Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

15 mai 2013    Théâtre   

Publié par l.vantorre

Bullet park, Grand T, Mars 2013

Compte rendu, par les étudiants A1, du spectacle Bullet park, jouée au Grand T le 13 mars 2013.

Illustration par Marthe CHATILLON, Aurore DE L’ESTANG, Charline DUFOUR, Fréderic LAVAL et Ludivine QUELFENNEC.

Illustration par Marthe CHATILLON, Aurore DE L’ESTANG, Charline DUFOUR, Fréderic LAVAL et Ludivine QUELFENNEC.

Bullet Park, présentation de l’auteur et du metteur en scène

Bullet Park est une pièce adaptée du roman de John Cheever écrit en 1969. Il nous est possible de nous rendre compte de cette adaptation lors de la représentation car les scènes sont parfois coupées ou arrangées et restent au final mystérieuses. La pièce est entrecoupée de scènes longues comme les monologues des personnages et de scènes plus énergiques et dynamiques qui sont caractérisées par les moments de désordre et de folie. Cela peut donc marquer la dualité entre l’envie et la folie, le rêve et le quotidien lassant. On peut donc penser que l’adaptation ne reflète pas complètement l’œuvre originale de Cheever et qu’il y a donc une touche personnelle du metteur en scène.

Nous avons trouvé inhabituel de voir les comédiens assis autour de la scène, ce n’est pas une scénographie courante et cela renforce l’idée de voyeurisme. Cependant cette notion est largement évoquée dans le livre pour montrer cette Amérique qui s’ennuie, mais aussi la méfiance qui s’installe due à la Seconde Guerre Mondiale et la bombe atomique sur le Japon, avec la Guerre Froide, l’assassinat de Martin Luther King et du président Kennedy, avec les prémices de la guerre du Vietnam… Les habitants en détresse du quartier chic sont confrontés à un quotidien qui va vite déraper. Un quotidien régi par des normes et des règles où les individus luttent pour trouver un sens à leurs vies, tout en se heurtant à une réalité les empêchant d’être eux-mêmes.

Les Nailles semblent tout avoir de la famille typique de l’American Way of life. Elliot, le père, travaille pour une entreprise fabriquant des bains de bouche, sa femme reste à la maison et s’occupe des tâches ménagères, leur fils, Tony, va à l’école et se fait offrir les derniers objets à la mode. Tout est propre et bien rangé, trop bien rangé. Puis le désarroi ne tarde pas à faire surface, avec la dépression du petit Tony et l’arrivée du voisin Paul Hammer venu crucifier le rêve américain qui lui était inaccessible dans sa jeunesse.

Laurent Mauvignier qui a aidé à l’adaptation et la mise en scène de la pièce a donc essayé de retranscrire cet aspect de la vie Américaine de 1969. C’est un écrivain français diplômé des Beaux-Arts et Arts Plastiques. Il essaye toujours de mettre des mots sur des émotions ou des états comme l’absence et le deuil ou encore l’amour et le manque.

Les thèmes principaux de Cheever sont le spirituel et le vide émotionnel de la vie. Il décrit surtout la vie et les mœurs de la classe moyenne en banlieue américaine durant l’après-guerre, avec un humour ironique qui adoucit sa vision sombre. Son écriture se veut simple mais cache pourtant une vision complexe de l’être humain, il étudie les Hommes de sa société.

par Marthe Chatillon, Aurore de l’Estang, Charline Dufour, Fréderic Laval et Ludivine Quelfennec.

