Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

27 juin 2013    Cinéma   

Publié par Nicolas Thévenin

Starship troopers

Compte-rendu du film de Paul Verhoeven par le groupe A des A1, suite à la projection du film au Cinématographe le 2 mai 2013.

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(Illustration : BOURCIER Anaïs, LEGER Léo, MALLEIN Clément, RENOUX Guénolé, LANGE Antoine)

Présentation générale de l’oeuvre et de l’auteur

Quand Paul Verhoeven commence la production de Starship Troopers, il vient juste de subir une débâcle suite à son film Showgirls, «lauréat» de sept récompenses aux Golden Rasburry Awards attribuées aux pires films d’Hollywood.

Pourtant ses précédents films RoboCop, Totall Recall et Basic Instinct ont tous été des succès critiques et commerciaux. Le réalisateur néerlandais est reconnu comme un des plus brillants cinéastes d’Hollywood. Déjà controversé pour son goût pour la violence, l’érotisme et la provocation, il entreprend alors la mise en images du roman Starship Trooper de Robert A.Heinlein (lui aussi contesté en 1959) où il doit repousser les limites de ses thèmes favoris : la propagande, la guerre et le féminisme. On lui confie alors un budget colossal, l’ambition étant de faire du film une nouvelle référence, un pilier du blockbuster.

Verhoeven commença sa carrière aux Pays-Bas par des documentaires pour la marine nationale. C’est à la suite de Turkish Delices qu’il se fait connaitre du grand public en obtenant une nomination à l’oscar du meilleur film étranger. Il réalise par la suite quelques longs métrages reprenant ses thèmes de prédilection. C’est en 1985 que sort son premier film américain : La Chair et le Sang.

Le réalisateur apparaît comme un cinéaste atypique, parfois lunatique mais au style propre. C’est un langage unique qu’il invente, la satire sans éléments comiques. Il a cette capacité à jouer entre la vision de la réalité du public, et l’imagerie de cette réalité dans le cinéma. Il bouleverse de cette manière une partie du mode de pensée américain par sa base même: Hollywood. Son cinéma hollywoodien est loin de n’être que divertissement. Ici la violence n’est pas uniquement visuelle, elle passe par les actes de ses personnages autant que par le style employé, et a chez lui toujours un sens. Elle est employée au second degré pour mieux dénoncer, critiquer, notamment l’impérialisme américain. Verhoeven revendique la volonté de raconter le comportement humain, «l’espèce humaine est la plus violente» et est loin d’être idéaliste : «les moments paisibles et accueillants qui existent ne sont de mon point de vue que le minuscule versant d’une longue montagne d’agressivité qui régit l’ensemble». Cette caractérisation très sombre de l’humanité est ainsi traduite à la fois directement : par la violence, à la fois visuelle et morale mais aussi dans ce second degré si singulier visant médias, spectacles et toute l’exagération américaine.

Starship Troopers ravit les fans de Verhoeven mais est décrit par une certaine catégorie de la population comme une apologie du fascisme, trop violent, et sûrement trop ambiguë pour être compris. Ce qui fait la complexité de ce film, c’est la volonté de mêler des thématiques fortes et glissantes à une critique camoufler de l’état qui l’accueille. Pour cela il emploie à la fois des techniques empruntées directement au documentaire propagandiste (Why We Fight de Frank Capra) mais aussi une forme nouvelle, qu’on appelle aujourd’hui POV (Point of view, point de vue du caméraman), utilisé par les Etats-Unis à la fin du XXème siècle. Verhoeven nous donne à voir une société contre-utopique qui brasse film de guerre, politique, de science-fiction mais aussi sitcom à l’eau de rose où le rite initiatique prend une place importante. Ainsi il envoie des jeunes gens aux corps parfaitement lisses (acteurs directement issus de sitcom us) aux combats où leur seul but est de mourir au service de leur planète. Face à eux des insectes surpuissants : une simple image du mal. Voilà un des points forts du film : une opposition constante entre le lisse et le dégueulasse, le premier plan esthétique et l’arrière plan barbare faisant de Starship Troopers un précurseur qui inspirera très certainement des films comme Piranha 3D d’Alexandre Aja, ou encore plus récemment, Spring Breakers d’Harmony Korine.

