Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

15 juin 2016    Théâtre

Publié par d.gouard

Nos Serments

Compte-rendu de la pièce de théâtre vue par les A1 au mois de mars 2017 au Lieu Unique.

La compagnie orchestrée par Julie Duclos

Par Alexandre BONNET, Lucas RAGOT, Marie PELHATE et Marie TORRENS.

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Julie Duclos est une jeune metteuse en scène, auteur ainsi que comédienne du XXIème siècle. Duclos a suivi les formations de l’école Le Cerisier et du conservatoire du 13e arrondissement de Paris. Elle sort d’une formation au Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris qu’elle intègre en 2007 et fonde en 2010 la compagnie de L’in-quatro. Cette compagnie est formée de plusieurs acteurs déjà tous amis au CNSAD. Durant un stage en tant que comédienne, elle fait la rencontre de deux personnes qui vont la marquer dans sa production :

Tout d’abord, Krystian Lupa, metteur en scène polonais. Sa technique particulière est de laisser improviser l’acteur ou le comédien dans différentes situations. Ceci influencera beaucoup Julie Duclos pour ses prochaines scènes de théâtre. En effet, lors de la réalisation de « Nos serments » Julie Duclos a laissé la liberté d’improvisation aux comédiens puis créa le texte en fonction d’eux. Puis il y a son ancien professeur, Philippe Garrel, qui lui a montré une autre perspective de jouer le théâtre, travailler en dehors de l’école, dans un autre contexte que le théâtre. Ils ont travaillé tous les deux et ont inventé de nouveaux procédés permettant d’habiter l’espace de la scène. Ainsi ce qui la passionne, est la réflexion portant sur le théâtre, ce qu’est le théâtre et le jeu avec l’acteur sur scène mais aussi de pouvoir déthéâtraliser le théâtre.

De plus, elle est inspirée par un film datant des années 70, « la maman et la putain » qui, à l’époque, était assez provocateur car Jean Eustache a voulu représenter la société et la liberté dans un couple mélangeant trahison, désir et amour. A travers ces deux personnes marquantes sont parcours et l’influence du film, elle se questionne sur la façon et la possibilité d’aimer autrement en réalisant avec l’in-quarto, « Nos serments » dans l’année 2014, tout en poursuivant son enquête sur le désir avec autant d’humour que de sérieux. Cependant, concernant l’écriture, il faut reconnaître que ça reste Guy-Patrick Sainderichin, un metteur en scène, qui écrit le scénario : lors de la production, elle a utilisé l’improvisation des acteurs face à des situations que l’on retrouve dans le film, afin de créer un scénario avec Guy Patrick Eustache. Julie Duclos se trouve plus créatrice en s’adaptant aux acteurs, à leur improvisation. Ce qui fait qu’elle est considérée, à la fois, metteur en scène et auteur de « Nos serments ». On retrouve des similitudes entre le film et cette scène de théâtre notamment dans l’histoire de couple mais aussi chez les comédiens :

Alexandre devient François, ils se ressemblent : ne font rien, parlent beaucoup, ont besoin de séduire, sont sincèrement veules, vivent avec une femme qui bosse et fait vivre le couple. L’amante est toujours polonaise et infirmière, elle aime toujours picoler (moins tout de même que Véronika), elle s’appelle maintenant Oliwia. L’ami du héros s’appelle ici Gilles (Yohan Lopez) mais il ne fait pas que passer comme dans le film, il s’installe, on ne dit pas non. Esther est un peu comme un personnage de Truffaut tendance « baisers volés » qui se rêve en Moreau dans « Jules et Jim ». Et pour finir, l’amour d’avant Marie, Gilberte dans le film qui va se marier devient ici Mathilde celle qui va être quittée.

Une autre singularité dans son travail est sa façon de rompre les frontières entre théâtre et cinéma. En effet, le spectateur est bercé entre la vidéo et le jeu sur le plateau. Ce qui se passe à l’extérieur de l’appartement est matérialisé par la vidéo.

Une façon de travailler singulière et particulière de Julie Duclos, qui reste néanmoins accompagnée de sa compagnie L’in-Quatro et de l’aide de Guy-Patrick Sanderichin.

Parallélisme narratif et envolée contemporaine.

Par Vincent BOUDONNET, Thomas SABLE, Martin SIGLER et Marianne ZAMMIT

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Personnages principaux :

François : Ne fait rien de sa vie, parle beaucoup, entreprend sans aboutir, besoin de séduction, se rêve écrivain.