Illustration par BENAITIER Fabien, LEFEVRE Arthur, PION Lucas et THOMAS Eléonore

Illustration par BENAITIER Fabien, LEFEVRE Arthur, PION Lucas et THOMAS Eléonore

La pièce de théâtre Bullet Park, présentée au théâtre du Grand T, est une comédie dramatique tirée d’un roman de John Cheever. Bullet Park est en fait le nom d’un quartier résidentiel de classe moyenne des années soixante se situant non loin de New York. La pièce place donc le spectateur comme un des voisins de la famille Nailles, un ménage typique de la « middle class » américaine de l’époque, et leurs voisins, les Hammers, couple fragile dont le mari souffre de tendances psychopathes. Les Nailles forment une famille épanouie, qui a su atteindre l’aboutissement du rêve à l’américaine : le père est vendeur de bains de bouche, sa femme est au foyer et s’occupe de leur fils unique. Heureux propriétaires d’un pavillon résidentiel au cœur d’un quartier calme de la banlieue new-yorkaise, les Nailles vivent dans un monde parfait agencé et cadencé comme une horloge, de façon mécanique, et ce jusqu’à leur vie sexuelle. Seulement, tout dérape le jour ou Tony, le fils unique de la famille, se rend compte de la « prison dorée » dans laquelle il se trouve et déchante en voyant le « monde parfait » dans lequel il vit. Sans compter sur les voisins Mr and Mrs Hammer, un couple ayant récemment emménagé et qui bat de l’aile, à cause de l’ennui ressenti par la femme de Paul Hammer, celui-ci ne pensant en réalité qu’à crucifier ce rêve américain dont il n’a pu profiter étant enfant. La dépression du fils va rapidement mettre au grand jour les malaises de cette société d’apparence si parfaite, révélant les faiblesses de chacun, à travers des dialogues de la vie courante, parfois cocasses, avec notamment l’humour tranchant du personnage de Paul Hammer, ponctués par des instants de monologues supposés porter le spectateur à une certaine réflexion.

Mise en scène par Rodolphe Dana, la pièce est une humoristique transcription de l’American way of life des années soixante aux États-Unis. Adaptée du roman de Cheever du même nom, dont elle tire de nombreux passages textuels, la pièce oscille entre longs monologues à la limite du lyrique et moments de comédie classique du théâtre. Ce rythme très haché, très découpé, rend les scènes inégales en terme de contenu : certaines s’allongeant avec ces monologues profonds qui contrastent avec les scènes comiques légères construites sur des dialogues usant d’un langage moins soutenu. De plus, l’enchaînement parfois rapide, ponctué d’ellipses pas toujours judicieuses, nuit à la compréhension tant la continuité entre les scènes manque. Les monologues sous forme d’interludes du personnage principal de Paul Hammer permettent quant à eux, par le fait qu’ils soient adressés directement aux spectateurs,  d’améliorer la compréhension, tout en posant les bases de la trame narrative. Dans l’ensemble, la narration de la pièce équilibre les moments longs faisant écho au livre (monologues) avec des instants aux allures de comédie frivole, le tout souffrant d’un manque de linéarité gênant parfois la compréhension, ceci étant sans doute dû à une adaptation du livre un peu trop audacieuse.

par Benaitier Fabien, Lefevre Arthur, Pion Lucas et Thomas Eléonore

Illustration par BODIN Camille, RENAULT Lauriane, GIRET Paulin, CASSAND Eglantine, DEZANNEAU Arthur et LE COËNT Manon

Illustration par BODIN Camille, RENAULT Lauriane, GIRET Paulin, CASSAND Eglantine, DEZANNEAU Arthur et LE COËNT Manon

La pièce Bullet Park de Rodolphe Dama, jouée au Grand T, reprend la vision caricaturale de l’American way of life proposée par John Cheever dans son roman Les Possédés de 1969. Nous avons étudié le jeu et l’interprétation des acteurs dans cette pièce.  De manière globale, ils s’approprient parfaitement les personnages du roman en établissant différents rapports avec le public.  Dès le début de la pièce, Paul Hammer, narrateur de cette histoire, nous interpelle et annonce tout de suite la couleur de la pièce avec son monologue. Par la suite, cette proximité se retrouve à travers la course poursuite de Eliott Nailles et son fils Tony dans le public et également lors de la scène de l’apéritif  chez la famille Nailles où l’un des invités fait tomber un gâteau au premier rang en signifiant bien qu’il soit en polystyrène; improvisation de circonstance. Nous avons remarqué une forte implication des acteurs dans leur interprétation et dans les relations entre les différents personnages. Par exemple, le lien qui unit Eliott et son fils Tony se trouve renforcé par leur déchéance successive. Cette force nous est aussi montrée à travers de la scène de guérison de Tony par la puissance de l’intonation du mot « Amour ». Il y a aussi une certaine liberté dans l’interprétation de la pièce, mise en avant dans le sur-jeu de la folie, point de départ de l’évolution spatiale de l’histoire. En effet au fur et à mesure de la pièce,  l’évolution du décor fait écho au chaos de la narration et à la folie du jeu des acteurs. Quand ils ne jouent pas, ils sont assis sur scène autour du décor et observent ce qui s’y passe, métaphore du voyeurisme de voisinage des résidences pavillonnaires des années 60-70. Celles-ci étant toutes similaires, cela permet l’enchaînement des tableaux avec l’entrée et la sortie simultanées des intervenants dans un même espace. Toutefois la critique que nous pouvons en faire est que ces transitions ne sont pas toujours cohérentes puisqu’il s’agit de différentes parties reprises du roman. Cela rend la pièce difficile d’accès. Néanmoins, Bullet Park s’affirme comme étant une critique exagérée de la société de consommation américaine révélée par un humour de situation atypique qui ne nous a pas laissé indifférent.

