Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

2 mai 2013    Cinéma   

Publié par Nicolas Thévenin

Playtime

Compte-rendu du film de Jacques Tati, réalisé par le groupe F des A1, suite à la projection du film au Cinématographe le 20 décembre 2012.

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(Illustration : Matisse Vrignaud, Maxwell Roche, Anais Gautier, Erwan Lecuyer, Rousseau Jean-Joseph)

Présentation générale de l’oeuvre et de l’auteur

« Le moment de jouer » : Un film de Jacques Tati

Pour caractériser son œuvre maitresse, Jacques Tati mettait en avant qu’il fallait écouter avant de regarder « Playtime ». C’est ainsi qu’il pouvait entendre la rumeur du monde. Depuis 1924 il écrit, réalise et interprète ses propres rôles. Ainsi, sur la plage de St Tropez, il interprètera son tout premier rôle de mime, « Le football vu par un gardien de but ». Depuis, il ne cesse de créer, « Ballon d’essais », « Oscar champion de tennis », « On demande une brute » et ceci jusqu’à la réalisation de « Trafic » en 1971. Sorti en 1967, « Playtime » est composé de six séquences, reliées entre elles par l’intermédiaire de deux personnages : M.Hulot et Barbara, une jeune touriste américaine. C’est donc dans la ville de Paris qu’il crée une véritable aire de jeu et inaugure un espace mental où se mêlent la maladresse, la fantaisie, le grotesque… Ce film repose sur une bande-son représentant la palette de l’auteur. Il s’agit en réalité d’une partition sonore et savante, intervenant à différents moments clés du film. Tati apparait comme il est, gentleman maladroit, peu productif et accumulant les faux pas comme un citadin ahuri. Ce film est l’exagération de phénomènes de société actuelle : l’utilisation de la télévision, le trafic et l’arrivée de nouvelles machines qui laissent le doute de leur utilité. C’est à travers l’interprétation de ses rôles que nous cernons mieux le personnage qu’est Jacques Tati ou M. Hulot. Etant un homme complexé par sa taille, il se représente constamment courbé, plié, voûté, avachi. Il est de plus, toujours muni de ses attributs qui font la personnalité de ce personnage : une pipe, un chapeau, un pantalon rapiécé, un parapluie ainsi qu’un imperméable beige. C’est ainsi qu’il apparait dans « Playtime », qui fait de lui une personne attachante et burlesque.

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Charlotte Gaudou, Eléonore Thomas, Magali Braud, Lisa Delaunay, Axelle Billon


Scénario

En collaboration avec Art Buchwald et Jacques Lagrange, Jacques Tati a écrit PlayTime sortit en 1967.

Le film se présente en six chapitres retraçant le parcours de deux personnages qui se croisent à plusieurs reprises : Barbara une jeune américaine visitant Paris avec un groupe de touristes et Monsieur Hulot qui se rend à Paris pour un rendez-vous.

Le premier chapitre appelé communément l’aéroport nous montre dans un premier temps un lieu froid, vide, similaire à un hôpital. Le groupe de touristes américains arrive à Paris et découvre une ville futuriste avec ces grands immeubles de verres.

Le second se déroule dans des bureaux. Monsieur Hulot se rend dans ce géant de verre pour rencontrer quelqu’un qui semble important (il est débordé et attendu). Il se perd au milieu de ces bureaux et se retrouve dans une exposition qui présente des inventions.

L’exposition des inventions est donc le troisième chapitre de ce film. Mr. Hulot et les touristes américaines se retrouvent dans ce brouhaha ou des inventions toutes aussi absurdes les unes des autres sont présentées comme la porte silencieuse qui ne claque pas ou encore le balais à phare.

Le nouveau chapitre débute lorsque Mr. Hulot rencontre par hasard un vieil ami qui l’invite dans son appartement ultra moderne pour lui montrer tous ses gadgets. L’appartement possède une large baie vitrée donnant sur la rue ; il est visible de tous les passants. Ce sont des vitrines géantes qui vendent un nouveau style de vie. La famille se retrouve autour de la télévision.

Après avoir réussi à quitter son ami, monsieur Hulot se retrouve face à l’inauguration d’un restaurant le Royal garden où il est invité à entrer par une connaissance. Ce restaurant mise tout sur l’apparence. On cache les travaux à peine finis dans les coulisses (la cuisine). Les employés se retrouvent dépassés par les évènements, leur organisation leur fait défaut.

