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27 juin 2013    Cinéma   

Publié par Nicolas Thévenin

Le voyage dans la Lune / La jetée / Le bunker de la dernière rafale

Compte-rendu des films réalisés par Georges Méliès, Chris Marker, Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, suite à la séance au Cinématographe le 28 mars 2013.

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(Illustration : HAMEL Anaïs, ORVAIN Laureline, MIRA Clémence, LECLERE Camille, GERARD Elisa)


Présentation générale des oeuvres et des auteurs

Georges Méliès (1861-1938) est un réalisateur de films français, il est notamment connu pour  le développement qu’il apporta aux techniques du cinéma, essentiellement  en ce qui concerne les scénarios et les effets spéciaux. Ancien prestidigitateur on peut dire de lui qu’il est le père des trucages cinématographiques. Ses films sont plus semblables à des spectacles  féeriques. C’est  le créateur du premier studio de cinéma en France et le premier initiateur du cinéma de divertissement. Cependant il fait faillite et doit arrêter le cinéma. Oublié de tous, il devient vendeur de jouets.  Il sort cependant de l’oubli en 1926 grâce au directeur de Ciné-Journal et ce n’est qu’en mars 1931, qu’il est enfin reconnu par la profession, avec Louis Lumière, comme « l’un des deux piliers du cinéma français.» 

«Le voyage sur la lune» est un court-métrage de science fiction français, qu’il écrit, produit et réalise en 1902 d’après les œuvres «De la Terre à la Lune» de Jules Verne (1865) et «Les Premiers hommes dans la lune» de H.G Wells (1901). Ce court-métrage muet dure 14 minutes et est en format noir et blanc, colorisé à la main. Pour l’époque il était très long, la durée moyenne d’un court métrage étant de 2 minutes. Il est le premier film truffé de trucages et d’effets spéciaux en tout genre.

Contrairement aux court-métrages des frères Lumière, il est destiné exclusivement au divertissement. Ce film a révolutionné le cinéma et fait le tour du monde. Cependant, la version en couleur a longtemps été considérée comme perdue pour finalement être retrouvée à Barcelone en 1993. Celle-ci était en très mauvais état et il a fallu la restaurer. En 2011, c’est la bande son originale du groupe Air qui est choisie pour mettre en valeur le film retrouvé.

Ce film est aussi connu pour être le premier film à manifester une certaine démarche artistique.

«La Jetée» est un court métrage français de science fiction de Chris Maker, de son vrai nom Christian François Bouche-Villeneuve, sorti en 1962 et d’une durée de 28 minutes. Chris Marker (1921-2012) est un réalisateur, scénariste, photographe, poète, critique et écrivain français. Son œuvre s’est notamment constituée avec «La Jetée» paru en 1962. Il impose rapidement sa différence comme l’un des grands réalisateurs français de courts-métrages et documentaires. C’est un cinéaste engagé, comme avec «Le front de l’air est rouge» où il décrypte la société dans les années 60. «La Jetée», qui a fait sa renommée internationale, est composée exclusivement, si l’on excepte une courte séquence filmée, de photos en noir et blanc qui se succèdent, commentées par un narrateur unique (Jean Négroni). Ainsi il n’y a pas de dialogues mais une bande son, réalisée par Trevor Duncan qui accompagne le diaporama. Celle-ci est ponctuée de voix, de bruits, de musique (décollage des avions, battement de cœurs). Ce court métrage reste poétique, dans une atmosphère crépusculaire et un Paris dévasté.

Ce court-métrage expérimental est actuellement considéré comme un chef-d’œuvre par nombre de critiques et de réalisateurs. Terry Gilliam s’inspirera de «La jetée» dans «L’armée des douze singes».

«Le Bunker de la dernière rafale» est un court-métrage muet de 26 minutes réalisé par Jean Pierre Jeunet et Marc Caro en 1981. C’est le groupe de Marc Caro, Parazite qui a entièrement créé la bande son. Celle-ci se révèle immersive et décalée. Le thème abordé est la mise en condition de l’espèce humaine lors d’une apocalypse nucléaire. Ce film représente l’allégorie de l’homme face à l’inconnu, il est ambitieux mais bancal avec l’ambition de rendre hommage au cinéma muet. Il marque l’arrivée des deux réalisateurs en France dans le registre de la science-fiction. Jean Pierre Jeunet et Marc Caro avaient déjà collaboré auparavant lors de deux autres court-métrages dans les années 1980, il s’agissait de films d’animations. Le Bunker de la dernière rafale obtiendra le Grand prix au festival de Lilles.

