Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

Entrées du avril 2014

17 avril 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Before your very eyes

Compte-rendu du spectacle présenté au Lieu Unique en janvier 2014 (par un groupe d’étudiants de A1)

Le miroir de l’autre et du temps

Par Camille THOMAS, Justine SUTEAU, Mégane COLLET, Amélie GALCÉRA et Pauline DILOSQUER

Illustration par

Illustration par Camille THOMAS, Justine SUTEAU, Mégane COLLET, Amélie GALCÉRA et Pauline DILOSQUER

Cette ultime pièce de théâtre d’une trilogie unique, est une co-production constituée de deux collectifs : CAMPO et GOD SQUAD. Le collectif CAMPO est un partenariat entre la maison de production « Victoria » et le centre d’art « Niewpoorttheater ».

« Victoria, » est un carrefour de production international et pluridisciplinaire où les comédiens font preuve d’expériences et d’essais.

De même, Niewpoorttheater est un centre d’art qui favorise l’expérimentation grâce à une identité culturelle qui s’appuie sur la société. La particularité de ce centre d’art est qu’il valorise un public large en le prenant pour témoin. C’est pourquoi en 2000 il décide de demander à des artistes de créer des spectacles considérés pour «adultes » mais joués par des enfants. Dès lors le collectif GOB SQUAD entre en scène en 2008. Cette offre faite par Campo va être pour les membres de Gob Squad un véritable défi vers un territoire qui leur était jusqu’ici inconnu, voir risqué. Ce groupe de comédiens néerlandais et britanniques créé en 1994, compte sept artistes : Johanna Freiburg, Sean Patten, Sharon Smith, Berit Stumpf, Sarah Thom, Bastian Trost et Simon Will . Ils travaillent ensemble sur la conception, la réalisation et la mise en scène de leurs propres pièces. Le groupe explore de nouvelles technologies de manière originale et étudie la vie quotidienne. Leur travail se veut incontestablement singulier et riche. Leur source d» inspiration majeure est la manipulation du temps. Ils aiment se produire dans différents endroits comme les gares, le métro, les maisons individuelles, les hôtels et le théâtre. Before your very eyes va être pour ce collectif, une pièce unique puisque c’est la première pièce dans laquelle ils ne sont pas sur scène. Les enregistrements ont commencé au début de l’année 2009 avec 14 enfants âgés de 7 à 12 ans et qui ont aujourd’hui 10 à 14 ans.

Durant 3 ans, les acteurs (enfants) sont interrogés sur eux mêmes et le spectacle prend forme grâce à leurs réponses. God squad n’occupant pas la scène, les enfants ont donc, à leur manière, représenté le problème du processus mental et physique du vieillissement chez l’enfant.

L’idée de cette pièce est d’imposer la théorie du 4ème mur c’est à dire le fait de faire abstraction du public. On joue avec l’ambiguïté de savoir si les personnages nous voient ou pas. Le spectateur est donc placé comme un observateur allant même jusqu’au voyeurisme.

Before your very eyes est une pièce profonde qui se joue des clichés du quotidien pour aller à l’essentiel. Elle place son spectateur face à une réalité et à des questions existentielles pour mieux le remettre en question.

Une leçon de vie

Par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Illustration par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Illustration par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Before your very eyes est une pièce anglo-allemande de registre pathétique. Elle met en scène sept personnages âgés de 11 à 16 ans. A notre arrivée, les acteurs sont déjà sur scène à discuter. Soit c’est une mise en scène, soit les acteurs n’ont aucune connaissance du public qui vient d’arriver. Chaque nœud de la pièce va être imposé par une voix-off à l’impératif. La pièce est réaliste. Elle est en néerlandais et anglais surtitrés. Le dialogue marche sur un jeu de questions-réponses. On peut se demander si le réalisateur n’a pas voulu créer une certaine distance avec l’usage de ces deux langues ou si l’usage de l’anglais n’a pas pour but une compréhension internationale. Parfois, il y a une liberté dans le texte, les acteurs discutent entre eux, mais ce dernier n’est alors pas traduit, tout comme les musiques. Seuls les éléments importants à la compréhension de la pièce sont traduits.