Verhoeven est une sorte de cinéaste intrus, dans un cinéma américain de grande ampleur. Il réussit par moyens détournés à ravir à la fois le fan de spectacle et le spectateur à la recherche de réflexion propre. Provocateur, son oeuvre bouscule par son aspect si fascinant, à la fois dangereux, à la limite, et souvent très juste dans cette manière si amusante de bouleverser les codes sociaux.

BOURCIER Anaïs, LEGER Léo, MALLEIN Clément, RENOUX Guénolé, LANGE Antoine

Scénario

Starship troopers est un film Étatsunien qui fut réalisé par Paul VERHOEVEN en 1998. Le long-métrage se déroule dans un futur lointain où la Terre semble être unifiée face aux insectes qui s’y écrasent régulièrement , via des astéroïdes arrivant d’une planète lointaine, leur maison-mère.

Dans un premier temps, le scénario nous plonge au cœur de la vie de jeunes adultes typiquement américains qui s’apprêtent à quitter l’équivalent du lycée pour rejoindre les études supérieures. Le film met alors l’accent sur l’importance dans ce futur du service militaire, qui selon l’un des professeurs des jeunes étudiants, est très conseillé car permettant d’obtenir des droits en tant que citoyen. Le citoyen se distingue dans le film du civil qui lui ne semble pas avoir de pouvoir au sein de la société. Ce principe n’est pas sans rappeler le fonctionnement du système politique Athénien dans l’antiquité, où chaque jeune homme aspirant à la citoyenneté devait avant tout accomplir son éphébie, soit une formation principalement militaire de deux années. Si dans l’intrigue, ce service n’est pas obligatoire, il semble néanmoins être fortement conseillé, et vient faire appel à un certain devoir moral. Ainsi,de la même manière que les athéniens vénéraient la guerre, le  film en fait, certes de manière caricaturale, l’apologie ; le message pourrait ainsi être en résumé : ‘’La force, c’est le pouvoir’’, message qui reste d’ailleurs présent tout au long du film. Il est en effet clairement énoncé que la guerre est un art, plus qu’une contrainte, et que le seul moyen d’énoncer  ses opinions est de les imposer (par la force).D’ailleurs, d’après le scénario, pour devenir citoyen et pouvoir s’exprimer, il faut d’abord savoir se battre.

Dans un deuxième temps, on peut avec ce long-métrage faire un nouveau parallèle entre la communication qui fut faite durant la seconde et la première guerre mondiale, et la communication faite de la guerre dans le film. En effet, on observe clairement un décalage volontaire entre ce qui se passe réellement au combat et ce qui est montré du conflit. Comme en témoignent certaines affiches de propagande française aussi bien qu’allemande datant de la guerre des tranchées, les ennemis étaient décrits comme de vils barbares avide de violence, et qu’il fallait à tout prix détruire sans considération, tout en décrivant les combats comme triviaux, sans danger ‘’les balles allemandes ne tuent pas’’, pouvait-on lire alors sur certaines affiches. Dans le film, la forme d’affiche est remplacée par un média plus moderne, sorte de simili site internet, média interactif donc, qui fait office de journal de guerre. Il y a dons un vrai jeu d’immersion avec le spectateur, le considérant alors dans les moments où le site est montré, comme un civil resté loin des combats. Ceux-ci sont d’ailleurs, à l’image de ce qui était fait pendant les deux grandes guerres, montrés comme relativement joyeux, voire excitants, du moins sans danger. Cette guerre est également légitimée par le même biais, et on nous montre par des vidéos de scientifiques en blouse que le combat est maîtrisé.

Dans un dernier temps, la forme que prend la progression des personnages principaux est assez caractéristique de celle du héros à l’américaine, qui ne part de rien pour devenir, parfois sans réelle intention dans ce sens, quelqu’un de très important. Les personnages sont dans la forme autant que de le fond des modèles, qu’il s’agisse de vertu ou de beauté, il incarnent les idéaux mentaux et physique de l’époque. La société elle-même est dans un sens idéale elle aussi, on assiste en effet dans le film à une absence total de distinction entre hommes, femmes, ethnies… Aucun pays n’est clairement défini dans l’intrigue, le commandement se fait à Genève, une des villes touchée par une attaque d’insectes est Buenos Aires… Le film reflète donc de manière assez caricaturale cet ensemble de clichés idéaux, tant dans la forme des conflits, présentés de manière épique, que dans le fond : la Terre unifiée se bat avec bravoure contre l’infâme ennemi et finit par le terrasser grâce au courage et à la persévérance, le tout sur fond de morale vertueuse, si l’on prend le film au premier degré.

