Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

Entrées du septembre 2014

5 septembre 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Le Misanthrope

Compte-rendu du spectacle présenté au Lieu Unique en Mars 2014 (par des étudiants de A1)

Présentation de l’auteur et du metteur en scène

Par Antoine Dehillerin, Paul Gardette, Florian Bauchart, Arthur Follenfant

Illustration par Antoine Dehillerin, Paul Gardette, Florian Bauchart, Arthur Follenfant

Illustration par Antoine Dehillerin, Paul Gardette, Florian Bauchart, Arthur Follenfant

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière était un acteur, dramaturge et metteur en scène français. Né en 1622 à Paris il  fît ses études chez les jésuites avant d’étudier le droit à Orléans. Directeur d’une troupe de théâtre, Molière est avant tout un auteur comique.

Avec l’aide de Madeleine Béjart, il créa L’Illustre-Théâtre qui fut un échec en raison de ses nombreuses dettes. Il quitte alors Paris pour la province où il y restera treize ans. En 1658, il revient à Paris jouer Nicomède et le dépit amoureux devant le Roi. L’année suivante, il jouera Les précieuses ridicules qui lui apportera la célébrité et la reconnaissance du Roi Louis XIV ; Molière obtient alors de la part du Roi la salle du Petit-Bourdon puis celle du Palais Royal.

Molière fait rire la cour de France par ses comédies, mais bon nombre de ses pièces lui valent la censure et provoquent des scandales tels que Tartuffe joué en 1664  et Dom Juan en 1665. En effet les dévots se sentent visés et font pression sur le Roi pour interdire ces pièces. Cependant Molière continue de bénéficier des faveurs du Roi et créé alors Le Misanthrope (1666), Le Bourgeois Gentilhomme (1670), L’Avare (1668), Les Fourberies de Scapin (1671) et Les Femmes Savantes (1672).

Atteint de la tuberculose, Molière meurt sur les planches en 1673 lors de la quatrième représentation du Malade Imaginaire.

Durant sa vie, Molière connut à la fois le succès aussi bien que l’échec total, autant aimé et détesté en son époque, il a aujourd’hui sa place au sein du Panthéon des plus grands écrivains français.

Jean-François Sivadier né en 1963 est un comédien, auteur et metteur en scène de théâtre. Ancien élève de l’école du Conservatoire du Mans et de l’école du Théâtre National de Strasbourg, il travaille d’abord comme comédien. Proche de Didier-Georges Gabaly, il joue dans plusieurs de ses spectacles mais aussi sous la direction de Jacques Lassalle, Laurent Pelly ou d’autres.

En 1997, il passe à l’écriture et monte Italienne avec orchestre. S’ensuit alors une série de spectacles au Théâtre National de Bretagne. Inspiré par Oscar Wilde et Shakespeare, J-F Sivadier livre une nouvelle version du Mariage de Figaro de Beaumarchais sans pour autant altérer le sens et la portée de l’œuvre.

Après une entrée dans le monde du Théâtre, il est régulièrement metteur en scène à l’Opéra de Lille. Depuis 2004, J-F Sivadier monte un opéra tous les deux ans dont Madame Butterfly de Puccini, Les Noces de Figaro de Mozart et Carmen de Bizet. En 2011, il est invité au Festival d’Aix- en-Provence pour monter La Traviata de Verdi.

Attiré depuis toujours par le théâtre de Molière, J-F Sivadier monte pour la première fois Le Misanthrope

Intemporel

Par Margaux CHAILLOUX, Marie DARRAS, Agathe CHUPIN, Antoine MAURAIS, Jérôme GALLAIS

Illustration par Margaux CHAILLOUX, Marie DARRAS, Agathe CHUPIN, Antoine MAURAIS, Jérôme GALLAIS

Illustration par Margaux CHAILLOUX, Marie DARRAS, Agathe CHUPIN, Antoine MAURAIS, Jérôme GALLAIS

Cette pièce de théâtre, écrite par Molière en 1665, met en scène Alceste, un homme misanthrope. Celui-ci est amoureux de Célimène malgré son idéologie. En effet, elle représente tout ce qu’il déteste du genre humain. Elle est hypocrite, commère, manipulatrice et mise tout sur l’artifice. Nous allons tout d’abord parler du texte original de Molière, puis de l’adaptation qu’en a fait le metteur en scène.

L’œuvre de Molière est constituée de phrases longues et laborieuses qui, pour un public du XXIe siècle est difficile à assimiler. Ceci est dû au fait que l’intégralité du texte est rédigé en alexandrins. De plus, le langage utilisé est soutenu avec un vocabulaire du XVIIe siècle. L’histoire racontée est tout de même intemporelle et malgré ce langage, il reste compréhensible et il est facile de s’identifier aux personnages. Même dans notre société actuelle, l’hypocrisie est très présente : plaire aux autres et commérer, peut permettre encore aujourd’hui de gagner en popularité pour gravir l’échelle sociale. Les répliques sont très longues ce qui représente une prouesse technique pour les acteurs. Avant d’arriver à terme, bons nombres de détours sont utilisés liés à la présence d’alexandrins. Cette manière d’écrire contraint les acteurs à forcer sur la prononciation et l’articulation pour marquer les diérèses. Les alexandrins et les rimes qui le composent, représentent une contrainte dans la tournure des phrases et l’ordre des mots.

Le metteur en scène Jean-François Sivadier, a fait une adaptation très fidèle au texte de Molière. Cependant, si des parties avaient été retirées, cela n’aurait pas gêné la compréhension de la pièce. L’ajout d’une introduction en alexandrins a permis d’exposer les règles de respects soumises par le spectacle (arrêt du téléphone et ne pas prendre de photos) et d’enchaîner avec le texte de Molière. Malgré un départ contemporain, avec un vocabulaire qui s’y prête et la musique de the Clash, le metteur en scène n’a pas continué sur cette lancée … en tout cas, en ce qui concerne le texte. Cette musique fait une réapparition dans la pièce, obligeant l’acteur à parler en Anglais, ce qui peut surprendre et notifie la dimension internationale de la culture Anglo-Saxonne. Par le biais du Rock’n Roll l’idéologie révolutionnaire du personnage principal n’en est qu’amplifiée. Certaine répliques sont chantées, ajoutant un rythme supplémentaire à celui des alexandrins.

Malgré sa fidélité au texte de Molière,  Jean-François Sivadier a su ajouter des touches contemporaines. Aux vues de l’introduction, nous nous attendions à une adaptation plus contemporaine de moins fidèle au texte de Molière. Néanmoins, les décors et les costumes étaient à la hauteur de nos attentes de « modernité ».

« Mise en rock »

Par Paul JEANNINGROS, Marion PILLET, Antoine BRACHET, Elena STEVANT
Illustration par Paul JEANNINGROS, Marion PILLET, Antoine BRACHET, Elena STEVANT

Illustration par Paul JEANNINGROS, Marion PILLET, Antoine BRACHET, Elena STEVANT

Les comédiens dirigés par Jean-François Sivadier nous installent dans l’univers de l’auteur du Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux avant même que la représentation ne commence. En effet, c’est en alexandrins que l’un d’eux nous invite à éteindre nos téléphones portables et à ne pas prendre de photos avant de commencer le spectacle. Il sollicite ensuite un spectateur du premier rang qui tiendra un rôle au début du spectacle. Effectivement, il sera le sujet de plusieurs répliques, soulignant ainsi le choix du metteur en scène d’interagir avec la salle. Cette volonté va être également perçue par les allées et venues d’Alceste dans l’assistance et aussi dans la façon où les comédiens dirigent leurs propos vers eux alors que leurs répliques sont initialement destinées aux acteurs sur scène.

Les « Clash » en scène d’ouverture nous montre directement une interprétation rock, dynamique, rythmée et pleine d’humour qui s’observe déjà dans la gestuelle des comédiens.

Jean-François Sivadier a conservé le texte original de la pièce de Molière. Les comédiens sont donc confrontés à sa composition en alexandrins, une des particularités de cette comédie. Cette caractéristique oblige ceux-ci à prononcer les diérèses ce qui peut compliquer la compréhension du texte. Ainsi, les répliques s’enchaînent avec des changements de tons fréquents et des gestuelles excentriques parfois même caricaturales, comme pour le personnage de Doronte et ses mouvements de cheveux, laissant naître des personnages ambivalents et instables. Alceste en est un très bon exemple. En effet, celui-ci nous propose deux polarités : celui du début, le «misanthrope», et celui de l’Acte II scène 1, l’«amant jaloux». De plus, Alceste est un personnage hyperbolique. Toujours dans l’excès, il se joue du langage et de l’excentricité de son comportement. C’est le personnage emblématique des partis pris de jeu et d’interprétation du metteur en scène.