Marc Caro est un réalisateur et acteur français né le 2 Avril 1956 à Nantes. Il débute sa carrière dans les années 70 en publiant des bandes dessinées et rencontre Jean Pierre Jeunet au festival international du film d’animation d’Annecy en 1974. Dans les années 80, Caro décide de diriger un groupe de musique industrielle expérimental appelé «Parazite», cette musique électronique est caractérisée par sa dissonance. En 2008, il réalise son premier court métrage seul, Dante 01, et monte le projet de son fameux documentaire sur la technologie au Japon «Astroboy à Roboland». Ses films ont également toujours un certain côté sombre rappelant son travail dans «Fluide glacial» connu pour son humour satirique.

Jean Pierre Jeunet est quand à lui un réalisateur, acteur et scénariste français né en1953. Il débute sa carrière en réalisant des films publicitaires et des vidéos clips et des courts métrages en communs avec Caro et donc «Le Bunker de la dernière rafale» en 1981. Toujours accompagné de Caro, il réalise «Delicatessen» en 1991. Il sont alors récompensés aux Césars pour le meilleur premier film et le meilleur scénario. Quatre ans plus tard, ils montrent au grand jour «La cité des enfants perdus», très novateur au niveau des effets spéciaux. Il se sépare de Caro pour percer aux Etats Unis avec «Alien, la résurrection» en 1997. En 2000, il réalise son grand succès, «Le fabuleux destin d’Amélie Poulain» qui est récompensé de 4 Césars.

HAMEL Anaïs, ORVAIN Laureline, MIRA Clémence, LECLERE Camille, GERARD Elisa

Scénario

Le scénario se veut une description de ce qu’on verra et entendra dans un film. En cela l’écriture scénaristique se démarque de l’écriture littéraire par cette présentation des faits visuels et auditifs, et se rapproche ainsi de l’écriture théâtrale. En plus des dialogues, le scénario contient aussi des descriptifs (indications visuelles et auditives) que l’on appelle didascalies.

Nous sommes ici confrontés à trois scénarios suivant des logiques complètement différentes, on le voit à travers les dialogues, les bruitages, le déroulement de l’histoire, cependant un thème commun ressort  : une vision d’un futur, une approche de l’inconnu.

Georges Méliès est le scénariste du premier court-métrage, Le Voyage dans la Lune. Celui-ci a été écrit d’après les œuvres  De la Terre à la Lune de  Jules Verne (1865) et  Les Premiers Hommes dans la lune de  H. G. Wells (1901). Ce film respecte le scénario de départ mis en place en 1902 mais a été colorisé en 2010. Le scénario traite d’un voyage sur la Lune effectué par des « caricatures  » de savants fous dont le but est de visiter la Lune en embarquant dans une fusée-obus qu’ils construisent. Les scènes se succèdent dont les plans principaux le laboratoire d’expérimentation mais aussi les abords de la fusée et enfin un dernier plan se situant sur la Lune. Ici George Méliès, à travers son scénario, propose une satire de cette science conquérante de l’époque. On peut noter que le scénario est parfaitement écrit, car chaque plan est rendu clair et compréhensible, ce qui est d’autant plus impressionnant lorsque l’on replace le film dans son contexte et son époque. Etant donné qu’il s’agit d’un film muet, il n’existe aucun dialogue, cependant, des éléments musicaux rythment le récit. La célèbre image de l’obus dans l’oeil de la Lune illustre la morale impérialiste contemporaine. Ce scénario innovant pour l’époque présente des questionnements contemporains comme la vie extraterrestre mais aussi l’impérialisme occidental.

