Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

15 juin 2016    Théâtre

Publié par d.gouard

Nos Serments

Compte-rendu de la pièce de théâtre vue par les A1 au mois de mars 2017 au Lieu Unique.

La compagnie orchestrée par Julie Duclos

Par Alexandre BONNET, Lucas RAGOT, Marie PELHATE et Marie TORRENS.

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Julie Duclos est une jeune metteuse en scène, auteur ainsi que comédienne du XXIème siècle. Duclos a suivi les formations de l’école Le Cerisier et du conservatoire du 13e arrondissement de Paris. Elle sort d’une formation au Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris qu’elle intègre en 2007 et fonde en 2010 la compagnie de L’in-quatro. Cette compagnie est formée de plusieurs acteurs déjà tous amis au CNSAD. Durant un stage en tant que comédienne, elle fait la rencontre de deux personnes qui vont la marquer dans sa production :

Tout d’abord, Krystian Lupa, metteur en scène polonais. Sa technique particulière est de laisser improviser l’acteur ou le comédien dans différentes situations. Ceci influencera beaucoup Julie Duclos pour ses prochaines scènes de théâtre. En effet, lors de la réalisation de « Nos serments » Julie Duclos a laissé la liberté d’improvisation aux comédiens puis créa le texte en fonction d’eux. Puis il y a son ancien professeur, Philippe Garrel, qui lui a montré une autre perspective de jouer le théâtre, travailler en dehors de l’école, dans un autre contexte que le théâtre. Ils ont travaillé tous les deux et ont inventé de nouveaux procédés permettant d’habiter l’espace de la scène. Ainsi ce qui la passionne, est la réflexion portant sur le théâtre, ce qu’est le théâtre et le jeu avec l’acteur sur scène mais aussi de pouvoir déthéâtraliser le théâtre.

De plus, elle est inspirée par un film datant des années 70, « la maman et la putain » qui, à l’époque, était assez provocateur car Jean Eustache a voulu représenter la société et la liberté dans un couple mélangeant trahison, désir et amour. A travers ces deux personnes marquantes sont parcours et l’influence du film, elle se questionne sur la façon et la possibilité d’aimer autrement en réalisant avec l’in-quarto, « Nos serments » dans l’année 2014, tout en poursuivant son enquête sur le désir avec autant d’humour que de sérieux. Cependant, concernant l’écriture, il faut reconnaître que ça reste Guy-Patrick Sainderichin, un metteur en scène, qui écrit le scénario : lors de la production, elle a utilisé l’improvisation des acteurs face à des situations que l’on retrouve dans le film, afin de créer un scénario avec Guy Patrick Eustache. Julie Duclos se trouve plus créatrice en s’adaptant aux acteurs, à leur improvisation. Ce qui fait qu’elle est considérée, à la fois, metteur en scène et auteur de « Nos serments ». On retrouve des similitudes entre le film et cette scène de théâtre notamment dans l’histoire de couple mais aussi chez les comédiens :

Alexandre devient François, ils se ressemblent : ne font rien, parlent beaucoup, ont besoin de séduire, sont sincèrement veules, vivent avec une femme qui bosse et fait vivre le couple. L’amante est toujours polonaise et infirmière, elle aime toujours picoler (moins tout de même que Véronika), elle s’appelle maintenant Oliwia. L’ami du héros s’appelle ici Gilles (Yohan Lopez) mais il ne fait pas que passer comme dans le film, il s’installe, on ne dit pas non. Esther est un peu comme un personnage de Truffaut tendance « baisers volés » qui se rêve en Moreau dans « Jules et Jim ». Et pour finir, l’amour d’avant Marie, Gilberte dans le film qui va se marier devient ici Mathilde celle qui va être quittée.

Une autre singularité dans son travail est sa façon de rompre les frontières entre théâtre et cinéma. En effet, le spectateur est bercé entre la vidéo et le jeu sur le plateau. Ce qui se passe à l’extérieur de l’appartement est matérialisé par la vidéo.

Une façon de travailler singulière et particulière de Julie Duclos, qui reste néanmoins accompagnée de sa compagnie L’in-Quatro et de l’aide de Guy-Patrick Sanderichin.

Parallélisme narratif et envolée contemporaine.

Par Vincent BOUDONNET, Thomas SABLE, Martin SIGLER et Marianne ZAMMIT

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Personnages principaux :

François : Ne fait rien de sa vie, parle beaucoup, entreprend sans aboutir, besoin de séduction, se rêve écrivain.