Dans cette mise en scène contemporaine Jean-François Sivadier fait des choix surprenants. En effet,  il décide de faire intervenir les comédiens au milieu de la pièce pour annoncer un entracte qui sera ensuite annulée quelque secondes plus tard. De plus, il a jugé bon de rendre les coulisses apparentes ce qui explique le fait que les acteurs soient rarement hors de la scène. Néanmoins, pour cette raison, quand ceux-ci sont sur l’arrière-scène il nous est difficile de savoir s’ils incarnent toujours leurs personnages ou non. Enfin, il a parfois choisi de faire incarner deux personnages à ses acteurs. Effectivement, Cyril Bothorel, interprète le rôle d’Oronte et d’un garde, Vincent Guédon, Philinte et Du Bois (le valet d’Alceste) et Christèle Tual, Arsinoé et Basque (le valet de Célimène). Cependant, cela ne gêne pas forcément la compréhension de l’œuvre puisque le deuxième personnage est mineur.

Décors/ Accessoires / Costumes

Par Andréa ROYER, Clémence JONNOT, Jocelin VERGA, Charline HAVART

Illustration par Andréa ROYER, Clémence JONNOT, Jocelin VERGA, Charline HAVART

Illustration par Andréa ROYER, Clémence JONNOT, Jocelin VERGA, Charline HAVART

Dans cette pièce du Misanthrope mise en scène par Jean-François Sivadier, le décor est très riche et donne envie d’être admiré, il donne vie au spectacle et appuie le jeu des acteurs.

Une multitude de paillettes dorées et noires couvrent la scène, rendant l’atmosphère particulière.

On peut y observer l’accumulation de chaises disposées de manière chaotique les unes sur les autres, ou ordonnées pour permettre de s’y asseoir. Dans le fond, des tables sont disposées, elles possèdent plusieurs utilités, se maquiller, se coiffer, elles servent également à la pièce pour des réunions entre les personnages, telles que des banquets, des discussions ou des chants. Ces tables sont par moment comme des coulisses pour les acteurs ; coulisses visibles par le spectateur.

Pour représenter les lumières de l’époque, des chandeliers sont présents et donne une  atmosphère tamisée. L’éclairage offre une lumière parfois jaunâtre pour cet effet tamisé et parfois bleuâtres pour un effet nuit se reflétant sur des rideaux « de soie » disposés en arrière plan et sur le ballon blanc qui pourrait correspondre à un lampadaire.

Les fontaines, sur la scène, aident à comprendre les moments où les personnages se trouvent dans les jardins. Celles-ci sont illuminées et tournent sur elles-mêmes en même temps que la musique.

La musique a également sa place car on trouve sur la scène, un tourne disque, un mégaphone et une cymbale qui sont utilisés pendant la pièce par les personnages.

Dans cette pièce, les accessoires sont omniprésents, ils ne font pas partie du jeu du Misanthrope, mais sont une mise en scène choisie par Jean-François Sivadier.

Pour cette nouvelle interprétation les chaises sont en effet un parti pris important. Elles sont utiles aux acteurs qui jouent avec, les lancent, les lâchent, les jettent ou s’assoient tout simplement dessus.

Le plateau est recouvert de cendres et de paillettes. Afin de changer d’actes, les acteurs balayent la scène. Les balais, en les montrant au spectateur, deviennent des accessoires du jeu de scène.

Un carrosse fait d’un chariot, de chaises, de tissu rouge et d’une lampe, souligne l’arrivé de la femme aristocratique habillée de rouge.

Un drap blanc permet de séparer des parties différentes du plateau. Les acteurs jouent avec et le déplacent en fonction des scènes et des actes. Vers la fin de la représentation, Alceste, le personnage principal, l’arrache et le met sur sa tête, il court, il danse avec.

L’ensemble des accessoires et du décor donne un esprit salon très présent au siècle des Lumières. Cela correspond totalement au thème de la pièce.

Au cours du spectacle, nous constatons que les vêtements parlent avec les personnages.

En effet, chaque acteur porte un costume et des accessoires distinctifs par leurs formes, leurs textures, leur style ou leurs couleurs.

Les vêtements et leurs textures nous permettent de contextualiser la scène et le milieu social dans lequel les personnages évoluent. Les robes à corset ainsi que les pourpoints sont fait de matières nobles telles que le velours ou le satin.

Les effets brillants, satinés et moirés de ces étoffes, peuvent nous évoquer l’artifice et ainsi l’hypocrisie des personnages.

L’extravagance des couleurs des costumes amène également un aspect burlesque à la pièce.

Le personnage d’Alceste se marginalise par le port de vêtements plus sombre que les autres protagonistes. Il est également le seul à ne pas être coiffé ou à ne pas porter de perruque. Le port de son kilt contraste radicalement avec le style des autres costumes et souligne son opposition aux conventions et au paraître.

Éclairages / Son

Par Léo Bousique, Isaac Galtier, Alexandre Pineau, Clémence Pujol

Illustration par Léo Bousique, Isaac Galtier, Alexandre Pineau, Clémence Pujol

Illustration par Léo Bousique, Isaac Galtier, Alexandre Pineau, Clémence Pujol

La lumière et le son, comme dans la plupart des représentations théâtrales, sont deux éléments majeurs dans la mise en scène. En effet, du côté de la lumière, il sert à orienter le regard du spectateur, traduire des émotions et dévoiler, ou non, ce qu’il y a à voir sur scène. Tandis que pour le son, il situe les acteurs dans le temps et dans l’espace. Philippe Berthomé, assisté de Jean-Jacques Beaudoin se sont chargés de l’éclairage et du son pour cette version du Misanthrope.

Dans un premier temps, notre attention s’est portée sur l’installation au sol composée de plusieurs matériaux tels que des paillettes et des morceaux de plastique. Ce choix d’installation nous a intrigué, ce qui devait être le but recherché. Par la suite nous avons pu comprendre que ce dispositif cherchait à traduire une atmosphère superficielle à l’image de ce que combat le misanthrope.

Par ailleurs, il nous a semblé intéressant de comprendre le jeu de lumière qui participait à la pièce et pourquoi était-il mis en place. Il est vrai que la lumière prend en compte l’évolution de l’environnement afin d’illustrer le temps qui passe. Initialement, lors de représentations plus classiques, le rideau se fermait à chaque fin d’acte dans le but de montrer le changement de temps et/ou de lieu. Ici, tout autour de la scène, des rideaux éclairés ondulaient et reflétaient la lumière. Ce mouvement traduisait, selon nous, la durée et la succession des événements chronologiques de la pièce.

Nous avons également remarqué l’attention que portait le scénographe aux détails et tout particulièrement sur les éléments de décors tels que le lustre constitué de chaises ou encore les fontaines et le chariot. Ces trois éléments, ornés de lumière sous forme de petites ampoules, ajoutaient des pointes de luminosité nous plongeant ainsi chez quelqu’un, dans l’intimité d’un personnage.

Quant à l’organisation des acteurs dans l’espace, cette mise en scène du Misanthrope est audacieuse car le scénographe a pris le risque de dévoiler les acteurs en coulisse au second plan. En effet, les personnages ne jouant pas, restaient au second plan assis autour d’une table, éclairés par des lampes de salon. Nous en déduisons que le scénographe a souhaité évoquer une unité entre tous les personnages dans l’espace.

Dans un second temps, le son a aussi son importance dans la pièce même si celui-ci était moins présent.

Tout d’abord, le début de la pièce est introduit par une musique contemporaine, « Should I Stay Or Should I Go » interprété par The Clash, qui replace la scène dans notre société. Force est de constater que ce choix  correspond pleinement au personnage facilement irritable. Néanmoins, la diffusion de l’œuvre symphonique de Lulli, contemporain de Molière, rappelle tout de même que la pièce d’origine datait du XVIIe.

Par ailleurs, puisqu’il s’agissait d’une pièce de théâtre, les acteurs ne disposaient pas de micro si bien qu’ils devaient s’exprimer de manière à ce que tout le monde les entendent, ce qui accentuaient parfois l’aspect comique de leurs interprétations. Effectivement leurs jeux étaient ponctués de cris, de chants, d’onomatopées, dynamisant le rapport spectateurs-acteurs. Nous avons ainsi constaté que le son était au service de l’interprétation.

« Qu’est-ce que la théâtralité ? C’est le théâtre moins le texte, c’est une épaisseur de signes et de sensations qui s’édifient sur la scène à partir de l’argument écrit. »  Roland Barthes illustre parfaitement notre propos. Lumière et son sont des éléments extérieur au texte qui nous installent dans une atmosphère et nous guident jusqu’à la fin de la pièce car ils sont complètement engagés dans la scénographie et ne peuvent être absents tout particulièrement dans une pièce ancienne comme le Misanthrope.

Le Misanthrope : paradoxe d’un classique revisité de façon moderne

Par Katell GÉRARD, Maëva AZEMAR, Ophélie MOREAU, Emilie BETHUNE

Illustration par Katell GÉRARD, Maëva AZEMAR, Ophélie MOREAU, Emilie BETHUNE

Illustration par Katell GÉRARD, Maëva AZEMAR, Ophélie MOREAU, Emilie BETHUNE

Le Misanthrope de Molière est aujourd’hui mis en scène par Jean-François Sivadier, associé au théâtre national de Bretagne. Ce dernier, également auteur et acteur, ajoute à ce grand classique un côté moderne où se côtoient musique rock et costumes extravagants. Ce premier paradoxe entre classique et contemporain se reflète dans le personnage d’Alceste tiraillé entre deux choix, haïr le genre humain et refuser le monde du paraître de la cour ou succomber à son amour pour Célimène.