Le deuxième court-métrage, La Jetée, réalisé en 1962, est un roman photographique. Réalisateur et scénariste ne font qu’un, en l’occurence Chris Marker. Ainsi on peut facilement imaginer qu’en écrivant le scénario de La Jetée, il avait déjà en tête cette idée de roman photographique. Nous assistons ici à un voyage dans le passé mais aussi dans le futur par le biais d’images fixes. Le scénario est basé sur les souvenir d’enfance d’un homme, situés pour la plupart sur la jetée de l’aéroport d’Orly. L’histoire se passe après une supposée Troisième Guerre Mondiale, dans les sous-sols du cadavre de la ville de Paris. Il n’y a pas de dialogue mais uniquement un monologue du narrateur. Le seul moyen d’être sauvé de cette catastrophe est de voyager dans le temps à l’aide des souvenirs. Le personnage principal est un cobaye utilisé pour retourner dans le passé et créer un corridor temporel permettant d’approvisionner le présent en vivres. La seule séquence filmée est lorsque la jeune fille, apparaissant dans la mémoire de l’homme, cligne des yeux.  Nous pouvons ici penser que ce moyen métrage traduit les peurs de l’époque dûes a la Guerre Froide, qui est le contexte dans lequel il fut tourné. Le scénario est basé sur l’omniprésence du souvenir et l’alternance complexe des séquences temporelles successives.

Enfin, le dernier court-métrage, Le bunker de la dernière rafale, dont les scénaristes sont Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, nous fait part du témoignage de soldats déshumanisés, enfermés dans un bunker et qui découvrent une boite sur laquelle est affiché un compte a rebours. Cette découverte panique les protagonistes car ils ne savent pas ce qui se passera a la fin du compte à rebours. En effet, nous voyons a plusieurs moments du film le compteur défilant et la panique des protagonistes augmentant en proportion. Petit a petit, les militaires deviennent fous et finissent par s’entre-tuer. Aucun dialogue n’est ici mis en place, le film est basé sur des bruitages, qui contribuent à créer l’ambiance névrosée du film, nous ne savons pas précisément a quel moment se passe le film, malgré cela nous comprenons vite qu’ils luttent contre un ennemi inexistant.

Ainsi, on remarque que ces trois courts-métrages ont pour particularité d’avoir des réalisateurs qui ont eux-même écrit leur scénario se qui se ressent tout au long des trois courts-métrages. Les visions de l’avenir proposées par chacun de ces films diffèrent fortement. Le premier film illustre un futur ou la science permet à l’homme de repousser ses limites naturelles et de commencer à conquérir l’espace. Le second court-métrage présente un avenir dans lequel l’homme a causé un cataclysme dont il est lui-même victime. Enfin, le dernier film nous expose une forme de société totalitaire militarisée.

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LE PAPE Quentin, DODIN Jean-Baptiste, AYS Yannick, KERLAU Cloé, BENETEAU Maxime

Jeu / Interprétation

A peine le premier court-métrage commencé et nous voilà déjà plongés dans l’univers qui gouverne ces trois films : le film muet. Si pour le court-métrage qui entame la séance (Le voyage dans la Lune) et celui qui la clôture (Le bunker de la dernière rafale), une bande son vient rythmer le pas des acteurs, le « photo-roman » La jetée est, quant à lui,  animé par une voix  off venant enrichir la significations des images présentées aux spectateurs, ne laissant plus aucune erreur d’interprétation possible.

A l’instar des grands films muets, les actions, mouvements et expressions des acteurs prennent le pas sur la parole. Renforçant ici le côté tragique de l’intrigue pour des courts-métrage tels que La jetée ou Le bunker de la dernière rafale, ou au contraire le côté fantaisiste pour Le voyage dans la Lune. Le thème de l’inconnu se retrouve, cependant, dans chacun des courts-métrage présentés, à la fois dans les scènes de voyage vers l’inconnu – sur la Lune ou dans le temps ; ou encore la peur de l’inconnu – le boitier qui mènera à la perte de tout un équipage.

Les premières minutes de chacun des courts-métrages marquent le contexte dans lequel s’inscrivent les différentes scènes présentées aux spectateurs. L’ambiance régnant dans ces courts-métrage, l’inconnu. La peur de l’inconnu ou l’excitation de découvrir l’inconnu.