Oliwia : Femme à l’esprit soixante-huitard, ouverte d’esprit, infirmière.

Esther : Jeune femme bercée de sentiments contradictoires, gérante d’une boutique de vêtements.

Gilles : Ne fait rien de sa vie, se dit riche.

Mathilde : Jeune femme active, désemparée par la complexité des profils amoureux.

Personnages secondaires :

Alexandre

Une journaliste

Au début de la pièce seul François et Mathilde apparaissent. Suite à leur dispute, Mathilde sort de la pièce. Premier moment fort de la pièce : on entre dans le vif du sujet par une dispute poignante et réaliste. Apparait alors Esther et Oliwia; avec qui François essaie d’instaurer un ménage à trois. Second moment fort de la pièce où un nouveau fil conducteur se crée. Malheureusement, François échoue et déstabilise son couple formé avec Esther. Il finit par partir avec Oliwia, laissant Esther seule. Celle-ci finit par brûler la lettre de François comme si elle détruisait par le feu, sa relation avec lui.

C’est alors qu’une ambiguïté amoureuse s’installe entre Gilles (nouveau personnage) et Esther. François tentera alors, sans y croire, de récupérer sa relation avec Esther : il échoue. Ce coup de poker est le troisième moment fort, un changement de situation s’opère. Par la suite on revoit Esther et Gilles en couple.

La pièce se finit sur une scène où François retrouve Oliwia dans un café à Paris, on comprend alors qu’ils ont eu un enfant ensemble; se sont quittés ensuite;  et que Oliwia a reconstruit une relation avec un autre homme. Il s’agit d’une scène pleine de nostalgie et de mélancolie. Les personnages ont plus de recul sur eux-mêmes et c’est ainsi que s’achève la pièce sur un quatrième moment fort.

La pièce, s’insérant dans une époque contemporaine, présente des échanges dont le registre de langue est courant, permettant des dialogues simples et compréhensibles. Deux types de dialogues sont mis en avant : dialectique d’abord, dialogue usuel qui permet de guider les deux interlocuteurs vers un point d’entente ; et polémique ensuite, un dialogue de contradiction qui va opposer deux points de vue.

Le rythme des dialogues varient, souvent intense comme dans la première scène, ils expriment une fougue intérieure, un rejet, une rage ; mais existe aussi quelques rares moment de silence. Lorsque c’est le cas, ce silence est meublé par une musique « d’ambiance » ;  sinon il est pur, et sert à exprimer une gêne, une suspension dans le temps.

Tout ceci nous permet d’aborder différents enjeux relatifs à la complexité des rapports hommes / femmes. Le scénario nous livre des personnages qu’on aime détester et nous met face à nous-mêmes, à nos propres expériences de vie.

Jeux intimes mis en scène

Par Louise HERBRETEAU, Philippine ROY, Bastien HERVE, Julia NICOLI et Julia ICHOUA

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Dans la pièce « nos serments » le scénario est basé sur une histoire complexe d’un trio amoureux dans laquelle le type de jeu est très réaliste. Cela nous permet de nous identifier aux personnages et à la situation, principalement dans les moments de conflits et de solitude des personnages.

Le public est confronté à des scènes qui peuvent être plus ou moins gênantes de vie intime et quotidienne. Tout dépend de la perception de chacun, mais un malaise et un sentiment de voyeurisme peut s’installer chez le spectateur lors des scènes de nu.

L’improvisation amène une singularité au jeu qui nous plonge encore plus dans cette  intimité privée lors des conflits par exemple sur la première scène où les deux personnages se retrouvent face à des désaccords qui les amènent à un comportement violent ne pouvant pas être prémédité. On peut comprendre que le personnage masculin au centre de ces trois femmes recherche une utopie de la relation amoureuse. Il détient sa propre perception de ce qui pourrait être l’idéal d’une vie sentimentale. Il contrôle alors les émotions et les attitudes des femmes qui l’entourent provoquant des réactions visibles dans le jeu de celles-ci.

Le jeu est tellement réaliste qu’il donne l’impression d’une seule et même personne entre les personnages et les acteurs ; le fait d’imaginer que les acteurs sont semblables dans la vie comme sur scène.