Le jeu des personnages avec des traits exagérés et une gestuelle poussée participe au comique de la pièce. Le ton des personnages se veut outrancier et le jeu plutôt ridicule, à l’inverse du ton dramatique qui avait été donné à cette pièce à partir du 18è siècle par les philosophes des Lumières et qui faisait d’Alceste un personnage droit et estimable. Avec cette approche, on retrouve donc une mise en scène dynamique proche de celle de Molière, qui lorsqu’il jouait lui-même son personnage s’en moquait ouvertement.

Le décor constitué d’éléments modernes rappelle cependant le 17è siècle avec ses inspirations des jardins de Versailles, on peut prendre pour exemple le grand lustre constitué de chaises retournées. Ce décor offre cependant de la nouveauté, en effet tous les changements de scène s’effectuent sous les yeux des spectateurs, ainsi le décor évolue et il n’y a pas de rupture dans l’histoire. On peut également noter le fait que les coulisses soient visibles en permanence    ; on retrouve là une habitude de Jean-François Sivadier où les personnages qui ne jouent pas dans la scène restent à l’arrière plan, souvent attablés ensemble. Un autre élément fort de ce décor est le parterre de paillettes noires qui semble à la fois symboliser le brillant de la société autant que les cendres du genre humain, ce qui illustre encore une fois le dilemme d’Alceste.

Au final, on se rend compte que cette pièce que Molière a écrit comme une comédie a une visée morale où chaque personnage finit par être puni ou ridiculisé pour son côté malhonnête ou déraisonnable. Il est à noter que le sujet abordé dans cette pièce (écrite il y plus de trois siècles), à savoir la protestation contre le paraître et la critique de la malhonnêteté des gens, reste d’actualité dans notre société moderne. Cela permet au spectateur de s’immiscer plus facilement dans l’histoire malgré un texte en alexandrins qui, imposant un rythme et des prononciations inhabituels, est parfois difficile à comprendre.

En conclusion, (malgré un cadre quelque peu inconfortable au niveau de la salle) la vision de cette pièce détonne et apprend, ou réapprend, à regarder ce classique d’un œil légèrement différent.

Tags: Théâtre

5 septembre 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

The seas of organillo

Compte-rendu du spectacle présenté à la Chapelle du Grand T en avril 2014 (par des étudiants de A1)

Des artistes originaux pour une pièce originale

Par Arthur Godet, Marie Kerbrat, Lénaïc Laurent, Marin Laurent, Elisa Lecomte, Laura Reulet

Illustration par Arthur Godet, Marie Kerbrat, Lénaïc Laurent, Marin Laurent, Elisa Lecomte, Laura Reulet

Illustration par Arthur Godet, Marie Kerbrat, Lénaïc Laurent, Marin Laurent, Elisa Lecomte, Laura Reulet

Stephen Mottram s’est fait connaître grâce à sa pièce de théâtre The Seed carriers qui a vue le jour en 2009. Il est également l’auteur de The Seas of Organillo. Ce célèbre marionnettiste anglais crée ses propres pièces depuis 1985. Il travaille aussi avec la télévision et dans le milieu du cinéma. Il est surtout connu car il est l’un des derniers grands marionnettistes internationaux. Il imagine et fabrique de ses propres mains ses marionnettes en bois à l’esthétisme atypique. De plus, Mottram, au travers de jeux de perception de la gravité et d’équilibre, témoigne de la singularité de son travail.

L’univers de la science occupe une grande place dans son travail. Il dit d’ailleurs au sujet de The Seas of Organillo que ce qui l’intéressait était « le lien constant entre le microcosme et le macrocosme concernant la reproduction ».  Le contexte de production de la pièce se rapporte aussi à la science, puisqu’il l’a imaginée peu avant la naissance de son fils, en 2000. La pièce parle du monde intra-utérin ; on comprend au fil de la pièce qu’il s’agit d’une naissance. Les détails du mouvement humain sont parfaitement représentés dans ses œuvres. Le spectacle nous immerge dans un univers aquatique, à l’intérieur d’un organe miniature, où la vie voit le jour. Son travail est inspiré de celui de Lennart Nilsson, composé de photographies prises à l’intérieur du corps humain, qui nous renvoie à l’univers scientifique présent dans la pièce. Le livre d’Elaine Morgan  Aquatique Ape Hypothesis et les œuvres de Jérôme Bosch et Max Ernst l’ont aussi inspiré.

Quant à la création du spectacle, Deana Rankin, metteur en scène, était aux côtés de Mottram ; elle a principalement joué le rôle de spectateur pour le conseiller, étant donné qu’il ne peut voir ce qu’il fait lorsqu’il met en mouvement ses marionnettes. Mottram a également fait appel à Sebastian Castagna pour la réalisation du son. Castagna est un musicien sud-américain spécialisé dans l’électronique ; la plupart de ses morceaux sont sans parole. Il a composé de la musique instrumentale et des pièces mixtes et électroacoustiques. Il considère d’ailleurs son morceau Tintinnabulum (composée en 1994) comme le premier travail important de sa carrière de compositeur.

C’est donc la collaboration de ces personnalités qui a permis la création de cette pièce atypique et originale.

The seas of organillo

Par Marianne Guidou, Thibaud Gouno, Mathilde Oger, Jean-Baptiste Landreau.

Illustration par Marianne Guidou, Thibaud Gouno, Mathilde Oger, Jean-Baptiste Landreau.

Illustration par Marianne Guidou, Thibaud Gouno, Mathilde Oger, Jean-Baptiste Landreau.

Le mythe de « the seas of organillo » est une pièce de marionnettes à fil. Dans une représentation symbolique de la procréation, l’auteur Stephen Mottram raconte une histoire qui remonte depuis la nuit des temps.

Un homme et une femme qui naviguent dans une barque au courant des eaux mystérieuses et fertiles de la naissance de la vie. Au gré des flottements, des corps s’organisent une alchimie complexe représentant le phénomène scientifique de la naissance. Cette pièce dépourvue de texte remet en question la théorie du primate aquatique. Hypothèse scientifique qui a donné lieu à une thèse de Elaine Morgan.

Dans cette dernière on y conte que selon les ancêtres, l’homme moderne aurait développé une adaptation à un milieu de vie aquatique. En effet l’homme ne possède pas de poil. Il est bipède. Son anatomie rejette de l’eau (transpiration). En conséquence, l’homme pourrait être fait pour vivre dans ce monde aquatique. Puisque la conception de son être se déroule au sein du liquide amniotique de sa génitrice. On décèle au travers de cette histoire une part de choses qui serait irrationnel. Lors de l’ovulation on ne sait pas pourquoi tel ou tel spermatozoïde est choisi. Ce mystère relève presque d’une ambiance magique. C’est par ailleurs pour cela que parfois en tant que spectateurs on se sent perdus car trop rationnels par rapport à ce jeu de marionnettes illusionniste. Stephen Mottram nous transporte au plus près de ces questionnements scientifiques de la naissance même de la race humaine.

Entre spermatozoïdes et ovules, poissons et bulles, entre le micro et le macro, se déroule une danse éternelle et en perpétuel recommencement. Ce monde aquatique est sans aucun doute l’image métaphorique du monde utérin. Pour accentuer son univers inquiétant et hasardeux, Stephen Mottram utilise le son enfantin et électro-acoustique de l’organillo. La musique crée donc un fil conducteur à l’histoire. Cela remplacerait peut-être alors une partie de narration du texte. L’auteur de la pièce, s’inspire de l’ambiance du duo de réalisateurs des frères Quay. Ils créent au travers de leurs films avec peu ou pas de dialogue une ambiance sombre et surréaliste.

Les moments de silence sont pour autant peu nombreux de part la musique de l’organillo (bandes sonores).

Pour conclure, bien que le texte ne soit pas présent ici. On peut se créer nous même le récit, presque comme une voie off, de cette œuvre. C’est alors les sentiments qui permettent de narrer cette histoire. Puisque qu’en fonction des ressentis on peut en déduire l’ambiance des scènes. « The seas of organillo » est donc un récit plein de magie et aux déroulements parfois étranges qui narrent les péripéties de la conception humaine.

Les ficelles du métier

Par Simon SAVATTIER, Paul RAMIARA, Nino RIVIERE, François SALOMON, Théo RICHARD

Illustration par Simon SAVATTIER, Paul RAMIARA, Nino RIVIERE, François SALOMON, Théo RICHARD

Illustration par Simon SAVATTIER, Paul RAMIARA, Nino RIVIERE, François SALOMON, Théo RICHARD

The Seas of Organillo est un spectacle dans lequel un acteur physique est en arrière plan et manipule des marionnettes qui sont au premier plan.

Il n’y a pas de voix. Les émotions sont traduites grâce à la musique et à l’univers dans lequel nous plonge Stephen Mottram dès le début du spectacle ; en effet, les deux premiers personnages à apparaître sont sur un bateau et sont accompagnés par un mouvement de rames et par une ambiance lumineuse (bleu) et sonore (bruits de vagues) qui nous font comprendre que l’histoire prend place dans un milieu aquatique.

