Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

15 mai 2013    Théâtre   

Publié par l.vantorre

Grand fracas issu de rien, Grand T, Février 2013

Compte rendu du spectacle Grand fracas issu de rien au Grand T par les étudiants A1 dans le cadre de leur module de théâtre.

Illustration par Romain WARRION, Pol RONNET, Liam RONDINEAU, Constance BARBEAU, Elaura COUTON et Julie CHEVREL.

Illustration par Romain WARRION, Pol RONNET, Liam RONDINEAU, Constance BARBEAU, Elaura COUTON et Julie CHEVREL.

Grand fracas issu de rien ou une longue phrase pour ne rien dire ? En effet, la première question qui nous interpelle est la signification du titre. Un grand fouillis où les scènes se succèdent sans aucune suite logique, des discours très longs et totalement incompréhensibles, une absence totale de scénario. Personnellement, nous n’emploierions pas les mêmes mots pour décrire cette pièce. En effet, le but de cette œuvre n’est pas d’avoir un sens profond, mais de proposer des performances. Les aspects techniques liés à la scénographie sont précis et millimétrés. On pourrait avoir tendance à décrocher tant cette pièce paraît dénuée de sens pourtant les comédiens arrivent à nous garder attentifs grâce aux rythmes très présents ou aux effets numériques à l’écran. La prouesse des acteurs ne peut également qu’être saluée.  Le travail de mémorisation du texte pour M. Loyal est déroutant, son débit de parole est si important et si rapide qu’on a parfois du mal à comprendre ce qu’il raconte, on s’y perd un peu, mais on reste concentré tant sa performance de mémorisation est impressionnante ! Que ce soit dans un travail vocal, rythmique ou plus physique lié au jonglage ou aux acrobaties on peut dire que les comédiens sont en tout point irréprochables. La mise en scène permet de les mettre en avant tout en laissant place à l’imaginaire du spectateur. Cependant, d’autres questions se posent à nous les textes ont-ils un sens ? Où les comédiens veulent-ils nous emmener ? Tout en nous « menant en bateau » ils réussissent à apporter une pointe d’humour au spectacle notamment grâce la chanteuse d’opéra qui nous transporte dans son univers totalement décalé. Néanmoins, il est vrai que certaines scènes auraient pu être écourtées comme la tirade, centrale et finale de M. Loyal car elles nous sont parues trop longues et dénuées de sens mais on ne peut que saluer la générosité du comédien. L’interaction entre les comédiens et l’écran nous a au contraire vraiment surpris. On peut noter une grande recherche de synchronisation entre les régisseurs et le plateau. Si nous devions résumer Grand fracas issu de rien, nous dirions que c’est un énorme fouillis organisé. Nous pensons que pour apprécier cette pièce à sa juste valeur, il ne faut pas chercher à tout comprendre mais uniquement à profiter du jeu des comédiens, de la beauté des gestes et de la mise en scène.  La richesse des jeux d’acteurs a réussi à tenir les spectateurs en haleine, ce qui fait de ce spectacle une réussite. Le mélange des styles comme l’opéra, le cirque ou le théâtre en fait une œuvre singulière.

par Romain Warrion, Pol Ronnet, Liam Rondineau, Constance Barbeau, Elaura Couton et Julie Chevrel.

Illustration par Jean-Gabriel JABLANCZY, Timothée JULIEN, Ulrike PIEN, Jean-Joseph ROUSSEAU et Felix SAMSON

Illustration par Jean-Gabriel JABLANCZY, Timothée JULIEN, Ulrike PIEN, Jean-Joseph ROUSSEAU et Felix SAMSON

Au cours de la pièce Grand fracas issu de rien les comédiens et artistes ne nous racontent pas une histoire bien définie mais nous offrent plutôt des émotions et des sensations visuelles et auditives qui laissent à réfléchir.

Les mots ont une place particulière dans la pièce. Ils sont bien là, dits et même écrits. Mais ils ne racontent rien. Du moins c’est leur incongruité et leur non sens qui racontent paradoxalement l’histoire. L’histoire d’un monde écrasé par la violence de l’information en masse, qui passe essentiellement par les médias. Ce n’est plus le fond mais la forme qui importe. La beauté des gestes s’impose et les mots rythment les différents tableaux. Le gymnaste et le jongleur dégagent une certaine grâce. Ils semblent incarner la souplesse et la fluidité. Dans leurs gestes (jongleries, équilibres, pirouettes…), les artistes offrent un plaisir visuel sans pareil. Alors une douceur s’installe. Les formes si belles font ainsi face à la rigidité du monologue de notre Monsieur Loyal qui incarne la dureté de notre société actuelle. L’élégance des interprètes devient alors une façon plus digeste et agréable de s’exprimer.

