Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

Entrées du juin 2016

15 juin 2016    Théâtre

Publié par d.gouard

Nos Serments

Compte-rendu de la pièce de théâtre vue par les A1 au mois de mars 2017 au Lieu Unique.

La compagnie orchestrée par Julie Duclos

Par Alexandre BONNET, Lucas RAGOT, Marie PELHATE et Marie TORRENS.

1-nosserments-auteur-image

Julie Duclos est une jeune metteuse en scène, auteur ainsi que comédienne du XXIème siècle. Duclos a suivi les formations de l’école Le Cerisier et du conservatoire du 13e arrondissement de Paris. Elle sort d’une formation au Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris qu’elle intègre en 2007 et fonde en 2010 la compagnie de L’in-quatro. Cette compagnie est formée de plusieurs acteurs déjà tous amis au CNSAD. Durant un stage en tant que comédienne, elle fait la rencontre de deux personnes qui vont la marquer dans sa production :

Tout d’abord, Krystian Lupa, metteur en scène polonais. Sa technique particulière est de laisser improviser l’acteur ou le comédien dans différentes situations. Ceci influencera beaucoup Julie Duclos pour ses prochaines scènes de théâtre. En effet, lors de la réalisation de « Nos serments » Julie Duclos a laissé la liberté d’improvisation aux comédiens puis créa le texte en fonction d’eux. Puis il y a son ancien professeur, Philippe Garrel, qui lui a montré une autre perspective de jouer le théâtre, travailler en dehors de l’école, dans un autre contexte que le théâtre. Ils ont travaillé tous les deux et ont inventé de nouveaux procédés permettant d’habiter l’espace de la scène. Ainsi ce qui la passionne, est la réflexion portant sur le théâtre, ce qu’est le théâtre et le jeu avec l’acteur sur scène mais aussi de pouvoir déthéâtraliser le théâtre.

De plus, elle est inspirée par un film datant des années 70, « la maman et la putain » qui, à l’époque, était assez provocateur car Jean Eustache a voulu représenter la société et la liberté dans un couple mélangeant trahison, désir et amour. A travers ces deux personnes marquantes sont parcours et l’influence du film, elle se questionne sur la façon et la possibilité d’aimer autrement en réalisant avec l’in-quarto, « Nos serments » dans l’année 2014, tout en poursuivant son enquête sur le désir avec autant d’humour que de sérieux. Cependant, concernant l’écriture, il faut reconnaître que ça reste Guy-Patrick Sainderichin, un metteur en scène, qui écrit le scénario : lors de la production, elle a utilisé l’improvisation des acteurs face à des situations que l’on retrouve dans le film, afin de créer un scénario avec Guy Patrick Eustache. Julie Duclos se trouve plus créatrice en s’adaptant aux acteurs, à leur improvisation. Ce qui fait qu’elle est considérée, à la fois, metteur en scène et auteur de « Nos serments ». On retrouve des similitudes entre le film et cette scène de théâtre notamment dans l’histoire de couple mais aussi chez les comédiens :

Alexandre devient François, ils se ressemblent : ne font rien, parlent beaucoup, ont besoin de séduire, sont sincèrement veules, vivent avec une femme qui bosse et fait vivre le couple. L’amante est toujours polonaise et infirmière, elle aime toujours picoler (moins tout de même que Véronika), elle s’appelle maintenant Oliwia. L’ami du héros s’appelle ici Gilles (Yohan Lopez) mais il ne fait pas que passer comme dans le film, il s’installe, on ne dit pas non. Esther est un peu comme un personnage de Truffaut tendance « baisers volés » qui se rêve en Moreau dans « Jules et Jim ». Et pour finir, l’amour d’avant Marie, Gilberte dans le film qui va se marier devient ici Mathilde celle qui va être quittée.

Une autre singularité dans son travail est sa façon de rompre les frontières entre théâtre et cinéma. En effet, le spectateur est bercé entre la vidéo et le jeu sur le plateau. Ce qui se passe à l’extérieur de l’appartement est matérialisé par la vidéo.

Une façon de travailler singulière et particulière de Julie Duclos, qui reste néanmoins accompagnée de sa compagnie L’in-Quatro et de l’aide de Guy-Patrick Sanderichin.

Parallélisme narratif et envolée contemporaine.