Le marionnettiste, bien qu’indispensable car il est à l’origine des mouvements que font les marionnettes, est mis au second plan. En effet on peut le distinguer en arrière plan (dans une atmosphère sombre) mais le projecteur est focalisé sur les pantins. On peut alors le considérer comme un acteur insidieux, qui paraît invisible au public mais qui est en réalité l’acteur principal car ses marionnettes sont le prolongement de son jeu.

Dans la quasi-totalité du spectacle, les marionnettes sont guidées par un mouvement circulaire (qui tourne autour du marionnettiste). Cela permet de passer d’un plan à un autre ; effectivement cette transition aide la dynamique du spectacle à nous projeter tantôt à l’extérieur des deux êtres, tantôt à nous immiscer à l’intérieur du corps féminin. Cependant ces mouvements peuvent parfois dériver de la ligne directrice ; ainsi nous pouvons par exemple voir deux mains qui semblent danser et s’enlacer.

Ce spectacle semble a priori réaliste dans le récit et très terre à terre. Cela dérive vite dans un univers abstrait où les repères physiques et spatiaux sont vagues, ce qui peut perdre le spectateur. En revanche cette confusion n’est pas anodine. Le scénario est bien maîtrisé, il relate des grandes étapes de la procréation. Si nos repères sont brouillés, c’est parce que la procréation est présentée ici sous forme allégorique, ce qui illustre à la fois des étapes physiques mais également des idées plus abstraites telles que le rapport émotionnel entre deux individus.

Bien que The Seas of Organillo ne dure qu’une heure, la narration est globalement lente et les plans s’enchaînent de façon à laisser le temps au spectateur d’apprécier l’atmosphère ambiante.

La pièce s’achève sur une présentation de l’instrument qui a permis de réaliser tous les sons présents dans le spectacle. Il s’agit d’un orgue de barbarie que Mottram a lui-même fabriqué.

Cette fin donne une note paradoxale au spectacle puisque le marionnettiste est désormais sous la lumière des projecteurs.

De fils, de bois et de poésie

Par Claire Dugast, Eléonore Bétard, Pascalie Favriau, Camille Castel, Réjane Le Gall

Illustration par Claire Dugast, Eléonore Bétard, Pascalie Favriau, Camille Castel, Réjane Le Gall

Illustration par Claire Dugast, Eléonore Bétard, Pascalie Favriau, Camille Castel, Réjane Le Gall

La représentation de cette pièce n’est pas seulement liée à son interprétation. Elle l’est également par son décor dédié au jeu des marionnettes.

La présence de costumes, d’accessoires et du décor dans son ensemble reste très épurée, et crée ainsi une mise en scène très minimaliste.

L’absence de costume n’est pas anodine puisqu’il s’agit d’un spectacle de marionnettes. Le seul élément qui pourrait être considéré comme tel n’en est pas vraiment un : il s’agit des gants de l’artiste. Retirés, puis enfilés, ils prennent ainsi la dimension de costume. A travers ce jeu, ils dévoilent les mains de l’artiste créant alors une ambivalence entre réalité et imaginaire. Des marionnettes en forme de mains accentuent d’ailleurs cette ambiguïté.

Elles illustrent parfaitement l’ensemble des créations articulées de la pièce qui, ne l’oublions pas, sont entièrement confectionnées par l’artiste, Stephen Mottram.

Au sein de ce spectacle, les marionnettes présentes sont assez singulières et diverses. En effet,  des poissons aux hommes, en passant par une barque, des coquillages, et d’autres formes sphériques (œufs, bulles), il nous entraîne dans un univers organique. Il anime ses marionnettes à l’aide de fils et de piles. Il manipule d’autres accessoires, toujours de forme sphérique, et de dimensions variées. Au fur et à mesure, l’apparition de nouveaux accessoires aide à la compréhension et enrichit la mise en scène.

Enfin, le rideau noir peut être considéré comme un accessoire car l’artiste le manie à plusieurs reprises. Cependant, celui-ci fait également partie intégrante du décor.

Le décor, sombre, est constitué d’une estrade arrondie sur laquelle s’organise une structure circulaire. Cette dernière permet avant tout d’éclipser l’artiste mais également la manipulation et le rangement des marionnettes. Deux panneaux sont présents. Ils permettent d’offrir des points de vue nouveaux aux spectateurs par la diffusion des ombres des marionnettes. La projection d’images animées permet de s’ancrer d’avantage dans cet univers aqueux au même titre que les projections de lumières colorées.

Ce décor, poétique, est caractérisé par un ensemble d’éléments recréant l’univers riche de l’origine de la vie. L’artiste, par ce décor, fait appel à notre imagination, par ces formes abstraites et ces éléments métaphoriques, pour retranscrire ce processus scientifique. Ce dernier est d’ailleurs accentué par l’apport non négligeable du décor sonore et lumineux.

Le son et la lumière au service d’une expérience sensorielle inouïe

Par Gwénolé COULOMB-PELFRESNE, Bérénice LABOUX, Pierre BLOYET, Etienne GUEDON.

Illustration par Gwénolé COULOMB-PELFRESNE, Bérénice LABOUX, Pierre BLOYET, Etienne GUEDON

Illustration par Gwénolé COULOMB-PELFRESNE, Bérénice LABOUX, Pierre BLOYET, Etienne GUEDON

Bien que dépourvu de texte, The seas of organillo suit une trame narrative bien précise.  Celle-ci s’avère être conduite par la musique, c’est elle qui nous donne la tonalité de chaque scène. D’après Sebastian Castagna (qui a collaboré avec Stephen Mottram lors de la réalisation du spectacle et plus particulièrement de la musique), la bande son aurait été conçue de manière à répondre à deux questions : quel son produit le personnage principal (la marionnette humanoïde) et quel son naît de l’environnement dans lequel ce personnage évolue ?

Ainsi, la musique étant tantôt enjouée et légère, elle fixe une atmosphère paisible et vient appuyer une impression de sérénité tandis que des passages plus sombres et plus introspectifs, nous mènent dans une ambiance plus inquiétante voir même menaçante. De ce fait, la bande son joue un rôle premier dans l’interprétation de la narration en transportant le spectateur d’un univers à l’autre. Elle est également synchrone avec les mouvements des marionnettes, comme si l’interaction entre les personnages et leur milieu générait de la musique.

D’un point de vue purement technique, la pièce repose sur l’instrument éponyme qu’est l’organillo. Au son léger et enfantin, ce dernier constitue la base de la composition sonore du spectacle. Cette bande originale est alors née de l’association des sons acoustiques issus de l’organillo (souffle, frottement…) et de sons numériques issus d’un ordinateur.

Du côté de l’éclairage, la pièce se déroule dans une obscurité quasi constante. Cette obscurité permet tout d’abord de cacher l’artiste au public afin de ne se concentrer que sur les marionnettes, actrices de la pièce. La lumière rythme le spectacle, découvre un décor sommaire, neutre épuré voire dépouillé, et permet au spectateur de se focaliser sur un ou deux éléments du spectacle. Les sons sont enregistrés dans la réalité pour exprimer une ambiance, un ciel d’hiver. On passe ainsi du monde marin à l’utérus de la femme avec beaucoup de simplicité. D’ailleurs la lumière permet efficacement de montrer la rupture entre ces deux univers. En effet l’éclairage est un peu bleuté quand il s’agit de reproduire l’océan et légèrement rouge rosée lorsque nous nous trouvons au sein même de l’utérus. Enfin la disposition de l’éclairage est telle que, bien souvent, dès que les marionnettes se dirigent vers l’obscurité une transition s’effectue pour nous amener à une nouvelle scène, une nouvelle expérience.

Synthèse The seas of organillo

Par  Julie WANAUDOM, Nicolas LE DREN, Nolwen LE TERNUEC, Damien BOSCHER, Margot LENORAIS

Illustration par Julie WANAUDOM, Nicolas LE DREN, Nolwen LE TERNUEC, Damien BOSCHER, Margot LENORAIS

Illustration par Julie WANAUDOM, Nicolas LE DREN, Nolwen LE TERNUEC, Damien BOSCHER, Margot LENORAIS

La scène est minuscule, il y fait sombre. Si l’on ne s’attend pas à y voir des marionnettes, on peut se demander qui va pouvoir jouer une pièce sur une si petite plateforme. Le spectacle commence, une musique étranges aux saveurs d’Amérique du Sud et d’océan se fait entendre dans la salle. Une barque apparaît. À son bord, deux personnages en bois dont l’un rame. Ils flottent dans les airs, le mouvement des rames et les gestes de la marionnette sont tellement précis et naturels que l’illusion est parfaite. Notre esprit se trouve alors projeté dans l’univers de Stephen Mottram.

