Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

5 septembre 2014    Théâtre   

Publié par d.gouard

The seas of organillo

Compte-rendu du spectacle présenté à la Chapelle du Grand T en avril 2014 (par des étudiants de A1)

Des artistes originaux pour une pièce originale

Par Arthur Godet, Marie Kerbrat, Lénaïc Laurent, Marin Laurent, Elisa Lecomte, Laura Reulet

Illustration par Arthur Godet, Marie Kerbrat, Lénaïc Laurent, Marin Laurent, Elisa Lecomte, Laura Reulet

Illustration par Arthur Godet, Marie Kerbrat, Lénaïc Laurent, Marin Laurent, Elisa Lecomte, Laura Reulet

Stephen Mottram s’est fait connaître grâce à sa pièce de théâtre The Seed carriers qui a vue le jour en 2009. Il est également l’auteur de The Seas of Organillo. Ce célèbre marionnettiste anglais crée ses propres pièces depuis 1985. Il travaille aussi avec la télévision et dans le milieu du cinéma. Il est surtout connu car il est l’un des derniers grands marionnettistes internationaux. Il imagine et fabrique de ses propres mains ses marionnettes en bois à l’esthétisme atypique. De plus, Mottram, au travers de jeux de perception de la gravité et d’équilibre, témoigne de la singularité de son travail.

L’univers de la science occupe une grande place dans son travail. Il dit d’ailleurs au sujet de The Seas of Organillo que ce qui l’intéressait était « le lien constant entre le microcosme et le macrocosme concernant la reproduction ».  Le contexte de production de la pièce se rapporte aussi à la science, puisqu’il l’a imaginée peu avant la naissance de son fils, en 2000. La pièce parle du monde intra-utérin ; on comprend au fil de la pièce qu’il s’agit d’une naissance. Les détails du mouvement humain sont parfaitement représentés dans ses œuvres. Le spectacle nous immerge dans un univers aquatique, à l’intérieur d’un organe miniature, où la vie voit le jour. Son travail est inspiré de celui de Lennart Nilsson, composé de photographies prises à l’intérieur du corps humain, qui nous renvoie à l’univers scientifique présent dans la pièce. Le livre d’Elaine Morgan  Aquatique Ape Hypothesis et les œuvres de Jérôme Bosch et Max Ernst l’ont aussi inspiré.

Quant à la création du spectacle, Deana Rankin, metteur en scène, était aux côtés de Mottram ; elle a principalement joué le rôle de spectateur pour le conseiller, étant donné qu’il ne peut voir ce qu’il fait lorsqu’il met en mouvement ses marionnettes. Mottram a également fait appel à Sebastian Castagna pour la réalisation du son. Castagna est un musicien sud-américain spécialisé dans l’électronique ; la plupart de ses morceaux sont sans parole. Il a composé de la musique instrumentale et des pièces mixtes et électroacoustiques. Il considère d’ailleurs son morceau Tintinnabulum (composée en 1994) comme le premier travail important de sa carrière de compositeur.

C’est donc la collaboration de ces personnalités qui a permis la création de cette pièce atypique et originale.

The seas of organillo

Par Marianne Guidou, Thibaud Gouno, Mathilde Oger, Jean-Baptiste Landreau.

Illustration par Marianne Guidou, Thibaud Gouno, Mathilde Oger, Jean-Baptiste Landreau.

Illustration par Marianne Guidou, Thibaud Gouno, Mathilde Oger, Jean-Baptiste Landreau.

Le mythe de « the seas of organillo » est une pièce de marionnettes à fil. Dans une représentation symbolique de la procréation, l’auteur Stephen Mottram raconte une histoire qui remonte depuis la nuit des temps.

Un homme et une femme qui naviguent dans une barque au courant des eaux mystérieuses et fertiles de la naissance de la vie. Au gré des flottements, des corps s’organisent une alchimie complexe représentant le phénomène scientifique de la naissance. Cette pièce dépourvue de texte remet en question la théorie du primate aquatique. Hypothèse scientifique qui a donné lieu à une thèse de Elaine Morgan.