L’environnement dans lequel se déroule les scènes a également un grand impact sur le jeu des acteurs, participant au renforcement des expressions qu’ils tentent de transmettre. Ainsi, le décor du Voyage dans la Lune reflète le côté extravagant du court-métrage. Dans La jetée, c’est un appui au propos du narrateur. Le décor créer une liaison avec les protagonistes. L’arrière-plan est également a prendre en compte. Faire ressortir le personnage créé de l’espoir alors que l’inverse créé de la peur. Enfin, un décor sombre, mécanique et froid renforce ce sentiment d’oppression crée par le huit-clos qu’est le bunker et pousse le spectateur au sentiment de claustrophobie. Que ce soit par la gestuelle exagérée, répétée et agitée des savants du film de Melies ou un aperçu direct de l’environnement dans lequel se déroule le court-métrage, un certain affolement général se fait ressentir dans les trois courts-métrages.

D’où le dynamisme global présenté dans chacun des trois films.

Cela est également marqué par la vitesse des actions venant rythmer les différents courts-métrage, et ce même pour le « roman-photo », qui, par un flou volontaire ou par une gestuelle, des expressions des protagonistes exagérées, permettent de rendre compte de la gravité de la scène. Malgré l’absence de mouvement, les scènes montrent une action, une émotion plus qu’elles ne les suggèrent.

Le jeu des acteurs est déterminant quant à la compréhension et à l’évolution de l’intrigue. Il est le seul à pouvoir exprimer, sans parole, l’action présentée.

En effet, que ce soit pour le premier court-métrage où l’ambiance générale est plus à la découverte, la recherche de l’inconnu ou encore, pour les deux suivants, à la représentation de la crainte de l’inconnu, les mouvements des acteurs semblent incontrôlés, presque improvisés dans certains cas. Mais n’en restent cependant pas moins cohérents avec l’histoire s’y rattachant. L’excitation de découvrir l’inconnu se représente alors par une répétition de mouvements – peut-être pour faciliter la compréhension de la scène ; mais aussi par une gestuelle caricaturée et très présente. La peur est, quant à elle, représentée par un enchainement d’actions que les protagonistes effectuent le long des courts-métrage tandis que la folie est, quant à elle, exprimée au travers des expressions faciales, dans l’ensemble très exagérées mais aussi complètement inexistantes et tout aussi inquiétantes.

Apportant un certain désordre dans les scènes du film, le jeu des acteurs  – bien que caricaturé – reste malgré tout, l’élément fondateur de la compréhension des divers courts-métrage.

Méliès, Marker, Carot et Jeunet qui marquent, certains plus que d’autres, les grands débuts du cinéma ne se sont pas entourés d’acteurs déjà célèbres dans le milieu. Le cinéma n’étant pas à proprement parler, reconnu comme un art à part entière, la diversité des castings se résument donc principalement aux proches et amis des réalisateurs ou à de simples inconnus qui, pour certains, les ont ensuite suivis tout au long de leur carrière.

Aucun acteur n’a donc de réel lien avec le cinéma excepté Caro, Jeunet et Méliès, acteurs dans leurs propres films. Cependant le domaine artistique n’est pas pour autant délaissé car dans les différents castings nous pouvons retrouver des dessinateurs, chanteurs ou artistes en tout genre.

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ALLEMON Guillaume, LAPICA Laureline, MASSE Antoine, QUILLEVERE Maxime, BRUNET Ophélie

Montage / Cadrage /Prises de vue

En 1902, le cinéma est un art jeune, ses mères sont la littérature et le théâtre. Le voyage dans la lune de Georges Méliès en est l’exemple même. En effet, il utilise des plans fixes empruntés au théâtre qui pourraient correspondre à des actes. Méliès n’utilise aucun mouvement de caméra. Pour faire comprendre un changement de lieux, des décors peints en perspective sont disposés en toile de fond. Chaque décor renseigne suffisamment sur le récit. Les différents plans, qui sont au nombre de dix-sept, nous donnent une vue d’ensemble de la scène, ils sont plutôt larges et le point de vue est frontal. Ils ont pour caractéristique d’être longs : le plus long d’entre eux dure deux minutes et trente secondes. Dans un même plan il peut se passer une série d’actions successives devant un même décor fixe : seuls les acteurs, dont Georges Méliès lui-même, se déplacent énergiquement devant le décor. Les costumes des personnages ont été peints à la main sur la pellicule : le spectateur peut donc être amener à se demander s’il assiste d’avantage à un film ou à une peinture.

