Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

5 mai 2017    Non classé   Théâtre

Publié par d.gouard

BESTIAS

Compte-rendu du spectacle vu par les étudiants de A1 en novembre 2016

Fusion de culture et d’univers

Par Manon Penhouet, Sarah Lods, Pauline Motel, Sixtine Puthod et Mayuko Loeillot

1-bestias-auteur-image

Ce surprenant spectacle mêlant différents univers artistiques nous immerge dans l’univers poétique de la compagnie Baro d’evel Cirk. La conception et la direction de ce spectacle sont nées d’une coopération entre Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias. Ce couple ainsi que le reste de la compagnie nous transporte à travers le monde de la musique, du cirque, de la danse et du dressage. En effet, Camille Decourtye, une française, a suivie plusieurs formations comme le chant au conservatoire, la voltige, et le dressage. On la retrouve dans le spectacle avec une performance de dressage de chevaux.

Blaï Mateu Trias, de culture catalane, fils de clown, est depuis toujours plongé dans le domaine du théâtre et du cirque.

De leur union va naitre une compagnie: Baro d’evel Cirk, une expression manouche qui signifie « Grand Dieu ». À travers cette compagnie ils vont découvrir et adopter le mode de vie nomade qu’ils affectionnent.

Ce collectif compte six artistes autour desquels gravite une troupe avec des intervenants plus ou moins réguliers. Parmi eux, une petite fille de dix ans, Taïs Mateu Decourtye, l’enfant des deux metteurs en scène joue.

En 2000, ? Porqué no ?, est leur premier spectacle itinérant sans l’usage d’un chapiteau. Il transmet l’univers tzigane et manouche ce qui fait écho au spectacle Bestias. En effet de nombreux éléments sont récurrents tels les acrobaties, le coté burlesque, le grand nombre de sauts.

Plusieurs autres spectacles ont été créés ensuite.

En 2009 la troupe produit son premier spectacle sous le chapiteau. Ce spectacle fait écho à Bestias.

Nous pouvons aussi retrouver des similitudes avec le spectacle Mazùt (2012). Le projet était de montrer deux personnages à la recherche d’une forme d’animalité et qui finissent presque par prendre leurs apparences. En effet, le rapport à l’Homme et l’animal, les acrobaties, la danse, le chant, le côté rituel, préhistorique (dans le décor), les masques, sont de multiples liens entre ce spectacle et Bestias.

Le titre du spectacle nous pousse à nous questionner sur l’univers qui nous est offert et sur le message transmis. Tout d’abord, les animaux sont omniprésents dans le travail de la compagnie et particulièrement dans Bestias où l’on retrouve chevaux et oiseaux (pour la première fois).

« Bestias » vient de l’espagnol « la bête, la brute ».

Ici, une question se pose sur l’identité de l’homme et son animosité, sur ses faiblesses et ses forces. Toute cette condition humaine est mise en parallèle avec la force des chevaux, la légèreté et la grâce des oiseaux.

Le graphiste Benoit Bonnemaison-Fitte collabore avec cette compagnie de manière régulière. Il se présente sous le pseudonyme Bonnefrite et travaille dans un univers assez proche de la compagnie. Il a créé toute la charte graphique de la compagnie et collabore avec le scénographe ainsi que le metteur en scène.

Sources:

-Fascicule du spectacle

-Site internet de la compagnie: http://www.barodevel.com/

-Conférence du mercredi 23/11/2016 de la compagnie sur le spectacle

Sommes-nous bêtes ?