Par Vincent BOUDONNET, Thomas SABLE, Martin SIGLER et Marianne ZAMMIT

2-nosserments-texte-image

Personnages principaux :

François : Ne fait rien de sa vie, parle beaucoup, entreprend sans aboutir, besoin de séduction, se rêve écrivain.

Oliwia : Femme à l’esprit soixante-huitard, ouverte d’esprit, infirmière.

Esther : Jeune femme bercée de sentiments contradictoires, gérante d’une boutique de vêtements.

Gilles : Ne fait rien de sa vie, se dit riche.

Mathilde : Jeune femme active, désemparée par la complexité des profils amoureux.

Personnages secondaires :

Alexandre

Une journaliste

Au début de la pièce seul François et Mathilde apparaissent. Suite à leur dispute, Mathilde sort de la pièce. Premier moment fort de la pièce : on entre dans le vif du sujet par une dispute poignante et réaliste. Apparait alors Esther et Oliwia; avec qui François essaie d’instaurer un ménage à trois. Second moment fort de la pièce où un nouveau fil conducteur se crée. Malheureusement, François échoue et déstabilise son couple formé avec Esther. Il finit par partir avec Oliwia, laissant Esther seule. Celle-ci finit par brûler la lettre de François comme si elle détruisait par le feu, sa relation avec lui.

C’est alors qu’une ambiguïté amoureuse s’installe entre Gilles (nouveau personnage) et Esther. François tentera alors, sans y croire, de récupérer sa relation avec Esther : il échoue. Ce coup de poker est le troisième moment fort, un changement de situation s’opère. Par la suite on revoit Esther et Gilles en couple.

La pièce se finit sur une scène où François retrouve Oliwia dans un café à Paris, on comprend alors qu’ils ont eu un enfant ensemble; se sont quittés ensuite;  et que Oliwia a reconstruit une relation avec un autre homme. Il s’agit d’une scène pleine de nostalgie et de mélancolie. Les personnages ont plus de recul sur eux-mêmes et c’est ainsi que s’achève la pièce sur un quatrième moment fort.

La pièce, s’insérant dans une époque contemporaine, présente des échanges dont le registre de langue est courant, permettant des dialogues simples et compréhensibles. Deux types de dialogues sont mis en avant : dialectique d’abord, dialogue usuel qui permet de guider les deux interlocuteurs vers un point d’entente ; et polémique ensuite, un dialogue de contradiction qui va opposer deux points de vue.

Le rythme des dialogues varient, souvent intense comme dans la première scène, ils expriment une fougue intérieure, un rejet, une rage ; mais existe aussi quelques rares moment de silence. Lorsque c’est le cas, ce silence est meublé par une musique « d’ambiance » ;  sinon il est pur, et sert à exprimer une gêne, une suspension dans le temps.

Tout ceci nous permet d’aborder différents enjeux relatifs à la complexité des rapports hommes / femmes. Le scénario nous livre des personnages qu’on aime détester et nous met face à nous-mêmes, à nos propres expériences de vie.

Jeux intimes mis en scène

Par Louise HERBRETEAU, Philippine ROY, Bastien HERVE, Julia NICOLI et Julia ICHOUA

3-nosserments-jeu-image

Dans la pièce « nos serments » le scénario est basé sur une histoire complexe d’un trio amoureux dans laquelle le type de jeu est très réaliste. Cela nous permet de nous identifier aux personnages et à la situation, principalement dans les moments de conflits et de solitude des personnages.

Le public est confronté à des scènes qui peuvent être plus ou moins gênantes de vie intime et quotidienne. Tout dépend de la perception de chacun, mais un malaise et un sentiment de voyeurisme peut s’installer chez le spectateur lors des scènes de nu.

L’improvisation amène une singularité au jeu qui nous plonge encore plus dans cette  intimité privée lors des conflits par exemple sur la première scène où les deux personnages se retrouvent face à des désaccords qui les amènent à un comportement violent ne pouvant pas être prémédité. On peut comprendre que le personnage masculin au centre de ces trois femmes recherche une utopie de la relation amoureuse. Il détient sa propre perception de ce qui pourrait être l’idéal d’une vie sentimentale. Il contrôle alors les émotions et les attitudes des femmes qui l’entourent provoquant des réactions visibles dans le jeu de celles-ci.

Le jeu est tellement réaliste qu’il donne l’impression d’une seule et même personne entre les personnages et les acteurs ; le fait d’imaginer que les acteurs sont semblables dans la vie comme sur scène.