La musique et l’alcool rendent le lieu chaleureux ; la chaleur augmente, les gens sont enivrés. Un mouvement « populaire»  prend forme. Tout le monde s’agite, danse.

C’est de cette façon que Monsieur Hulot invite la jeune touriste à danser.  Il détruit le décor par un geste maladroit et sème la zizanie. L’apparence luxueuse du restaurant s’écroule.

Après cette folle nuit certains clients et employés se retrouvent au drugstore au petit matin où les ouvriers prennent leur café.

La dernière scène montre une ville qui s’active. Mr Hulot offre un foulard à Barbara en souvenir de Paris et de cette folle nuit qu’ils ont passé. L’américaine repart dans son bus et entre dans la danse des voitures qui reprend. Le rond point devient un carrousel géant.

On peut supposer, s’il l’on connait bien les oeuvres de Jacques Tati, qu’il s’agit d’un avant gout de Trafic mais aussi que PlayTime est la suite de Mon oncle (Monsieur Hulot serait donc là pour un entretient d’embauche).

Monsieur Hulot et Barbara sont donc les personnages principaux. Ils semblent tout deux en dehors de cette société ultra moderne. Elle recherche des traces de la vieille France et se démarque des autres touristes en s’attardant sur des éléments qu’on pourrait appeler perturbateurs de cette société bien rangée comme par exemple cette fleuriste qui apporte de la couleur dans ce monde monochrome. Mr Hulot lui ne semble pas à l’aise avec les nouvelles technologies, il se perd et paraît dépassé par les évènements qui l’entourent. Le fait qu’ils se croisent à plusieurs reprises nous laisse penser que leur rencontre n’est pas anodine. Ils sont en quelque sorte voués à se côtoyer sans doute parce qu’ils sont tous deux nostalgiques de cette vieille France.

Quelques personnages ressortent également dans ce film. Des personnages presque hors du commun comme cet homme à l’allure négligée et l’air perdu (un étranger ou un touriste?) ou encore ce sosie de monsieur Hulot que l’on retrouve à plusieurs reprises. Les ouvriers semblent eux aussi d’un autre temps.

Monsieur Hulot et les autres personnages qui paraissent hors du temps dans cette ville ultra moderne sont en fait des éléments perturbateurs qui sèment le chaos dans l’organisation bien carrée de la ville.

La particularité de Jacques Tati est de mettre en avant le jeux des acteurs plutôt que le dialogue. Les dialogues sont étouffés, non articulés, presque inaudibles. Ce serait plutôt un bourdonnement de fond, un acouphène.

Ceci laisse place à l’accentuation ou à l’atténuation du bruitage qui accompagne et renforce le jeux des acteurs. Nous pouvons prendre pour exemple la porte silencieuse de l’exposition des inventions où le bruit de la porte a été enlevé.

On peut également dire que la musique tient une place importante car la musique de fond qui passe en continue donne un certain rythme au film comme une ritournelle.

La musique Jazz dans le restaurant Royal Garden crée ce mouvement de foule. Elle est entraînante et incite à la danse. Elle réchauffe l’atmosphère.

Lors de la scène du carrousel nous avons là aussi une musique typique des foires et donne un rythme au jeux.

C’est en ce sens un film burlesque dans la même lignée que les Charlie Chaplin.

Tati nous montre ces angoisses de ville future programmée où les êtres humains sont vidés de leur personnalité et formatés pour adopter le même train de vie (la même voiture, le même appartement…) On pourrait dire qu’il craint une société à la fois capitaliste (industrialisation) et communiste dans le sens où tout le monde est dans le même moule et que chacun peut épier l’autre dans ce monde de verre ou l’on se montre où l’on est vue et ce, même dans notre intimité (l’appartement vitrine). Un voyeurisme exagéré mais réel aujourd’hui avec ces grandes baies vitrées ou bien plus largement la télé réalité.

