Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

8 mai 2016    Art · Expositions   

Publié par d.gouard

Etienne Cournault, la part du rêve

Compte-rendu de l’exposition visitée par les A1 en janvier-février 2016 au Musée des Beaux-Arts de Nantes (Chapelle de l’Oratoire)

La Divergence guidée par l’univers onirique

Par Flammenn Briand-Vaugeois, Clara Chanteloup, Albéric Chevallier, Corentin Dauvert, Antoine De Lemos, Julien Cougnaud

1-ecournault-introducton-présentation de l'exposition-image

L’exposition « la part du rêve » présente les œuvres d’Étienne Cournault, artiste, peintre et graveur Nancéien originaire du début du XXème siècle. Pour l’occasion, le musée des Beaux-Arts de Nantes a créé un partenariat avec celui de Nancy pour mettre en évidence la compétence d’un artiste souvent méconnu du grand public et négligé dans l’histoire de l’art.

Pour sa première à Nantes, le travail d’Étienne Cournault est exposé dans la Chapelle de l’Oratoire. Ce lieu atypique est apprécié pour sa luminosité et son volume, ainsi que les possibilités scénographiques qu’il offre. En effet, l’architecture de cet espace est propice à la mise en place de la soixantaine d’œuvres exposée qui peut ainsi être répartie de manière logique selon les différentes thématiques ou techniques. La Chapelle de l’Oratoire devient alors un lieu singulier et unique par sa réhabilitation en un espace d’exposition où la composition originelle du lieu est conservée grâce à une scénographie sobre, claire et épurée.

Comme le titre de l’exposition le suggère, « La part du rêve », ces œuvres mettent en avant l’imaginaire et la métamorphose. L’artiste s’inspire du cubisme, surréalisme et du métaphysisme sans toutefois ne jamais y prendre part. Certaines de ses œuvres peuvent être considérées comme référentes à Picasso, Dali ou encore André Breton.

Cependant, Étienne Cournault n’est pas seulement novateur par l’originalité des thèmes qu’il aborde, tels que la tâche ou le graffiti. Il utilise également de nouvelles techniques et s’intéresse tout particulièrement aux matériaux comme le sable, la nacre, les paillettes, le carton ainsi que le verre. Il a également utilisé la technique de peinture sur verre avec collage d’éléments photographiques ou encore la fresque.

De plus, il est adepte d’un « art total » : c’est à dire qu’il ne veut pas se limiter aux beaux-arts, aux arts décoratifs ou aux arts appliqués mais il veut bel et bien développer ces trois formes. De ce fait, on trouve des éléments dont la fonction reste encore indéterminable: c’est le cas du Miroir à Pied (1935).

Enfin, on remarque clairement qu’Étienne Cournault développe un style particulièrement graphique où il arbore un aspect faussement enfantin. Cette naïveté est parfois difficile à interpréter, mais on peut établir un lien entre toutes ses œuvres qui est la représentation humaine de manière plus ou moins subjective.

Etienne Cournault, un artiste polyvalent

Par Marion Chollat-Namy, Léa Dubois, Léa Cherbonnier, Astoria Diarra, Amaïa Charles, Oriane Danniélou

2-ecournault-biographie-image

Etienne Cournault naît près de Nancy en 1891 dans une famille d’artistes. Il prend des cours de dessin dans l’atelier tenu par deux peintres lorrains et s’intéresse en parallèle à la gravure. En 1906, il intègre pour cinq ans l’École des Beaux-arts de Nancy où il reçoit une formation variée, aussi bien axée sur les arts graphiques que sur les arts appliqués.

Il est illustrateur de guerre durant la Première Guerre mondiale.

En 1920, il part s’installer à Paris pour y faire ses débuts en tant que portraitiste. Il commence à côté un certain nombre d’expérimentations, introduisant du sable au sein de ses travaux.

