Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

Entrées du mars 2014

18 mars 2014    Architecture   Expositions

Publié par c.cesbron

« Simone et Lucien Kroll, une architecture habitée »

    Le Lieu Unique, histoire d’un lieu

    le Lieu Unique

Un article de : Arthur Follenfant, Antoine Braud, Aurélien Lutton, Damien Bosher, Adrien Milcent

Aux origines le bâtiment abritait les usines de biscuit LU fondées en 1886 par les pâtissiers Lefèvre-Utile, usine où étaient confectionnés les célèbres Petits-Beurre et Paille d’Or. En 1974 l’usine est en partie démolie, et les bâtiments désaffectés encore debout deviennent un squat dédié à la culture, ouvert à tous, à toutes heures. On y accueille artistes et événements en tous genres. C’est Jean Blaise, directeur du CRDC (Centre de Recherche pour le Développement de la Culture) qui est à l’initiative de réinvestir le lieu en tant que lieu où se réunissent les genres, l’art, dans une ambiance conviviale. Jean Blaise convint le maire Jean-Marc Ayrault pour que le bâtiment annexe Ferdinand Favre soit racheté par la ville, c’est ainsi qu’en 1995 échappant à une destruction imminente, le Lieu s’institutionnalise. À la fin des années 90, Patrick Bouchain réhabilite l’usine dans le respect de son architecture d’origine, la tour LU est reconstruite, toute l’architecture est conservée telle qu’elle, et les travaux d’électricité sont réalisés. Le lieu unique est désormais comme on le connait aujourd’hui, un lieu mêlant l’art aux espaces sociaux dans un bâtiment authentique orné d’une légère touche contemporaine. Il est inauguré lors du festival de fin de siècle le 30 décembre 1999. Pour l’occasion, on installe sur une façade, une double paroi qui renferme le grenier du siècle, une multitude de barils scellés où ont été placés divers objets déposés par 11 855 citoyens. Ces barils ont pour but de créer une mémoire géante pour les générations futures et seront ouverts le premier janvier 2100.
Le Lieu Unique se situe sur les bords du canal Saint-Félix proche de la gare SNCF et du centre-ville. Lors de la mise en place du projet architectural de Patrick Bouchain, la maire souhaitait une entrée donnant sur l’avenue Carnot pour rapprocher la vie du Lieu Unique avec celle de la cité des congrès, mais Patrick Bouchain réussit à obtenir l’entré de son projet sur la rive du canal Saint-Félix, ou plus exactement sur le quai Ferdinand Havre. La façade Est du bâtiment est en courbe et donne sur ce quai  devenu piéton ce qui  offre une terrasse avec des grands platanes et donc une entrée plus chaleureuse. La façade Ouest, qui donne pourtant sur des axe de transports importants, notamment au niveau des bus et des tramway, reste vide et muette ce qui peut donner l’impression que lorsque que l’on rentre dans le Lieu Unique, on quitte la ville pour se plonger dans un monde culturel.
Sa dernière façade très reconnaissable, offre le spectacle du Grenier du siècle,  elle permet aussi une entrée secondaire pour les services d’entretien, artistes, régisseurs et de nombreux occupants du Lieu Unique.
3) Le lieu Unique, et tous ses espaces.
Au rez de chaussée se trouve la Cour, grande verrière de 1200m². C’est un espace principalement dédié aux expositions. En effet, la luminosité de ce lieu permet une présentation optimale des œuvres. Juste à côté, séparé par une cloison mobile, se trouve le Grand Atelier. C’est une salle de spectacle totalement modulable avec des gradins amovibles d’une capacité de 532 places et lorsque l’on replie les gradins, elle peut accueillir jusqu’à 1 500 spectateurs debout. La Cour et le Grand Atelier peuvent être reliés lorsque l’on enlève le mur modulable qui les sépare, ce qui offre une capacité de 3000 personnes pour les grandes occasions.
En entrant, on se trouve dans une vaste espace ou l’on peut profiter d’un bar, d’un restaurant, d’un disquaire, d’une librairie et d’une boutique séparé par de petites cloisons modulables.
On monte au 1er étage pour trouver les Ateliers, configurables suivant les besoins des artistes, puis on accède au Salon de musique, pièce totalement insonorisée pour les mini-concerts ou des lectures publiques. Enfin, on arrive à l’Atelier du Silo, lieu de résidence 6 mois par an, destiné aux artistes plasticiens.
4) La transformation du Lieu Unique par Patrick Bouchain.
Patrick Bouchain est l’architecte qui a réalisé la transformation du lieu unique, il a avant tout voulu garder l’architecture d’origine de l’usine, en laissant visibles les poutres en fonte et la verrière. Le bâtiment est resté presque comme il était depuis son implantation en tant qu’usine de biscuiterie nantaise. Il n’a pas rajouté ou enlever grand-chose, chaque lieux a été inspecté afin de vérifier que tout en était aux normes, et la tour Lu a été rénové en 1998. La restauration est restée fidèle à l’ancienne tour grâce aux archives conservées par la famille Lefèvre-utile. Au sommet de cette tour se trouve une lanterne identique à celle qui était présente lors de la l’exposition universelle de 1900. Seule la salle de spectacle a été entièrement revue afin d’obtenir de meilleur qualité d’acoustique, elle montre une architecture originale, notamment avec des passerelles techniques, et une régie conçue par des régisseurs, pour les régisseurs. On peut aussi observer dans cette salle un mur entièrement drapé de tapis maliens, pour rappeler le commerce triangulaire.
Lucien et Simone Kroll sont connus pour leurs architectures qui mettent en scène l’usager. Pour eux, il est nécessaire de respecter les envies des futurs habitants,  de respecter une écologie responsable et mesurée, les possibilités présentes et futures, ainsi qu’une diversité  à l’image de celle des usagers. Ils revendiquent une « Utopie Habitée ».  D’où la relation avec le Lieu Unique actuel, qui a été longtemps un squat pour les artiste et un lieu culturel désormais officiel avec une histoire très riche. C’est à la façon de Lucien et Simone Kroll que ce bâtiment fût rénové, en  respectant ce concept de l’« Utopie Habitée ». Ainsi le Lieu Unique garde son ancienne architecture pour respecter l’histoire de ce lieu, mais aussi des murs, des meubles, et même des gradins modulables (comme le projet de la maison médicale de la Mémé)  afin de pouvoir répondre à l’attente des spectateurs ou des artistes.