La mise en scène est également particulière car en plus de nous plonger réellement dans la pièce de théâtre, un film est projeté par moments lorsque les acteurs se déplacent à l’extérieur de la scène illustrant l’appartement des personnages. On parle donc d’un hors champs qui instaure un jeu entre théâtre et cinéma.

En ce qui concerne la diction, elle est souvent accompagnée de gestes et d’intonations la rendant spontanée et très expressive. Les déplacements sur scène sont énergiques, les personnages dansent, boivent, fument, des actions que l’on voit rarement au théâtre mais davantage au cinéma. Ce qui rend le jeu encore plus réaliste est visible lorsque ce sont les acteurs qui gèrent le décor comme par exemple quand ils allument ou éteignent les lumières et écoutent de la musique, ils interagissent avec leur environnement.

Les comédiens ne se tournent pas vers le public, créant une distance entre les spectateurs et ce qui se déroule sur la scène, nous ne nous sentons pas sollicités.

C’est donc tout cela qui permet aux spectateurs de prendre part à la pièce.

Source :La Colline théâtre national, http://www.colline.fr/fr/spectacle/nos-serments, 22/03/2016

Scène ouverte

Par Marie BERTHOME, Doriane CARADEUX, Mathilde CERES, Jeanne CRESPIN, et Margot SIMON

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Dans « Nos Serments » le décor, les accessoires, les costumes sont réalistes.

Le décor est composé d’un appartement standard, le lit se trouve à même le sol dans la pièce à vivre et l’appartement comporte peu de mobilier ; seulement le stricte nécessaire.

Il est constitué de 4 cloisons dont l’une séparant la cuisine à l’arrière de la scène. L’appartement traduit le niveau social des personnages, c’est à dire un couple de jeunes actifs où une personne du couple est toujours au chômage.

Il y a un changement de décors à l’entracte qui traduit le temps passé. L’éclairage défini les espaces du studio. On peut supposer que la rue se trouve à gauche de l’appartement car il y avait un éclairage semblable à un lampadaire urbain. Il n’y a pas vraiment de porte, la scène est ouverte ce qui provoque une incohérence avec le décor réaliste. En effet les acteurs se déplacent en dehors de la scène, ce qui nous permet d’imaginer d’autres pièces de l’appartement.

L’espace du théâtre sert également de décor puisque des acteurs sont rentrés par les portes du théâtre. De plus, une partie des coulisses est ouverte ce qui provoque une intimité avec le spectateur. Cependant, le décor est différent sur les autres lieux où a été jouée la pièce car il y avait de cloisons et des portes.

Tous les accessoires traduisent le réel, mis à part le grand écran sur la cloison du fond où sont projetées les scènes qui se déroulent hors de l’appartement. Ce procédé repousse les limites du théâtre.

En effet il permet d’étendre la scène vers le monde réel, de sortir du cadre du théâtre nous mêlant presque à une sensation de cinéma.

Les costumes sont ceux que l’on porte dans la vie quotidienne, ils sont contemporains. Les acteurs changent de vêtements ce qui permet de nous situer dans le temps. Deux personnages se mettent à nu lors d’une scène intime dans un lit, ce qui provoque de l’intimité et de la proximité entre les spectateurs et les acteurs. Cette intimité et proximité est renforcée par des accessoires inattendus comme l’alcool ou la cigarette, dont on a en plus l’odeur. De plus, les acteurs mettent eux-mêmes la musique avec leurs portables ce qui renforce la réalité de la pièce.

Une forte intimité se produit entre le spectateur et les acteurs. Cette intimité est renforcée par les couleurs chaleureuses du décor et des accessoires.