Tous ces éléments, qui engendrent la magie et la féerie, amènent une nouvelle perception du film pour le spectateur : il ne retranscrit plus le monde réel comme dans les court-métrages des Frères Lumières, mais donnent à voir un monde fantastique. Il s’agit du premier film de science-fiction, inspiré des ouvrages de Jules Vernes, qui adapte le rêve des gens de l’époque au cinéma : voyager sur la lune.

La jetée, film réalisé en 1962 par Chris Marker, est un court métrage de science fiction durant vingt-huit minutes. Ce film est inclassable de part sa forme. En effet, ce « photo roman» , comme l’appelle Chris Marker, est composé d’une suite de photographies (plans fixes) en noir et blanc. C’est la bande son qui régie et coordonne le passage de celles-ci. En effet, une voix, celle de Jean Négroni, rythme le passage des différents photogrammes. L’enchainement des plans et cette voix-off font naître du dynamisme. Le montage se fait alors de l’oreille à l’œil.

Le film commence avec un carton noir où il est inscrit « ceci est l’image d’un homme marqué par une image d’enfant », ce carton a été écrit à un moment de la jeunesse du réalisateur et l’aurait marqué enfant. S’en suit la photographie de l’aéroport d’Orly qui évoque le futur. Chris Marker utilise des images du passé pour construire un futur potentiel, qui s’appuie sur un regard féminin. De plus, les nombreux regards caméra nous déstabilisent et nous mettent à la place du rêveur, regardant cette femme dont il tombe amoureux. Cependant un seul instant diffère de la succession de plans fixes : le plan filmé de la femme se réveillant. Ce mouvement presque imperceptible engendre un moment de suspension.

L’originalité de La jetée nous ouvre de nombreuses portes à l’imagination et nous questionne de part sa forme.

Le bunker de la dernière rafale est un court métrage français réalisé par Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet sorti en 1981. L’univers clos dans lequel nous sommes invités est traduit principalement par le cadrage très serré et cette lumière verte qui baigne l’atmosphère. Les plans sur les instruments (compteur, boutons qui clignotent), les gonds et les portes qui se ferment nous plongent dans un univers industriel. Tous les plans se font à l’intérieur, le seul plan de l’extérieur est celui du bunker sous un ciel agité orangé et l’expédition des hommes chauves dans leur char, ainsi nous sommes incapables de situer l’histoire dans le temps et dans l’espace. Le regard est aussi très important dans ce film, il y a trois plans caméra où les personnages regardent directement le spectateur. De plus, le film commence avec un gros plan sur le regard d’un des hommes chauves, ses yeux suivent une mouche et leurs mouvements font penser aux yeux de quelqu’un de possédé. C’est aussi ce plan qui nous permet de comprendre que les personnes dans ce bunker ne sont pas tout à fait saines d’esprit. Le compteur qui marche à rebours est l’évènement déclencheur dans ce court métrage et apparaît beaucoup également dans ce film sur des plans fixes frontaux. Il y a d’ailleurs un plan fixe sur ce dernier lorsque le décompte commence à partir de onze.

Globalement le cadrage sert l’ambiance du film dans le sens où il permet vraiment de créer une ambiance en huit clos dans un environnement industriel mais à la fois pervers grâce aux regards caméras des hommes chauves.

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JACOB Pauline, RANNOU Marie, LEMARCHAND Marion, LACOMBE Eugénie, COLOMBO Zelda