Une seule femme est présente dans le groupe. Mais celle-ci y trouve parfaitement sa place. C’est la diva qui fait tourner la tête de ses partenaires de scène. Soprano aux multiples robes et facettes, elle amène tout de même un peu de sensualité faisant face aux muscles du gymnaste. La jeune femme est incontestablement l’objet de convoitise, poussé parfois jusqu’à la dérision. Les situations ambigües et l’hystérie féminine rendent le désir moins exaltant qu’il n’en a l’air d’habitude. N’est-ce pas finalement la volonté de la pièce ? Ainsi déjouer les codes, pour nous montrer l’envers du décor mais aussi de la vie. La femme nous apporte sa sensibilité et sa naïveté, contrastant encore avec la dureté des mots.

Finalement, chacun raconte sa propre histoire et se bat pour défendre sa place au milieu de tous, comme l’homme dans la société. Chacun n’ayant qu’une arme, son arme personnelle pour se défendre. La voix, les mots, les muscles, la danse, le son. La mise en scène de ces individualités est telle qu’elle crée un monde à part, peut-être le reflet artistique de notre monde réel. Entre harmonie et désordre, le spectateur se perd volontiers jusqu’à l’apothéose finale. Allégorie de la mort après les nombreux périples de la vie ou simple essoufflement des comédiens après une représentation sportive ? L’interprétation semble libre.

par Jean-Gabriel Jablanczy, Timothée Julien, Ulrike Pien, Jean-Joseph Rousseau et Felix Samson

Illustration par MIRA Clémence, ORVAIN Lauréline, HAMEL Anaïs, PHELIPPEAU Jessica et LÉGER Léo

Illustration par MIRA Clémence, ORVAIN Lauréline, HAMEL Anaïs, PHELIPPEAU Jessica et LÉGER Léo

Grand fracas issu de rien est un cabaret spectral dont le jeu des acteurs est peu commun. En effet, la pièce n’est pas narrative mais regroupe un ensemble de performances variées. Cinq personnages sont présents pour nous divertir tout au long de la pièce : un gymnaste, un jongleur, une chanteuse (une diva), un percussionniste et un Monsieur Loyal. L’ensemble des performances s’enchaîne et s’entremêle au fur et à mesure de la pièce au rythme des transitions. La diversité des performances permet de satisfaire les goûts d’un plus grand nombre de spectateurs. Ensuite, l’écran est un élément indispensable de la pièce car les acteurs sont sans cesse en interaction avec celui-ci. Par exemple quand Monsieur Loyal fait son entrée avec un cadre matérialisé sur l’écran. L’interaction est présente entre l’écran et chaque personnage mais aussi simplement entre les personnages. En effet, leurs jeux s’entremêlent par exemple quand la batterie répond à Monsieur Loyal ou même lorsque le jongleur est en harmonie avec le percussionniste. On a une première impression de désordre à cause de ces multiples échanges mais pour autant le spectacle reste structuré. La pièce est très dynamique car les personnages sont toujours en mouvement. La gestuelle de chaque acteur donne du rythme à la pièce car le but principal de celle-ci est de divertir le spectateur. Chaque personnage a une gestuelle qui lui est propre ce qui diversifie la représentation et différencie les personnages. On peut aussi observer que la scène est divisée en deux zones. Au second plan se trouve la batterie qui accompagne les différentes performances tout en permettant la bonne visualisation de l’écran. Quant aux transitions elles se déroulent au second plan et peuvent être matérialisées à travers l’écran. Au premier plan se déroule tout le reste de la pièce. Cette pièce est caractérisée par la forte présence du burlesque à travers le jeu des personnages. Le jeu de certains acteurs les réduit presque à des caricatures. Par exemple le jeu du gymnaste se réduit à son souffle et sa performance physique (musculature imposante). La première apparition est celle de Monsieur Loyal. Sa performance est impressionnante  : la longueur du texte qu’il énonce rapidement avec une élocution parfaite est à couper le souffle. Il accompagne cette performance vocale de gestes, mimiques, de déplacements qui créent ce côté burlesque. Le jongleur quant à lui nous émerveille par sa fluidité, son agilité et son habileté à être en harmonie avec ses balles. Ensuite, le percussionniste rythme la pièce et nous entraîne au son de ses instruments. Il apparaît à la fois seul sur scène mais accompagne aussi d’autres performances. Le gymnaste s’exprime à travers son souffle. Ses performances sont principalement physiques ce qui ne l’empêche pas de nous faire rire. Enfin, la chanteuse, véritable diva à la fois sensuelle et troublante, dégage différentes émotions. Son jeu ne se limite pas seulement au chant, ses mimiques, ses déplacements et sa gestuelle accompagnent sa voix, il est parfois poussé à l’extrême et renforce le côté burlesque de la pièce. Le jeu des acteurs suscite l’étonnement. On a peu l’habitude de voir ce genre de pièce qui se rapproche parfois plus du cirque que du théâtre qui elle sa fonction de divertissement.