Par Germain Marsallon, Tara Baron, Ugo Demay, Léa Dolley, Maxime Thureau

2-bestias-texte-image

L’incongru, l’absurde et le burlesque étaient si présents dans le texte de ce spectacle dès le début qu’il est normal de se dire « je ne comprends rien » tant le fil de la logique est tordu dans tous les sens pour au final volontairement nous perdre, pour mieux nous immerger dans l’univers onirique de Bestias. En effet dès le pas de porte du chapiteau, avant même d’être installé, le texte prend sa place sous forme d’une communication avec le public en mettant en action un personnage résolument confus ayant énormément de difficultés à nous communiquer que « le début du spectacle c’est par là », une information bien sûr convenue qui a pour effet d’immerger (sans le savoir) les futurs spectateurs, que nous sommes déjà, dans l’absurde. Bien que le chant soit présent et permette une certaine narration, le reste du texte s’exprime sous forme de phrases courtes avec des « c’est par où ? », « C’est par là ? » autant de réponses qui nous perdent dans l’espace et dans le sens du spectacle, le texte joue avec la notion du spectacle et du réel comme avec « ça a commencé ? », « c’est pour de vrai ? », « Il faut faire quoi ? » lancé par petit fou, un personnage hagard se questionnant et s’interrogeant sans arrêt dans l’optique de trouver sa place. Le texte avec ses petites phrases d’un registre simple, animal, primaire, bestial, nous renvoie l’image d’un sujet faussement évident, renfermant dans plusieurs petites histoires incohérentes une autre beaucoup plus complexe, d’une grande profondeur où l’imagination et l’interprétation sont laissées libres. Bestias intègre également des «  dialogues  » avec les animaux comme la scène du business avec le corbeau-pie, ainsi ce sont les silences qui servent de répliques, les silences étant gérés d’une fine manière apportant un rythme délicat et léger, comme avec la péripétie du saut où la concentration est de mise et où le silence ne trouve pas non plus sa place, apportant un effet comique important. Le texte de Bestias nous sert de transition entre chaque tableau racontant une histoire avec la vie, la place de l’homme et de l’animal qu’un silence bien rythmé nourrit, il est aussi question de scènes appuyées par des phrases descriptives courtes, efficaces, ayant pour effet de souligner l’action ou de la rendre plus floue pour faire nager le spectateur entre le rêve, l’absurde le rocambolesque pour finir sur un Petit fou qui dit clairement « avoir trouvé sa place » et ainsi achever cette suite d’incohérences merveilleuses en une morale claire et profonde.

Narration

Par Nina FLIPO, Jérôme FREEMAN, Jules MANOURY, Pierre FONTAINE et Laureline DUFOUR

3-bestias-jeu-image

Nous entrons sous les chapiteaux, et nous faufilons autour de ceux-ci, nous mêlant aux acteurs, avant de prendre place dans les gradins. Par cette déambulation, sorte de rite initiatique, la « tribu » nous invite à entrer dans l’ambiance de la représentation à venir, où les mouvements sont très importants. On le perçoit dès le début du spectacle, où les artistes traversent l’arène, en font le tour, traversent à nouveau, dans un sens et dans un autre, en courant, sautant, dansant, tombant parfois.

Bestias mêle cirque, danse, théâtre classique, chant, acrobaties… Ce mélange des genres, issus des vécus et des spécialités distinctes des artistes de la troupe, rend la performance très riche.

La représentation, rythmée par les déplacements, s’affranchit de certaines contraintes et s’étend autour de l’arène centrale comme des spectateurs, dans ces mêmes couloirs que nous avions empruntés en début de spectacle. Une fois de plus, le spectateur est immergé dans la performance. Ces actions et voix hors champ nous obligent à faire appel à notre imagination : impliquant de nous fier à notre ouïe plus qu’à notre vue par moments. L’espace est rempli, aussi bien dans la partie visible par le spectateur que dans la partie invisible à l’œil.

Le jeu des acteurs, parfois naturel, parfois sur-joué, offre un contraste intéressant qui nous amène dans un univers du quotidien un peu absurde, tantôt tragique, tantôt comique, bénéficiant d’une touche poétique  remarquable. On assiste à des performances spectaculaires, amenées d’une manière très naturelle, très simple. Chaque acteur joue un rôle singulier, personnalisé par sa spécialité, ancré dans un registre de jeu particulier qui permet d’amener de l’émotion au spectateur. On peut notamment parler de cette petite fille d’une dizaine d’année, qui fait de brèves apparitions, et apporte une touche d’innocence remarquable, ou bien de cet homme maquillé aux couleurs vives qui discute avec un oiseau et nous arrache des éclats de rires.

Lors de la représentation, Hommes et Animaux sont traités sur le même plan, au point de se demander qui est humanisé/déshumanisé. Ce traitement des personnages est possible grâce à une séparation entre échange et dialogue. Les protagonistes ne parlent d’ailleurs pas tous les mêmes langues, mais se comprennent dans la gestuelle comme dans les intonations, la voix pouvant même être chantée.  Aussi, les silences, par leurs apparitions irrégulières mais fréquentes, s’apparentent presque à un acteur. Ils peuvent parfois durer, s’appesantir légèrement. Ils sont les silences du quotidien, de la solitude en groupe.