La mise en scène est également particulière car en plus de nous plonger réellement dans la pièce de théâtre, un film est projeté par moments lorsque les acteurs se déplacent à l’extérieur de la scène illustrant l’appartement des personnages. On parle donc d’un hors champs qui instaure un jeu entre théâtre et cinéma.

En ce qui concerne la diction, elle est souvent accompagnée de gestes et d’intonations la rendant spontanée et très expressive. Les déplacements sur scène sont énergiques, les personnages dansent, boivent, fument, des actions que l’on voit rarement au théâtre mais davantage au cinéma. Ce qui rend le jeu encore plus réaliste est visible lorsque ce sont les acteurs qui gèrent le décor comme par exemple quand ils allument ou éteignent les lumières et écoutent de la musique, ils interagissent avec leur environnement.

Les comédiens ne se tournent pas vers le public, créant une distance entre les spectateurs et ce qui se déroule sur la scène, nous ne nous sentons pas sollicités.

C’est donc tout cela qui permet aux spectateurs de prendre part à la pièce.

Source :La Colline théâtre national, http://www.colline.fr/fr/spectacle/nos-serments, 22/03/2016

Scène ouverte

Par Marie BERTHOME, Doriane CARADEUX, Mathilde CERES, Jeanne CRESPIN, et Margot SIMON

4-nossements-décorsetaccessoire-image

Dans « Nos Serments » le décor, les accessoires, les costumes sont réalistes.

Le décor est composé d’un appartement standard, le lit se trouve à même le sol dans la pièce à vivre et l’appartement comporte peu de mobilier ; seulement le stricte nécessaire.

Il est constitué de 4 cloisons dont l’une séparant la cuisine à l’arrière de la scène. L’appartement traduit le niveau social des personnages, c’est à dire un couple de jeunes actifs où une personne du couple est toujours au chômage.

Il y a un changement de décors à l’entracte qui traduit le temps passé. L’éclairage défini les espaces du studio. On peut supposer que la rue se trouve à gauche de l’appartement car il y avait un éclairage semblable à un lampadaire urbain. Il n’y a pas vraiment de porte, la scène est ouverte ce qui provoque une incohérence avec le décor réaliste. En effet les acteurs se déplacent en dehors de la scène, ce qui nous permet d’imaginer d’autres pièces de l’appartement.

L’espace du théâtre sert également de décor puisque des acteurs sont rentrés par les portes du théâtre. De plus, une partie des coulisses est ouverte ce qui provoque une intimité avec le spectateur. Cependant, le décor est différent sur les autres lieux où a été jouée la pièce car il y avait de cloisons et des portes.

Tous les accessoires traduisent le réel, mis à part le grand écran sur la cloison du fond où sont projetées les scènes qui se déroulent hors de l’appartement. Ce procédé repousse les limites du théâtre.

En effet il permet d’étendre la scène vers le monde réel, de sortir du cadre du théâtre nous mêlant presque à une sensation de cinéma.

Les costumes sont ceux que l’on porte dans la vie quotidienne, ils sont contemporains. Les acteurs changent de vêtements ce qui permet de nous situer dans le temps. Deux personnages se mettent à nu lors d’une scène intime dans un lit, ce qui provoque de l’intimité et de la proximité entre les spectateurs et les acteurs. Cette intimité et proximité est renforcée par des accessoires inattendus comme l’alcool ou la cigarette, dont on a en plus l’odeur. De plus, les acteurs mettent eux-mêmes la musique avec leurs portables ce qui renforce la réalité de la pièce.

Une forte intimité se produit entre le spectateur et les acteurs. Cette intimité est renforcée par les couleurs chaleureuses du décor et des accessoires.