Dans cette dernière on y conte que selon les ancêtres, l’homme moderne aurait développé une adaptation à un milieu de vie aquatique. En effet l’homme ne possède pas de poil. Il est bipède. Son anatomie rejette de l’eau (transpiration). En conséquence, l’homme pourrait être fait pour vivre dans ce monde aquatique. Puisque la conception de son être se déroule au sein du liquide amniotique de sa génitrice. On décèle au travers de cette histoire une part de choses qui serait irrationnel. Lors de l’ovulation on ne sait pas pourquoi tel ou tel spermatozoïde est choisi. Ce mystère relève presque d’une ambiance magique. C’est par ailleurs pour cela que parfois en tant que spectateurs on se sent perdus car trop rationnels par rapport à ce jeu de marionnettes illusionniste. Stephen Mottram nous transporte au plus près de ces questionnements scientifiques de la naissance même de la race humaine.

Entre spermatozoïdes et ovules, poissons et bulles, entre le micro et le macro, se déroule une danse éternelle et en perpétuel recommencement. Ce monde aquatique est sans aucun doute l’image métaphorique du monde utérin. Pour accentuer son univers inquiétant et hasardeux, Stephen Mottram utilise le son enfantin et électro-acoustique de l’organillo. La musique crée donc un fil conducteur à l’histoire. Cela remplacerait peut-être alors une partie de narration du texte. L’auteur de la pièce, s’inspire de l’ambiance du duo de réalisateurs des frères Quay. Ils créent au travers de leurs films avec peu ou pas de dialogue une ambiance sombre et surréaliste.

Les moments de silence sont pour autant peu nombreux de part la musique de l’organillo (bandes sonores).

Pour conclure, bien que le texte ne soit pas présent ici. On peut se créer nous même le récit, presque comme une voie off, de cette œuvre. C’est alors les sentiments qui permettent de narrer cette histoire. Puisque qu’en fonction des ressentis on peut en déduire l’ambiance des scènes. « The seas of organillo » est donc un récit plein de magie et aux déroulements parfois étranges qui narrent les péripéties de la conception humaine.

Les ficelles du métier

Par Simon SAVATTIER, Paul RAMIARA, Nino RIVIERE, François SALOMON, Théo RICHARD

Illustration par Simon SAVATTIER, Paul RAMIARA, Nino RIVIERE, François SALOMON, Théo RICHARD

Illustration par Simon SAVATTIER, Paul RAMIARA, Nino RIVIERE, François SALOMON, Théo RICHARD

The Seas of Organillo est un spectacle dans lequel un acteur physique est en arrière plan et manipule des marionnettes qui sont au premier plan.

Il n’y a pas de voix. Les émotions sont traduites grâce à la musique et à l’univers dans lequel nous plonge Stephen Mottram dès le début du spectacle ; en effet, les deux premiers personnages à apparaître sont sur un bateau et sont accompagnés par un mouvement de rames et par une ambiance lumineuse (bleu) et sonore (bruits de vagues) qui nous font comprendre que l’histoire prend place dans un milieu aquatique.

Le marionnettiste, bien qu’indispensable car il est à l’origine des mouvements que font les marionnettes, est mis au second plan. En effet on peut le distinguer en arrière plan (dans une atmosphère sombre) mais le projecteur est focalisé sur les pantins. On peut alors le considérer comme un acteur insidieux, qui paraît invisible au public mais qui est en réalité l’acteur principal car ses marionnettes sont le prolongement de son jeu.

Dans la quasi-totalité du spectacle, les marionnettes sont guidées par un mouvement circulaire (qui tourne autour du marionnettiste). Cela permet de passer d’un plan à un autre ; effectivement cette transition aide la dynamique du spectacle à nous projeter tantôt à l’extérieur des deux êtres, tantôt à nous immiscer à l’intérieur du corps féminin. Cependant ces mouvements peuvent parfois dériver de la ligne directrice ; ainsi nous pouvons par exemple voir deux mains qui semblent danser et s’enlacer.

Ce spectacle semble a priori réaliste dans le récit et très terre à terre. Cela dérive vite dans un univers abstrait où les repères physiques et spatiaux sont vagues, ce qui peut perdre le spectateur. En revanche cette confusion n’est pas anodine. Le scénario est bien maîtrisé, il relate des grandes étapes de la procréation. Si nos repères sont brouillés, c’est parce que la procréation est présentée ici sous forme allégorique, ce qui illustre à la fois des étapes physiques mais également des idées plus abstraites telles que le rapport émotionnel entre deux individus.

Bien que The Seas of Organillo ne dure qu’une heure, la narration est globalement lente et les plans s’enchaînent de façon à laisser le temps au spectateur d’apprécier l’atmosphère ambiante.