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Eloise Danilo, Alexandre Moriceau, Enora Bloc, Ludivine Quelfenec, Charline Lebrun


Jeu / interprétation

- Les acteurs

L’acteur principal du film est son propre réalisateur, Jacques Tati, qui est déjà connu pour ses nombreux films dans lesquels il joue. Cepandant les autres acteurs ne sont pas connus, que ce soit Barbara Dennek qui joue la jeune touriste ou Jacqueline Lecomte son amie, elles ne font pas partie des artistes connus de l’époque et ni d’aujourd’hui. Laure Paillette une des femmes qui a sa lampe cassée et demande de la réparer est plus connue et a joué dans d’autres films. Globalement les acteurs de Playtime sont amateurs et offrent probablement la baisse du coups de production du film. Mais qu’en est-il de la relation de tout ces acteurs avec le réalisateur ? Et bien Jacques Tati était très strict avec les acteurs, ils leur montrait les moindres gestes à faire et exigeait la perfection. Le jeu des acteurs est alors très contrarié et Tati apparaît comme un réalisateur très rigide et laissant peu de place à l’improvisation et aux envies des acteurs.

- Jeu oral / Dialogues

Les dialogues dans Playtime sont réduits au strict minimum. Les paroles du personnage de M. Hulot ne sont souvent pas plus que des onomatopées incompréhensibles. Une grande partie des autres personnages ne parlent pas français, mais Espagnol, Japonais et surtout Anglais, notament le groupe de touristes Américaines. Cela souligne l’aspect universelle de la ville décrite comme le film et c’est également le témoin de l’influence de la nouvelle vague française. Ainsi, pour le réalisateur Jaques Tati, les dialogues sont secondaires en ne constituent que des éléments de la bande sonore comme n’importe quel autre bruit.

- Jeu physique / gestuel

Dans Playtime, le jeu des acteurs et orchestré et dirigé au millimètre près par Jacques Tati. La gestuelle donne l’impression de personnages maladroits, presque burlesques, renforcée par la géométrie et la froideur du décor dans lequel ils sont placés. Cette gestuelle est très importante dans le film car c’est par elle que passent les principaux « gags» . Les acteurs ici sont constamment en mouvement et leurs geste s’apparentent presque a du mime. Cet aspect de mouvement constant dans le film sert a mettre en avant la ville, car ici les personnages sont presque secondaires. Toutefois, malgré la place de la ville et le grand nombre de personnages, chacun a sa gestuelle, perdant un peu plus le spectateur parmi les gags. Le jeu d’acteur de Tati, lui, très particulier, est celui de Mr Hulot, la mime gestuelle si particulière au personnage, déjà présent dans ces autres films.

- Réalisme ? Caricature ou sous-jeu ?

M. Hulot est presque le seul personnage caricaturé du film : de par ses gestes et son comportement vis-à-vis de son environnement, on comprend vite que c’est un personnage un peu gauche, maladroit, et qui a du mal à se faire une place dans la société. C’est une sorte de symbole mettant en contraste la vitesse croissante de la société et l’art de prendre son temps pour faire les choses, pour vivre. Hulot est donc plus une métaphore, une personnification d’une « vieille France»  dépassée, démodée dont les valeurs sont peut-être plus saines (?). En opposition la touriste américaine apparaît comme bien réelle et bien présente. Elle est vraie, naturelle, elle ne représente pas la population américaine mais simplement une femme. Elle s’émerveille de tout et voit la beauté que les autres ne voient pas. Elle est animée par une insouciance extraordinaire qui la rend douce et reposante, appaisante. Les autres personnages sont plus secondaires et servent de décor dans lequel évoluent M. Hulot et la touriste. Tous ces personnages sont cependant exagérés pour susciter l’amusement chez le spectateur.

- Cohérence entre les personnages et l’environnement.

Dans ce film, les acteurs et les décors ne sont pas réellement en accord, la plupart du temps ces personnages ne comprennent pas la technologie qu’ils utilisent, que ce soit lors de cette fameuse scène 46 où l’employé qui réceptionne monsieur Hulot utilise difficilement une machine incompréhensible avec un temps d’utilisation conséquent alors qu’un simple téléphone aurait pu être utilisé ici, ou encore ce gag lorsque Hulot regarde une carte de l’immeuble et rentre sans le savoir dans un ascenseur pour se retrouver dans un endroit inconnu ou lorsqu’il retrouve enfin l’employé chargé de le guider vers son rendez-vous lui faisant signe dans la vitre de l’immeuble d’en face alors que ces deux personnes ne sont séparés que d’un mètre côte-à-côte. Il y à dans ce film une permanence de cette incohérence entre les personnages et leurs décors, théâtre d’ailleurs de la majorité des gags de ce film.