Que la lumière sonne

Par Sarah TUNCQ, Marie VIGUIER, Eva SALMON, Manon BOUTEVIN et Hannan AYADI

5-nosserments-son-éclairage

Il semble important de souligner que l’éclairage présent tout au long de la pièce est assez diffus, provenant de multiples sources lumineuses placées dans plusieurs coins de l’appartement. L’éclairage est dit “classique” pour cette pièce : un éclairage sobre d’intérieur (lumière jaune et blanche). Les éclairages sont directs, ils éclairent la scène dans sa totalité, ce qui donne une ambiance conviviale, à l’exception de la scène dans le lit où l’éclairage est indirect, sur le côté, et crée un clair obscur, qui rend la scène très intime. Les lumières intérieures à l’appartement ont selon nous, un rôle de séparation dans son organisation permettant de donner une fonction à chaque pièce. Par exemple, l’éclairage du salon est important car c’est l’endroit le plus fréquenté par les comédiens. D’autre part, la scène où se trouve François, Esther et Oliwia lors d’une soirée improvisée, montre une lumière tamisée, ce qui renvoie une ambiance contraire à la scène que l’on regarde. La lumière annonce un froid, peut être connote-t-elle l’infidélité de François avant qu’elle ne se produise. La lumière s’ajuste aux déplacements des acteurs, aux changements de décors, aux moments forts du spectacle. On observe un jeu de lumière qui représente la lune et le soleil, ce qui permet d’observer le temps qui passe tout au long de la pièce, lui apportant du réalisme. La lumière que l’on qualifiera ici d’artificielle pour l’intérieur, change d’intensité selon la scène jouée. Vive ou au contraire tamisée, elle donne de l’intimité à la scène, permettant d’inclure le spectateur qui a alors l’impression d’être doucement mêlé à la scène et de prendre parti pour l’un ou l’autre personnage. La lumière accompagne les crises que les différents couples traversent. C’est comme une sorte de rythme qui se répète, parfois coupé par l’accentuation d’une scène, comme lorsque Esther brûle la lettre de François : la seule lumière présente est la flamme, qui apporte un effet plus filmique que théâtrale. La lumière orangée de la flamme éclaire le visage d’Esther nous plongeant dans une intimité profonde avec le personnage.

Concernant le son, nous avons constaté qu’il n’y avait pas de bruits artificiels, seulement les bruits émis par les comédiens. Cela enlève cette distance théâtrale qu’il peut y avoir entre le spectateur et le personnage. L’autre type de son que l’on a pu relever est la présence de musique, elle sert ici la pièce puisqu’elle est directement intégrée à la mise en scène, cela nous renvoie à un acte banal. La musique nous transporte dans un univers familier, on peut s’identifier rapidement aux personnages et s’imaginer danser avec eux. Le son a alors un rôle de proximité.

Nos Serments, Julie Duclos

Par Océane LEBRETON, Morgane LE POTTIER, Agathe GERMON, Raphaëlle CAROFF et Simon CAUDAL

6-nosserments-synthèse-image

« Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire, Près de l’époux perfide et qui fut son amant, Semblait lui réclamer un suprême sourire Où brillât la douceur de son premier serment » (Baudelaire, « Dom Juan aux enfers » 1857). Molière, Baudelaire, Eustache, Barthes… Les serments que l’on se fait à soi-même lors de nos relations amoureuses, ces promesses solennelles, utopiques, sacrées, sont une source de questionnement sans fin. Que cela soit au cinéma dans « Mon Roi » de Maïwenn (2015), dans « Les amours imaginaires » de Xavier Dolan (2010) ou dans la littérature avec « Heureux les heureux » de Yasmina Reza (2013), cette réflexion, très développée dans les années 1970, est loin d’être tombée en désuétude. Dans la pièce de Julie Duclos, on découvre trois visions des relations amoureuses au travers de trois femmes, liées par leur histoire avec un même homme, incarnation de l’amour alternatif, rejetant la dichotomie du couple. Tour à tour on se trouve face à de grandes questions, peut-on aimer deux personnes à la fois ? Peut-on accepter que son compagnon désire une autre femme ? Peut-on vivre sa vie amoureuse librement sans s’attacher ..?

Ces différentes rencontres amoureuses se déroulent dans un décor simple mais efficace : un appartement lambda de jeune adulte parisien. Les costumes quant à eux sont inexistants, chaque personnage est habillé de vêtements urbains classiques comme si les acteurs ne s’étaient pas changé avant d’entrer en scène, ce qui permet au spectateur une identification plus facile au personnage.

Inspirée de « La maman et la putain » de Jean Eustache, la liaison avec le cinéma ne s’arrête pas là, le spectateur fait face à un singulier entre deux rarement exploité au théâtre, le décor ressemble à un plateau de tournage avec ses projecteurs et ses pans de cloisons et la pièce est ponctuée de scènes filmées, projetées sur un écran. Cet écran central instaure un clair-obscur sur la scène, révélant l’intime des personnages, l’absence de raison dans les sentiments, leur impossible contrôle.