Son voyage en Italie en 1923 le pousse à s’intéresser à la technique de la fresque à laquelle il s’essayera à partir de 1926. A son retour en France, il parcourt les expositions universelles des arts décoratifs et de l’industrie et est influencé par les différents mouvements d’avant-garde de son époque. Son intérêt pour le cubisme et plus particulièrement pour les travaux autour de la matière d’artistes tels que Braque (La Mandoline) ou encore Picasso (Nature morte à la chaise cannée) s’accroît. Il devient alors un expérimentateur, et mélange les supports et matériaux, introduit dans son œuvre des objets du quotidien (comme une boule de noël). Ses sujets se diversifient. Comme beaucoup d’artistes de son époque, tels que Miro ou Calder, il s’intéresse à l’univers du cirque, où il travaille pendant un an. En parallèle, il commence un certain nombre d’œuvres autour des graffitis qui le passionnent.

L’année 1928 marque un tournant dans sa carrière. Il expose pour la première fois son travail personnel, un ensemble d’œuvres autour du miroir et du verre et se fait repérer par le collectionneur Jacques Doucet et la décoratrice Rose Adler. Ces rencontres lui permettent de recevoir ses premières grosses commandes. Un an plus tard il intègre l’Union des Artistes Modernes (UAM) en tant que membre fondateur, au côté de personnalités telles que Charlotte Perriand ou Le Corbusier. En parallèle, Etienne Cournault fonde un collectif de graveurs, La Jeune Gravure Contemporaine (JGM).

Ses collaborations avec des designers et architectes placent son travail à la frontière entre l’œuvre d’art et l’objet. Ainsi, Jean Prouvé réalise pour lui le support de certaines de ses œuvres, l’orfèvre Jean Desprès transforme ses plaques décorées en bijoux.

A partir de 1930, des problèmes de santé le poussent à rejoindre sa maison familiale, où il y demeurera jusqu’à sa mort.  Ses travaux sont de plus en plus axés autour de la fresque, et de la gravure sèche, au burin. Il s’essaye à de nouvelles techniques et réalise durant la Seconde Guerre mondiale son premier monotype. Il meurt prématurément à l’âge de 57 ans en 1948.

Si le travail d’Etienne Cournault est aussi peu connu, c’est probablement dû à son ambiguïté entre beaux-arts et arts décoratifs. Au carrefour des différents mouvements artistiques de son époque : surréalisme, cubisme, art abstrait… Il est au centre du foisonnement artistique de la première moitié du XXème siècle. Son travail est à la fois représentatif de son époque, et de par sa polyvalence, très particulier.

Bibliographie
“Etienne Cournault, la part du rêve”, Musée des Beaux Arts de Nantes, aide à la visite, exposition du 6 novembre 2015 au 7 février 2016
Université de Nantes,  Université Bretagne Loire, VERMILLON Simy, “Conférence à 14h30 : Claire LEBOSSE « Autour d’Etienne Cournault (1891-1948)» ”, dernière modification le 10/12/2015, consulté le 01/02/2016, http://www.univ-nantes.fr /
Les Arts Décoratifs, Musée des arts décoratifs de Paris, auteur anonyme, “L’Union des Artistes Modernes (UAM)”, dernière mise à jour du site en 01/2015, consulté le 01/02/2016, http://www.lesartsdecoratifs.fr/
“Etienne Cournault” [émission TV], France Région 3 Nancy, 28 avril 1978, 12min 27 sec, disponible sur le site de l’INA, consulté le 01/02/2016

Une polyvalence artistique

Par Gaëtan Chaudet, Arthur Colpaert, Jeanne Crespin, Alexandre Compagnie, Malouine d’Aubert, Arthur de l’Estang du Rusquet, Palmyre du Boberil

3-ecournault-texte-image

Etienne Cournault mélange les références, s’inspire du cubisme de Picasso, du surréalisme de Dali, et du découpage de Matisse. Il ne cherche pas à appartenir à un courant spécifique, ce qui l’intéresse particulièrement est l’aspect visuel et la matérialité de l’œuvre. Il s’est beaucoup inspiré des peintures métaphysiques et surréalistes qui créent un univers frontière entre rêve et réalité ; et de l’histoire mythique romaine.

Ses œuvres renvoient à une idée de fragment, de puzzle, par le travail de matières et de textures, elles sont plus figuratives qu’abstraites. Les formes stylisées sont disposées dans un espace incohérent, cela donne l’impression d’être dans un rêve étrange.