Le film laisse donc vaguement planer certains doutes quant au réel message qu’il véhicule, est-il à prendre au premier degré ? Est-il une parodie du cinéma populaire à l’américaine ? Est-il une caricature d’une mentalité patriotique occidentale ? Ou bien la dénonce-t-elle ?

Si l’on ne peut être sûr de ce que Mr Verhoeven a voulu montrer via son film, on peut néanmoins y voir certains échos à différents événements, même actuels. Prenons l’exemple de la sortie du film ‘’The Avengers’’ en 2012, un film qui se veut relativement sérieux, où des extraterrestres mélangeant des aspects d’humanoïdes, de machines et de monstres décident de venir détruire la Terre, et qu’une horde de héros (américains) viennent la sauver, le tout sur fond de musique épique, on peut alors voir dans ‘’Starship troopers’’ un certain air parodique. Second exemple, la guerre en afghanistan menée par les américains, et le fameux scandale des ADM qui ont servi de prétexte pour mener une guerre ‘’légitime’’ afin de protéger le monde d’une entité étrangère qui ne partage pas l’idéologie américaine ; ou bien l’exemple de la guerre du Golfe, plus comparable au film dans le temps. On peut dès lors voir dans ce film, toute proportion gardée, une dénonciation de la manière dont les américains règlent leurs conflits.

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HAMON Antoine, BODIN Claire, COLLIN Yohann, BENAITIER Fabien, GUILLAUD Anthony

Jeu / Interprétation

Le film de Paul Verhoeven se situe dans la mouvance des films de guerre américains mettant en avant la bravoure des soldas quitte à idéaliser l’acte guerrier.  Cet aspect du film a été  fortement critiqué car certains journalistes ont pensé que Paul Verhoeven faisait l’apologie du totalitarisme et de la guerre. Le film nous projette dans un futur ultra libéral où l’égalité entre tous les êtres est absolue. Toute trace de différence est bannie (même entre les hommes et les femmes) ce qui rend la vie uniforme et sans diversité.  Malgré une histoire futuriste et quelque peu irréaliste, on note que les effets spéciaux sont d’une grande qualité pour l’époque. Les critiques de l’époque l’avaient même appelé « le film aux 600 effets ». Paul Verhoeven reprend le modèle de la sitcom américaine en la détournant en en faisant un film de guerre très  sanglant frisant le grotesque. Des coupures publicitaires segmentent le film et le cynisme de certaines montre que le film est une critique. Une critique de la guerre notamment, plusieurs scènes mettent en avant la souffrance et les dégâts qu’elle engendre. Dans ce film la guerre est totale et tous les moyens sont bons pour remporter la victoire. Les dirigeants n’hésitent pas à sacrifier leurs nouvelles recrues appelées justement de la chair à canon. Les passages où la guerre est pointée du doigt sont nombreux mais aussi très subtils (l’uniforme des soldats rappelant celui des soldats nazis, les grands rassemblements de soldats parfaitement rangés comme les défilés du troisième Reich et l’organisation rigide et autoritaire des sociétés totalitaires). Le film compte sur la capacité du spectateur à faire la part des choses et à ne pas prendre l’histoire au premier degré. Une des scènes finales « censurée»  est comparable à un viol, celui du cerveau Arachnide par les scientifiques. Cette scène met en avant le caractère colonial de la guerre : prendre toutes les ressources des assaillis par la force.

Pour ce qui est des acteurs et de leur jeu de scène on peut remarquer que le casting n’est pas sans importance. Les protagonistes étaient surtout connus à l’époque pour leurs apparitions dans des séries américaines comme « Melrose Place» et « Beverly Hills»  ou des films de série B comme « Shark Attak»  et autres films d’horreurs. Ces acteurs représentaient la bourgeoisie américaine, propre et exemplaire. C’est ce qui a incité  Paul Verhoeven à les faire tourner dans son film pour pouvoir ainsi les salir, les détruire  et couper avec leur image de sitcom. Les personnages principaux parviennent à leurs rêves mais après de nombreuses souffrances. Le langage corporel est très important dans ce film, dans les scènes de combat ou de pilotage les acteurs doivent montrer la concentration, la détermination et aussi la douleur sans parler. Cette dernière est parfois exagérée comme les châtiments qu’ils subissent pour en mettre plein la vue au spectateur.