Dans ce spectacle, la lenteur est omniprésente, cela créé une atmosphère étrange mais agréable. Des mouvements circulaires, encore, les personnages tournent dans une eau imaginaire autour de ce grand cylindre central qui permet également au marionnettiste de se dissimuler. Les dialogues sont absents, pourtant, l’éclairage créant un contraste clair – obscur découpe la performance en scénettes en nous plaçant régulièrement dans l’obscurité totale. La compréhension du spectacle est ainsi plus simple. Il est vrai que l’accès à celui-ci n’est pas des plus faciles et la thématique reste obscure tant la mise en scène oscille entre infiniment petit et infiniment grand, univers marin et univers utérin. Cependant, notre regard reste captivé par la précision des gestes et mouvements des marionnettes. Qu’ils soient hommes, poissons, pieuvres ou sphères, tous ces morceaux de bois sculptés prennent vie dans les mains de Stephen Mottram a tel point que l’œil s’y trompe et croit y voir de l’organique.

Tout est poésie dans cette création, à commencer par l’organillo qui a servit à Sebastian Castagna pour concevoir la bande son. Peu de sons extérieurs sont rajoutés, le souffle lent et le cliquetis de la manivelle prennent une place à part entière dans la mise en scène. La musique de l’organillo est ludique, enfantine, joyeuse, ce qui contraste largement avec le sujet de la procréation. Tout en construisant l’atmosphère, la musique allège le spectacle, sans compter que Stephen Mottram peut être fier d’avoir confectionné de ses propres mains le fameux instrument ainsi que les marionnettes qui bougent au rythme de celui-ci !

Ainsi the seas of organillo est un spectacle envoûtant et surprenant, une histoire poétique portée sur l’alchimie complexe et merveilleuse de la conception, rythmée par une musique étonnante.

Tags: Théâtre

5 septembre 2014    Non classé

Publié par d.gouard

Ajax

Compte-rendu du spectacle présenté au Grand T en janvier 2014 (par un groupe d’étudiants de A1)

Un véritable mélange culturel

Amandine Palierme, Virginie Souffoy, Malory Ménagé, Margaux Leroy, Anaëlle Sourice

Illustration par Amandine Palierme, Virginie Souffoy, Malory Ménagé, Margaux Leroy, Anaëlle Sourice

Illustration par Amandine Palierme, Virginie Souffoy, Malory Ménagé, Margaux Leroy, Anaëlle Sourice

Sophocle, grand auteur de l’an 400 av. J.C., est un tragédien qui a écrit plus de 122 textes et une centaine de tragédies, dont Œdipe Roi ou encore Ajax.

Ce spectacle contemporain est inspiré de la plus grande pièce antique, Ajax. Pour être mise en scène, elle a été traduite par Robert Davreu, poète et écrivain français puis réalisée par Wadji Mouawad.

Wadji Mouawad, auteur et réalisateur de la pièce, est né le 16 Octobre 1968 à Deir-el-Qama au Liban. Depuis toujours, il est intéressé par le théâtre et décide d’en faire son métier. Il est à la fois auteur, metteur en scène, directeur artistique, comédien et plasticien. C’est un homme passionné par son métier, jusqu’à en être nommé « homme de théâtre ».

D’origine libano-canadienne, il quitte le Liban à l’âge de onze ans suite à la guerre civile qui y fait rage. Il émigre en France, à Rouen, nouvelle terre d’adoption pour lui.

En 1983, il part pour Montréal au Québec où il rejoint une troupe de théâtre tout en continuant sa scolarité dans le secondaire. Il poursuit ses études à l’école nationale du théâtre du Canada et obtient son diplôme en 1991. À la fin de ses études, il a l’honneur de codiriger la compagnie «   Théâtre Ô Parleur   » avec Isabelle Leblanc. Il réalise de nombreuses mises en scène et adaptations dont « Macbeth »   , « L’Exil » ou encore « Incendie » qui fait partie de la quadrilogie   : « Le Sang des promesses ».

De 2000 à 2004, il dirige le théâtre Quat’sous à Montréal, puis fonde en 2005, deux compagnies de production : Au carré de l’hypoténuse, en France et Abé carré cé carré, à  Montréal. Cela lui permet de faire lien entre ses deux terres d’adoption.

Ces spectacles sont souvent des suites qui sont regroupés dans en certain ordre afin de former une seule et même pièce. Par exemple, « Le Sang des Promesses » contient « Littoral », « Incendie », « Forêt » et « Ciel ». La quadrilogie a été représentée au Grand T en 2009,  théâtre où il devient un artiste associé en janvier 2011.

Aujourd’hui, il travaille sur les sept tragédies connues de Sophocle qu’il décline en trois : « Des Femmes », « Des Héros » et « Des Mourants » prévues pour 2015. Il a pour projet de se consacrer à des pièces sur un « cycle domestique » en prolongeant sa recherche autour d’un univers familial : « Sœur », « Frère », « Père » et « Mère ».

Un héros déchu

Par Adrien GRANGE, Charles PERINET, Morgane THOMAS, Solenne RETY, Maëlle BRETECHE

Illustration par Adrien GRANGE, Charles PERINET, Morgane THOMAS, Solenne RETY, Maëlle BRETECHE

Illustration par Adrien GRANGE, Charles PERINET, Morgane THOMAS, Solenne RETY, Maëlle BRETECHE

Nous avons réalisé une étude du texte d’Ajax par Wajdi Mouawad, une pièce de théâtre unique aux prises entre un univers antique et un monde moderne. En effet, Wajdi Mouawad réinvente cette pièce du Vème siècle av. J.-C. en y incluant des références du 20ème siècle avec l’objectif de la rendre accessible au public actuel. On note ainsi l’évocation  d’évènements récents et notamment des  guerres modernes comme la guerre du Liban,  la guerre d’Algérie ou encore les attentats du World Trade Center. Des références iconographiques modernes sont présentes à l’instar de Dark Vador (Star Wars) mais aussi des phrases que l’on doit à des personnalités : « nettoyer la banlieue au Karcher. » ici Sarkozy.

Des aboiements sont présents, le réalisateur et le personnage principal, Ajax, expriment la folie, la colère, la rage, le désespoir autant d’Ajax que du réalisateur originaire du Liban. Cette œuvre comporte d’ailleurs un aspect autobiographique qui passe par les accents des différents appareils électroniques, référence aux lieux de résidences de Wajdi Mouawad (Liban, Québec). Ajax, personnage principal, ne parle qu’au moment de sa tentative de pendaison mais l’on peut supposer que la voix off est en réalité la voix ou les pensées d’Ajax. On peut aussi noter que certains comédiens prennent la parole à la fin. Des symboles prennent de l’importance au fil de l’œuvre, notamment au moment où Ajax est baigné dans une baignoire de peinture blanche, pour symboliser la mort d’Ajax, il est transformé en statue d’inspiration Antique. Dark Vador, est plus qu’une référence, c’est aussi un symbole : celui de l’anti-héros mais aussi celui du père, peut être le père d’Ajax.

Tout comme le coquillage d’Ajax, les appareils électroniques sont souvent un moyen de s’évader. Leur rôle ici est de présenter, d’animer la pièce. Ils tissent un fil d’Ariane en prononçant ce qui pourrait être des didascalies et amenant une part comique à cette tragédie. D’une manière générale, les textes suivent le rythme de la pièce avec des textes lents aux moments lents de l’histoire et inversement. Et quand le récit s’intensifie, les paroles sont effacées par des cris dénotant avec des blagues racistes ou sexuelles. Ce texte est une réflexion sur la condition du héros en plaçant Ajax au centre du dispositif nous laissant juger de ses actions, de ses pensées, de ses humeurs.

Nous avons donc affaire à une œuvre mêlant le tragique et le comique, l’ancien et le moderne, autour d’une histoire intemporelle, mettant en avant la condition du héros. Celui-ci finit par choir avec la dose de souffrance qui accompagne cette chute, comme a pu nous le montrer très récemment Martin Scorsese dans Le Loup de Wall Street.

Ajax, une dualité des jeux d’acteurs

Par Carine ABOUZER, Olivia BALLET, Héloïse BANNERMAN, Thibaut LALANNE, Ophélie JARET

Illustration par Carine ABOUZER, Olivia BALLET, Héloïse BANNERMAN, Thibaut LALANNE, Ophélie JARET

Illustration par Carine ABOUZER, Olivia BALLET, Héloïse BANNERMAN, Thibaut LALANNE, Ophélie JARET

Wajdi Mouawad nous offre une mise en scène originale d’une pièce antique revisitée dans un style cabaret, démesuré et vivant. Du fait de la dualité de la pièce, le jeu des acteurs s’en ressent.

On peut distinguer deux sortes de jeux d’acteurs, un plus léger dans le registre comique et un autre plus grave et tragique, conformément à l’esprit des tragédies grecques.

Le jeu d’Ajax est multiple. Il est joué par le metteur en scène lui-même au début de la pièce,  on le voit faire le chien enragé, il fait très peur, comme empreint de folie. Ses déplacements sont expressifs et spontanés. On sent une grande détresse. On ne l’entend jamais parler sur scène a part pour hurler son prénom, ou lorsqu’il joue le jeu du narrateur en voix off, également faite par Wadji MOUAWAD. Elle est monotone, sans tonalite, elle raconte simplement des anecdotes. Aux crises de folie s’en suit une phase de calme, Ajax se met en retrait, il est passif, comme absent.