Simone et Lucien Kroll

Un article proposé par Emma MORIN Laura PALMER Marie CABILLIC Agathe MARCELLIN Axel MILLET

2-simone et lucien KrollLucien Kroll est un architecte belge né en 1927. Sa femme Simone, née en 1928, est une jardinière française reconnue. Ensemble, ils réaliseront tous leurs projets. Lucien s’occupant des plans architecturaux tandis que Simone se préoccupera de réaliser un espace naturel pour chaque réalisation. Ensemble, ils ont travaillé sur de nombreux projets. Lucien et Simone se basent sur un concept très important : l’incrémentalisme ! Il s’agit d’une méthode de travail consistant à réaliser un projet petit à petit, par plusieurs petits changements, par une évolution progressive. Par ailleurs, chaque projet des Kroll se fait en collectif. Les Kroll ont besoin des habitants pour concevoir. Selon une citation de Lucien : « Pas d’habitants, pas de plans ». En effet, c’est l’habitant qui va définir ce qui lui correspond et ainsi faire avancer le projet. C’est pour cela que chaque maison réalisée par les Kroll est unique !
Un autre concept important aux yeux des Kroll concerne l’environnement. Les Kroll réalisent une architecte qui s’adapte et s’inscrit dans l’environnement. Il est impensable de détruire la nature pour construire. Au contraire, on se base sur celle-ci pour harmoniser les réalisations. L’utilisation de plantes, de la nature et de matériaux vernaculaires est donc essentielle.
Les Kroll sont les auteurs de nombreux projets reconnus à travers le monde. « La Vigne Blanche » à Cergy Pontoise, est un projet où les habitants ont choisi quelles maisons rénover avec la même volonté de communauté, sans trottoirs pour éviter toute frontière . « La Mémé », est le projet qui leur a valu une renommée internationale. Le challenge était de reconstruire un campus universitaire. Cinq bâtiments ont été entièrement réalisés sur les 7 prévus dont : la fameuse « Mémé» , le restaurant universitaire, la mairie, le centre œcuménique et la station de météo Alma. C’est une architecture modulable. Les extérieurs et intérieurs sont transformables en fonction des goûts et des besoins des habitants. Par ailleurs, de 1961 à 1964, les Kroll ont un projet avec certains de leur amis, voisins, etc … Il s’agit de réaliser une construction collective qui serait aussi aléatoire que la population d’une rue quelconque. Toutes les maisons sont connectées, il n’y a pas de barrière, de grillage. Tous les habitants vivent en communauté et cet endroit devient ainsi pour le couple leur lieu de vie,de travail et y cultivent leur jardin.

