers une renaissance.

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Camille Boulestin, Marion Beliot, Eglantine Cassand, Lauriane Renault, Bettina Rambaud

Thème du futur

Bienvenue à Gattaca est un film d’anticipation, c’est-à-dire que son scénario et son univers tendent à représenter un futur possible et qui plus est plausible de l’humanité. Le thème du futur représente donc la colonne vertébrale de l’intrigue puisqu’il transpose le spectateur dans un univers à la foi familier, mais aussi différent. La vision du futur nous est présentée soit de manière ostensible, soit de façon plus nuancé. Contrairement à beaucoup de films de science-fiction, immergeant le spectateur dans un univers rempli de vaisseaux spatiaux, de monstres extra-terrestres et de robots. Cest la crédibilité du futur de ce film qui en fait lintérêt, contrairement à Blade Runner ou l’intrigue joue sur des éléments difficilement concevables en dehors de l’univers du cinéma. Nous allons explorer ces pôles de réflexion et observer en quoi le futur est évoqué au travers deux.

Les progrès actuels se sont démocratisés, comme le contrôle sanguin au travail. (On pourrait imaginer ce système pour surveiller les absences et remplacer lappel dans les écoles du futur). On peut voir aussi des « champs » de panneaux solaires, qui sont aujourdhui très rares, sinon inexistants. Les lumières assez artificielles, dans les tunnels ou dans les phares des voitures, rappellent les lumières néons apparues dans des films tels que Blade Runner. On note, en outre que le thème du futur transparait également dans l’univers même. La conquête spatiale semble s’être considérablement développée, comme en témoigne les départs fréquents de navettes, ainsi que la mission du personnage principal, visant à atteindre Titan, l’un des satellites de Saturne. En témoigne également les véhicules utilisés qui se révèlent fonctionner à l’électricité. Cette anticipation semble des plus crédible aux vues des faibles réserves de carburants fossiles restant à l’heure actuelle sur notre planète. Enfin, dans l’architecture et l’agencement des bâtiments, le film se présente comme une projection futuriste certes mais dans la continuité des mouvances actuelles. Il est facile de s’imaginer vivre dans les décors de ce film d’ici une dizaine d’année, et l’on concédera bien volontiers que l’univers revêt une certaine justesse. Ensuite, nous pouvons observer une avancée de la standardisation vers laquelle la mondialisation nous entraîne aujourdhui. Les personnages sont tous vêtus de la même façon. Avancent de la même façon, travaillent de la même façon, dans un lieu panoptique. Tout le monde est surveillé, cest un monde sous contrôle.

Ce contrôle est dailleurs établi dès la naissance. En effet, leugénisme a fait son apparition et dans lunivers de Bienvenue à Gattaca, il est possible de créer son enfant selon ses goûts, et surtout de façon à lui garantir le meilleur avenir possible. Dans cette supposition du futur de l’humanité, la voie de l’homme est toute tracée dès sa naissance, car elle est déterminée par son patrimoine génétique. Seuls les êtres parfaits en tout point sont susceptibles d’accéder aux postes clés nécessitant des facultés hors norme. C’est ici le cas des astronautes de Gattaca qui doivent posséder des facultés physiques et intellectuelles hors norme pour décrocher leur ticket pour l’espace. Dans ce futur où la fécondation médicalement assistée s’est standardisée et a été adoptée par la majorité, les êtres nés par la voie naturelle semblent ne plus avoir leur place sur le devant de la scène, et se retrouvent cantonnés aux seconds rôles dans la société. Selon les mots du directeur de Gattaca, la quantité grandissante de postulants nés artificiellement, et possédant par conséquent un profil parfait, a eu raison des chances des autres postulants. Pourquoi choisir des êtres imparfaits si l’on a sous la main des êtres parfaits qui rempliront potentiellement mieux leur tâche ? Bien que cette société interdise toute forme de discrimination liée au patrimoine génétique, il semble néanmoins évident, de l’aveu même de l’un des protagonistes, que ces lois ne sont pas respectées. Ce futur a par conséquent viré dans l’eugénisme, la recherche de l’être parfait, au détriment de la voie naturelle. Le héros du film, un enfant de Dieu, se bas contre leugénisme afin de prouver au monde quil est aussi doué quun enfant né de la science. Le thème principal est l’eugénisme comme décrit plus haut. Mais cette maitrise totale de la perfection permet de mettre en valeurs une certaine analyse de la psychologie humaine. En effet la perfectibilité de l’homme est une question essentielle pour l’humanité. Ce film remet en question l’intérêt de la religion et des croyances de l’homme. Sommes-nous réellement prédestinés ou non ? Si l’homme le moins parfait arrive, grâce à un travail acharné, à s’élever au plus haut rang élitiste du monde. C’est ce point de vue que le thème du futur soutient avec son intemporalité.

Le futur n’est pas un élément majeur de l’intrigue et permet juste d’introduire de façon ludique les questions et les réponses du réalisateur. Le personnage incarné par Jude Law est également intéressant car il introduit la notion de bonheur. La société des classes pourrait nous faire penser que plus nous naissons dans un univers aisé, plus nous pouvons être heureux. Le film pourrait très bien fonctionner au 18eme siècle avec une comparaison entre un protagoniste pauvre et un autre riche. Le futur est juste un effet de style rendant attrayant un type d’intrigue déjà vu et revu.

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Lucas Pion, Clément Aupiais, Paul Le Texier, Théo Joy, Louis Pautre, Clément Balmey-Sacquet

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