Éclairages / Sons / Décors

Dans Le Voyage dans la Lune de George MELIES, tout le film se déroule par séquences (il y en a dix sept en tout) et chaque séquence est représentée par un décor particulier. A chaque fois que nous voyons un nouveau décor, nous pouvons nous rendre compte de la relation qu’il y a avec le décor de théâtre. Ici chaque séquence est cadré par les limites de la caméra. Les décors sont des dessins sur toile de fond tendue, ils permettent ainsi de donner l’atmosphère, l’ambiance et le lieu de la scène. Il y a aussi des objets qui entrent en action, ce sont encore des dessins qui simulent le vrai par des effets de perspective.
Tout ceci participe à faire ressentir le réel, grace aux différents champs de profondeur ou sont posées les toiles mais aussi à la représentation en perspective des dessins. Celle-ci fonctionne bien grâce à la position fixe de la caméra. George MELIES ajoute aussi des effets pyrotechniques et des fumigènes pour augmenter le réalisme (notons que si les effets ne sont pas impressionnant aujourd’hui, à l’époque ils étaient époustouflants). Les décors plus réalistes de l’atelier ou encore de la ville ressortent clairement, tandis que les décors fantastiques émerveillent par leur fantasque et la représentation que fait l’artiste de son idée de la lune par exemple, ou des fonds soumarins.
Passionnant du début à la fin, on se laisse bercer par une musique du groupe Air qui rappelle l’ambiance lunaire comme les atmosphères du disque « Dark Side Of The Moon » du groupe Anglais Pink Floyd . La musique a vraiment sa place dans l’installation du décor et de l’atmosphère. Elle s’adapte parfaitement en fonction du lieu et des actions, elle nous place dans un voyage lointain vers des sphères musicales vaporeuses, psychédéliques et spatiales. Elle rythme le film, les actions des personnages, et ajoute à la dimension futuriste du court-métrage. Nous voyageons vers la Lune.

La Jetée est un film de science-fiction réalisé par Chris MARKER en 1962. Dans ce « Photo-Roman» , on est tout d’abord plongé dans le décor de l’aéroport d’Orly de l’époque qui est censé nous présenter le passé du personnage principal. Les décors du film permettent en fait de nous faire comprendre à quelle époque se situe l’action : Lorsqu’on se trouve dans Paris, ou à Orly, l’action se trouve dans le passée ; lorsqu’on se situe dans les égouts, sous Paris, c’est le présent post-apocalyptique qui est présenté ; pour le futur, c’est l’absence de décor qui nous le montre. Aucun décor n’est crée, tout est pris de l’existant.

La musique du film, réalisée par Trevor DUNCAN, est relativement perturbante quand on y prête attention, mais permet de nous plonger un peu plus dans l’ambiance bizarre du film. Lorsque l’auteur se trouve dans le passé, la musique est moins perturbante et s’adoucit légèrement. On pourrait y voir une touche psychédélique si cette musique n’avait pas été composée quelques années avant l’apparition du genre.

Pour ce qui est de l’éclairage des photos, il y a durant tout le film un contraste très présent, menant à de nombreux aplats clairs et d’encore plus nombreux noirs. Cela donne une touche dramatique au film. Comme pour le son, cependant, l’éclairage est plus doux lorsqu’on se trouve dans le passé.

Dans le court métrage Le Bunker de la Dernière Rafale de Marc CARO et Jean-Pierre JEUNET nous sommes immergés dans un univers indéfinissable. Même si le film est dénué de dialogues, la bande son se permet toute sortes d’expérimentations (c’est ce qui en fait son originalité). Ce manque de dialogues permet au spectateur de prendre part dans le film, et de laisser libre cours à son imagination. L’ambiance est mise en place grâce à celle-ci et aux effets de lumière, au fur et à mesure du film, l’atmosphère deviens de plus en plus tendue, et cela se resent directement dans les sons, qui montent par degrés pour suivre la folie qui s’empare des personnages. La bande son est à la limite de nous irriter, comme si nous étions dans la peau des soldats enfermés dans ce bunker, qui en perdent la tête. On resent la tension perpétuelle dans les sons.

L’espace clos ajoute à ce sentiment de perdition, les protagonistes sont entourés par des murs blancs, des machines et des tuyaux. Cette représentation que font CARO et JEUNET du futur est tout à fait réaliste, même à otre époque. En mettant en place le compte à rebours dont personne ne connaît la finalité, est une vision tout à fait crédible de la peur que nous avons de l’inconnu, ce réalisme permet d’ajouter aux émotions crées par les sons, les lumières et le décor, en emprisonnant le spéctateur dans un futur qui pourrait se produire.

Pour renforcer d’avantage cet univers apocalyptique, le film est en noir et blanc, avec un filtre granuleux et une coloration verdatre s’ajoutant à des filtres (pour accentuer le contour des coups de feux par des flash de couleurs). L’image est comme salie, surexposée ou sous-éxposée la plupart du temps.