« La Mémé» 

3-"La Mémé"

Un article proposé par Clément LEMIÈRE, Paul JEANNINGROS, Jean-Philippe LEFAUCHEUX, Hugo MORIN

« La Mémé»  est un bâtiment qui désigne la maison médicale des étudiants en médecine de l’Université catholique de Louvain en Belgique. Il compose le campus Woluwe-Saint-Lambert avec quatre autres bâtiments que sont la mairie, le restaurant universitaire, le centre œcuménique et la station de métro Alma. Né d’un mouvement de protestation des étudiants en médecine, qui ne voulaient pas qu’on ne leur impose un architecte, ils ont pris la liberté de le choisir eux-même. Lucien Kroll, architecte belge né en 1929, connu pour la liberté qu’il donne aux habitants de choisir leur propre environnement, est alors sélectionné pour créer l’espace de vie des étudiants. Le projet de « la Mémé»  commence ainsi en 1970 et prendra fin en 1972.

L’approche de Lucien Kroll est différente de celle des architectes plus classiques en ce sens qu’il cherche à collaborer directement avec les personnes concernées : les utilisateurs. La collaboration entre Kroll et les étudiants va donner lieu à un bâtiment hétéroclite qui s’adapte aux besoins de chacun. A l’exception des murs porteurs et des espaces nécessitant une tuyauterie (salles d’eau), l’ensemble des cloisons de la Mémé peut être démonté et déplacé. L’environnement modulable ainsi créé, facilite le changement d’espace et d’appropriation d’une pièce : les murs sont posés sur des rails permettant la transformation facile et rapide de l’intérieur. Par ailleurs, Kroll met en place un tirage au sort pour les panneaux en façade qui serviront de rideaux, ce qui amène le bâtiment à une grande diversité et à une irrégularité au niveau des matériaux et des couleurs.

Bien que certains l’appellent vulgairement « bidonville, son aspect coloré, disproportionné et modulable à souhait est une réussite pour les étudiants, avec qui, Lucien Kroll a su créer un espace de travail, de détente et de communion singulier. Les maîtres mots de « la Mémé» , créée en collaboration avec l’architecte et les étudiants eux-mêmes, ont été et restent encore participation, compatibilité et pensée paysagère.

Le jardin de Simone Kroll

4-Le Jardin de SimoneArticle proposé par Raphaël Mascia, Camille Paquereau, Thibaut Lambin , Julien Chevrier, Anaelle Sourice

Simone Kroll, potière de formation est devenue paysagiste. Elle travaille sur des projets d’architectures, d’urbanismes et d’informations. Dans toutes les constructions architecturales de Lucien et Simone Kroll, un tiers de la superficie totale est dédié au jardin car pour eux le jardin est un lieu de convivialité, de bonheur et de beauté. Pour le Jardin du Lieu Unique, elle imagine un jardin vivrier dans les tonalités jaunes, orange et rouges et à la forme irrégulière. Ces jardins seront composés de plantes vernaculaires et de légumes du Pays de la Loire. Pour Simone Kroll le jardin devra être un mélange de légumes, fleurs et condiments.  Aussi composé de plantes grimpantes (houblon, clématites…), de plantes aromatiques (fenouil, thym, ciboulette…), de légumes (choux, brocolis, betterave, chardon, citrouille…), d’arbustes (laurier du Portugal, cornus, …), de plantes répulsives et de vivaces, le jardin se verra entouré de capucines afin d’attirer certains insectes (par exemple les pucerons), pour éviter qu’ils ne s’en prennent aux légumes. Ces plantations sont réparties sur deux parcelles de terre face au Lieu Unique et au bord du canal Saint Félix. Non utilisé, cet espace en contre bas de la terrasse du LU, sur une surface de vingt mètres de long et de trois mètres de large a été aménagée selon un principe de « désordre organique » qui est cher à Lucien et Simone Kroll. Précisons que le jardin n’a pas de forme rectiligne et la petite palissade en châtaigner réalisée pour retenir la terre qui est irrégulière. Pour chacun des jardins, Simone Kroll travaille avec les riverains dans le plus grand respect du contexte, afin de  rechercher le « sentiment d’habiter ». Ce jardin s’implante parfaitement dans le paysage du Lieu Unique et aux abords du canal. Il s’agit d’un jardin convivial car Simone Kroll aura demandé l’avis du quartier avant de commencer celui-ci mais il s’agit surtout d’un jardin « vivrier»  conçu avec les habitants afin d’être consommé par les habitants.

L’appartement témoin

5-l'appartement temoinUn article proposé par Virginie SOUFFOY, Estelle MÜLLER, Malory MÉNAGÉ, Aurélia MAURIN, Margot LENORAIS

« Simone et Lucien Kroll, une architecture habitée»  est une exposition se déroulant au Lieu Unique du 25 septembre au 1er décembre 2013. Celle-ci a pour objectif d’offrir une rétrospective du travail du couple d’architectes Simone et Lucien Kroll. Projets finalisés, interrompus ou plus personnels, on y retrouve un bel échantillon de leur œuvre. Au sein de cette exposition, existe une drôle de structure, l’appartement témoin.