L’artiste utilise un miroir argent auquel il retire le tain par grattage à l’acide puis y peint ou applique des décorations au revers. Il exploite différentes techniques telles que le collage de photo ou de tissus. Ses œuvres font penser à des dessins enfantins.

L’effet miroir reflète l’espace environnant le tableau, il interagit avec celui-ci. Le spectateur pénètre dans l’œuvre, il se voit fractionné et ses cadres profonds faits spécialement pour les œuvres font passer l’observateur du monde réel au monde imaginaire onirique.

Au cours de sa vie, il a beaucoup travaillé avec des designers tels que Jean Prouvé pour réaliser les socles de ses sculptures, il utilise entre autres la tôle et d’autres matériaux.

Il fait partie de l’UAM (Union des Artistes Modernes) en effet son travail s’intègre très bien dans le travail des designers et des architectes de sa génération (Le Corbusier, de Launay) ainsi dans le mouvement des arts décoratifs où l’on mélange art et mobilier, on réfléchit beaucoup à moderniser et à trouver de l’utilité.

Etienne Cournault a conjointement pratiqué des techniques particulières et des pratiques expérimentales : il peint au revers de plaques de verre puis en fait argenter certaines parties laissées en réserve et y peindre ou appliquer des décorations au revers à sa guise pour entremêler formes et couleurs (peinture, collage, photo, morceaux de nacre, boules de Noël, paillettes métalliques, encre, papier…)

Dans ses œuvres sous verre on ne se voit plus, les fonds sont sombres et uniformes. On retrouve d’ailleurs une similitude artistique avec le peintre Miro, notamment dans sa série sur les constellations. On retrouve aussi l’univers du carnaval et du cirque, cela s’explique car l’artiste a vécu quelques temps dans un cirque étant plus jeune, le temps de faire quelques croquis. C’est de manière générale une source d’inspiration pour cette génération d’artistes, car c’est la frontière entre la réalité et le rêve.

De plus, ses cadres sont toujours travaillés pour être en parfaite adéquation avec l’œuvre. Il travaille pour cela avec des designers.

A travers le même thème il a réussi à réaliser des représentations très variées avec une peinture très singulière et n’entre pas forcément dans la chronologie habituelle.

Entre spontanéité et réflexion

Par Clémence Delin, Geneviève Cugnart, Camille Davy, Léo Decan, Jules Chanvilalrd, Jason Chapron, Lisa Diguet.

4-ecournault-graffitis-image

Etienne Cournault est toujours à la recherche de variété, de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux.

Outre ses œuvres peintes sur verre ou miroir, il réalise aussi des graffitis, des estampes et des tableaux de sable. En 1927, il commence ses premières séries inspirées des graffitis. Ce sont des inscriptions gravées grossièrement sur les murs de la ville. Il réalise ces œuvres grâce à la gravure, afin d’être au plus proche du sujet, qu’il maîtrise sous ses multiples approches : eau forte, vernis mou, encre au sucre, burin, pointe sèche, sur cuivre, sur zinc, sur aluminium, sur argent, sur rhodoïd et sur mica, comme par exemple pour son tableau « Danse sur la plage »  ici fait sur une plaque de métal, sur laquelle il dépose une couche de vernis en épargnant des endroits pertinents et réfléchis. Une fois la plaque dans l’acide les parties non vernies se creusent. Initialement, Cournault s’inspire de l’ensemble des graffitis qu’il observe dans Paris, réalisés par divers inconnus. C’est donc une impression de spontanéité qu’il veut faire ressortir dans ses œuvres, car les graffitis reflètent nos propres pensées, un langage brut et enfantin. Cette forme d’expression intéresse de nombreux artistes comme le photographe Brassai qui prend les murs de Paris gravés comme sujet, et duquel Cournault s’inspire. Il crée aussi à partir de gravures des estampes qui sont les empreintes réalisées à l’encre sur un support souple à partir d’une matrice. La méthode utilisée pour cette technique est la gravure par eau forte ou par burin, celle par eau forte étant cependant la plus adéquate. Elle permet un travail précis, et des endroits partiellement composés d’encre sans motifs définis. Une fois recouverte d’encre ou de peinture à l’huile elle est renversée afin de reproduire les motifs préalablement inscrits. Les estampes permettent donc des impressions successives et identiques.