par BODIN Camille, RENAULT Lauriane, GIRET Paulin, CASSAND Eglantine, DEZANNEAU Arthur et LE COËNT Manon

Illustration par Caroline CONTA, Anthony GUILLAUD, Marion LAILLE, Julie ROY et Pauline SPARFEL

Illustration par Caroline CONTA, Anthony GUILLAUD, Marion LAILLE, Julie ROY et Pauline SPARFEL

Voyeurisme et folie matérialisés

La pièce Bullet Park est construite sur un rythme fluide reprenant les codes classiques du vaudeville. Elle dévoile les stéréotypes de la société de consommation des années 60 par le biais de clichés. Si la pièce donne une impression un peu brouillon dans son ensemble, et peut nous laisser perplexe quant à la compréhension de la dernière scène, on en retiendra surtout la mise en scène peu commune et la traduction de la fragilité et de la folie retranscrite dans un espace scénique évolutif.

La pièce n’a pas commencé mais le spectateur peut déjà observer le décor sur la scène : une toile d’un ciel bleu, quelques chaises et tables, un lit, une télévision tous disposés sur une pelouse verte artificielle. Un décor qui rappelle un intérieur de pavillon américain de l’époque et qui révèle le thème de la pièce qui est la société de consommation. On peut apercevoir également que de chaque côté de la scène se trouvent les comédiens assis sur des chaises, attendant de rentrer en scène. Le décor est ouvert alors que les personnages dans l’histoire sont enfermés dans leur pavillon. Le décor et la scénographie sont la matérialisation du voyeurisme (le voyeurisme entre voisins, mais également entre le spectateur et la mise en scène)

Les accessoires et costumes ne retranscrivent pas totalement la mode des années 60 afin de pouvoir faire sortir la réflexion du contexte de l’époque. Le thème abordé est toujours d’actualité.

Au fur et à mesure que les personnages sombrent dans une certaine folie et que la fragilité de leur couple se révèle, le décor se détruit : les comédiens jettent le poste de télévision, répandent le contenu d’un réfrigérateur au sol et détruisent la pelouse. Un décor anéanti qui révèle également la fragilité de la construction d’un pavillon en lui même. La folie et l’ennui des personnages sont accompagnés ou provoqués également par la consommation de tabac (les comédiens fument sur la scène) et par l’enivrement de l’alcool qu’ils consomment dans plusieurs scènes.

À la fin de la pièce, il n’y a plus d’accessoires et le décor est entièrement détruit, laissant place uniquement aux personnages dévastés par l’alcool et la folie.

par Caroline CONTA, Anthony GUILLAUD, Marion LAILLE, Julie ROY et Pauline SPARFEL

Illustration par Martin BAUDIN, Martin COUSSEAU,  Camille LECLERE, Antoine MASSE  et Marion LEMARCHAND

Illustration par Martin BAUDIN, Martin COUSSEAU, Camille LECLERE, Antoine MASSE et Marion LEMARCHAND

Nous avons pu remarquer l’originalité de la pièce Bullet Park que nous sommes allés voir le mercredi 13 mars dès le début par l’entrée de l’acteur principal alors même que la pièce n’était pas encore plongée dans l’obscurité. Le monologue de Paul Hammer permet d’introduire la représentation, il est accompagné d’un éclairage qui s’adoucit dans la salle, de manière progressive.

Le metteur en scène a voulu que chaque spectateur s’identifie et prenne part aux scènes de vie quotidienne. Celles-ci reprenaient les clichés de la vie américaine de « l’Américain way of life ». Cette période était caractérisée par la société de consommation. C’est pourquoi la scénographie de la pièce était constituée d’éléments nouveaux tels que le frigidaire, la télévision, une cuisine bien équipée. Le décor représente une maison typique d’un quartier pavillonnaire américain où toutes les architectures sont identiques. Ce qui permet donc au metteur en scène de présenter deux familles à travers un seul espace. Cela pose la notion du voyeurisme. Ici, il est représenté par les deux familles qui se succèdent tour à tour et qui s’observent lorsque l’une d’elles n’est pas sur scène. Les voisins sont donc illustrés par les acteurs n’étant pas actifs.