A l’origine, cet appartement se situait dans un groupe de quinze logements, une sorte de demeure collective construite par les Kroll de 1961 à 1964. L’appartement « témoin»  était celui situé juste au-dessus de celui des Kroll. Ce n’est pas tant l’appartement en lui-même mais le mode de vie proposé par les Kroll qui est intéressant à analyser. En effet, l’appartement plutôt sobre et simple nous pousse à poser notre attention sur ce concept de vie en collectivité que proposaient les Kroll. L’ensemble des logements étaient aménagés de telle sorte que chacun puisse se l’approprier à sa manière : un logement qui pouvait devenir exactement ce que les habitants souhaitaient. « L’habitation est une action et non un objet » : on reconnait effectivement dans cette démarche les mots de Lucien Kroll. C’est la façon dont ils sont habités qui détermine les espaces et non plus la façon dont ils sont construits.

L’idée de reproduire cet appartement au sein de l’exposition vient de Lucien Kroll et de Patrick Bouchain, commissaire de l’exposition. Ils ont confié cette mission au collectif ETC, collectif qui met y au coeur de son projet les démarches participatives. ETC est un collectif regroupant des étudiants et diplômés d’architecture des Sciences Appliquées de Strasbourg. C’est leur « détour de France»  qui a particulièrement intéressé Kroll et Bouchain. Ce « détour»  consistait en fait à faire le tour de la France. A chaque étape dans les grandes villes, ils ont proposé aux gens de travailler avec eux sur des projets d’urbanisme, proposant aux habitants et usagers de devenir acteurs de leur propre espace urbain. Pour ETC, le résultat de cette démarche n’est pas le plus important, ce qui compte, c’est le processus, la participation de la population et l’émergence de nouveaux comportements plus impliqués dans la création de l’espace de vie. collectif

L’appartement s’inscrit avec logique au sein de l’exposition répondant à la démarche des Kroll dans leurs projets architecturaux. L’appartement est ouvert à un public qui peut le découvrir en toute liberté mais il accueille aussi toutes les semaines en résidence un nouveau collectif aussi bien d’artistes, de designers ou d’architectes. Ces collectifs sont invités à modifier le lieu comme bon leur semble, à se l’approprier et à réfléchir à la question « d’habiter»  en général. De ce fait, l’appartement est en constante évolution et se transforme au fil des jours.

De nombreux collectifs sont venus habiter cet appartement: le bureau cosmique, j’aime beaucoup ce que vous faites, le fabricatoire ou encore le collectif fertile. Beaucoup se sont posé la question de « comment habiter dans l’appartement?»  ou encore « comment vit-on dans un lieu d’exposition?». Certains ont modifié le lieu, physiquement parlant, en retapissant les murs, créant de nouveaux espaces, éventrant certaines cloisons ou en décorant le plancher. D’autres ont préféré interagir avec le lieu sous forme de performances: interroger les visiteurs sur leur façon d’habiter, organiser un cuedo géant, un mini-concert, une vente aux enchères ou encore une distribution de soupe. L’objectif de la démarche n’était pas de trouver une solution à tel ou tel problème mais plutôt de devenir acteur de la vie de cet appartement, d’y laisser la trace de son passage. Ainsi, l’appartement devient témoin de la vie qui s’y vit.


La Scénographie de l’exposition

6-Lieu Unique, Exposition Kroll - ScénographieArticle proposé par Margaux Leroy, Ophélie Moreau, Amandine Palierne, Laura Pasquier et Anne Lefevre

Le scénographe de l’exposition « Simone et Lucien Kroll, une architecture habitée»  n’est autre que Patrick Bouchain, l’architecte qui a réaménagé les biscuiteries Lefèvre-Utile pour en faire le Lieu Unique. Il a travaillé en collaboration avec Eddy Hallauer proposant un espace visuel, pédagogique, didactique et interactif à l’image de l’architecture des Kroll. L’enjeu de l’exposition est une démarche architecturale puisqu’on ne peut pas clairement exposer de l’architecture.