La pièce s’achève sur une présentation de l’instrument qui a permis de réaliser tous les sons présents dans le spectacle. Il s’agit d’un orgue de barbarie que Mottram a lui-même fabriqué.

Cette fin donne une note paradoxale au spectacle puisque le marionnettiste est désormais sous la lumière des projecteurs.

De fils, de bois et de poésie

Par Claire Dugast, Eléonore Bétard, Pascalie Favriau, Camille Castel, Réjane Le Gall

Illustration par Claire Dugast, Eléonore Bétard, Pascalie Favriau, Camille Castel, Réjane Le Gall

Illustration par Claire Dugast, Eléonore Bétard, Pascalie Favriau, Camille Castel, Réjane Le Gall

La représentation de cette pièce n’est pas seulement liée à son interprétation. Elle l’est également par son décor dédié au jeu des marionnettes.

La présence de costumes, d’accessoires et du décor dans son ensemble reste très épurée, et crée ainsi une mise en scène très minimaliste.

L’absence de costume n’est pas anodine puisqu’il s’agit d’un spectacle de marionnettes. Le seul élément qui pourrait être considéré comme tel n’en est pas vraiment un : il s’agit des gants de l’artiste. Retirés, puis enfilés, ils prennent ainsi la dimension de costume. A travers ce jeu, ils dévoilent les mains de l’artiste créant alors une ambivalence entre réalité et imaginaire. Des marionnettes en forme de mains accentuent d’ailleurs cette ambiguïté.

Elles illustrent parfaitement l’ensemble des créations articulées de la pièce qui, ne l’oublions pas, sont entièrement confectionnées par l’artiste, Stephen Mottram.

Au sein de ce spectacle, les marionnettes présentes sont assez singulières et diverses. En effet,  des poissons aux hommes, en passant par une barque, des coquillages, et d’autres formes sphériques (œufs, bulles), il nous entraîne dans un univers organique. Il anime ses marionnettes à l’aide de fils et de piles. Il manipule d’autres accessoires, toujours de forme sphérique, et de dimensions variées. Au fur et à mesure, l’apparition de nouveaux accessoires aide à la compréhension et enrichit la mise en scène.

Enfin, le rideau noir peut être considéré comme un accessoire car l’artiste le manie à plusieurs reprises. Cependant, celui-ci fait également partie intégrante du décor.

Le décor, sombre, est constitué d’une estrade arrondie sur laquelle s’organise une structure circulaire. Cette dernière permet avant tout d’éclipser l’artiste mais également la manipulation et le rangement des marionnettes. Deux panneaux sont présents. Ils permettent d’offrir des points de vue nouveaux aux spectateurs par la diffusion des ombres des marionnettes. La projection d’images animées permet de s’ancrer d’avantage dans cet univers aqueux au même titre que les projections de lumières colorées.

Ce décor, poétique, est caractérisé par un ensemble d’éléments recréant l’univers riche de l’origine de la vie. L’artiste, par ce décor, fait appel à notre imagination, par ces formes abstraites et ces éléments métaphoriques, pour retranscrire ce processus scientifique. Ce dernier est d’ailleurs accentué par l’apport non négligeable du décor sonore et lumineux.

Le son et la lumière au service d’une expérience sensorielle inouïe

Par Gwénolé COULOMB-PELFRESNE, Bérénice LABOUX, Pierre BLOYET, Etienne GUEDON.

Illustration par Gwénolé COULOMB-PELFRESNE, Bérénice LABOUX, Pierre BLOYET, Etienne GUEDON

Illustration par Gwénolé COULOMB-PELFRESNE, Bérénice LABOUX, Pierre BLOYET, Etienne GUEDON

Bien que dépourvu de texte, The seas of organillo suit une trame narrative bien précise.  Celle-ci s’avère être conduite par la musique, c’est elle qui nous donne la tonalité de chaque scène. D’après Sebastian Castagna (qui a collaboré avec Stephen Mottram lors de la réalisation du spectacle et plus particulièrement de la musique), la bande son aurait été conçue de manière à répondre à deux questions : quel son produit le personnage principal (la marionnette humanoïde) et quel son naît de l’environnement dans lequel ce personnage évolue ?

Ainsi, la musique étant tantôt enjouée et légère, elle fixe une atmosphère paisible et vient appuyer une impression de sérénité tandis que des passages plus sombres et plus introspectifs, nous mènent dans une ambiance plus inquiétante voir même menaçante. De ce fait, la bande son joue un rôle premier dans l’interprétation de la narration en transportant le spectateur d’un univers à l’autre. Elle est également synchrone avec les mouvements des marionnettes, comme si l’interaction entre les personnages et leur milieu générait de la musique.