On se rend compte après cette analyse, que dans Le Voyage dans la Lune, comme dans La Jetée et Le Bunker de la Derniere Rafale, les bandes sons, les décors et les effets d’éclairage traduisent  parfaitement la vue assez fantastique du futur, à l’époque à laquelle ont étés filmés les courts-métrages. En effet, dans les trois films, les bandes sons sont très expérimentales, que ce soit le groupe Air dans Le Voyage dans la Lune ou les éclats de sons avant gardistes du Bunker de la Derniere Rafale. Chacun à leur manière ils se retrouvent en avancant des effets qui amènent le spectateur de l’époque dans un autre univers, enfermé entre quatre murs blancs, sur des décors lunaires fantastiques, ou des catacombes sombres et ténébreuses. Les visions qu’on les réalisateurs du futur sont toutes possibles pour notre imagination, mais très différentes. Les trois court métrages fonctionnent très bien les uns après les autres, on retrouve ces décors fermés dans La Jetée et Le Bunker de la Dernière Chance, les éclairages granuleux, avec des filtres de couleurs se répetent aussi. Et finalement, l’éxpérimental est toujours présent pour nous faire rêver.

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BAUDIN Martin, DAGNEAUX Simon, GUILLON VERNE Lucas, MARTIN Pierre-Marie, PENNETIER Victor

Thème du futur

L’Homme a toujours voulu se projeter dans le futur, qu’il soit proche ou lointain ! Cependant le futur reste ce qu’il est : incertain. Par tous les moyens, l’homme cherche à s’en protéger mais pourtant il reste inévitable. La notion de futur est hypothétique, en constante évolution et deviendra un jour passé ! Cette idée de futur est présente dans les films : « Le voyage dans la lune » de Georges MÉLIÈS, « La jetée » de Chris MARKER et « le bunker de la dernière rafale » de Marc CARO et Jean-Pierre JEUNET. Cette notion de futur est abordée au sein de ces films sous différentes formes : le futur en tant que voyage, jamais vu et fin.

Tout d’abord, « La jetée » et « Le voyage dans la lune » relatent l’histoire d’un périple, que ce soit dans le temps ou sur la lune. L’homme a toujours voyagé et cela semble être inéluctable même dans le futur. Ce désir se ressent dans le film de Georges MÉLIÈS où une bande de spationautes conquière la lune à la découverte d’un nouveau territoire. Ceci est d’ailleurs une critique de la société de l’époque et du système colonial. Dans le film «  La jetée », le voyage abordé est celui du voyage dans le temps, cependant une force supérieure  empêche l’homme  de parvenir à ses fins ! Celui- ci atteint ses limites. Le futur représenterait-il donc un voyage vers la Fin ?

Le film « Le bunker de la dernière rafale » est une allégorie de l’angoisse de l’Homme face à l’inconnu et au changement. Des soldats enfermés dans un bunker, prennent peur face à un compte à rebours, et au changement que cela prédit. Dans cette peur d’un futur inconnu et incertain, ils s’entretuent, courant eux-mêmes à leur perte. « La jetée » se déroule dans un contexte apocalyptique ; l’homme tente par tous les moyens de trouver de l’aide dans le passé. Mais ce voyage dans le temps se conclut par un échec, ce film raconte la fin de l’humanité, l’homme assiste à sa propre mort dans le futur.

Le futur implique également une notion de jamais vu qui se traduit par l’innovation et le regard portée vers le futur par les hommes face à l’avancée technologique .Un vaisseau spatial nous est donné en spectacle dans le film de Georges MÉLIÈS ; cet objet étant complètement improbable pour l’époque.

Dans « Le bunker de la dernière rafale », le futur est par définition inconnu et c’est cet inconnu qui engendre le massacre. Dans  « la jetée », le voyage dans le temps est encore aujourd’hui une utopie, un fantasme non réalisé. Ce concept continu de fasciner l’imaginaire de l’homme. Il ne cesse de concevoir les futures possibilités qui s’offriraient à lui s’il avait les moyens de voyager dans le temps.

Le futur est envisagé de façon négative dans l’ensemble de ces films, qui est caractérisé par une critique du colonialisme dans le premier, de la fin de l’humanité dans le second film et d’une tuerie conséquence de la peur de l’homme face à l’inconnu dans le troisième.

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FAVIER Tom, RIAUD Tristan, CHEVROTON Camille, CHALBOS Claire, ARCHAMBAUD Mélanie

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