Ce film commence comme une sitcom et reprend tout du long ce qui fait leur succès (histoire d’amour, des personnages idéalisés dans lesquels on s’identifie, sourire ultra blanc et acteur physiquement parfait). On pourrait qualifier ce film de sitcom de guerre. Malgré la surenchère permanente dans la violence les personnages ont toujours l’air héroïque et désirable.

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Etienne ALEXOS Etienne, PRIGENT Tanguy, CHAFFIOTTE Hugo, MERLET, LEBASTARD Simon

Montage / Cadrage / Prises de vue

Si Starship Troopers a connu un succès relatif au box office, ce film inspiré d’un roman de science fiction a malgré tout été nommé aux Oscars, en 1998, dans la catégorie : meilleurs effets visuels. Paul Verhoeven n’en est pas à son premier coup d’essai, en 1987 il a réalisé Robocop, autre film culte en matière de science fiction.

Starship Troopers est un film caricatural et parodique destiné à être une critique des sociétés totalitaires et du mythe américain. Au début du film on découvre des jeunes gens parfaits sous tous rapports. Tout est fait pour mettre en avant le physique avantageux de ces personnages (gros plans). L’ensemble fait référence aux sitcoms américains que se soit le cadrage ou la lumière. Les personnages sont filmés à mis corps ou en gros plan, la caméra les filme lorsqu’ils prennent la parole.

De manière générale, tout au long du film, la caméra suit l’action et les personnages afin d’intégrer le spectateur à l’action. Nous découvrons les évènements en même temps que les protagonistes.
Il arrive que des spots d’information furtifs apparaissent à l’écran. Ces derniers arrivent de manière abrupte et occupent tout l’écran. Ils restent brefs et appellent à la pulsion du spectateur en l’incitant à cliquer sur des liens pour en apprendre d’avantage. Ils s’inspirent du Story Telling.

Ces mini-clips se terminent en fondu sur le plan suivant qui nous replonge dans l’action.
Ces passages ne sont pas sans rappeler les images de propagande, images reprises tout au long du film. Lors du bal de promo, apparaît l’image d’un aigle (3ème Reich ? Grand sceau des Etats Unis ?) qui prend tout l’écran avant de laisser apparaître les mêmes jeunes gens rassemblés prêtant serment.

On voit régulièrement des plans constitués de grandes foules qui s’étendent hors champ suivst d’un rapprochement puis d’un gros plan sur un élément important (souvent un personnage).
On retrouve cette méthode dans les scènes de bataille. On commence par voir un plan d’ensemble du lieu, qui peut rappeler les westerns, avant de se focaliser sur les personnages. Comme dans les dialogues, la caméra alterne alors entre cadrage rapproché sur les soldats puis sur les arachnides.

Lorsque les personnages sont sujets à des fortes émotions, la caméra se rapproche de leur visage afin de faire ressentir l’émotion au spectateur. De manière générale, la caméra commence par filmer les réactions des personnages avant de nous en montrer la cause. La caméra adopte le mouvement de l’action.

L’arrière plan a une place importante dans le film. Lorsque Rico triomphe d’un arachnide, il se tient fière et droit au premier plan, un vrai héro américain malgré ses blessures, et derrière lui on peut apercevoir le massacre. C’est aussi de l’arrière plan que l’on voit les insectes géants arriver au loin. Ce rapport entre avant et arrière plan est au centre de la compréhension du film. Cependant, lorsque les plans sont très rapprochés (gros plans sur les visages) on ne peut distinguer clairement l’arrière plan.

La profondeur des champs s’étend souvent à l’infini, à l’image de Carmen que l’on voit partir au loin après son au revoir à Rico. A travers la vitre, on la voit s’enfoncer vers l’infini.

Certains plans apparaissent comme Kubrickiens notamment lorsque l’on voit le cercueil de Dizzy partir dans l’espace. Ce plan rappelle en effet celui L’odyssée de l’espace lorsque l’on voit l’astronaute partir par le hublot. Les soldats se reflètent dans la vitre. L’espace nous est souvent montré à travers les vitres des vaisseaux.

Les plans du film sont courts et s’enchainent rapidement, on ne reste jamais longtemps sur un même point de vue. L’angle de prise de vue des ces derniers reste principalement normal, c’est à dire à hauteur des yeux.