Ne pas entrer dans ce monde si vous êtes zoophobe !

Par Anthony Ménégon, Théo Monnin, Noé Martineau, Thomas Pasquier

4-bestias-costumes-image

Les costumes et les accessoires font partie intégrante du spectacle. On y retrouve ou comprend la classe sociale des personnages. Ainsi, on peut reconnaître les personnages qui représentent des artistes en quelque sorte, des paysans ou personnes plus aisées. Suivant comment ils sont habillés ou les actions qu’ils réalisent on leur attribue un rôle, par exemple quand ils chantent ou jouent de la guitare. Puis, on peut remarquer également que les costumes et le maquillage sont principalement des couleurs chaudes ocre, orange pastel. Cependant à certains moments on retrouve des touches de couleurs froides comme le gris ou le bleu. La palette chromatique est assez restreinte. Les acteurs utilisaient principalement des instruments de musique en tant qu’accessoires (guitare, clarinette) dont ils jouaient durant certaines scènes. On peut également y voir différents costumes/accessoires ayant un sens assez « flou », par exemple le chapeau en forme de heaume de chevalier fait penser à un signe guerrier ou un rite religieux, ou encore les bottes de foin que portent les personnages, pauvres et rustiques des personnages. On voit à certains moments de la pièce que les personnages ont le visage maquillé, représentatif d’un animal en particulier (exemple : le toucan à la fin). Pour les décors on peut observer une évolution permanente qui nous met en abîme. On peut compter trois chapiteaux. Un premier où on passe à l’entrée avant d’être dans une file d’attente dans un espace clôturé, où se trouvent des dessins de l’artiste « Bonne Frite » représentant des animaux et des hommes. Après ça, dès l’entrée du deuxième chapiteau on nous conduit à travers des couloirs étroits où nos quatre sens sont mis en éveil. La vue : on remarque des peintures préhistoriques rappelant le côté tribal et animal de la pièce qui expliquera d’ailleurs la simplicité des décors, ou encore des ombres de chevaux à travers de grands draps. L’ouïe : ces chevaux émettent des hennissements et autres bruitages. L’odorat : une odeur de paille et de cheval est présente. Et le toucher : on marche sur de la paille et la température est relativement élevée. Installés dans le dernier chapiteau, on observe des décors majoritairement circulaires. Le dispositif scénique offre un parallèle entre deux mondes, la scène centrale en face du spectateur et un espace situé derrière nous en rond que l’on aperçoit peu, ce qui donne un côté mystérieux aux événements qui s’y déroulent. Enfin certains éléments tels que les projecteurs sur les côtés sont intégrés à la pièce, les acteurs les utilisent comme perchoirs. Les couleurs dominantes s’opposent entre chaud et froid : ocre, marron, jaune et gris, bleu, blanc cassé. Ces dernières sont mises en valeur par un jeu d’intensité des lumières.

Au chœur du rêve

Par Marine STEPHAN, Elsa SOUCHET, Manon THOMAS, Amélie WEHRUNG et Marin CHOMIENNE

5-Bestias-éclairagesson-image

L’éclairage permet de donner le ton de la pièce. Il façonne le décor et révèle son caractère onirique. La trame se compose d’une succession de scènes desservies par différents jeux de lumière. Les tons chauds et tamisés renvoient à l’ambiance d’une grotte, d’une caverne.

C’est l’idée d’une lanterne magique qui propose un récit fait de jeux d’ombres. Ces figures à la fois surprenantes et fantastiques permettent de plonger dans un rêve éveillé. L’ombre des masques d’oiseaux suscite l’inquiétude. Quant à celles des chevaux défilant sur la toile, elles intriguent. Le procédé de la lanterne magique renvoie à l’idée de l’enfance, du berceau et nous ramène à l’histoire des premiers hommes.

La lumière zénithale en forme de couloir permet de positionner les personnages dans l’espace et dans l’intrigue. Les animaux en liberté sont également guidés par ce chemin de lumière, ce qui place l’homme et l’animal sur un pied d’égalité. Au contraire la lumière zénithale diffuse évoque une absence de repère laissant place à des mouvements aléatoires, désordonnés.