D’un point de vue purement technique, la pièce repose sur l’instrument éponyme qu’est l’organillo. Au son léger et enfantin, ce dernier constitue la base de la composition sonore du spectacle. Cette bande originale est alors née de l’association des sons acoustiques issus de l’organillo (souffle, frottement…) et de sons numériques issus d’un ordinateur.

Du côté de l’éclairage, la pièce se déroule dans une obscurité quasi constante. Cette obscurité permet tout d’abord de cacher l’artiste au public afin de ne se concentrer que sur les marionnettes, actrices de la pièce. La lumière rythme le spectacle, découvre un décor sommaire, neutre épuré voire dépouillé, et permet au spectateur de se focaliser sur un ou deux éléments du spectacle. Les sons sont enregistrés dans la réalité pour exprimer une ambiance, un ciel d’hiver. On passe ainsi du monde marin à l’utérus de la femme avec beaucoup de simplicité. D’ailleurs la lumière permet efficacement de montrer la rupture entre ces deux univers. En effet l’éclairage est un peu bleuté quand il s’agit de reproduire l’océan et légèrement rouge rosée lorsque nous nous trouvons au sein même de l’utérus. Enfin la disposition de l’éclairage est telle que, bien souvent, dès que les marionnettes se dirigent vers l’obscurité une transition s’effectue pour nous amener à une nouvelle scène, une nouvelle expérience.

Synthèse The seas of organillo

Par  Julie WANAUDOM, Nicolas LE DREN, Nolwen LE TERNUEC, Damien BOSCHER, Margot LENORAIS

Illustration par Julie WANAUDOM, Nicolas LE DREN, Nolwen LE TERNUEC, Damien BOSCHER, Margot LENORAIS

Illustration par Julie WANAUDOM, Nicolas LE DREN, Nolwen LE TERNUEC, Damien BOSCHER, Margot LENORAIS

La scène est minuscule, il y fait sombre. Si l’on ne s’attend pas à y voir des marionnettes, on peut se demander qui va pouvoir jouer une pièce sur une si petite plateforme. Le spectacle commence, une musique étranges aux saveurs d’Amérique du Sud et d’océan se fait entendre dans la salle. Une barque apparaît. À son bord, deux personnages en bois dont l’un rame. Ils flottent dans les airs, le mouvement des rames et les gestes de la marionnette sont tellement précis et naturels que l’illusion est parfaite. Notre esprit se trouve alors projeté dans l’univers de Stephen Mottram.

Dans ce spectacle, la lenteur est omniprésente, cela créé une atmosphère étrange mais agréable. Des mouvements circulaires, encore, les personnages tournent dans une eau imaginaire autour de ce grand cylindre central qui permet également au marionnettiste de se dissimuler. Les dialogues sont absents, pourtant, l’éclairage créant un contraste clair – obscur découpe la performance en scénettes en nous plaçant régulièrement dans l’obscurité totale. La compréhension du spectacle est ainsi plus simple. Il est vrai que l’accès à celui-ci n’est pas des plus faciles et la thématique reste obscure tant la mise en scène oscille entre infiniment petit et infiniment grand, univers marin et univers utérin. Cependant, notre regard reste captivé par la précision des gestes et mouvements des marionnettes. Qu’ils soient hommes, poissons, pieuvres ou sphères, tous ces morceaux de bois sculptés prennent vie dans les mains de Stephen Mottram a tel point que l’œil s’y trompe et croit y voir de l’organique.

Tout est poésie dans cette création, à commencer par l’organillo qui a servit à Sebastian Castagna pour concevoir la bande son. Peu de sons extérieurs sont rajoutés, le souffle lent et le cliquetis de la manivelle prennent une place à part entière dans la mise en scène. La musique de l’organillo est ludique, enfantine, joyeuse, ce qui contraste largement avec le sujet de la procréation. Tout en construisant l’atmosphère, la musique allège le spectacle, sans compter que Stephen Mottram peut être fier d’avoir confectionné de ses propres mains le fameux instrument ainsi que les marionnettes qui bougent au rythme de celui-ci !

Ainsi the seas of organillo est un spectacle envoûtant et surprenant, une histoire poétique portée sur l’alchimie complexe et merveilleuse de la conception, rythmée par une musique étonnante.

Tags: Théâtre

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