Rien dans la manière de filmer et de cadrer l’image ne met en avant le décor. Ce dernier reste perceptible grâce à quelques détails qui créent une ambiance parfaitement perceptible.

A la manière de Guy Debord, Verhoeven cherche à critiquer le spectaculaire présent dans les médias de son époque et pour ce faire il l’utilise à outrance. Il dépeint une société surmédiatisée qui ne cache plus ni la mort et ni la boucherie.

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CHEVREL Julie, EVRARD Camille, FRACCHETTI Virgile, JULIEN Timothée, MASCUÑAN Adrien

Éclairages / Sons / Décors

L’esthétique des décors

Starship Troopers oscille constamment entre space-opéra classique et parodie de série B et ce, jusque dans son esthétique.

On peut distinguer 4 grands types de décors dans Starship Troopers  : Le Buenos Aires futuriste, le camp d’entrainement, les scènes se déroulant dans l’espace et les planètes de la zone de quarantaine arachnide.

Le monde terrestre tel qu’il est représenté au début du film reprend les codes fonctionnalistes d’une grande ville, d’un campus ou encore d’une salle de classe classique mais toujours avec la volonté de témoigner d’espaces lisses et dénués d’insalubrité. Il est à l’image de ses habitants, sans imperfections.

C’est une vision du futur assez peu détaillée, notamment au regard d’autres mondes futuristes tels que le Los Angeles de Blade Runner, le Londres des Fils de l’homme ou encore le Néo Seoul de Cloud Atlas pour ne citer qu’eux.

Le camp d’entrainement est également très fonctionnel. Situé au milieu de nul part, il reprend l’organisation des campements militaires contemporains mais avec une touche futuriste  : Les bâtiments sont basés sur des modules arrondis, métalliques et non sur des structures en toile ou en béton comme on peut en voir dans Full Metal Jacket. Le paroxysme est atteint lors de la scène ou Rico brandit le drapeau. La perspective nous fait alors entrevoir l’envers du décor, nous signifiant au passage qu’il s’agissait bel et bien d’un entrainement.

L’esthétique militaire en elle même peut être considérée comme rétro au regard de l’histoire du cinéma. En effet, les uniformes et certains vaisseaux (notamment la navette de secours) ne sont pas sans rappeler les tenues de combat et le «  char  » des marines dans Alien 2, soit plus de 10 ans auparavant. A titre de comparaison, deux ans après Starship Troopers sortait le premier Matrix, où l’esthétique technologique était bien plus recherchée et plausible.

D’une manière générale, l’environnement de ces soldats semble trop plastique pour être pris au sérieux.

C’est bel et bien la façon dont est traité l’espace qui justifie que le film appartienne au genre de la science fiction  : la première scène qui s’y déroule nous présente une station spatiale circulaire, en orbite lunaire. Si son esthétique peut sembler déjà-vu aux premiers abords (même aspect que l’étoile noire dans Star Wars et forme circulaire du vaisseau dans 2001  : L’odyssée de l’espace), l’objet en lui même est inédit au cinéma. Cette structure, absente du roman original, fut «  empruntée  » à la Fondation d’Isaac Asimov.

De même, le vaisseau principal du film (le Roger Young) est tout aussi plausible dans un univers de science fiction. Il est à noter que sa forme a pu inspirer celle d’un autre vaisseau au cinéma  : celui du général Grievous, présent au début de La Revanche des Siths.

De la même façon que Buenos Aires, les mondes arachnides sont à l’image de leurs occupants  : décharnés et stériles. Ils ne sont que roche, sable et soleil. Dans le film, on rencontre deux de ces planètes mais sans pouvoir clairement les différencier. Elles semblent d’ailleurs être seulement désignées par des lettres (planète P). Ce minimalisme traduit certainement la volonté du réalisateur de présenter un ennemi impersonnel à l’humanité, et ce jusque dans son habitat. (Le désert à lui seul aurait constitué un environnement plus riche, comme on peut le voir dans Dune).

Enfin, le décor le plus représentatif du film est sans doute celui du fort assiégé  : véritable métaphore de la confrontation entre l’ordre et le chaos. Ici, les structures en métal scintillant semblent comme étrangères à leur environnement. Il en émane une certaine fragilité, comme une feuille d’aluminium face à un bloc de roche. Ses habitants seront tués par la population locale et d’une certaine façon, le fort lui même est détruit par son environnement  : deux cafards colossaux jaillissant du sol.