La mère d’Ajax joue d’une façon tragique, interprétation comme dans la Grèce antique. Elle se déplace lentement mais fait aussi des gestes amples et vifs de temps en temps on sent une souffrance dans sa voix et ses gestes, elle est presque à l’agonie, elle se replie par terre en suppliant et en pleurant, on sent un registre pathétique.  Son monologue se veut convaincant, on sent la tristesse d’’une mère qui est en train de perdre son enfant. Elle est face au public mais s’adresse à Ajax.

Le fils, par son jeu, utilise deux registres, le comique et le tragique. Lorsqu’il fait partie des musiciens, on ne le remarque pas plus que les autres, ils sont dans la démesure, qui exprime la douleur d’Ajax. Lorsqu’il parle, il se positionne comme un narrateur, il se tient droit face au public et il tient un micro.

Les musiciens occupent tout l’espace sur scène, ils viennent tous du rideau du fond, à la manière antique, ils sont dynamiques, ils sautent comme lors d’un vrai concert de rock.

Les maîtres de cérémonie sont fictifs, ce sont des objets de communication (ordinateur, radio..) montés sur des tabourets. Ils sont au nombre de cinq et sont tous caractérises par une personnalité ou des accents, arabe, québécois  ce qui donne un côté humoristique. Ils sont face au public et se mouvant d’avant en arrière grâce à un rail coulissant.

L’acteur qui joue Dark Vador s’imprègne de son personnage en agissant comme le vrai, la voix est identique ainsi que l’attitude. Il ajoute une touche humoristique en faisant un clin d œil au dilemme père-fils présent dans les deux fictions.

Noir complet

Par Anne LEFEVRE, Caroline DE L’ESPINAY, Laura PASQUIER, Sarah BROSSARD, Estelle MULLER

Illustration par Anne LEFEVRE, Caroline DE L’ESPINAY, Laura PASQUIER, Sarah BROSSARD, Estelle MULLER

Illustration par Anne LEFEVRE, Caroline DE L’ESPINAY, Laura PASQUIER, Sarah BROSSARD, Estelle MULLER

Dès le début de la pièce, le spectateur est plongé dans le noir complet -qu’il le veuille ou non- afin d’entrer pleinement dans l’histoire tragique du héros grec, Ajax. Surprenant, et parfois troublant, les décors et l’ambiance générale se veulent à la fois contemporains et tragiques. À travers cet entre-deux et la sobriété des décors, le metteur en scène réinterprète de manière personnelle l’œuvre de Sophocle en la transposant à l’ère de la technologie, et l’éloigne ainsi de la traditionnelle Grèce antique et de ses décors classiques. De la projection à la radio, de la télévision au portable, les appareils technologiques semblent prendre le pas sur le jeu dramatique et les décors. Malgré les pans de mur blancs semblables aux remparts antiques à l’arrière plan, les décors rappelant l’univers du héros grec restent sommaires. Cependant, bien que confronté à un anachronique Dark Vador et à des musiciens et chanteurs vêtus d’habits contemporains, le héros Ajax se révèle au spectateur par ses attributs tels que son bouclier, son casque, et sa lance, ainsi que par sa nudité, propre aux représentations des héros grecs épiques. Le héros éponyme s’inscrit alors dans une atmosphère tragique pesante à travers des décors sombres, mais aussi à travers la froideur du blanc et le rouge de la colère et du sang.

Tout au long de cette pièce Ajax se distingue par une nudité constante. Recouvert de peinture sombre, ou bien vêtu de quelques accessoires, puis drapé d’une toge rouge à la manière grecque ou venant de Rome Antique ( qui d’ailleurs pourrait être l’un des rares liens que Wajdi Mouawad a conservé, afin d’évoquer l’époque mythologique, antique.) Au travers d’une nudité constante le personnage est mis en valeur, permettant ainsi aux spectateurs de ressentir le désarroi, la souffrance et la douleur… chaque sensation transmise par le comédien.

De plus, les muscles se contractants de colère, la folie d’Ajax, ou bien les jeux d’ombres et de lumières nous laissent entrevoir subtilement des parties du corps du comédien et ainsi accentuent sa mise en valeur… Grâce à un corps et un visage très expressif, le comédien nous immerge toujours un peu plus dans son histoire, nous entrainant ainsi à rentrer doucement dans la folie d’Ajax. Donnant ainsi l’illusion d’être au cœur même de cette tragédie.

Enfin il est intéressant de constater que la pièce se conclue sur Ajax entièrement recouvert de peinture blanche épaisse, lisse; à la manière d’une statue grecque taillée dans le marbre. Comme gravé, sculpté dans la pierre quelque chose d’indélébile et d’intemporel qui contraste parfaitement avec les éléments plus contemporains de la pièce.

Son et Lumières sur AJAX

Par Camille PETER, Alice BONNEAU, Perrine RAVATIN, Yunfei WANG, Sullyvan LECOMTE

Illustration par Camille PETER, Alice BONNEAU, Perrine RAVATIN, Yunfei WANG, Sullyvan LECOMTE

Illustration par Camille PETER, Alice BONNEAU, Perrine RAVATIN, Yunfei WANG, Sullyvan LECOMTE

On peut remarquer dans la pièce « Ajax»  que la notion d’éclairage et de son est omniprésente. En effet, elle est traitée de manière singulière et comporte une symbolique très forte. Dans un premier temps, nous pouvons nous pencher sur la dimension dramatique renforcée par le son et la lumière. Il existe une très forte opposition entre lumière, clarté et aveuglement en ce qui concerne l’état d’esprit des personnages, qui se retranscrit à travers l’alternance entre obscurité et lumière vive.

Par exemple, la souffrance d’Ajax au début de la pièce est représentée par le noir total. Lorsque le personnage est présent sur la scène, il est comme effacé, la scène est sombre (de couleur rouge parfois, ce qui peut représenter les passions douloureuses qui le détruisent). De plus, la lumière est parfois trouble, voir floue, et peint la folie, l’incompréhension grandissante d’Ajax. Les cris de douleur et de souffrance appuient également le destin tragique du personnage.

A travers ceux-ci, nous pouvons ressentir toute la peur, la rage, et la folie d’Ajax, ainsi, il partage avec le spectateur ses émotions sans jamais parler. La représentation de la folie du personnage se fait également symboliquement lorsqu’il se bat avec une ombre qui représenterait son aliénation, sa malédiction. Il évolue dans un environnement sombre, inquiétant dans un égarement perpétuel, une psychose meurtrière qui le mènera au suicide.

De plus, la lumière tamisée, de teinte soit rouge qui transmet une sensation de danger et de violence soit bleue pour donner un aspect plus calme. Par exemple, quand Dark Vador entre en scène, la lumière est bleue. Dans Star Wars la lumière bleue représente la justice et la lumière rouge, le mal. Ainsi, il apparait comme un personnage bon : il essaie de résonner Ajax et celui-ci abandonne pour quelque temps l’idée du suicide. Ces émotions sont accentuées par le son qui va avoir un rôle de narration à travers le noir total du début de la pièce ou encore les aboiements qui vont suivre. Pendant la scène du suicide, la lumière est focalisée sur le personnage, tout le reste est mis à l’écart. L’accent est alors mis sur le côté dramatique de ce geste, le spectateur ressent la solitude du héros dans cet élan de désespoir, comme s’il était mis à nu. Ensuite, lorsqu’une machine parle, elle sort de l’ombre et avance sur le devant de la scène, l’arrière-plan est alors plus sombre afin d’attirer l’attention du spectateur sur le principal.

La scène du retour d’un personnage dans son pays natal est accompagnée d’une musique douce, orientale. Le rythme lent et régulier donne une impression de lourdeur dans la progression du personnage. La musique appuie le contraste entre les souvenirs d’une enfance heureuse et insouciante, ainsi que l’insécurité, la tristesse qui ressort du lieu à présent.

A la fin, lorsque la mère d’Ajax apprend sa mort, on sent une montée en intensité des bruits diffusés par les machines. Sa plainte laisse place à la cacophonie des machines et le monde semble totalement indifférent à sa souffrance.

Pour finir, il existe une discordance entre certaines scènes et l’éclairage ainsi que le son qui l’accompagne. Au début, lorsque le réalisateur aboie, il y a de la musique classique en fond. Ensuite, quand la mère d’Ajax apprend la mort de son fils, on entend du rock. Cela est lié à la notion d’indifférence envers l’histoire du héros (il est constamment ignoré). A contrario, lorsque les machines parlent, toute l’attention est portée sur eux et non sur la scène. Même lorsqu’il s’agit de la projection sur la guerre et ses atrocités, les machines détournaient l’attention avec de mauvaises blagues. Cela montre une indifférence envers l’histoire et la souffrance dans sa globalité.