Avec les improvisations et cette liberté de jeu, l’interprétation des acteurs est assez déroutante.

D’abord, l’exagération évidente de la crise de couple, entre  Maëlia Gentil et David Houri, puis un naturel captivant d’Alix Riemer et Magdalena Malina, et enfin une ironie inattendue de Yohan Lopez.

Tags: Théâtre

14 juin 2016    Théâtre

Publié par d.gouard

Le Faiseur

Compte-rendu de la pièce vue par les A1 en mars 2016 au Grand T

Deux Univers

Par Myriam BURGAUD, Audrey BROUSSE, Enora BULTING, Charlotte BLAY et Jason CHAPRON

1-lefaiseur-auteur-image

Le Faiseur est une pièce de théâtre d’Honoré de Balzac écrite en 1840, créée sous le titre Mercadet et mise en scène un an après sa mort, donc en 1851.

En 1957, Jean Vilar établit une nouvelle version sous le titre Le Faiseur, elle a été créée à la Comédie-Française le 3 avril 1931.

La version à laquelle nous avons assistée est mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota.

Honoré de Balzac est un écrivain français, mais aussi romancier, critique d’art, critique littéraire, journaliste et imprimeur. Il est né en 1799 et est mort à l’âge de 51 ans en 1850.

Il a écrit une œuvre importante pour la littérature française appelée La Comédie humaine. Elle réunit plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles parus de 1829 à 1855.

Balzac n’était pas un auteur de théâtre, et sur les sept pièces qu’il a écrites, seule Le Faiseur a eu du succès auprès du public. On trouve une part autobiographique dans cette dernière.

En effet Balzac, tout comme Mercadet, le personnage principal de la pièce, a passé la majorité de sa vie endetté pour cause de mauvais investissements qui l’ont mené à emprunter énormément, et à devoir fuir ses créanciers. D’ailleurs, il créera un livre à ce sujet s’intitulant : L’art de payer ses dettes et de satisfaire ses créanciers sans débourser un sou.

Emmanuel Demarcy-Mota est né le 19 juin 1970 à Neuilly-sur-Seine. Il est le metteur en scène de la pièce Le Faiseur à laquelle nous avons assistée. Il est aussi acteur et dramaturge.

Il présente généralement un théâtre assez contemporain : comme lorsqu’il travaille sur la pièce Le Faiseur ou encore quand il monte la pièce Rhinocéros de Ionesco. Mais ses inspirations ne sont pas qu’actuelles, puisqu’il s’intéresse aussi, entre autres, à Shakespeare.

Il commence à mettre en scène des pièces vers 1980. Ainsi, aujourd’hui, il travaille avec une équipe déjà constituée, comme le scénographe Yves Collet.

On remarque alors chez Emmanuel Demarcy-Mota un style commun dans ses pièces. Par exemple, on retrouve une scénographie constituée de plateaux qui bougent, de décors et de fonds sombres, ainsi que des costumes contemporains. De plus, dans ces mises en scènes, on retrouve plusieurs thématiques récurrentes comme le thème de l’argent, des finances et du capitalisme, mais aussi le mensonge. Ces thématiques apportent l’idée d’équilibre, autant financier que physique.

Le Faiseur, un texte qui paye

Par Marion CHOLLAT-NAMY, Tassia KONSTANTINIDIS, Félix GITTON, Théo DUCROUX, Benjamin GARNIER et Victor SALINIER

2-lefaiseur-texte-image

« L’art de payer ses dettes est de satisfaire ses créanciers sans débourser un sou» , 1827.

Cette phrase d’Honoré de Balzac résume à elle seule la philosophie du personnage principal de la pièce: Mercadet. Mercadet c’est avant tout un spéculateur amoureux de l’argent. Pourtant, nous sommes loin de l’Avare de Molière. Là où le vieil homme conserve avidement ses économies, le héros balzacien nous livre une apologie de l’endettement, la dépense et la spéculation. Abandonné, des années de cela, par son collaborateur, Godeau, poursuivi par ses créanciers, il multiplie les astuces pour tromper ses débiteurs, s’engage à perte dans des entreprises fantasques… tout en maintenant le mirage d’une richesse qu’il ne possède pas. A son idéologie matérialiste s’oppose celle de sa fille. Dénuée de beauté mais talentueuse peintre sur porcelaine, elle croit fermement à l’amour comme but dans la vie. Animée par ces forts sentiments, elle rêve d’un mariage avec un jeune homme sans le sou, Minard. Malheureusement pour elle, son père a d’autres projets: dans l’espoir de s’enrichir et d’échapper aux dettes, il souhaite la marier à un riche prétendant: Monsieur de la Brive. Ce dernier se révèle être encore plus endetté que Mercadet. Les débiteurs se montrent de plus en plus menaçants. Seule l’intervention de Minard, que l’on découvre être le fils légitime de Godeau et donc détenteur d’une grande richesse, permet le sauvetage de la famille. Il joue un rôle de deus ex machina, un élément qui arrive par surprise et dénoue l’intrigue, caractéristique de la comédie classique.