D’une façon globale, l’esthétique des décors était déjà dépassée lors de la sortie, empruntant trop souvent des codes propres à la science fiction des années 80 (formes très droites, matériaux lisses et plastique, peu de détails..). Pour autant, elle ne dessert pas le film car elle n’est ici qu’un support au défouloir du réalisateur.

L’éclairage

Starship Troopers est un film lumineux  : souvent tourné en extérieur et par beau temps, il n’offre que trois scènes de nuit (le bal, le massacre et la scène «  des récompenses  »).

Fidèle à l’esthétique des sitcoms américaines, Paul Verhoeven n’utilise qu’un seul type d’éclairage durant la totalité du film. Celui-ci frappe d’emblée par l’aspect éclatant de son image, triomphe de ce que les chefs opérateurs américains nomment le style « high key ». Grâce à ce procédé, l’important niveau de lumière élimine les ombres ou les rend « transparentes », et produit des couleurs peu saturées et très brillantes. Chromes des vaisseaux et des armures, déserts de roches monochromes des planètes xénos, places nettes du noir spatial : les lignes des corps, des machines et des arachnides se découpent sur de vastes fonds étales, sous des soleils de plomb.

L’éclairage est ici un parti pris du réalisateur qui cherche à unifier les différents types de plans du film ainsi qu’à éliminer les éventuelles imperfections des acteurs pour accentuer la sensation de «  chair (fraiche) à canon  ».

Bande son

Si les effets spéciaux sont remarquables pour leur réalisme, il ne faut pas pour autant oublier la bande son. Son usage varie en fonction de la source du son à l’image, mais elle relève souvent du «  cliché sonore  »  : parodie des moment triomphalistes des westerns ou des films de guerre classiques (musique conquérante, cuivres façon cavalerie, roulement de tambours) ou encore bruitages simplistes d’armes façon jeu vidéo (rayon laser stéréotypés lors de l’entrainement, puis bruitages violents de mitraillettes lourdes lorsque la vraie guerre commence).

Il s’agit sans doute de pointer le caractère dérisoire de la guerre, et des prétentions héroïques du soldat américain moyen. A contrario, le cri strident de l’Arachnide, sorte d’amalgame entre le grognement d’un monstre classique et d’une scie musicale, contribue au réalisme de celui-ci.

Le silence n’existe tout simplement pas dans Starship Troopers. C’est à peine s’il est exploité lorsque le Roger Young quitte la station lunaire avec ce son caractéristique de mastodonte dans l’espace. Ce semi-silence pesant accentue la téméraire manœuvre d’évitement de Carmen.

Les bruitages servent aussi de transition entre deux scènes. Par exemple la fin de la scène, où Rico est puni pour manquement à son devoir, se fait sur un fondu rythmé par les bruits des fouets et le décompte du chef de camp. La douleur ressentie par le spectateur est d’autant plus insoutenable qu’elle est ici aveugle  : les claquements du fouet résonnent et se perdent jusque dans l’espace.

Bien que présenté par certains comme une farce cinématographique ou un vulgaire blockbuster sans âme, il n’en demeure pas moins que Starship Troopers est un film riche et recherché dans sa conception. Les lacunes apparentes liées à son esthétique visuelle et sonore ne sont dues, ni à un manque de budget ni à une faiblesse artistique, mais bel et bien à une volonté précise du réalisateur de créer un film unique en son genre.

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DEZANNEAU Arthur, RANNOU Anaëlle, DUMEIX Coralie, DE YBARLUCEA Perrine, ARASSUS Vincent, LE COENT Manon

Thème du futur

Le film Starship Troopers se déroulant au 23e siècle, son idée même est basée sur le thème du futur à travers la science-fiction. Son réalisateur, Paul Verhoeven nous donne à voir une Terre, certes futuriste, mais dont les bâtiments ne semblent pas vraiment décalés de ce que les architectes pouvaient faire au moment de tournage (1998). Dans l’espace au contraire, tout n’est qu’imaginaire, c’est là que se déroule la majorité du film et que se manifeste tout le progrès obtenu. Dans ce climat suinte une angoisse concernant le futur, bien que ce film soit parodique. Ce film reprend des questions classiques que les Hommes se posent : Quel avenir est promis à la Terre ? Aux Hommes ? Il y a-t-il d’autres formes de vie dans l’espace ? Pourraient-elles être nuisibles pour l’humanité ? C’est sous la forme d’un reportage de propagande qu’est articulée l’adaptation du roman « Étoiles garde à vous»  de Robert Heinlein.