La couleur des textes traduits sur l’écran au-dessus de la mise en scène varie en fonction de la langue parlée. Nous pouvons nous demander si ceci n’est pas dans le but de distinguer une fois de plus les personnages, de la voix. Cette voix-off oblige les comédiens à grandir, elle marque les différentes étapes de leur vie en leur demandant « quel âge as-tu ? Que peux-tu faire à cet âge là ?» Cette pièce peut être mise en corrélation avec les télés réalités, aussi bien par la mise en scène que par la voix qui donne des instructions. On peut ainsi y voir une privation de liberté. Mais la voix peut aussi permettre au public de s’identifier à la pièce , elle pourrait être la représentation de notre conscience. Effectivement nous sommes amenés à nous demander « que vais-je devenir ? ». C’est une question qui nous intrigue mais devient récurrente au quotidien. Elle pourrait aussi être la représentation de notre inconscient en mettant les acteurs face à une vérité qu’ils ne veulent pas accepter.

Cette voix peut être en elle-même une caricature de la société en représentant une sorte de morale à respecter ou des codes à ne pas transgresser à un certain âge. Une autre forme de dialogue apparait, tel un flash-back. Il s’agit de la confrontation des acteurs devenus adultes ou jeunes adultes avec eux-mêmes alors qu’ils étaient enfants. Il s’agit d’une remise en question. Elle ne touche pas seulement l’acteur, le personnage, mais aussi le spectateur en le poussant à réfléchir peu importe son âge. Au début les acteurs sont assez pessimistes, mais avec l’âge, ils changent leur point de vue. C’est alors une prise de conscience de leur part mais aussi de la notre, en tant que spectateur.

Retour sur le destin

Par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Illustration par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Illustration par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Dès le début, on remarque que les enfants jouent avec une certaine spontanéité et simplicité qui pourraient laisser penser à de l’improvisation. Isolés dans une « boîte », ils ne prêtent pas attention à toutes les personnes qui les regardent. Jouent–ils leur propre rôle ? Le jeu en devient plus naturel, il est alors difficile de discerner si la pièce a déjà commencé ou si on observe simplement l’avant jeu. Cette ambiguïté entre le jeu et le comportement naturel sera d’ailleurs présente durant toute la pièce.

Le spectateur assiste à beaucoup de déplacements dans un petit espace, étroit et fermé ce qui favorise le contact entre eux. Ils bougent en permanence et occupent assez bien la pièce. Ce « désordre organisé » se construit par la danse, les déguisements, du maquillage … Ce qui donne une âme à l’endroit et aux personnages. Les « surtitres » deviennent souvent inutiles. Leurs gestes et attitudes suffisent à la compréhension.

On remarque que plus ils grandissent moins on ressent l’agitation de la jeunesse, ils iront même jusqu’à faire un retour en arrière, par une gestuelle, à la fin de la pièce exprimant ainsi la fin d’un cycle. A ce stade, la pièce prend une dimension triste et nostalgique, en annonçant la lenteur de la vieillesse et l’arrivée de la mort. En effet, la pièce est jouée pour montrer l’évolution du cours de la vie.

Le réalisme est présent dans la pièce car les acteurs n’ont pas de costumes de scène. Ils sont habillés comme tous les jours de façon simple. Par le biais d’un enregistrement vidéo des acteurs quelques années plus tôt, ces derniers se parlent à eux-mêmes. Ce processus entraine une ambiguïté sur la nature du jeu entre réalité et fiction. Cela rend le public perplexe.

Durant toute la pièce une progression dans le temps s’opère. Dans un premier temps, les enfants « jouent » ce qu’ils croient être la jeunesse (jeu dynamique, mouvementé, folie), puis l’âge adulte (jeu plus doux, beaucoup de caricature dans les paroles et les gestes, faux) et la vieillesse (jeu dynamique, puis très lent, obéissance, sagesse) et enfin la mort. Certaines attitudes sont tellement caricaturées qu’elles en deviennent ironiques et apportent quelques touches d’humour au jeu.

La voix off permet au public de comprendre et de se situer dans la pièce. Elle resitue en permanence l’âge des 7 enfants. La voix est un guide. Elle peut être considérée de différentes manières : serait-elle leur inconscient ou bien les enfants ne sont-ils que des poupées dans une boîte de jeux ? Ne permet-elle pas au contraire d’éclairer le sens de la vie de manière indirecte ?