[Sans titre]

Par Léo TAIARIOL, Niall THIERRY, Alexandre GELLARD, Mathilde STEULLET, Lola RIVOL

Illustration par Léo TAIARIOL, Niall THIERRY, Alexandre GELLARD, Mathilde STEULLET, Lola RIVOL

Illustration par Léo TAIARIOL, Niall THIERRY, Alexandre GELLARD, Mathilde STEULLET, Lola RIVOL

L’œuvre Ajax de Wajdi Mouawad dont la traduction de Sophocle a été confiée au poète Robert Davreu est une des deux pièces qui composent le volet « Des Héros». Cette pièce est contemporaine de par son étrange fonctionnement. Entre des maîtres de cérémonie technologiques, l’œuvre immense de Sophocle et les conflits arabo-musulmans, W. Mouawad crée des liens, avec très peu. Un décors identique tout au long de la pièce, qui lui permet aussi de projeter des vidéos, des costumes pour la plupart minimalistes, ou même inexistants, et des accessoires moindres. La mise en scène apporte une connotation poétique, tragique, que ce soit par le son, tantôt voile se déplaçant, tantôt mur infranchissable, ou la vidéo, qui oppresse, et donne un sentiment de malaise. Ce qui fait la force de cette création, c’est la réflexion qu’elle engendre, de par les sujets qu’elle aborde. La raison du suicide d’Ajax est qu’il se rend compte que, dans le monde dans lequel il vit, cet héroïsme n’a plus sa place, parce que l’on est passé de quelque chose de très droit à des questions politiques, à des arrangements… L’Iliade d’Homère mentionne le pourquoi du fait que Ajax ne reçoit pas les armes, c’est parce qu’il y a eu un débat politique qui en a décidé autrement. Ce n’est pas un héros, ce n’est pas un exemple non plus. C’est un personnage en quelque sorte immobile, piégé.

Le metteur en scène divise la pièce en 2 parties, une première qui reprend des éléments qui correspondaient à la manière dont était représentée une pièce pendant l’Antiquité, et une seconde où sont regroupées des références plus modernes.

On a ainsi une mise en scène un peu perturbante et anachronique par rapport à la pièce originale. Ce décalage se retrouve dans la mise en place de différents maîtres de cérémonie campés par des appareils électroniques allant de la radio pour finir chronologiquement avec un smartphone. Le passage d’un petit concert où la démesure du rock exalte les malheurs d’Ajax où encore l’apparition du célèbre Dark Vador, symbolisant alors la perte des repères du personnage. Wajdi Mouawad joue ainsi sur ces décalages afin de nous interpeler, de capter l’attention du spectateur et nous inviter à découvrir une pièce antique mais dont l’histoire et le message trouvent encore un sens et une résonance forte dans notre société moderne.

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5 septembre 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Passim (Noces et Banquets)

Compte-rendu du spectacle présenté au Lieu Unique en janvier 2014 (par un groupe d’étudiants de A1)

François Tanguy, la continuité du désordre

Par Caroline Block, Capucine Gorenbouh, Gaël Hillion, Thomas Herbreteau, Clémentine Rouzier
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Illustration par Caroline Block, Capucine Gorenbouh, Gaël Hillion, Thomas Herbreteau, Clémentine Rouzier

Depuis sa création et plus précisément depuis 1982, date où François Tanguy devient le metteur en scène, le Théâtre du Radeau s’efforce de proposer des scènes à la fois lyriques, symphoniques et poétiques. En effet, François Tanguy s’inspire de textes et de pièces antérieures, et il en ressort à chaque œuvre un véritable renouvellement dramaturgique. C’est ainsi que François Tanguy et la troupe du Théâtre du Radeau offrent au spectateur des représentations qui confondent plusieurs disciplines, telles que la danse, la littérature, la musique ou encore les arts plastiques. Le spectateur assiste à une sorte de peinture mouvante, où gestuelle et décor se confondent, laissant place à une agitation perpétuelle. La déconstruction du décor, les textes mythologiques et poétiques sont une véritable marque de fabrique chez François Tanguy.

Acteur prédominant du théâtre contemporain européen, ce dramaturge transforme les normes théâtrales en œuvres tout à fait originales. Ce style particulier, qui brise les codes de la scène est devenu un procédé remarquable dans la quasi-totalité des pièces du Théâtre du Radeau. François Tanguy fait tout simplement résistance au formalisme théâtral. Cela peut être l’exemple de la création Onzième (2011), Ricercar (2007), Les Cantates (2001) et Coda (2004). Passim, créé le 7 novembre 2013, s’inscrit donc dans la continuité du désordre ; un monde dans lequel règne fiction, corps disloqués, ombres et lumières intrigantes. Un monde qui laisse place à l’imagination du spectateur qui se doit de dompter cette atmosphère déstabilisante et cet espace sombre et mouvant. Ces œuvres, si confuses au premier abord, se révèlent être de parfaits exemples de rigueur et de minutie.

Ce qui définit véritablement le théâtre de François Tanguy est qu’aucun élément ne prime sur un autre, le texte n’est pas plus important que le décor ou la musique, et la musique n’est pas plus importante que le reste. C’est l’entrecroisement de ces éléments qui forment un tout et qui, avec subtilité, font naître un univers d’émotions.

Passim, un poème imaginaire

Par Alexis Rhetiere, Adrien Milcent, Aurélien Lutton, Clément Lemiere, Alix Bourreau
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Illustration par Alexis Rhetiere, Adrien Milcent, Aurélien Lutton, Clément Lemiere, Alix Bourreau

Passim est un poème visuel et sonore composé de scénettes. Le réalisateur nous fait voyager dans l’inconscient par l’utilisation de procédés narratifs différents. Ainsi plusieurs disciplines artistiques sont mélangées, et toutefois liées grâce à un mouvement de masse tout au long du spectacle. Il y a de la danse, du chant, un jeu d’ombres chinoises, du théâtre. De plus, les textes choisis, de registres différents, d’époques différentes et de langues différentes, sont en désaccords avec le jeu des acteurs. Le spectateur interprète alors ce qu’il voit et entend à l’aide de ses connaissances et de son imagination, mais rassurez-vous, même les plus experts en matière de littérature ne pourront suivre la pièce sans une once d’imagination. Prenons comme exemple La vie est un songe de Pedro Calderon de la Barca, l’un des 15 fragments d’œuvres présents dans la pièce. Ce fragment de texte vient d’une pièce de théâtre espagnole dramatique, dont le thème central de l’histoire est la manière dont le destin rattrape les personnages. Tout en gardant la version originale du texte, François Tanguy fait une mise en scène absurde, le personnage reprend les codes de Don Quichotte et déclame son texte tout en tombant lentement de son cheval au fur et à mesure de sa diction. Le texte en espagnol n’est pas réellement audible à cause de jeux sonores, accentuant l’indifférence accordée au texte. Les personnages sont en groupes et interagissent entre eux, ils changent de rôle constamment, et peuvent devenir femme ou homme d’une scène à l’autre, ce qui offre un dynamisme, un mouvement perpétuel à la pièce et en constitue le fil conducteur dont l’interprétation et la compréhension dépend du spectateur et de chaque individu. Pour certains ce sera la tristesse, alors que pour d’autres, la famille ou même l’amour. Mais l’important pour le réalisateur n’est pas le contenu des textes mais plutôt la forme. Les fragments de textes choisis par François Tanguy sont dus au choix d’œuvres qui lui tiennent à cœur. Dans ce grand chaos permanent, le texte incompréhensible et le rythme de jeu des acteurs permet d’illustrer la poésie en tant que telle.

De temps en temps saccadé, mélancolique, triste puis mélodieux, engagé et passionné, le concept de mise en scène proposé par François Tanguy nous embarque dans un brouhaha organisé et mêlé de connaissances littéraires pointues, résultat d’une réflexion globale, qui nous invite à rêver en nous faisant basculer dans l’univers de l’imagination.

[Sans titre]

Par Simon CHAUVEL, Etienne DOURY, Baptiste LICHTENBERGER, Robin de NADAI, Paul BURGOS
illustration par Simon CHAUVEL, Etienne DOURY, Baptiste LICHTENBERGER, Robin de NADAI, Paul BURGOS

illustration par Simon CHAUVEL, Etienne DOURY, Baptiste LICHTENBERGER, Robin de NADAI, Paul BURGOS

La pièce « Passim », qui signifie « ça et là » a été mise en scène par François Tanguy. Il est réputé pour créer des pièces innovantes, plus proches de la performance ou encore de l’opéra que du théâtre classique. Passim est une expérience unique, nous amenant à prendre du recul par rapport au spectacle qui nous est proposé. Notre rôle sera d’analyser le jeu et l’interprétation des comédiens. Nous donnerons une analyse globale de ce thème, puis nous aborderons l’interaction des acteurs avec leur environnement et enfin nous verrons comment tout cela permet de faire régner une certaine confusion.

De nombreux acteurs étaient présents sur scène. Le spectacle étant constitué de plusieurs scénettes, sans rapport direct les unes envers les autres, les acteurs changeaient régulièrement de rôle. Ce changement inclut parfois un changement de costume et de sexe. Nous avons deux types d’interprétations bien distincts. Premièrement, de longs monologues déclamés, parfois dans des langues étrangères et inexactes. On a pu voir au travers des différentes scènes de nombreuses figures emblématiques, comme Napoléon ou Hercule. Deuxièmement, des scénettes présentant de nombreux acteurs, occupant de manière très dynamique l’ensemble de l’espace scénique.