L’espace est séparé en 3 parties : cour, appartement témoin et jardin. La cour présente l’exposition rétrospective des projets des Kroll. Ceux-ci est sont exposés sur de grands panneaux, chaque cimaises mettant en lumière un projet différent. Même les tables mises en place dans l’exposition sont des cimaises penchées (…) Les calques (plan techniques avec indications) laissés aux ouvriers pour la construction de l’exposition manquaient parfois de détails, ce qui leur a permis de les interpréter comme ils le voulaient. On peut distinguer chaque projet par leur nom, le lieu, la date situés en haut à gauche de chaque cimaise. On y découvre les croquis, photographies, plans, plans de coupe et schémas. Plusieurs maquettes permettent une lisibilité en 3D de certaines des réalisations. Les projets sont exposés dans le désordre, il n’y a pas de chronologie ou de logique de placement. Seule « la Mémé» , projet qui a fait connaître les Kroll à l’international en 1970, a été placée volontairement au milieu de l’exposition. L’appartement est situé « à la fin », dans le fond, pour que le spectateur puisse d’abord s’imprégner de la démarche des Kroll avant de pouvoir comprendre le concept de l’appartement proposé par Bouchain et Hallauer. L’appartement est un espace qui, chaque semaine, est habité par un collectif différent qui renouvelle sans cesse son agencement.

Les couleurs de l’exposition, bleu, rouge, jaune, sont les mêmes que celles du catalogue.
Le spectateur n’a pas de circuit, pas de point de départ, il choisit son chemin et décide de tout regarder ou non suivant sa curiosité. C’est un lieu non sacralisé, le spectateur peut toucher les murs, les calques, les photos, il peut interagir avec les maquettes. S’il le veut, le spectateur peut rester plusieurs heures dans l’exposition, elle est gratuite et des sièges, transats, et autres sont installés. Il a également des croquis sur calques en libre service qu’il peut emporter. Le spectateur peut également laisser sa marque sur le Mur d’Or. Des crayons ont été accrochés à ce mur pour que chacun puisse écrire ou dessiner ce qu’il désire. Ce mur a eu tellement de succès et s’est rempli tellement vite qu’il a été repeint pour être à nouveau utilisable.
La scénographie de l’exposition renvoie avec bonheur à la philosophie du travail des Kroll.


Tags: Architecture · Expositions

11 mars 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Azimut

Compte-rendu du spectacle présenté au Grand T en octobre 2013 (par un groupe d’étudiants de A1)

par Héléna MAHIET, Alexander FLIPO, Simon GUILLET, Sophie RABIN, Pauline JOUITTEAU

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Illustration par Héléna MAHIET, Alexander FLIPO, Simon GUILLET, Sophie RABIN, Pauline JOUITTEAU

Aurélien Bory est né à Colmar en Alsace en 1972. Il se destinait à une formation scientifique à l’Université de Strasbourg cependant en 1995 il met un terme à ses études de physique et décide d’intégrer le studio de création nommé Lido, qui est le Centre des arts du cirque situé à Toulouse. A travers ce centre, il se forme comme acteur puis intègre une troupe de théâtre appelé « Tatoo»  de 1998 à 2000.
Dès 2000, il fonde la compagnie 111 à Toulouse avec pour objectif de faire fusionner plusieurs disciplines comme la danse, le théâtre, le cirque, les arts visuels, ainsi que la musique tout en s’intéressant à la notion de l’espace de la scène avec l’individu. La relation entre l’homme et le monde.
Ses plus récentes pièces sont Géométrie de caoutchouc (2011) créée à Nantes, Sans objet (2009) créée à Toulouse et Les sept planches de la ruse (2007) créée en Chine. Ses spectacles sont présentés dans le monde entier et cette reconnaissance internationale débute avec Plan B (2003) et Plus ou moins l’infini (2005), créés en collaboration avec Phil Soltanoff. Également inspiré par la danse, Aurélien Bory met en scène le chorégraphe Pierre Rigal dans Erection (2003) et Arrêts de jeu (2006). Il conçoit aussi deux portraits de femme, Questcequetudeviens? (2008) pour la danseuse de flamenco Stéphanie Fuster et Plexus (2012) pour la danseuse japonaise Kaori Ito. Pour Marseille 2013, il imagine un nouveau projet pour les acrobates marocains, Azimut, dix ans après Taoub, spectacle fondateur du Groupe acrobatique de Tanger. Les œuvres d’Aurélien Bory sont animées par la question de l’espace. Il ne conçoit son travail théâtral que « dans le renouvellement de la forme » et « en laissant de la place à l’imaginaire du spectateur ». Aurélien Bory reçoit le prix Créateur sans frontières en 2008. Depuis 2011, le metteur en scène est artiste associé au Grand T à Nantes.
Il met en valeur la technique, « le renouvellement de la forme » et « laisse une place à l’imaginaire du spectateur » . Ce n’est pas l’acrobate qui s’adapte à l’œuvre mais l’inverse. C’est dans le cadre de Marseille Provence 2013 qu’Aurélien BORY est amené à retravailler avec la troupe Tanger qu’il a connu 10 ans auparavant au Maroc grâce à Sanael El Kamouni, fondatrice de l’association Scène du Maroc. Celui-ci s’est inspiré de la légende de Sidi Ahmed Ou Moussa, « Saint Patron » de l’acrobatie marocaine, qui est un art lié au soufisme ainsi qu’aux figures s’inscrivant dans un cercle et aux pyramides humaines. AZIMUT vient de l’Arabe As-Samt qui signifie « le chemin », qui équivaut en français à azimuté, « être fou », thème principal de l’œuvre comprenant l’idée du « retour ». On retrouve ce terme en astronomie désignant le ciel, qui traduit le désir d’envol, défiant la gravitation , sujets centre du projet.