La pièce initialement intitulée Mercadet, s’est vue renommée pour devenir Le faiseur. Plus ambigu, le terme « faiseur » évoque à la fois les individus ayant par passion le goût des passe-temps, les amuseurs publics, les personnes se livrant à un trafic d’argent pour le compte d’autres, et surtout, dans un français vieilli, les hommes d’affaires malhonnêtes qui s’adonnent à des affaires louches.

Dans la mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota, le texte de Balzac, entrecoupé de diverses reprises de succès musicaux des années 1970, est élagué par rapport à sa version initiale de 1840. Le résultat est  moderne, le rythme soutenu, le langage courant. La pièce contraste avec la tradition du théâtre classique et rappel le les comédies de Boulevard. On y retrouve des archétypes, des thèmes coutumiers à Balzac : un tissu familial et social régit par le mensonge, une écrasante figure paternelle, une enfance qui s’éloigne, un adulte en devenir, la naissance de l’amour.

Faites riche, vous paraîtrez innocent[1]

Par Hermeline DUCHEMIN, Amaïa CHARLES, Léa DUBOIS, Charlotte DUNET, Chloé VERON et Clara JOUAULT

3-lefaiseur-jeu-image

Le Faiseur est une pièce de théâtre satirique qui traite du sujet de l’endettement. Malgré plus de cent ans d’écart avec le texte d’origine, elle est restée actuelle et permet à un nouveau public de s’y identifier.

A travers des gestuelles et des comportements exagérés, les artistes offrent une caricature de leurs personnages, comme la femme de Mercadet apparaissant ivre au début de la pièce. Cette distanciation des comédiens avec leurs personnages sert de moquerie à l’égard de ceux-ci et envers la société. Tout au long de l’histoire, on découvre des personnages de plus en plus excentriques, courant, sautant et glissant sur l’espace scénique. Ils jouent avec, ce qui renforce l’aspect burlesque souhaité par Balzac. Seul Mercadet, le protagoniste, contraste avec les autres personnages à travers un jeu calme, une diction détachée et un ton prétentieux, ce qui le met en valeur.

Certains gestes et mimiques annoncent une perturbation dans l’histoire : par exemple Justin enfile ses gants noirs en amont d’une tromperie vis-à-vis des créanciers. Ces éléments permettent de faire avancer l’histoire, composée de tumultueuses péripéties donnant un aspect comique à la pièce. Les chansons en anglais, en plus de marquer les actes, servent de pauses dans les déplacements et les dialogues des comédiens, qui sont composés de répliques dynamiques de par les nombreuses stichomythies et tirades. Les personnages, comme Justin ou la comédienne au début de la pièce, font souvent appel aux apartés pour inclure le public dans la pièce en cassant le quatrième mur. Mercadet, lui, se parle à lui-même en se mettant face au public pour nous inclure dans sa réflexion ou ses mensonges. Cela montre à quel point la signification du texte au théâtre, et l’interprétation que l’on en fait, sont déterminées par l’orientation du regard et la position des comédiens.

Le jeu des comédiens est contraint par la scène mobile, qu’ils exploitent cependant intelligemment : ils créent du mouvement ou nous révèlent leurs rapports hiérarchiques en se positionnant en haut ou en bas des plans. Les comédiens n’hésitent pas à s’engager de manière osée, en jouant des scènes de séduction à l’aide de la nudité et de fougueux baisers. Ces apports modernes sont révélateurs d’un parti pris du metteur en scène, puisque celui-ci désire que le spectateur s’identifie à ce qu’il voit. Le jeu authentique du personnage de Mercadet permet, lui, de faire le lien entre Le Faiseur de l’époque et Le Faiseur d’aujourd’hui.