par MIRA Clémence, ORVAIN Lauréline, HAMEL Anaïs, PHELIPPEAU Jessica et LÉGER Léo

Illustration par HELLEZ Apolline, FINSTER Charline, RIPAUD Charlotte, WANG Shuhan et PAUTRE Louis

Illustration par HELLEZ Apolline, FINSTER Charline, RIPAUD Charlotte, WANG Shuhan et PAUTRE Louis

Grand Fracas Issu de Rien est une pièce mouvementée qui met en valeur plusieurs disciplines et possède un décor singulier. Chaque personnage a un talent propre : gymnastique, jonglage, percussion, chant ou encore élocution parfaite. Cette représentation qui paraît se disloquer est, au final, basée sur l’union du décor et de ces derniers. On peut donc subodorer que l’écran devient le personnage principal par ces nombreuses interventions, rétrogradant parfois les comédiens au rôle de figurants.

La pièce comprend cinq individus revêtant tous différents costumes. D’une part, le percussionniste, le jongleur et l’orateur, tous trois charismatiques, habillés de manière sobre et en lien avec le décor. D’autre part, la cantatrice est la seule à changer réellement de costume, ce qui cristallise sa déchéance, sa mise en abime. Elle commence la pièce avec une robe à froufrous rouge, qui est la seule couleur du spectacle. Les personnages lui retirent cette première robe, qui en cache plusieurs autres, de couleur noire ou blanche, ce qui la différencie des autres personnages habillés de manière monochrome. Le gymnaste est un personnage particulier, puisqu’il change de costume uniquement pour des raisons pratiques. Il retire parfois sa veste ou son marcel, afin d’être plus libre de ses mouvements pour pratiquer sa discipline.

Le décor se compose principalement d’un écran séparant l’espace scénique en trois parties. Tout d’abord, l’avant-scène, où sont disposés des agrès tels que le cheval d’arçon, les anneaux ou encore les barres parallèles. Ensuite, l’écran lui-même, où interagissent différents éléments. Enfin, l’arrière-scène, principalement réservée au percussionniste pour sa batterie. C’est dans ce décor minimaliste que les personnages évoluent. La cantatrice qui est assise pendant toute la première partie du spectacle sur le cheval d’arçon sans bouger, est assimilée à l’idée d’accessoire.

Ces derniers sont également omniprésents dans la pièce. Ce sont principalement des accessoires du monde du cirque, comme les balles de jonglage ou une boule de cristal. On peut y voir aussi un élément de percussion, le cadre de Monsieur Loyal, qui le fait s’apparenter à un présentateur de télévision, un parapluie et un cadre orné d’un citron en son centre. L’écran permet la chute et l’affichage de différents éléments, qui pourraient s’apparentés à des accessoires virtuels, comme d’autres balles de jonglages, d’autres cadres, et différents mots qui interagissent avec les personnages.

Au terme de cette étude, même si le décor est simpliste, chaque accessoire ou personnage apporte une harmonie à la pièce. Ce qui a tendance à l’alourdir et lui donne une ambiance parfois oppressante, justifiant explicitement son titre: Grand Fracas Issu de Rien.

par HELLEZ Apolline, FINSTER Charline, RIPAUD Charlotte, WANG Shuhan et PAUTRE Louis

Illustration par RONFLETTE Romain, BELAY Maxence, VERNET Camille, DESJARDINS Hugo et JOY Théo

Illustration par RONFLETTE Romain, BELAY Maxence, VERNET Camille, DESJARDINS Hugo et JOY Théo

Une sonorité imagée

Dans la pièce Grand fracas issu de rien, la lumière et le son jouent chacun un rôle prépondérant.

La lumière s’exprime au travers de projecteurs et d’un écran.