Que la lumière sonne

Par Sarah TUNCQ, Marie VIGUIER, Eva SALMON, Manon BOUTEVIN et Hannan AYADI

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Il semble important de souligner que l’éclairage présent tout au long de la pièce est assez diffus, provenant de multiples sources lumineuses placées dans plusieurs coins de l’appartement. L’éclairage est dit “classique” pour cette pièce : un éclairage sobre d’intérieur (lumière jaune et blanche). Les éclairages sont directs, ils éclairent la scène dans sa totalité, ce qui donne une ambiance conviviale, à l’exception de la scène dans le lit où l’éclairage est indirect, sur le côté, et crée un clair obscur, qui rend la scène très intime. Les lumières intérieures à l’appartement ont selon nous, un rôle de séparation dans son organisation permettant de donner une fonction à chaque pièce. Par exemple, l’éclairage du salon est important car c’est l’endroit le plus fréquenté par les comédiens. D’autre part, la scène où se trouve François, Esther et Oliwia lors d’une soirée improvisée, montre une lumière tamisée, ce qui renvoie une ambiance contraire à la scène que l’on regarde. La lumière annonce un froid, peut être connote-t-elle l’infidélité de François avant qu’elle ne se produise. La lumière s’ajuste aux déplacements des acteurs, aux changements de décors, aux moments forts du spectacle. On observe un jeu de lumière qui représente la lune et le soleil, ce qui permet d’observer le temps qui passe tout au long de la pièce, lui apportant du réalisme. La lumière que l’on qualifiera ici d’artificielle pour l’intérieur, change d’intensité selon la scène jouée. Vive ou au contraire tamisée, elle donne de l’intimité à la scène, permettant d’inclure le spectateur qui a alors l’impression d’être doucement mêlé à la scène et de prendre parti pour l’un ou l’autre personnage. La lumière accompagne les crises que les différents couples traversent. C’est comme une sorte de rythme qui se répète, parfois coupé par l’accentuation d’une scène, comme lorsque Esther brûle la lettre de François : la seule lumière présente est la flamme, qui apporte un effet plus filmique que théâtrale. La lumière orangée de la flamme éclaire le visage d’Esther nous plongeant dans une intimité profonde avec le personnage.

Concernant le son, nous avons constaté qu’il n’y avait pas de bruits artificiels, seulement les bruits émis par les comédiens. Cela enlève cette distance théâtrale qu’il peut y avoir entre le spectateur et le personnage. L’autre type de son que l’on a pu relever est la présence de musique, elle sert ici la pièce puisqu’elle est directement intégrée à la mise en scène, cela nous renvoie à un acte banal. La musique nous transporte dans un univers familier, on peut s’identifier rapidement aux personnages et s’imaginer danser avec eux. Le son a alors un rôle de proximité.

Nos Serments, Julie Duclos

Par Océane LEBRETON, Morgane LE POTTIER, Agathe GERMON, Raphaëlle CAROFF et Simon CAUDAL

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« Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire, Près de l’époux perfide et qui fut son amant, Semblait lui réclamer un suprême sourire Où brillât la douceur de son premier serment » (Baudelaire, « Dom Juan aux enfers » 1857). Molière, Baudelaire, Eustache, Barthes… Les serments que l’on se fait à soi-même lors de nos relations amoureuses, ces promesses solennelles, utopiques, sacrées, sont une source de questionnement sans fin. Que cela soit au cinéma dans « Mon Roi » de Maïwenn (2015), dans « Les amours imaginaires » de Xavier Dolan (2010) ou dans la littérature avec « Heureux les heureux » de Yasmina Reza (2013), cette réflexion, très développée dans les années 1970, est loin d’être tombée en désuétude. Dans la pièce de Julie Duclos, on découvre trois visions des relations amoureuses au travers de trois femmes, liées par leur histoire avec un même homme, incarnation de l’amour alternatif, rejetant la dichotomie du couple. Tour à tour on se trouve face à de grandes questions, peut-on aimer deux personnes à la fois ? Peut-on accepter que son compagnon désire une autre femme ? Peut-on vivre sa vie amoureuse librement sans s’attacher ..?

Ces différentes rencontres amoureuses se déroulent dans un décor simple mais efficace : un appartement lambda de jeune adulte parisien. Les costumes quant à eux sont inexistants, chaque personnage est habillé de vêtements urbains classiques comme si les acteurs ne s’étaient pas changé avant d’entrer en scène, ce qui permet au spectateur une identification plus facile au personnage.

Inspirée de « La maman et la putain » de Jean Eustache, la liaison avec le cinéma ne s’arrête pas là, le spectateur fait face à un singulier entre deux rarement exploité au théâtre, le décor ressemble à un plateau de tournage avec ses projecteurs et ses pans de cloisons et la pièce est ponctuée de scènes filmées, projetées sur un écran. Cet écran central instaure un clair-obscur sur la scène, révélant l’intime des personnages, l’absence de raison dans les sentiments, leur impossible contrôle.

Avec les improvisations et cette liberté de jeu, l’interprétation des acteurs est assez déroutante.

D’abord, l’exagération évidente de la crise de couple, entre  Maëlia Gentil et David Houri, puis un naturel captivant d’Alix Riemer et Magdalena Malina, et enfin une ironie inattendue de Yohan Lopez.