[1] Citation d’Hervé Bazin dans Un feu dévore un autre feu, 1980.

Un décor en or

Par Marion BERNARDI, Thimothée CARON-BERNIER, Juline VETTIER, Louise VANHEEGHE, Johanne THUIA et Flavie SIMON-BARBOUX.

4-lefaiseur-décors-image

Le dispositif scénique se compose de trois panneaux de bois modulables qui s’inclinent de haut en bas et de bas en haut, comme les mouvements de la bourse et la richesse de Mercadet qui vacille. Ils suggèrent des espaces différents, forment des cloisons, sous-sols et pièces d’appartement. La hauteur et les pentes varient, le sol est mouvant. Cela implique des exploits de la part des comédiens qui doivent faire preuve d’agilité pour tenir en équilibre. Ces contraintes servent à la narration. Les personnages en difficulté sur un plan incliné le sont aussi dans l’histoire. Métaphoriquement, les personnages sont mal à l’aise. En changeant de positions, les modules créent des contrastes entre les différents personnages, certains sont alors mis en avant en étant positionnés plus haut que les autres. Les modules ont un effet doré, comme des lingots, ce qui joue avec la notion d’argent au cœur de la pièce. Cette installation est ce que l’on retient du spectacle, ce qui nous paraît le plus marquant, le plus évident. En effet, cela change des décors verticaux que l’on a l’habitude de voir au théâtre, et provoque en nous un effet de surprise lorsqu’on les a vus bouger pour la première fois. Ce dispositif scénique est donc pour nous représentatif du spectacle, car il crée une idée d’équilibre et de déséquilibre, qui évoque le déséquilibre financier. Sur ces modules est disposé du mobilier d’intérieur simple. Au début, les meubles sont recouverts d’un drap blanc, pour symboliser une saisie de mobiliers par les huissiers. Cela nous plonge directement dans l’univers de la pièce. Ils nous permettent également de nous orienter en définissant les différents espaces de l’appartement (salle à manger, salon, réception de mariage…). Il n’y a pas beaucoup d’accessoires (bouteille de vin, club de golf, bouquet de fleurs…), et on retrouve un anachronisme avec la guitare électrique, étant donné que la pièce se situe en 1839. En ce qui concerne les costumes, les personnages sont habillés de vêtements contemporains qui contrastent avec le texte classique. Ce sont les costumes qui permettent d’actualiser la pièce, la modernisent. Cela montre que le sujet traité dans la pièce est aussi bien présent à notre époque qu’en 1839. Tous les hommes sont vêtus de costards, mais avec des coupes différentes. Cela permet d’exprimer la personnalité des personnages. Par exemple, un personnage excentrique est habillé en rouge, un costume voyant qui témoigne de sa personnalité. La femme de Mercadet a des belles robes, une perruque et change de tenue plusieurs fois. A travers cela, elle cherche à donner l’illusion d’être riche en étant bien habillée. La mise en scène est en adéquation avec la narration.

Comment moderniser le texte de Balzac en incluant des éléments du music-hall ?

Par Terry GIGUERE, Clémence DELIN, Alexandre GAY, Justine FRANCOIS et Pomme FRENTZEL

5-lefaiseur-sonlumiere-image2

Emmanuel Demarcy-Mota a utilisé beaucoup de musique dans sa mise en scène ce qui a tendance à transformer la pièce en une comédie musicale d’autant plus que ce sont les acteurs eux mêmes qui chantent.

Il utilise trois chansons durant toute la pièce : Money, Money, Money de ABBA, Money des Pink Floyd et The Man Who Sold The World de David Bowie. Il y a aussi une partie d’une chanson des Red Hot Chilli Peppers qui est jouée à la guitare par l’une des actrices.

Le sujet des ces trois chansons tourne autour du capitalisme, de l’argent et de l’importance qu’il a dans notre société. Ces thèmes appuient parfaitement le sujet de la pièce. Bien qu’elle date du XIXème siècle et que les chansons soient contemporaines, le propos n’en reste pas moins d’actualité. Les chansons permettent aux spectateurs de mieux s’identifier au discours tenu. Les musiques très rythmées amènent un côté dynamique et vivant à la pièce, en plus du jeu des acteurs.

Au delà d’un habillage sonore, ces musiques rythment la pièce et marquent la fin des actes. De plus, elles permettent au public de réfléchir sur l’histoire, elles sont comme des pauses divertissantes.