Ce dernier assiste l’action et donne le contexte, mettant le rythme et l’amplitude sonore en image.

A chaque performance correspond une représentation propre sur l’écran : un voile apporte légèreté et impalpabilité au chant, des particules lumineuses envahissent l’écran au rythme de la batterie, et le flot ininterrompu de paroles de M. Loyal est ponctué d’une pluie de lettres, de mots ou de chiffres.

Toute la luminosité est concentrée sur l’écran grâce à une lumière bleue claire, sans doute pour une meilleure lisibilité, assurant ainsi l’omniscience de celui-ci.

Sur scène la lumière ciblée des projecteurs, complétant celle de l’écran, met en valeur    les actions des protagonistes par des faisceaux ciblés.

Derrière l’écran, deux projecteurs latéraux permettent de suivre le déplacement de l’acrobate, tandis qu’un projecteur placé dans les cintres éclaire parfois la batterie quand celle-ci doit être mise au premier plan.

Ces procédés scéniques appellent le regard sur l’action et constituent un des éléments essentiels de la théâtralisation de l’action.

Le son produit par les personnages présents sur scène (chanteuse, conteur, acrobate), et le percussionniste, donne le rythme tout au long du spectacle.

Le silence n’est parfois que ponctué par la respiration de l’acrobate, tandis que le jeu sonore et l’action se combinent, se mettant en valeur l’un et l’autre.

Ils croissent pendant toute la durée de la pièce pour finalement exploser et revenir brusquement au calme plat, comme l’analogie d’un feu d’artifice.

Enfin le développement des médias, et leur intégration au théâtre, permettent à cette pièce d’enrichir sa scénographie grâce à l’écran qui assiste la présence sonore. De la même manière, le son rythme les effets visuels et les actions.

Ce spectacle lie à la perfection l’éclairage et le son.

par RONFLETTE Romain, BELAY Maxence, VERNET Camille, DESJARDINS Hugo et JOY Théo

Illustration par Sullivan JOLLY, Margaux RIVIERRE, Anaelle RANNOU, Perrine DEYBARLUCEA et  Laureline LAPICA

Illustration par Sullivan JOLLY, Margaux RIVIERRE, Anaelle RANNOU, Perrine DEYBARLUCEA et Laureline LAPICA

Du plein, du vide, une respiration.

Grand fracas issu de rien est une pièce qui nous présente une scénographie des plus épurées, seuls les agrès nécessaires au gymnaste sont disséminés sur le devant de la scène, laissant le reste vierge de tout décor. L’écran placé sur toute la longueur de la scène, tout d’abord invisible, va lorsqu’il prend vie, à lui seul assurer toute la logistique du spectacle, tant les transitions entre les différentes performances que l’univers de certains personnages, allant jusqu’à ponctuer leurs actions.

Couplé à une batterie, à un Monsieur Loyal expansif, ou bien réceptacle d’images muettes, il en devient même parfois prédominant, effaçant quasiment la performance, le poids de l’image et des mots devenant alors plus important que celui des actes. On touche ici d’ailleurs à l’une des visées du spectacle, nous faire revivre au centuple l’avalanche d’information dont nous sommes chaque jour victime, chaque image et chaque mot chassant et ensevelissant inexorablement le précédent, explorant même nos limites de compréhension du langage.

En cela le titre de la pièce est très parlant, nous rappelant inévitablement celle de William Shakespeare, Beaucoup de bruit pour rien, mais poussant ici les choses à leur paroxysme, nous proposant un contenu à la fois vide de sens et assourdissant, pour terminer dans une apothéose, une sorte « d’explosion de vide ».

Une fin qui nous laisse quelque peu sur notre faim, car après avoir vu tant de couleurs différentes dans des tableaux très divers, et magnifiques pour la plupart, le spectateur repart les mains vides, sans une couleur globale, une image ou un sens qui résumerait le tout. Seulement une étrange résonance de l’expérience vécue, qui nous suit quelques temps, à la façon d’une persistance auditive, voire d’acouphènes.

Lorsque le silence est rétabli, bien plus tard, il nous semble parfois encore entendre le souffle amplifié du gymnaste résonner, court, précis, puissant, et peut-être aperçoit-on alors le fin mot de l’histoire, la leçon  prodiguée, être attentif à la respiration du monde, plutôt qu’au bruit rémanent qui s’en échappe.

par Sullivan Jolly, Margaux Rivierre, Anaelle Rannou, Perrine Deybarlucea et  Laureline Lapica

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