Matisse Vrignaud, Maxwell Roche, Anais Gautier, Erwan Lecuyer, Rousseau Jean-Joseph


Montage / cadrage / prise de vue

« Playtime » réalisé par Jacques Tati est avant tout un exercice plastique dans lequel le montage, les cadrages ainsi que les prises de vues jouent un rôle important.

Comme nous avons pu voir dans ce film, la durée des plans est la plupart du temps assez longue. En effet, au moment où Monsieur Hulot se présente chez son ancien ami de l’armée, la scène est filmée de l’extérieur en plan fixe, on peut donc voir et non entendre ce qui se passe dans la salon par la grande vitre durant un long moment. Un autre exemple peut être cité, la scène où Monsieur Hulot se rend à son rendez-vous, en cherchant la personne qu’il devait rencontrer, se perd et arrive en haut d’un escalier, il se trouve en face d’un alignement de bureaux fermés à toits ouverts pouvant faire penser à un open-space.

Dans « Platytime », la majorité des plans sont fixes comme dans les deux exemples cités auparavant. On peut aussi apercevoir un peu de travelling mais il n’y a aucun porté à l’épaule. Le cadrage est le plus souvent en plan large ou d’ensemble, très peu de zoom sont effectués (donc très peu de portraits).  Tout le décor est fait en maquettes, il n’est donc pas à l’échelle humaine ce qui facilite le cadrage. La plupart du film est filmé à hauteur d’yeux pour les scènes ainsi qu’en plongée. Les plans plongés sont aussi là pour montrer la grandeur de la ville, et il y aussi des contre-plongées qui sont là pour montrer la hauteur non pas de la ville mais celle des buildings, leur enfermement,…

La profondeur de champ est accentuée avec la multitude de baies vitrées qui agrandisse l’espace, ce qui crée de la profondeur. Ainsi qu’avec de grand espace qui n’en sont pas vraiment, en effet nous pouvons prendre comme exemple le moment où Monsieur Hulot attend avant son rendez-vous et que le « secrétaire » arrive du fond d’un grand couloir, en fait au début du couloir il ne fait que marcher sur place ce qui fait penser que le couloir est très long.

Les baies vitrés sont là pour que tout se reflète et donc mettre en avant le voyeurisme dans ce film. Il y a des jeux avec la profondeur de champ sur le premier et deuxième plans, comme lorsque le serveur sert à boire aux demoiselles, on a l’impression qu’il sert le champagne dans leur chapeau au lieu de le mettre dans leur verre. Ainsi que le néon en forme de O d’une enseigne de magasin, une personne se place de telle sorte qu’on à l’impression que c’est un ange.

La prise de vue est faite pour que celui qui film ne soit jamais dans la peau d’un des acteurs, en effet celui ci est externe au jeu des acteurs et de chaque scènes. Les angles de prises de vues sont très travaillés ce qui crée des reflets, comme par exemple le moment où on aperçoit la tour Eiffel dans la porte en verre lorsque Barbara rentre dans l’immeuble où se situe des bureaux. Vu qu’on ne voit jamais de signes distinctifs d’une ville quelconque connue, ces reflets nous permettent de nous situer et de reconnaître la ville de Paris. De même, le jeu de reflets lorsque monsieur Hulot cherche l’homme avec qui il a rendez-vous, il le voit par reflet dans le bâtiment en face alors qu’il se trouve près de lui, dans le même bâtiment.

Tous ces éléments influent sur la perception du décor, en effet chaque choix de Jacques Tati a un sens dans ce film. Ces choix rendent la ville oppressante en effet ils mettent en avant la grandeur des immeubles, et leur nombres importants, ainsi que leur ressemblance. Tout est mis en place pour montrer une ville symétrique et géométrique, où tout se ressemble, ce qui finit par influencer sur la vie des gens, qui on au final tous la même vie. Ce qu’essaye de mettre en avant la caméra fixe, est de montrer la monotonie de leur vie ainsi que l’ennuie et leur train-train quotidien.

Tous les plans sont mis en place afin d’avoir un rapport à la ville, nous pouvons citer comme exemple le vieil homme qui reçoit Monsieur Hulot avant son rendez-vous et qui va vers une console pour prévenir qu’il attend, celle-ci ressemble étrangement a un immeuble, grise avec des boutons blancs alignés ce qui rappelle les fenêtres.  Ce tableau électronique a une valeur morale en effet il rappelle que la machine devient plus forte que l’homme alors que c’est lui qui la créée.