Au cours de cette pièce, nous avons pu constater l’existence de deux sortes de sources de lumière : une première qui provenait des différents spots, et l’autre qui émanait de l’écran.

La première présentait deux cas de figure : soit une lumière ciblée, qui attire l’attention du spectateur sur un élément précis, soit une lumière plus diffuse, permettant ainsi de généraliser l’atmosphère de la scène.

La lumière ciblée permet d’isoler un personnage dans sa situation de crise, mais aussi de créer deux groupes distincts en fonction de leur position par rapport à l’action.

L’ambiance pouvait être plus froide grâce aux flux de lumière bleue, qui rendaient la scène plus tendue. Nous avons aussi pu remarquer une source de lumière frontale provenant du dos des personnages, accentuant la forme de leurs silhouettes et les laissant ainsi dans le noir. L’éblouissement provoquait alors chez le spectateur une sensation de tragique.

L’écran, en retrait, donnait de la profondeur à la scène lorsqu’il était allumé. Il s’allumait à chaque scène de tension, ce qui mettait en lumière les changements d’émotions. Il permettait ainsi de focaliser l’attention sur certains moments, en les rendant plus intenses, de marquer les rebondissements.

Au moment des changements de scène, la lumière se calquait sur la musique pour marquer la transition, ce qui nous fait alors rentrer dans la tête des personnages par une sorte de flash, qui aboutit à une pause, un arrêt sur image. L’on se sent transportés, influencés par l’importance que les personnages portent à l’argent.

SYNTHÈSE

Par Maylis ROLLAND, Briac LAFORGE, Lyse HEYMANS, Paul DUCROC et Julia Marine GAROFF

6-le faiseur-synthèse-image

Emmanuel Demarcy-Mota, metteur en scène, a choisi de rendre plus contemporaine la pièce de théâtre d’Honoré de Balzac de 1840. Il a imaginé une scène qui s’incline de haut en bas en référence à la montée et la descente du cours de la bourse. Les costumes sont aussi garants de modernité : le costume gris du personnage principal ressemble à celui porté par les traders et les vêtements haute couture de l’épouse font référence à la bourgeoisie actuelle. Enfin, jouer des chansons du XXème et XXIème siècle entre certaines scènes permet de dynamiser la pièce et de faire des pauses entre les dialogues riches de mots.

Cette mise en scène traduit une certaine singularité. Son inclinaison complique le jeu des acteurs. De plus, si ceux-ci sont dans une situation inconfortable par exemple, la scène est inclinée. En plus de la scène, les costumes des acteurs sont en contradiction avec l’époque d’origine de la pièce de Balzac. Ces chansons contemporaines permettent une mise en scène particulière, presqu’à la manière d’une comédie musicale. Ces chansons, comme celles du groupe ABBA ou NIRVANA aussi sont en contradiction avec l’époque d’écriture de la pièce.

En 1840, c’est un temps où le chômage est à son apogée. Les conditions de travail et l’écart de niveaux de vie entre les populations se détériore de jour en jour, et ce jusqu’à la Seconde République. La mise en scène modernisée par Demarcy-Mota rentre dans le contexte actuel. En effet, le texte du XIXème est transposable à aujourd’hui : la dette et l’argent rythment notre société capitaliste, menant directement à des problèmes sociaux.

Enfin, nous pouvons mettre en lien la pièce avec d’autres œuvres artistiques.  Premièrement on peut la comparer avec « Wall Street », un film d’Olivier Stone sorti en 1987. Le domaine de la finance et ses dérives y sont exprimés. Le scénariste nous plonge dans le monde corrompu et effréné de la Bourse Américaine. Les deux œuvres font toutes deux allusion au capitalisme par le biais d’un « leader », homme d’affaire de caractère. Dans un autre domaine, nous pouvons nous intéresser à l’œuvre musicale des Pink Floyd « Money » ; d’ailleurs interprétée dans la pièce. Cette chanson dénonce l’argent comme étant malsain, en prenant pour exemple « le rêve américain », finalement devenant « le cauchemar américain ».  Nous pouvons également comparer la pièce avec l’art d’Andy Warhol, qui se plaisait d’ailleurs à dire que : « Gagner de l’argent est un art, et faire de bonnes affaires est le plus grand des arts ».

Tags: Théâtre