La voix dicte tous les faits et gestes que les acteurs doivent jouer. Elle est en quelque sorte la trame de la pièce. Grâce à ses directives, les jeunes expriment différents comportements tels que la joie, la colère, la tristesse, le dégoût… L’acteur ne sera jamais en interaction avec le public. En regardant cette pièce, nous avons tous eu l’impression d’une téléréalité moralisatrice.

Before your very eyes nous montre une réelle prouesse de la part de jeunes acteurs qui ont su nous faire douter sur la réalité de la pièce et sur nous-mêmes.

DRESS CODE / LIFE CODE

Par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Illustration par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Illustration par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Les spectateurs découvrent le décor directement en rentrant dans la salle. Tout d’abord une curieuse chose nous intrigue, il s’agit d’un espace fermé par quatre parois vitrées à travers lesquelles nous pouvons voir les acteurs. Cependant, ils ne semblent pas nous voir. Cet espace est surplombé d’un « panneau lumineux » où défilent les sur-titrages. De part et d’autre de celle-ci se trouvent deux écrans permettant d’avoir des plans différents de la scène. À l’intérieur de cette « boîte»  évoluent les comédiens dans une sorte de salon aménagé avec un canapé, une table, des chaises, de la moquette et des miroirs en guise de tapisserie, reflétant les faits et gestes des acteurs. On y trouve aussi divers accessoires alimentaires et décoratifs, comme des bouteilles d’alcool, des sushis. Dans le fond, nous remarquons une télévision ainsi qu’une caméra qui serviront à diffuser des images de la scène ou bien des images prises en direct par les comédiens eux-mêmes.

Cet ensemble d’éléments de décor crée l’impression d’assister à une télé-réalité en direct qui retrace les différents âges de la vie d’un petit groupe de personnes. A chaque nouvelle tranche d’âge épiloguée, les costumes des adolescents sont caractéristiques d’une époque. Il y a quatre univers différents qui représentent chacun une tranche d’âge. Ils sont des clichés du quotidien. Les costumes au début du spectacle représentent leur état d’esprit. Dès le début, les enfants rappellent l’innocence puis à l’approche de l’adolescence, en choisissant le style gothique, ils rejettent la société. À l’approche de la quarantaine, les costumes traduisent d’une évolution physique comme la prise de poids, ainsi que par les accessoires des centres d’intérêts qui ont évolués, présence de vin, sushi, etc qui répondent à des normes sociales. Pour finir lors de la vieillesse, la fatigue y est représentée par la présence de cosmétiques qui soulignent l’apparition de rides et de cernes. Les artifices tels que le maquillage, les perruques et les différentes tenues se font sous nos yeux en totale improvisation face au public par l’intermédiaire d’une caméra située dans leur espace d’expérience. Le maquillage appliqué de manière grossière donne une sensation de spontanéité. La caméra permet de garder une preuve visuelle. Cette trace est plus forte qu’un simple souvenir. Elle permet de rappeler leurs choix et de constater ou non leur réel aboutissement.

« I can see you … »

Par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

Illustration par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

Illustration par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

L’éclairage et le son sont généralement désignés comme étant les aspects techniques de la mise en scène d’une représentation. En revanche dans cette pièce nous avons pu découvrir un autre visage de cet ensemble: la complémentarité avec les personnages. La lumière, le son et la vie des personnages forment un cycle complémentaire. Chacun des faits se répercute sur l’autre. Ainsi un jeu de questions/réponses se met en place entre eux. Ils rythment la vie de ces derniers en leur donnant la cadence.

La pièce commence dès l’entrée des personnages sur «Don’t stop me now» de Queen qui donne le «la» à la pièce : dynamique et singulière. Cependant elle peut aussi donner un ton grave avec la chanson d’Edith Piaf «je ne regrette rien» interprété ici par Johnny Hallyday qui nous rappelle le conditionnement de la vie ; fil conducteur de la pièce. Lors de ce passage les personnages qui interprètent à tour de rôle la chanson sont éclairés de face. Ainsi la lumière et le son sont donc des éléments à part entière de la dramaturgie de la pièce et nous indiquent l’état d’esprit des personnages.