par Nicolas Boda, Yann Penhouet, Télio Péron, Thomas Raimond-Mousset

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Illustration par Nicolas Boda, Yann Penhouet, Télio Péron, Thomas Raimond-Mousset

Tiré de l’arabe as-samt signifiant « chemin» , Azimut raconte l’histoire d’un sage, Sidi Ahmed Ou Moussa, saint-patron de l’acrobatie marocaine. Par un enchaînement de sauts, il trouva le chemin conduisant aux cieux. Il quitta alors la Terre pour s’y rendre.

Réalisée par Aurélien Bory, cette pièce nous a ainsi donné matière à penser en termes de texte.

En effet, cette absence totale de dialogues, ponctuée par des chants marocains, permet aux spectateurs de laisser vagabonder leur imagination entre les chorégraphies impressionnantes de ces interprètes de haute volée. Le Groupe acrobatique de Tanger réalise ainsi des figures aériennes et pousse des cris de temps à autre mais également, de façon plus discrète, des murmures. Une sensation de légèreté envahit le spectateur mais il est en même temps forcé d’interpréter les moindres faits et gestes exécutés pour pouvoir comprendre le sens de la pièce. L’univers créé par Aurélien Bory avec le jeu des lumières cadre néanmoins cette liberté imaginative instaurée par ce dernier. Nous sommes happés dans une ambiance possédant une qualité plastique indéniable et montre que cette pièce est très majoritairement physique. Le texte est ainsi à conceptualiser par le public avec ce que donne cette mise en scène pour le moins originale.

Certains moments forts demeurent marquants au sein de cette représentation. Dès les premiers instants, nous sommes plongés dans une atmosphère sombre, bruyante, oppressante. En effet, un côté imaginaire et omnibulant inonde la salle : des sacs suspendus déambulant de haut en bas par le biais de câbles et mis en valeur par un jeu de lumière, permettent d’introduire les acrobates. Plus loin dans la pièce, nous assistons à une scène de voltiges. Sécurisés par des harnais, les acteurs hurlent et se balancent au-dessus du public. A la fois spectaculaire et sensationnel, il nous est impossible de rester de marbre devant de tels actes.

Azimut, c’est donc une expérience théâtrale hors du commun. Presque muette, cette représentation nous prouve que l’usage de la parole n’est pas indispensable ; le corps s’exprime avec autant de subtilité et reste un moyen original d’expression.

Le jeu de l’interprétation

par BOURREAU Alix, BELLEGO Maxime, GAUTHIER Thomas, LIARD Etienne, BERTHELOT Jérôme
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Illustration par par BOURREAU Alix, BELLEGO Maxime, GAUTHIER Thomas, LIARD Etienne, BERTHELOT Jérôme

Le jeu des acteurs est principalement basée sur le mouvement et sur l’extériorisation des personnages à la fois physique et sonore plaçant le spectateur dans un étonnement perpétuelle sur les différents moyens qu’ils utilisent pour retranscrire cette émotions.

Les acrobates sont tous d’abord dévoilés en tant qu’unité, une sorte d’union de l’homme pour créer une masse vivante ayant sa propre présence alors qu’ils ne sont que treize danseurs et conduisent à créer un effet de masse et de foule en multipliant les mouvements sous différents plans (1er plan, 2em plan, 3em plan). Mais ils sont surtout montrés individuellement.

Les acrobates ont un jeu qui peut paraître extravagant à certains moments mais en réalité leurs mouvements et leurs acrobaties sont toujours contrôlés, soignés, fluides, millimétrés et coordonnés entre les différents danseurs ce qui au final donne un jeu expressif mais retenu. Les acteurs sont de face ou de dos, cela n’a pas d’importance. Le corps est utilisée comme une gestuelle , un mouvement qui n’a pas de sens (les termes de dos et de face n’existent pas).