Oliwia : Femme à l’esprit soixante-huitard, ouverte d’esprit, infirmière.

Esther : Jeune femme bercée de sentiments contradictoires, gérante d’une boutique de vêtements.

Gilles : Ne fait rien de sa vie, se dit riche.

Mathilde : Jeune femme active, désemparée par la complexité des profils amoureux.

Personnages secondaires :

Alexandre

Une journaliste

Au début de la pièce seul François et Mathilde apparaissent. Suite à leur dispute, Mathilde sort de la pièce. Premier moment fort de la pièce : on entre dans le vif du sujet par une dispute poignante et réaliste. Apparait alors Esther et Oliwia; avec qui François essaie d’instaurer un ménage à trois. Second moment fort de la pièce où un nouveau fil conducteur se crée. Malheureusement, François échoue et déstabilise son couple formé avec Esther. Il finit par partir avec Oliwia, laissant Esther seule. Celle-ci finit par brûler la lettre de François comme si elle détruisait par le feu, sa relation avec lui.

C’est alors qu’une ambiguïté amoureuse s’installe entre Gilles (nouveau personnage) et Esther. François tentera alors, sans y croire, de récupérer sa relation avec Esther : il échoue. Ce coup de poker est le troisième moment fort, un changement de situation s’opère. Par la suite on revoit Esther et Gilles en couple.

La pièce se finit sur une scène où François retrouve Oliwia dans un café à Paris, on comprend alors qu’ils ont eu un enfant ensemble; se sont quittés ensuite;  et que Oliwia a reconstruit une relation avec un autre homme. Il s’agit d’une scène pleine de nostalgie et de mélancolie. Les personnages ont plus de recul sur eux-mêmes et c’est ainsi que s’achève la pièce sur un quatrième moment fort.

La pièce, s’insérant dans une époque contemporaine, présente des échanges dont le registre de langue est courant, permettant des dialogues simples et compréhensibles. Deux types de dialogues sont mis en avant : dialectique d’abord, dialogue usuel qui permet de guider les deux interlocuteurs vers un point d’entente ; et polémique ensuite, un dialogue de contradiction qui va opposer deux points de vue.

Le rythme des dialogues varient, souvent intense comme dans la première scène, ils expriment une fougue intérieure, un rejet, une rage ; mais existe aussi quelques rares moment de silence. Lorsque c’est le cas, ce silence est meublé par une musique « d’ambiance » ;  sinon il est pur, et sert à exprimer une gêne, une suspension dans le temps.

Tout ceci nous permet d’aborder différents enjeux relatifs à la complexité des rapports hommes / femmes. Le scénario nous livre des personnages qu’on aime détester et nous met face à nous-mêmes, à nos propres expériences de vie.

Jeux intimes mis en scène

Par Louise HERBRETEAU, Philippine ROY, Bastien HERVE, Julia NICOLI et Julia ICHOUA

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Dans la pièce « nos serments » le scénario est basé sur une histoire complexe d’un trio amoureux dans laquelle le type de jeu est très réaliste. Cela nous permet de nous identifier aux personnages et à la situation, principalement dans les moments de conflits et de solitude des personnages.

Le public est confronté à des scènes qui peuvent être plus ou moins gênantes de vie intime et quotidienne. Tout dépend de la perception de chacun, mais un malaise et un sentiment de voyeurisme peut s’installer chez le spectateur lors des scènes de nu.

L’improvisation amène une singularité au jeu qui nous plonge encore plus dans cette  intimité privée lors des conflits par exemple sur la première scène où les deux personnages se retrouvent face à des désaccords qui les amènent à un comportement violent ne pouvant pas être prémédité. On peut comprendre que le personnage masculin au centre de ces trois femmes recherche une utopie de la relation amoureuse. Il détient sa propre perception de ce qui pourrait être l’idéal d’une vie sentimentale. Il contrôle alors les émotions et les attitudes des femmes qui l’entourent provoquant des réactions visibles dans le jeu de celles-ci.

Le jeu est tellement réaliste qu’il donne l’impression d’une seule et même personne entre les personnages et les acteurs ; le fait d’imaginer que les acteurs sont semblables dans la vie comme sur scène.