Derrière les gradins, le trot des chevaux résonne sur la piste, entraînant les spectateurs dans un rythme effréné. Le bruit des sabots semblable à des battements de cœur rappelle le temps qui passe. Ce tempo fait écho au flamenco, aux claquettes et à la culture gitane incarnés par les deux artistes installés sur des plateformes. Face à face, elles sont mises en lumière par des spots. Un univers surélevé est ainsi créé et l’attention du spectateur est portée sur un espace aérien qui renforce l’idée du rêve. Cette scène en hauteur crée une sensation de flottement. Plutôt calme, elle se traduit par seulement une lumière focalisée sur chacun des protagonistes. Celle-ci est intense et crue tandis qu’il y a d’autres types de spots beaucoup plus doux situés à la base de l’arène nous entraînant dans un autre univers. La lumière s’adapte à l’intensité de la musique. Plus cette dernière est forte plus la lumière est puissante. A contrario, plus la lumière est faible plus la musique est douce. Ce type d’ambiance est représenté par la petite fille assise sur la balançoire, en retrait. En chantant dans une autre langue, elle met en valeur les danses des artistes situés au centre du chapiteau. L’atmosphère rappelle les rites des tribus ancestrales.

A l’inverse, les chants d’opéra, les rires et les cris dans différentes langues (français, italien, espagnol, anglais, catalan) sont accompagnés d’une lumière intense. Sa densité et son aspect volumineux sont dus aux particules de talc flottant dans l’air. Ce nuage donne un effet voluptueux reprenant l’idée fantasmagorique de l’histoire.

Voyage au cœur d’une tribu envoutante

Par Théo Marsolier, Kévin Vanit, Marie Donnou, Lorenn Furic et Laëtitia Gérard

6-bestias-synthèse-image

La compagnie Baro d’Evel nous transporte avec Bestias, dans une bulle onirique, un univers surprenant et poétique. Dès nos premiers pas, nous sommes immergés dans cette expérience dont l’atmosphère nous fait perdre nos repères spatio-temporels. Le spectacle commence tel un rite initiatique dans un “double-chapiteau”. Nous parcourons une sorte de labyrinthe dont les parois sont décorées de peintures au style rupestre. Il y a un véritable jeu avec la temporalité de la représentation ; on ne sait pas exactement quand ça commence ni quand ça va se terminer. On ne découvrira qu’à la fin que cette fresque est le déroulement du spectacle. La troupe nous guide ensuite dans un lieu très intimiste, la piste est petite et l’ambiance tamisée. Au cœur du chapiteau, on vit le moment, on le partage avec eux, nous sommes comme hors du temps.

On évolue dans un mélange de genres exprimé à travers les chants, les danses, les différents registres à la fois comique et dramatique. Le spectacle est rythmé, il s’installe ainsi une boucle, un cycle avec des répétitions de pas, de mouvements tels un rituel. On peut y voir une métaphore de la vie comme l’évoque l’un des personnages : “Ça va dans tous les sens, toutes les directions. Ça bouge, ça tourne, ça ne s’arrête jamais. Après tu te sens pressé, tu veux avoir toutes les informations. Ensuite, tu réalises que ça va trop vite, que ça va finir”.

Sous forme performée, la mise en scène spectaculaire semble naturelle. La dimension corporelle a en effet une place importante avec notamment beaucoup de voltiges. Ils s’amusent avec les corps, ils les déforment et les utilisent comme moyen d’expression.

Ainsi, tout au long de ce spectacle singulier, nous nous demandons qui sont véritablement les bêtes? Nous sommes confrontés au monde animal, on retrouve nos instincts primaires, notre état sauvage et bestial. Cette idée de retour aux sources dénonce le fait que l’Homme s’enferme dans sa vie, sa routine, son travail. Un businessman est par exemple ridiculisé par un corbeau, ce qui va dénoncer sa condition “d’homme-machine”, d’homme esclave de la société. Il perd sa sensibilité et oublie son lien originel avec la nature et sa liberté. Symboliquement, on voit ainsi des cages à oiseaux vides et des chevaux sans bride. Nous sommes partagés entre notre animalité et notre humanité dont la frontière est nébuleuse.

Les codes sont alors brisés, les stéréotypes dénoncés. On s’interroge finalement sur notre place dans le monde, dans notre société. La phrase récurrente du spectacle : “Où est ta cachette?” prend alors tout son sens.

Tags: Non classé · Théâtre