La pièce ne cherche pas à reproduire une lumière naturelle ce qui crée une intemporalité de la pièce. Elle ne permet pas au spectateur d’identifier le moment de la journée où se déroule l’action. Mais cela n’entrave en rien l’interprétation de la pièce. Le jeu de flash engendré avec les lumières blanches au sol, nous permet de créer des flashs back.

Une discordance s’impose au moment de la scène de la mort, en effet, les personnages, âgés, dansent énergiquement sur la musique de Queen (cité plus haut) mise à rebours. Un contraste se fait sentir entre l’action de mourir et la performance qu’ils effectuent : une danse macabre.

En ce qui concerne la voix off elle n’est pas clairement identifiée, et n’est détentrice d’aucune identité ; seulement une voix de femme calme et posée. Elle n’est pas le sujet de la pièce, mais en reste un élément essentiel, le fil conducteur. Ce qui permet la continuité et la narration de la pièce.

Au déroulement de la pièce les différents bruits de fonds, tels que les battements du cœur et discussions que l’on peut remarquer, intègrent le spectateur à la pièce, malgré l’incompréhension de la langue.

Les séquences musicales, donnent le rythme à la pièce. Elles permettent une ellipse de la vie des personnages, les différents passages de la vie sont “compressés” le temps d’une chanson. Celle-ci accompagne le contexte de la pièce par les paroles.

Pour conclure, l’éclairage et le son créent une dynamique qui présuppose la dérision du sujet de la pièce qui est lui même dramatique.

Sous vos yeux : La vie dure 1h15

Par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Illustration par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Illustration par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Nous pouvons donc dire que la pièce mis en scène par Gob Squad et Campo, Before your very eyes, est accessible à tous, bien qu’elle soit proposée en Néerlandais. On peut cependant comprendre l’histoire grâce au sur-titrage en français et à la voix off en anglais. Il s’agit d’une pièce dynamique, jouée par sept adolescents qui nous donnent à voir le cycle de la vie. La sensation de vieillissement nous est transmise de différentes manières tout au long de la pièce. Tout d’abord les costumes et le maquillage des artistes; semblent issus de leurs vie quotidienne, il s’agit de l’évocation de différentes tranches de vie. En revanche, il faut reconnaître que cela est exagéré, ils se servent de stéréotypes pour caractériser chaque tranche d’âge.

L’histoire se tisse tout au long du spectacle, grâce à la vidéo et à la voix off qui interagissent avec les acteurs en leur posant des questions récurrentes sur leurs âges, et leur façon de voir la vie. Finalement on note que durant toute la pièce les comédiens sont dans leur « boîte » face à des miroirs sans vraiment percevoir le public, et ce n’est qu’à la fin que l’on réalise qu’il s’agit vraiment d’une pièce de théâtre car ils viennent nous saluer.

La mise en scène choisie pourrait être qualifiée de « fouillis organisé ». En effet, on a une impression d’improvisation constante de la part des personnages dans leur comportement, leur placement sur la scène et les choix des costumes qu’ils mettent sous nos yeux. Alors qu’en réalité, ceux-ci sont prévus et très organisés, c’est donc un important travail de mise en scène qui a été effectué en pré-production de la pièce. Il s’agit d’une performance réalisée sur le long terme, grâce à des vidéos filmées quelques années auparavant avec les apprentis comédiens. Les deux univers de la mise en scène nous font voir une partie paraissant très cadrée où les personnages sont au devant de la scène et sont mis en avant chacun leur tour, face à nous, lorsqu’ils parlent avec la voix.

Cette pièce évoque un certain voyeurisme de la société. Elle est basée sur le regard d’après son titre: « sous vos yeux» . En effet, la scénographie est particulière : un endroit clos dont un mur coté public qui nous sépare d’eux et nous permet de les voir alors qu’eux ne le peuvent pas. Cette scénographie peut faire penser à certaines émissions de télé-réalité. C’est donc une critique satirique de la société qui aujourd’hui via la télévision, internet et les réseaux sociaux nous donne à voir un monde sans pudeur. Une morale ressort de cette pièce : l’intimité est de moins en moins préservée.

En conclusion c’est une pièce qui fait réfléchir. Elle aborde des questions actuelles telles que le voyeurisme de la société, les réflexions personnelles que l’on a tous sur notre avenir. Elle demeure une pièce dynamique, joyeuse et préservant l’insouciance des comédiens adolescents.

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