La mise en scène est également particulière car en plus de nous plonger réellement dans la pièce de théâtre, un film est projeté par moments lorsque les acteurs se déplacent à l’extérieur de la scène illustrant l’appartement des personnages. On parle donc d’un hors champs qui instaure un jeu entre théâtre et cinéma.

En ce qui concerne la diction, elle est souvent accompagnée de gestes et d’intonations la rendant spontanée et très expressive. Les déplacements sur scène sont énergiques, les personnages dansent, boivent, fument, des actions que l’on voit rarement au théâtre mais davantage au cinéma. Ce qui rend le jeu encore plus réaliste est visible lorsque ce sont les acteurs qui gèrent le décor comme par exemple quand ils allument ou éteignent les lumières et écoutent de la musique, ils interagissent avec leur environnement.

Les comédiens ne se tournent pas vers le public, créant une distance entre les spectateurs et ce qui se déroule sur la scène, nous ne nous sentons pas sollicités.

C’est donc tout cela qui permet aux spectateurs de prendre part à la pièce.

Source :La Colline théâtre national, http://www.colline.fr/fr/spectacle/nos-serments, 22/03/2016

Scène ouverte

Par Marie BERTHOME, Doriane CARADEUX, Mathilde CERES, Jeanne CRESPIN, et Margot SIMON

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Dans « Nos Serments » le décor, les accessoires, les costumes sont réalistes.

Le décor est composé d’un appartement standard, le lit se trouve à même le sol dans la pièce à vivre et l’appartement comporte peu de mobilier ; seulement le stricte nécessaire.

Il est constitué de 4 cloisons dont l’une séparant la cuisine à l’arrière de la scène. L’appartement traduit le niveau social des personnages, c’est à dire un couple de jeunes actifs où une personne du couple est toujours au chômage.

Il y a un changement de décors à l’entracte qui traduit le temps passé. L’éclairage défini les espaces du studio. On peut supposer que la rue se trouve à gauche de l’appartement car il y avait un éclairage semblable à un lampadaire urbain. Il n’y a pas vraiment de porte, la scène est ouverte ce qui provoque une incohérence avec le décor réaliste. En effet les acteurs se déplacent en dehors de la scène, ce qui nous permet d’imaginer d’autres pièces de l’appartement.

L’espace du théâtre sert également de décor puisque des acteurs sont rentrés par les portes du théâtre. De plus, une partie des coulisses est ouverte ce qui provoque une intimité avec le spectateur. Cependant, le décor est différent sur les autres lieux où a été jouée la pièce car il y avait de cloisons et des portes.

Tous les accessoires traduisent le réel, mis à part le grand écran sur la cloison du fond où sont projetées les scènes qui se déroulent hors de l’appartement. Ce procédé repousse les limites du théâtre.

En effet il permet d’étendre la scène vers le monde réel, de sortir du cadre du théâtre nous mêlant presque à une sensation de cinéma.

Les costumes sont ceux que l’on porte dans la vie quotidienne, ils sont contemporains. Les acteurs changent de vêtements ce qui permet de nous situer dans le temps. Deux personnages se mettent à nu lors d’une scène intime dans un lit, ce qui provoque de l’intimité et de la proximité entre les spectateurs et les acteurs. Cette intimité et proximité est renforcée par des accessoires inattendus comme l’alcool ou la cigarette, dont on a en plus l’odeur. De plus, les acteurs mettent eux-mêmes la musique avec leurs portables ce qui renforce la réalité de la pièce.

Une forte intimité se produit entre le spectateur et les acteurs. Cette intimité est renforcée par les couleurs chaleureuses du décor et des accessoires.