Nous avons pu voir les acteurs interagir avec de nombreux éléments du décor. Parfois des accessoires (cheval, canapé, épée) mais aussi des pans entiers du décor. Ainsi, les acteurs avaient également un rôle de technicien. Un mouvement perpétuel était présent sur scène. De plus, un cadre était présent devant la scène et il sera parfois dépassé par les acteurs. Les costumes arborés par ces derniers, pouvaient être des plus somptueux aux plus brouillons. Enfin, une relation était entretenue entre les comédiens et le son, comme s’ils tentaient d’illustrer le son diffusé lors d’une scène. Nous avons pu les voir chanter en playback et gesticuler dans un brouhaha ponctuel.

Le jeu des comédiens proposait donc trop de choses pour être comprises (mouvement, décors et époque changeante, langues étrangères…). Cela nous amène à penser que telle en était la volonté du metteur en scène. La confusion régnant sur scène nous amène à prendre du recul par rapport au spectacle proposé.

Finalement, le jeu des acteurs nous amène à voir « Passim » non pas comme une pièce de théâtre classique mais plutôt comme un concept sensoriel et dépaysant.

Décors composites, pour une scénographie en mouvement

Par Raphaëlle Bègne, Julie Bigot, Anne-Solenne Lasseuguette, Clara Launay, Romane Lecué.

Illustration par Raphaëlle Bègne, Julie Bigot, Anne-Solenne Lasseuguette, Clara Launay, Romane Lecué.

Illustration par Raphaëlle Bègne, Julie Bigot, Anne-Solenne Lasseuguette, Clara Launay, Romane Lecué.

Dans ce spectacle scénographié par François Tanguy, le spectateur est de suite plongé dans un univers déroutant. Volontairement le spectateur est vite perdu, aussi bien dans ses repères spatiaux que dans la chronologie narrative. Ainsi le décor change à la vue du spectateur, en quelque sorte il est chorégraphié, jouant un rôle à part entière dans ce spectacle. Des panneaux, des portes entremêlées constituent le décor formant un tableau aux évocations cubistes. Ces entrelacs de planches créent un espace tout en profondeur fait de fausses perspectives que les comédiens, par leurs jeux, revisitent, déstructurent et recomposent sans cesse. Un mouvement, une dynamique se créent sous nos yeux dans la hauteur et la profondeur de la scène. Dans Passim les comédiens sont les techniciens du décor, ils adaptent celui-ci en fonction des scènes. Ils construisent eux-mêmes leur décor en déplaçant les divers panneaux. Cependant malgré cette mobilité du décor, les matériaux de celui-ci restent les mêmes tout au long du spectacle.

Par cette scénographie, François Tanguy transforme ses acteurs en de purs « encadreurs – décadreurs » de l’espace de jeu. Il en ressort un théâtre qui se construit tout en brouillant les repères du spectateur. Le scénographe donne à voir ce qui d’habitude ne se voit pas au théâtre : l’installation des décors notamment. C’est un théâtre aux multiples propositions visuelles dans lequel le regard attentif du spectateur est sollicité.

Les tables sont utilisées pour le banquet, en guise de praticables, de séparations. L’espace, le temps, et le décor, dans lesquels s’inscrit la pièce, sont neutres, sans repères de date, ni de lieu : ce qui contribue à perdre le spectateur dans ses repères habituels. Celui-ci ne sait pas si cela se passe en intérieur ou en extérieur. Il est séparé de la scène, comme mis à distance par un cadre qui sert ici de 4ème mur. La scénographie repose également sur l’utilisation de projections numériques suggérant la forêt, cela crée un effet visuel esthétique. Les ombres chinoises offrent une certaine poésie à cette pièce tumultueuse.

Les costumes dans le spectacle sont très présents. Ils représentent des époques diverses. Ils montrent ainsi des taches de couleurs, telle la palette chromatique d’une toile. On peut remarquer que les comédiennes se changent sur scène donnant ainsi l’illusion de jouer avec des marionnettes. Les costumes permettent aux comédiens de changer de rôle ou même de sexe. A noter également la présence de nombreux accessoires, tous venus d’époques différentes, comme des épées, un cheval, un fusil, une radio complétant ce spectacle en perpétuelle évolution où tout bouge continuellement !

En écho au caractère « multi-sources » du texte et de la musique, la scénographie de François Tanguy se révèle elle aussi toute aussi composite au service d’un « théâtre » de forme plus que de sens. Ce choix laisse à voir et à entendre quelques beaux moments visuels mais n’évite pas l’écueil d’un spectacle à l’unité difficilement perceptible où le spectateur peut vite être perturbé.

Passim – Son et Lumière

Par Tristan Lallemand, Marie Humez, Camille Renard, Raphaël Mascia, Mathilde Pointeau
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Illustration par Tristan Lallemand, Marie Humez, Camille Renard, Raphaël Mascia, Mathilde Pointeau

Dans cette pièce intitulée Passim (noces et banquet) nous avons choisis de travailler sur le thème de l’éclairage et du son. Nous avons retenu le fait que l’éclairage et le son soient des éléments disparates. En effet, ces éléments sont très différents selon les scènes qu’ils accompagnent.

Tout d’abord, nous avons constaté que la lumière est souvent amenée sur scène depuis les côtés ainsi que depuis des spots cachés dans les décors. Les spots soulignent les visages grâce à une lumière chaude et tamisée où l’absence de son amplifie l’importance de la pensée du personnage, la solitude des soliloques ou encore la tragédie de la scène. On peut citer comme exemple la scène d’ouverture dans laquelle la seule lumière est un léger spot latéral qui déclenche l’ambiance lugubre et angoissante. La lumière souligne les traits du visage du personnage qui évolue dans un environnement sombre et silencieux. Elle accompagne le monologue d’ouverture de la pièce.

Au contraire, certaines scènes sont éclairées à l’aide d’importants néons de lumière plus froide qui mettent en valeurs l’ensemble des décors. Ces scènes plus éclairées sont généralement accompagnées de musiques d’opéra d’un volume élevé qui peuvent être chantées par les comédiens comme par exemple « Invitation to the dance » de Arturo Toscanini weber qui met en avant une scène comique de danse. La musique peut donner un ton ironique aux scènes de valses ou de banquets. Nous retrouvons ce même humour lors du discours en allemand prononcé par l’un des acteurs.

De plus, dans cette pièce, les acteurs ne sont pas les seuls à produire un discours. À plusieurs reprises c’est une véritable cacophonie qui s’opère. Le mélange de bandes sonores, des répliques et du bruit produit par les déplacements de décor crée une sensation de flou et d’incompréhension chez le spectateur. L’intention est sans doute de mettre en avant de la folie ainsi que des scènes mouvantes et éclatées.

Nous avons donc observé un contraste entre les scènes de mouvements, très éclairées et bruyantes ; et les scènes plus intimes, sans musique, et éclairées de lumière chaude. Nous avons également noté le jeu d’ombre présent tout au long de la pièce. Plus éloignées ou plus rapprochées que les acteurs, ces ombres donnent une autre dimension à la pièce. Finalement, le fait que la salle soit complètement plongée dans le noir accentue les effets de lumière et d’ombres. L’immersion est totale même si la pièce reste souvent incompréhensible.

Synthèse : pièce de théâtre « Noces et banquets »

Par Manon Pétrimaux, Alix Vignon, Astrid Vincent, Eva Poussier, Guillaume Crespin
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Illustration par Manon Pétrimaux, Alix Vignon, Astrid Vincent, Eva Poussier, Guillaume Crespin

Noces et Banquet, renommée « Passim » est une pièce de théâtre de l’ordre du spectacle, atypique en de nombreux points.

Tout d’abord par la simplicité de sa présentation, dans un décor neutre fait de récupérations et la mise en place du quatrième mur qui créée une certaine proximité avec le public. Mais aussi par de très nombreux changements de langues, de costumes, de musiques, de déplacements, de lumières qui créent une certaine cacophonie faisant voyager le spectateur, pas toujours dans la compréhension, volonté ou non du metteur en scène. En effet, on assiste à plusieurs scènes de différentes pièces célèbres, ainsi à différentes époques et dans différents lieux, pays. Le metteur en scène cherche surtout à reproduire une ambiance éveillant la sensibilité du spectateur, il s’agit surtout de la présentation de performances artistiques avant la présentation d’une pièce de théâtre. Ces différentes performances artistiques sont réalisées tant dans le chant que dans la chorégraphie, que dans la comédie, formant un fouillis méticuleusement mis en scène où chaque élément, indépendamment des autres, a son importance sans empiéter sur celle des autres, on retrouve ici le sens du titre « passim » qui signifie « ça et là » en latin.

Par ce choix atypique de François TANGUY, la mise en scène devrait intriguer et plaire aux spectateurs du fait de son originalité. Néanmoins, le spectateur est perdu et en vient à relâcher son attention malgré lui. En effet, il paraît important, pour s’attacher à ce spectacle, d’en saisir les subtilités telles que les différents extraits de pièces et la compréhension des langues. De ce fait, la pièce nous paraît donc ésotérique, inaccessible sans en avoir l’instruction.

Suite à cette incompréhension, l’œuvre paraît faire référence au mouvement de l’absurde par son refus du théâtre traditionnel (réaliste et psychologique), ses thèmes propres à l’attendre, au silence ainsi qu’à l’insignifiance et à la prolifération du langage qui témoignent de cette représentation si particulière.

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