Esthétiquement, le film prend place dans un environnement urbanisé à l’excès, la dominante de couleur est le gris, les sols, les bâtiments, les aménagements intérieurs, sont de cette couleur et le tout forme un ensemble uniforme qui semble se prolonger à l’infini. Ceci est représentatif de la vision moderniste que proposaient certains architectes des années 60 concernant l’urbanisme. Le verre y est omniprésent, partout on retrouve des grandes surfaces vitrées qui laissent transparaître les actions à l’intérieur des espaces, comme un grand théâtre ouvert, où il n’y a plus de place pour l’intimité. L’uniformisation des espaces se retrouve également dans certains personnages, comme ces messieurs qui attendent le bus à la file indienne, avec le même manteau, le même attaché-case. Les décors sont très impressionnants quand on a idée de comment ils ont été conçus, parfois ils se métamorphosent comme c’est le cas lorsque Mr Hulot fais s’écrouler le plafond du restaurant, créant ainsi un nouvel espace. On trouve aussi quelques effets lumineux, comme la personne dans le drugstore éclairée par un néon vert qui, se rajoutant à son attitude, lui donne un aspect fantomatique.

Tout au long du film il y a des jeux de cadrage, qui ajoute a la symbolique globale ou participe aux touches humoristiques. La plus impressionnante est peut être celle ou les deux familles regardent la télé de chaque coté du mur, par le jeu de cadrage et la surface vitrée des deux appartements, le mur s’efface et pendant un instant on imagine une interaction entres ces deux familles qui ne se voient pas. Des moments plus drôles sont aussi le résultat de certains cadrage, par exemple l’ homme qui se trouve derrière son comptoir, prenant les réservations à toute vitesse et dont on ne voit plus, à un moment que le jeu de jambes. La scène du restaurant également où on à l’impression que les dames se font servir le champagne dans leurs chapeaux.

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Claire Senand, Sophie Charier, Camille Chateau, Jessica Phelippeau, Hugo Morin


Eclairages / son / décors

« Il n’y a pas de vedette dans le film où plutôt c’est le décor qui a la vedette. » dit Jacques Tati de son film . Et on ne peut le contredire, son film nous plonge dans un décor futuriste, on ignore où se situe l’action principale, pendant un long moment on est intrigué. La place du décor est donc très importante dans la compréhension du film. Le décor joue un grand rôle dans ce film et en a influencé la création, et ce jusqu’à mettre en péril sa réalisation. Tati souhaitait mettre en place une ville futuriste, faite de béton, de verre, de métal, et ce sous les traits de la ville de Paris, mais de façon à ce qu’elle puisse être n’importe quelle autre ville. Les affiches de l’agence de voyage rappellent alors la standardisation des villes. C’est alors seulement la Tour Eiffel qui pose le décor. Enfin Tati du créer un studio de 16000m2, avec un soleil artificiel, du chauffage, etc. Tout cela lui a coûté beaucoup de temps : plus d’un an, et d’argent : jusqu’à le ruiner. Des silhouettes en carton ont même été utilisées pour remplacer les figurants. La ville est homogène : grise, blanche, faite de verticales et d’horizontales afin d’uniformiser les structures. Il en est de même en ce qui concerne la langue, les enseignes sont en anglais qui est une langue universelle commençant déjà à s’imposer à l’époque. Les intérieurs ne se démarquent pas de l’extérieur, ternes et grisâtres, les murs disparaissent au profit des surfaces vitrées. L’effet de profondeur et de grandeur est très recherché avec de longs couloirs, de grandes surfaces, des alignements de cases de travail. Cet environnement nous permet d’observer des modes de vie en pleine standardisation. Cela est remarquable avec la vision que nous donne Tati des appartements : ceux-ci se ressemblent tous, il y a une sorte de symétrie créée par la télévision. Tati expose ainsi un point de vue satirique quant à la place que prend la télévision à l’époque. La population étant exposée aux mêmes images d’intérieurs modernes, reproduisent chez eux ce qu’ils admirent à la télévision. Une idée de voyeurisme se glisse alors dans le film : la conception des appartements et des lieux de travail en sont à l’origine. On peut observer les gens qui y évoluent. De plus la complexification des choses sur lesquelles notre regard se porte les rend finalement absurdes : par exemple la signalétique de l’ascenseur dont on ne comprend pas le sens, ou le fonctionnement de l’interphone. La surconsommation est donc montrée du doigt par le biais de la standardisation : les mêmes vêtements, les mêmes objets, le même mobilier, les mêmes appartements. Le mobilier y est très épuré, tout se trouve dans la nouveauté, on le voit lors du salon de l’innovation. Ce décor prônant la modernité est mis à l’épreuve par des éléments plus légers. La présence de la fleuriste entourée de béton, le restaurant finissant entièrement déconstruit, le drugstore devenant le café des amis, ainsi que les lampadaires se transformant en brins de muguet, le rond point se réinventant en manège, beaucoup de choses changent, la modernité quitte en partie cet univers.
La lumière joue aussi un rôle important puisqu’elle accentue le côté superficiel de cette ville, le soleil donnant un aspect naturel mais que l’on sait fictif. L’éclairage est très présent : dans les appartements, les lampes au salon de l’innovation. Il y a également les enseignes lumineuses, et la lumière glauque du drugstore qui insiste sur un aspect artificiel avec des néons verts la nuit, et enfin l’enseigne du restaurant qui sert de flèche lumineuse progressive.