Parmi ses estampes le monotype est un procédé d’impression sans gravure qui produit un tirage unique. Il s’agit de peindre à l’encre, à la peinture à l’huile, ou à la gouache, sur un support non poreux comme du verre, du métal ou du plexiglas.

Cournault conçoit aussi des tableaux de sable, c’est à dire que certaines parties du tableau sont recouvertes de sable, ces parties sont ternes, compactes, grossières, sombres contrairement aux œuvres sur miroir ou verre qui sont lumineuses, légères et intégrant l’observateur. Pour ses tableaux de sable, il s’inspire notamment du cubisme avec ses formes grossières et géométriques.

Ainsi les œuvres de Cournault sont le résultat de différentes expérimentations suite aux multiples techniques mises en œuvre. Il ne cherche pas la reproduction en série et l’identique mais la spontanéité et la diversité dans ses styles. Pour beaucoup de ses œuvres, il part d’une tache qui par sa couleur et sa forme l’inspire. Le thème le plus abordé par Cournault est la représentation humaine.

A la suite de cette exposition, notre ressenti général a été l’incompréhension face à une grande quantité de travail et de réflexion pour un résultat suscitant une impression de facilité, de la part de l’observateur. Nous retenons l’originalité d’un travail innovant, expérimental et diversifié.

Un Rêveur aux Multiples facettes

Par Maxence DE COCK, Hermeline DUCHEMIN, Teddy DETOMA, Jérémy DREAN, Lewis DINGLEY, Jean-Guillaume DENIEL

5-ecournault-themes-image

Vers la fin du XVème siècle, la philosophie humaniste naissante a bouleversé l’art, en plaçant l’homme au centre des préoccupations, et ce au profit de la figure divine. Depuis, la figure humaine est sans contestation l’élément le plus représenté par les artistes. Portraits, autoportraits, scènes romantiques, de guerre ou encore de fête, témoignent de l’attachement des artistes à cette dernière. Déclinée sous différents styles, plus ou moins réalistes, l’image de l’homme n’a cessé d’évoluer au cours des siècles, et des courants artistiques. Rien d’étonnant donc qu’Etienne Cournault, artiste lorrain de la première moitié du 20ème siècle et grand amoureux de la stature humaine, y ait consacré nombre de son temps.

Nous avons pu observer à travers l’exposition de Cournault qu’il ne se considère pas comme un peintre d’un genre, il n’intègre aucun courant. E. Cournault privilégie l’effet esthétique et non théorique. Dépourvu de progrès technique, son travail est un aller-retour perpétuel qu’il opère avec des techniques stylistiquement très variées.  Il explore la matière avec notamment la fresque qui selon lui, “ convient à son improvisation, à la vitesse de son coup de fouet et sa fantaisie “ mais également les jeux d’équilibre de peintures et objets sous verre avec des miroirs argentés, cadres de métal tridimensionnels, procédés de grattage, d’acides ou d’oxydation pour ses peintures au sable, collage d’éléments photographiques, série de graffitis qu’il ne cesse de réinventer.

L’humour Dada, la tâche, le graffiti, le dessin d’enfant, le masque, la calligraphie deviennent ses thèmes privilégiés dont il doit tirer l’intérêt de sa carrière de portraitiste mondain. Ses œuvres ont un impact sur l’espace dans lequel elles se situent et impliquent le spectateur.

Etienne Cournault était un rêveur, voyageur parmi des constellations abstraites, amoureux des visages humains, graffitis et des formes hybrides évoquant le surréalisme. Il a expérimenté les courants artistiques mais toujours en laissant une part au “ hasard de la matière ”. Il a cherché à créer une frontière entre le réel et l’imaginaire tel un test de Rorschach en restant dans le thème de l’Homme et de son corps.

Cournault invente sa propre modernité. « L’inutile, l’étrange, le mystère » (Roger Brielle, 1931) habitent son monde.

Rendant hommage à l’artiste, Waldemar Georges écrira de lui : « Quelle étrange histoire et quel étrange destin que celui de cet artiste que seule une élite d’amateurs connaît et qui s’impose comme un maître. »

Tags: Art · Expositions

0 commentaire

  • Il n'y a pas de commentaires pour cet article.

Laisser un commentaire