Paul Verhoeven reprend plusieurs attraits de l’évolution communs au domaine de la science fiction : l’apprivoisement quasiment total de l’espace à travers le déplacement et les affrontements des personnages, l’assimilation des populations extra-terrestres (à travers des échanges plus ou moins courtois), et même la globalisation de l’humanité. Les effets spéciaux utilisés ne semblent pas vouloir exposer un réalisme particulier des technologies futuristes mais plus évoquer une approche connue, établie du futur de notre imaginaire. Starship Troopers peut être mis en relation avec les réalisations de Kubrick. Par exemple, lors des scènes dans l’espace, on peut voir que celui-ci est présenté de manière très bruyantes que ce soit dans le film de Verhoeven ou dans 2001, l’Odyssée de l’espace, alors que normalement tout devrait être silencieux. De plus, l’image du cercueil se perdant dans l’espace est Kubrickienne.

L’idée que l’Homme du futur, après tant d’années, ne se soit toujours pas désintéressé de l’Univers et d’une potentielle vie extraterrestre n’étonne personne. Son désir de colonisation grandit en même temps que sa soif de découverte : il est devenu un prédateur spatial prêt à tout pour exterminer n’importe quelle forme de vie qui voudrait lui barrer le passage.

La vision futuriste de l’Homme le montre très évolué dans ses technologies: ils naviguent dans l’espace avec des navettes spatiales, ont inventé une machine capable de guérir des blessures, ont des armes ultra puissantes etc… mais il reste le même dans ses aspirations. Bien que l’humanité considère les Arachnides comme une menace, l’Homme les sous-estime et se considère bien supérieur à cette forme de vie sans hésiter à détruire son environnement.

Pourtant l’espèce humaine aurait dans cette vision du futur fait évoluer les moeurs et les mentalités. La différenciation des sexes et la hiérarchisation raciale n’existe plus : tous les hommes se considèrent entre eux égaux en droit et en liberté. On peut voir une femme noire remplacer un lieutenant blanc, un blanc se faire fouetter par un noir ou encore dans la scène de la douche commune, l’absence de désir et de pudeur. Paul Verhoven a ainsi voulu insister sur le coté futuriste et utopique de sa réalisation, à travers la hiérarchisation des races humaines, d’avantage que sur l’évolution technologique. Le questionnement de l’intégrité du corps face notamment à l’environnement, sa plausible métamorphose et la possibilité de pouvoir le « réparer» , est évoquée. La scène ou Rico, le personnage principal, baigne éveillé dans une substance qui répare ses plaies alors que tout le monde le croit mort présente bien cette idée. D’autres films plus contemporains tels qu’Avatar reprennent cette idée. L’Homme semble également avoir développé ses compétences psychiques et physiques (acrobaties, médium). L’Homme a depuis son apparition toujours montré sa capacité à évoluer dans son environnement et à s’adapter grâce à de nombreuses mutations génétiques rendant probable un tel futur.

Dans ce film, l’humanité s’est réunie en une seule communauté, régie par un pouvoir militaire et colonisateur spatial, il est donc envisagé que toutes les civilisations ont réussi à s’organiser autour d’un même système politique et social. La société et son peuple sont soumis à une autorité supérieure, sujet récurrent au cinéma (» Les fils de l’homme»  d’Alfonso Cuaron, « Soleil Vert»  de Richard Feisher ou encore « Cloud Atlas» ). Dans tous ces films une autorité supérieure impose des lois strictes, à la manière d’une dictature. Paul Verhoeven aborde le thème du futur de manière assez classique dans la forme. Son attention semble en fait porter sur la remise en question, plus implicite, des idéaux de la société qu’il côtoie. À travers une exagération de la discipline, la brutalité humaine, ce film interroge l’avenir de la société américaine et l’idée de « pensée unique» . Celle-ci est traduite par l’attachement à la fédération et la notion de « vertu civique» , l’ennemi semblant n’être qu’un simple prétexte. Starship Troopers nous présente en quelque sorte le futur comme une exagération du présent.

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Camille PEIGNET Camille, JACOB Charlotte, COUTON Elaura, BARBEAU Constance, NORMAND Raphaëlle



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