Dans Playtime, Jacques Tati met également en avant les sons de l’architecture du futur. Dès la première scène dans l’aéroport le son apparaît étrange, plutôt inhabituel pour un film. Chaque sonorité est nette, cependant certains sons, en particulier, sont mis en avant. Des éléments tel que le bruit produit par les pas : le claquement des talons de chaussures contre le sol, pour les femmes tout comme pour les hommes sont exagérés. De cette façon l’objet prend une grande place dans le monde moderne de Tati par la résonance qu’il produit. Ce son nous paraît alors artificiel tant il est démesuré. Dans certains passages, les bruits des objets peuvent même être désagréables, voire insupportables à entendre. L’objet prend le dessus sur les personnages, à tel point qu’il en deviendrait un être vivant à part entière. Cette personnification des objets est concrétisée par le son qu’ils produisent. Les dialogues, eux sont rares même s’il est possible d’apercevoir quelques paroles parmi un bourdonnement répétitif. Cela accentue la place occupée par l’objet. Ces objets mis en valeur sont les bruits de pas mais aussi des sacs à main, des portes, des couverts, des meubles, des canapés. Lorsque monsieur Hulot est dans la salle d’attente de l’entreprise, il teste les fauteuils en cuir. Leur modernité l’intrigue. Pour illustrer cette incompréhension, le son émis pas le fauteuil nous interpelle. L’association du son tel dans un dessin animé et des réactions des autres personnages. Nous pouvons également noter un fort contraste entre les sons émis à l’intérieur des locaux et à l’extérieur. Ce contraste est marqué par l’ouverture d’une porte qui nous laisse entendre le bruit extérieur. C’est alors le son de la ville, essentiellement des voitures et des klaxons qui s’impose. Le son est encore exagéré et crée une atmosphère très urbaine voire stressante. Les sonorités de la ville sont très souvent émis en hors champ contrairement au bruit des objets qui eux sont souvent filmés au même moment. Ce hors champ est là pour nous rappeler la presse urbaine que subit ce monde moderne.

En ce qui concerne la musique, on l’aperçoit en off lors du salon du mobilier, ajoutant ainsi un côté «foire» et commercial. La musique est également présente au moment du dîner. Elle rythme la soirée, puisqu’au début, tout est calme, la musique aussi. Et puis au fil de la soirée, alors que les choses s’accélèrent et dégénèrent la musique en fait de même jusqu’à l’anarchie totale lorsque les invités se mettent à chanter.

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Héloïse Pham, Ulrike Pien, Camille Charmey, Charlotte Girard, Laurie Mandin


Thème du futur

Nous avons trouvé que le thème du futur était secondaire dans le film, le décor est la partie la plus futuriste du film, il n’y a pas de décor complètement hors du temps comme dans Akira de Katsuhiro Ôtomo ou Blade Runner de Ridley Scott. Le décor devait être très futuriste à l’époque de Tati mais aujourd’hui ne semble pas très extravagant.