L’aspect important de cette pièce, c’est aussi la forte interaction entre les acteurs et les décors divisés en plusieurs plans. L’effet de pesanteur est celui qui revient le plus souvent entre les acrobaties dans le vides ou les moments où l’on se pose la question de comment les personnages tiennent en l’air et ceci est parallèlement présent dans le décor quand les sacs lévitent dans les airs.

La confrontation avec le dispositif peut suggérer l’empêchement, questionner la place de l’être aux prises avec la machine et ouvrir vers une poétique des corps.

La représentation de l’ascension intervient à plusieurs moments par les acrobaties.
(Portées, pyramides, escalade,…) Les pyramides humaines d’origines guerrières qui servaient autrefois à franchir les murailles. Les figures pouvant s’inscrire dans un cercle, telle la roue arabe. Le corps se tord pour dessiner une courbe et pourrait théoriquement, tourner en rond à l’infini.
La création de la vie est interprétée comme un cycle, les acteurs passent entre les jambes d’une actrice puis se replacent derrière et se replacent indéfiniment. Dans la scène finale il y a un retour à la source, on retrouve la même actrice qui rappellera ses enfants autour d’elle, pour les rassembler dans un même sac.

Le monde vu du ciel est interprété par un acteur qui marche au plafond la tête en bas. Pour redescendre sur terre, l’acteur est allongé en lévitation au dessus de la scène.

L’environnement simple et spacieux d’Azimut

par Grégoire DUTHILLEUL, Laurila BURATTI, Anaïs DUGUE, Louis ASSELIN
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Illustration par Grégoire DUTHILLEUL, Laurila BURATTI, Anaïs DUGUE, Louis ASSELIN

Les acteurs portaient des vêtements simples (tee-shirt basique et pantalon de survêtement) ; chaque personne portait une couleur différente, leurs habits devaient être légers et souples pour ne pas les gêner lors des acrobaties. Une jeune femme portait une tunique ample car elle interprétait le rôle d’une jeune femme enceinte.  Parfois certains d’entre eux portaient de grands habits traditionnels de couleur sombre (marron ou noir.) Des sortes de toges, que l’on peut facilement approprier à des sages ou des penseurs. Les costumes était simples et communs, ils n’avaient pas une grande importance dans la pièce, mais plutôt pour le confort et la facilité de mouvements pour les acteurs. Les joueurs étaient accompagnés d’une guitare et de tambourins pour jouer de la musique, ils ne se servaient pas de ces instruments tout au long de la pièce, mais intervenaient de temps à autre, il y avait également un projecteur afin d’éblouir le public à des moments clés ; ils avaient aussi des bobines de fils et des sacs de toiles où les acteurs étaient cachés à l’intérieur au début de la pièce puis s’y réfugiaient parfois, ces deux objets servaient aussi de décors par moment. Le décor était aussi composé d’un tapis en mousse, d’une grille au fond de la scène et une grande toile étendue pour créer un plafond. Le décor était également utilisé pour faire des acrobaties ou des effets spéciaux (comme marcher sur le plafond). Les câbles retenant les acteurs n’étaient pas cachés, ils étaient utilisés pour le décor et pour l’histoire. La scène n’était pas surchargée, parfois elle était vide pour laisser l’espace aux acteurs pour faire leurs figures acrobatiques en groupe ou individuellement. L’environnement et les accessoires faisaient penser à l’espace, l’univers et les pouvoirs de la gravité.

Phénomènes Vibratoires

Par BOUVIER Paul, HUET Luca, RICORDEAU Margot, JOSSO Pierre, LERAY Ophélie

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Par BOUVIER Paul, HUET Luca, RICORDEAU Margot, JOSSO Pierre, LERAY Ophélie

L’atmosphère azimutée de cette pièce se traduit par l’importance conférée aux jeux de l’éclairage et du son. Aurélien Bory articule son oeuvre autour des infimes possibilités qu’apportent ces éléments sur scène, notamment par les différents contrastes de lumière, de musique et de bruitages.

Le dispositif d’éclairage de la scène permet une mise en avant précise des acteurs et objets en présence. C’est ce qui explique pourquoi la scène n’est jamais éclairée dans sa totalité. Les lumières se veulent très focalisées afin de confronter le corps et l’espace en définissant des limites visuelles. Leur disposition est essentielle à la mise en scène nuancée entre l’ombre et la lumière. Ainsi, soit les éléments sont éclairés dans l’obscurité, soit ils sont apparents dans la lumière sous forme d’ombre. On réalise donc à quel point la recherche d’illusions créées par les lumières apparaît comme un élément central de la composition de la pièce. Le spectateur aperçoit alors un espace mouvant, forgé à partir de l’emplacement de la lumière qui est à la fois au premier puis au second plan. On se laisse alors à penser assister à une pièce cinématographique, totalement abstraite et psychédélique.