Que la lumière sonne

Par Sarah TUNCQ, Marie VIGUIER, Eva SALMON, Manon BOUTEVIN et Hannan AYADI

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Il semble important de souligner que l’éclairage présent tout au long de la pièce est assez diffus, provenant de multiples sources lumineuses placées dans plusieurs coins de l’appartement. L’éclairage est dit “classique” pour cette pièce : un éclairage sobre d’intérieur (lumière jaune et blanche). Les éclairages sont directs, ils éclairent la scène dans sa totalité, ce qui donne une ambiance conviviale, à l’exception de la scène dans le lit où l’éclairage est indirect, sur le côté, et crée un clair obscur, qui rend la scène très intime. Les lumières intérieures à l’appartement ont selon nous, un rôle de séparation dans son organisation permettant de donner une fonction à chaque pièce. Par exemple, l’éclairage du salon est important car c’est l’endroit le plus fréquenté par les comédiens. D’autre part, la scène où se trouve François, Esther et Oliwia lors d’une soirée improvisée, montre une lumière tamisée, ce qui renvoie une ambiance contraire à la scène que l’on regarde. La lumière annonce un froid, peut être connote-t-elle l’infidélité de François avant qu’elle ne se produise. La lumière s’ajuste aux déplacements des acteurs, aux changements de décors, aux moments forts du spectacle. On observe un jeu de lumière qui représente la lune et le soleil, ce qui permet d’observer le temps qui passe tout au long de la pièce, lui apportant du réalisme. La lumière que l’on qualifiera ici d’artificielle pour l’intérieur, change d’intensité selon la scène jouée. Vive ou au contraire tamisée, elle donne de l’intimité à la scène, permettant d’inclure le spectateur qui a alors l’impression d’être doucement mêlé à la scène et de prendre parti pour l’un ou l’autre personnage. La lumière accompagne les crises que les différents couples traversent. C’est comme une sorte de rythme qui se répète, parfois coupé par l’accentuation d’une scène, comme lorsque Esther brûle la lettre de François : la seule lumière présente est la flamme, qui apporte un effet plus filmique que théâtrale. La lumière orangée de la flamme éclaire le visage d’Esther nous plongeant dans une intimité profonde avec le personnage.

Concernant le son, nous avons constaté qu’il n’y avait pas de bruits artificiels, seulement les bruits émis par les comédiens. Cela enlève cette distance théâtrale qu’il peut y avoir entre le spectateur et le personnage. L’autre type de son que l’on a pu relever est la présence de musique, elle sert ici la pièce puisqu’elle est directement intégrée à la mise en scène, cela nous renvoie à un acte banal. La musique nous transporte dans un univers familier, on peut s’identifier rapidement aux personnages et s’imaginer danser avec eux. Le son a alors un rôle de proximité.

Nos Serments, Julie Duclos

Par Océane LEBRETON, Morgane LE POTTIER, Agathe GERMON, Raphaëlle CAROFF et Simon CAUDAL

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« Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire, Près de l’époux perfide et qui fut son amant, Semblait lui réclamer un suprême sourire Où brillât la douceur de son premier serment » (Baudelaire, « Dom Juan aux enfers » 1857). Molière, Baudelaire, Eustache, Barthes… Les serments que l’on se fait à soi-même lors de nos relations amoureuses, ces promesses solennelles, utopiques, sacrées, sont une source de questionnement sans fin. Que cela soit au cinéma dans « Mon Roi » de Maïwenn (2015), dans « Les amours imaginaires » de Xavier Dolan (2010) ou dans la littérature avec « Heureux les heureux » de Yasmina Reza (2013), cette réflexion, très développée dans les années 1970, est loin d’être tombée en désuétude. Dans la pièce de Julie Duclos, on découvre trois visions des relations amoureuses au travers de trois femmes, liées par leur histoire avec un même homme, incarnation de l’amour alternatif, rejetant la dichotomie du couple. Tour à tour on se trouve face à de grandes questions, peut-on aimer deux personnes à la fois ? Peut-on accepter que son compagnon désire une autre femme ? Peut-on vivre sa vie amoureuse librement sans s’attacher ..?

Ces différentes rencontres amoureuses se déroulent dans un décor simple mais efficace : un appartement lambda de jeune adulte parisien. Les costumes quant à eux sont inexistants, chaque personnage est habillé de vêtements urbains classiques comme si les acteurs ne s’étaient pas changé avant d’entrer en scène, ce qui permet au spectateur une identification plus facile au personnage.

Inspirée de « La maman et la putain » de Jean Eustache, la liaison avec le cinéma ne s’arrête pas là, le spectateur fait face à un singulier entre deux rarement exploité au théâtre, le décor ressemble à un plateau de tournage avec ses projecteurs et ses pans de cloisons et la pièce est ponctuée de scènes filmées, projetées sur un écran. Cet écran central instaure un clair-obscur sur la scène, révélant l’intime des personnages, l’absence de raison dans les sentiments, leur impossible contrôle.

Avec les improvisations et cette liberté de jeu, l’interprétation des acteurs est assez déroutante.

D’abord, l’exagération évidente de la crise de couple, entre  Maëlia Gentil et David Houri, puis un naturel captivant d’Alix Riemer et Magdalena Malina, et enfin une ironie inattendue de Yohan Lopez.

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