L’éclairage met en avant les comédiens placés dans la maison mais laisse tout de même apparaître les acteurs faisant office de voisins situés sur le côté par une lumière tamisée. La lumière joue aussi un rôle important dans la scène qui se déroule sur le quai de la gare : l’arrivée du train est représentée par le noir total dans la salle et un bruit fort et strident créant un effet de surprise. Cette scène est d’autant plus importante car elle permet la rencontre des deux protagonistes dans un autre lieu que la maison.

Le son est introduit dès le début de la pièce avec la télévision mais aussi avec les différentes musiques qu’il y a tout au long de la pièce. Tout d’abord, le son de la télévision insiste sur l’addiction de Tony, le fils du couple. Il a les yeux rivés dessus toute la journée, le son donne alors une impression d’enfermement qui reflète la bulle d’intimité que l’enfant s’est créé. Puis les musiques situées vers la fin donnent du mouvement à la pièce et accentuent son manque d’organisation. Car la fin de la pièce dégage un manque de structuration par le biais du brouhaha, du décor qui a complètement été saccagé par Tony, par les coups de feu que le père tire…

Cette pièce de théâtre révèle les failles de la société qui émerge pendant les années 1960 par la présentation du quotidien de deux familles américaines qui semblent pourtant tout posséder pour être heureuses. Le sujet est traité avec beaucoup de drame mais aussi beaucoup d’humour noir et de ridicule.

par Martin BAUDIN, Martin COUSSEAU,  Camille LECLERE, Antoine MASSE  et Marion LEMARCHAND

Illustration par RICHARD Anaïs, MORIN Hugo, VRIGNAUD Matisse, DANIEL Arthur et EVIN Antoine

Illustration par RICHARD Anaïs, MORIN Hugo, VRIGNAUD Matisse, DANIEL Arthur et EVIN Antoine

Bullet Park est donc une critique de la société des années 60/70, ou plus précisément de la vie en banlieue à cette période. En effet, on y découvre des personnages stéréotypés, souvent aliénés par la société consumériste américaine. La scène agit comme un enclos, une sorte de cage dans laquelle les personnages ne peuvent s’évader. Alors bloqués dans cet espace impersonnel, ils craquent. Les douleurs psychologiques s’expriment et apportent une certaine cohérence à la pièce : en devenant « fous », les personnages crèvent un trop plein qui s’accumule depuis leur arrivée sur scène. On comprend vite que la pièce a pour but de démontrer l’inutilité et même la facticité des biens matériels ; alors que cette société leur promet bonheur et prospérité à travers des objets, ils sont prisonniers du système et de l’idée biaisée du « rêve américain ». N’y a-t-il pas non plus une recherche d’image de leur part ? (ou d’identité peut-être). On peut en effet facilement se laisser penser que les personnages brident leurs pulsions au service du « bien-pensant », qu’ils n’agissent que pour satisfaire le regard d’autrui (Cette idée est renforcée par ce décor ouvert, ouvert aux yeux des autres voisins – et – spectateurs). S’ils cherchent leur identité, c’est peut-être aussi parce que la banlieue est neuve, elle n’a pas d’histoire. C’est un espace stérile où les familles sont disposées côte à côte, où l’intimité réside collective.

Que penser aussi de Paul Hammer ? Il est le personnage d’introduction de la pièce et intervient dès le début par un monologue auprès des spectateurs, avant même qu’ils n’aient tous pris place. Il n’a pas connu sa famille unie. C’est peut-être la clé de sa présence à Bullet Park. Il cherche quelque chose qu’il n’a jamais eu. Est-ce une tare ? Pas sûr. D’ailleurs, il semble qu’il s’en rende compte lui-même à la fin alors qu’il tente d’assassiner Tony, le fils des Nailles. Il laisse subitement tomber l’action, comme si tout cela n’en valait pas la peine : cette vengeance envers celui qu’il n’a jamais pu être n’a aucune nécessité tant il n’a rien manqué. Il n’en reste pas moins que le metteur en scène a voulu que l’on s’attache aux personnages, qui subissent plus qu’ils n’agissent.

Enfin, le décor donne une légère impression «carton-pâte» entre intérieur et extérieur qui est peut-être une allégorie de la fragilité des personnages. Elle engloutit un peu les personnages. Finalement, Bullet Park agit comme un avertissement. Un avertissement tout d’abord au conformisme, à la norme, et aussi aux idées de bonheur trop encensées, édulcorées.

par RICHARD Anaïs, MORIN Hugo, VRIGNAUD Matisse, DANIEL Arthur et EVIN Antoine

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