Cependant, l’utilisitation de la lumière ne s’apparente pas qu’à la mise en valeur des éléments, elle est aussi employée en éblouissant plusieurs fois les spectateurs afin de produire un changement à vue (qui n’est finalement pas visible par le public), lorsque la scène est plongée dans le noir par l’intermédiaire d’une lampe torche frontale d’un des acteurs qui nous fait face.

Le son, quant à lui, bien qu’il puisse paraître assez rudimentaire, montre toute sa complexité dans l’organisation de la pièce. Les sonnorités contribuent à la substition du langage, à défaut de dialogues entre les acteurs. La musique ambiante intensifie la cadence et le rythme des actes. Elle se veut à la fois traditionnelle et réarrangée pour accompagner les mouvements. Les comédiens et musiciens, par leurs bruitages et musiques propres, déterminent un second rôle : celui d’orchestrer la trame de leur oeuvre. Les sonorités n’apparaissent donc pas simultanément; des cris et des bruits portés par certains des acteurs paraissent hasardeux mais structurent les actes de l’histoire. Les silences et la musique s’alternant, l’organisation du son se complète et formule l’étrangeté de la production.

On est alors transporté entre chants arabes et musique traditionnelle, secoué par d’excentriques bruits et finalement pénétré par des mélodies cadencées. Le jeu de lumière nous appréhende dans le mysticisme de cet univers, il nous prend à la gorge puis, nous laisse convaincre par son caractère insolite et harmonieux : la magie opère.

Retour à l’origine

Par BLAISON Clémentine et BRAUD Antoine
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Illustration par BLAISON Clémentine et BRAUD Antoine

Issu des traditions marocaines, ce spectacle nous transmet une vieille histoire racontée différemment, de façon plus moderne.

Les acrobaties réalisées majoritairement par des hommes font hommage aux rituels ancestraux de ce pays qui nous charmera aussi par les musiques et chants soufis joués directement sur scène.

Dès les premières minutes nous comprenons que la notion de maternité est un des éléments principaux. Une des deux seules femmes de la troupe fait son entrée, enceinte, puis réapparait à la fin de la pièce avec le ventre plat.

Lorsqu’elle apparaît au début, cette femme est seule sur le plateau mis à part la présence des musiciens. Autour d’elle plusieurs gros sacs sont posés par terre, dans le noir ; quelques silhouettes d’hommes apparaissent mais très rapidement, comme un cauchemar. Puis tout au long du spectacle nous allons découvrir finalement la présence d’une dizaine de personnes, qui seront présentes jusqu’à la fin du spectacle, de plus en plus visiblement. Et ces hommes-là, au début séparés les uns des autres, se retrouvent dans un même grand sac pour le final, comme un retour à l’origine de leur existence : le ventre.

Cette notion d’aller-retour est aussi très bien illustrée par l’histoire et la chorégraphie en elle-même. En effet, grâce aux roues, aux acrobaties et autres formes de représentations physiques, ces vas et viens reviennent sans cesse : ils sont le fil conducteur de ce conte.

Ce lien est d’ailleurs reproduit matériellement à l’aide de toutes sortes d’objets tels que des fils, des câbles, des cordes etc. Symboliquement, il est le cordon ombilical reliant la mère à ses enfants.

Tous ces fils sont la plupart du temps positionnés verticalement, de telle sorte qu’ils relient le Ciel et la Terre, et rappellent par la même occasion l’ascension du saint racontée dans ce mythe.

Toutes ces notions sont bien sur mises en valeur grâce à un élément important d’une chorégraphie : la lumière.

Les jeux de luminosité sont importants car ils permettent d’avoir une vision différente du décor et des personnages selon leurs intensités et leurs positionnements. Le metteur en scène d’Azimut a décidé d’utiliser deux types d’éclairage différents : une lampe de poche et des projecteurs. La lampe de poche utilisée majoritairement par la femme enceinte créée des effets d’optique ainsi que l’aveuglement des spectateurs pour permettre aux acrobates de changer de pyramides de manière « magique ».

Quant aux projecteurs, leurs placements latéraux donnent une autre dimension à l’espace occupé par les personnages, ils permettent de créer la vision de silhouettes pour changer du 3D habituel, l’effet 2D permet de nous duper en nous faisant croire à la disparition du sol et à des acrobaties dans le vide.

Azimut a donc été créée à partir d’idées essentielles permettant de réécrire cette histoire de manière plus contemporaine.

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