Playtime expose ce qui devait être un futur lointain en 1967, cependant ce qui est affiché ressemble à ce que nous connaissons aujourd’hui. Tout se passe dans la ville, qui devrait être Paris mais ressemble davantage à une ville américaine comme New-York, à tel point que toutes les enseignes sont écrites en anglais, certains dialogues sont eux-mêmes en anglais.. Les immeubles sont hauts, tous identiques, et l’on peut voir à un moment que tout ce qui reste du « vieux Paris » est la Tour Eiffel perdu parmi les buildings. Dans le film la notion du futur est très présente mais plutôt en tant que décor puisque l’histoire fait très peu attention au futur. C’est une prise de conscience de l’arrivée de la modernité (Salon des inventions, le restaurant moderne qui est donc très chic.)

En ce qui concerne l’architecture, il y a une perte de particularité, dans les bâtiments publics mais aussi privés. Les immeubles sont tous identiques, composés de béton et de verre. La ville est rythmée par leurs dispositions. Toutes les grandes villes du Monde entier sont composées de la même manière,  c’est ce que l’on peut voir lorsque la jeune-femme observe les photos des autres villes du Monde dans l’agence de tourisme. En effet toutes les photos sont identiques, seuls des symboles de ces villes sont visibles (une plage pour Hawaii et une piste de ski pour Stockholm…)

En ce qui concerne les appartements de chacun ils sont aussi très similaires et fonctionnent en « miroir », identiques et placés l’un face à l’autre. On peut voir l’intérieur des appartements depuis les trottoirs, et ainsi entrer dans l’intimité des familles. Les murs disparaissent, tout est vitré. Il y a un certain voyeurisme et un manque de pudeur. C’est une vision étrange du futur, puisque aujourd’hui les gens sont très pudiques sur leur vie privée, surtout en France. Les habitations deviennent des vitrines où l’on exhibe ce que l’on possède et notre mode de vie.

Les monuments célèbres et l’architecture haussmannienne qui caractérisent encore aujourd’hui Paris, ont été depuis longtemps remplacés par des immeubles de bureaux. Cela montre un Paris transformé en une métropole sans âme, composée uniquement de béton, de verre et d’acier. La vision de Jacques Tati de la ville du futur, nous projette davantage dans une ville Américaine contemporaine que dans une vision possible de Paris.

Le cinéaste a une vision plutôt négative du futur. Il y montre un monde contrôlé par les machines, un parallèle peut alors être fait avec les Temps Modernes de Charlie Chaplin, dans lequel Charlot devient un rouage de la machine. L’exemple le plus frappant est l’une des premières scènes dans laquelle on peut voir le vieil homme confronté à l’utilisation de la technologie qui est en apparence très pratique mais qui est source de problèmes. Les machines sont fonctionnelles mais ne sont pas faites pour être utilisées. De plus, pour Tati modernité est synonyme de ridicule. Le restaurant ultra moderne dont on assiste à l’ouverture, tombe en lambeaux dès le premier soir. Le restaurant est même à peine près pour son ouverture, comme si les humains n’étaient pas près à cette nouveauté. Cet établissement est destiné aux personnes aisées, comme s’ils étaient les seuls à avoir le privilège d’accéder à la modernité. A l’inverse, ceux qui rappellent le vieux Paris ne sont que dans la rue, prenons pour exemple la vendeuse de fleurs qui est sur le trottoir. C’est une critique directe de la modernité qui se fait ressentir dans le regret de la touriste de ne pas trouver les symboles de l’ancien Paris. En effet elle ne prend que des photos de la vieille vendeuse de fleur, ou encore s’arrête sur le reflet de la Tour Eiffel dans la porte. On peut y déceler une crainte de Jacques Tati de voir dans le futur la disparition de notre histoire.

Toujours dans cette optique d’uniformisation, le comportement des gens et leur manière de vivre sont standardisés. Les hommes portent le même chapeau, ont la même mallette et rentrent dans le même bus, et roulent dans les mêmes voitures. De plus, dans la banque, tous les bureaux se ressemblent, et ils sont tous dans des sortes de cages. L’image qui semble illustrer cela parfaitement est la vision du rond-point qui devient un manège.

En conclusion nous avons pu voir que Tati imaginait que Paris disparaîtrait avec l’arrivée de la modernité, il n’y aurait plus aucune particularité dans chacun.

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Alexine Piquet, Maxime Lemarie, Maxime Serazin, Pierre Gravelot, Augustin Le Claire

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