Tags: Théâtre

5 septembre 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Le Misanthrope

Compte-rendu du spectacle présenté au Lieu Unique en Mars 2014 (par des étudiants de A1)

Présentation de l’auteur et du metteur en scène

Par Antoine Dehillerin, Paul Gardette, Florian Bauchart, Arthur Follenfant

Illustration par Antoine Dehillerin, Paul Gardette, Florian Bauchart, Arthur Follenfant

Illustration par Antoine Dehillerin, Paul Gardette, Florian Bauchart, Arthur Follenfant

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière était un acteur, dramaturge et metteur en scène français. Né en 1622 à Paris il  fît ses études chez les jésuites avant d’étudier le droit à Orléans. Directeur d’une troupe de théâtre, Molière est avant tout un auteur comique.

Avec l’aide de Madeleine Béjart, il créa L’Illustre-Théâtre qui fut un échec en raison de ses nombreuses dettes. Il quitte alors Paris pour la province où il y restera treize ans. En 1658, il revient à Paris jouer Nicomède et le dépit amoureux devant le Roi. L’année suivante, il jouera Les précieuses ridicules qui lui apportera la célébrité et la reconnaissance du Roi Louis XIV ; Molière obtient alors de la part du Roi la salle du Petit-Bourdon puis celle du Palais Royal.

Molière fait rire la cour de France par ses comédies, mais bon nombre de ses pièces lui valent la censure et provoquent des scandales tels que Tartuffe joué en 1664  et Dom Juan en 1665. En effet les dévots se sentent visés et font pression sur le Roi pour interdire ces pièces. Cependant Molière continue de bénéficier des faveurs du Roi et créé alors Le Misanthrope (1666), Le Bourgeois Gentilhomme (1670), L’Avare (1668), Les Fourberies de Scapin (1671) et Les Femmes Savantes (1672).

Atteint de la tuberculose, Molière meurt sur les planches en 1673 lors de la quatrième représentation du Malade Imaginaire.

Durant sa vie, Molière connut à la fois le succès aussi bien que l’échec total, autant aimé et détesté en son époque, il a aujourd’hui sa place au sein du Panthéon des plus grands écrivains français.

Jean-François Sivadier né en 1963 est un comédien, auteur et metteur en scène de théâtre. Ancien élève de l’école du Conservatoire du Mans et de l’école du Théâtre National de Strasbourg, il travaille d’abord comme comédien. Proche de Didier-Georges Gabaly, il joue dans plusieurs de ses spectacles mais aussi sous la direction de Jacques Lassalle, Laurent Pelly ou d’autres.

En 1997, il passe à l’écriture et monte Italienne avec orchestre. S’ensuit alors une série de spectacles au Théâtre National de Bretagne. Inspiré par Oscar Wilde et Shakespeare, J-F Sivadier livre une nouvelle version du Mariage de Figaro de Beaumarchais sans pour autant altérer le sens et la portée de l’œuvre.

Après une entrée dans le monde du Théâtre, il est régulièrement metteur en scène à l’Opéra de Lille. Depuis 2004, J-F Sivadier monte un opéra tous les deux ans dont Madame Butterfly de Puccini, Les Noces de Figaro de Mozart et Carmen de Bizet. En 2011, il est invité au Festival d’Aix- en-Provence pour monter La Traviata de Verdi.

Attiré depuis toujours par le théâtre de Molière, J-F Sivadier monte pour la première fois Le Misanthrope

Intemporel

Par Margaux CHAILLOUX, Marie DARRAS, Agathe CHUPIN, Antoine MAURAIS, Jérôme GALLAIS

Illustration par Margaux CHAILLOUX, Marie DARRAS, Agathe CHUPIN, Antoine MAURAIS, Jérôme GALLAIS

Illustration par Margaux CHAILLOUX, Marie DARRAS, Agathe CHUPIN, Antoine MAURAIS, Jérôme GALLAIS

Cette pièce de théâtre, écrite par Molière en 1665, met en scène Alceste, un homme misanthrope. Celui-ci est amoureux de Célimène malgré son idéologie. En effet, elle représente tout ce qu’il déteste du genre humain. Elle est hypocrite, commère, manipulatrice et mise tout sur l’artifice. Nous allons tout d’abord parler du texte original de Molière, puis de l’adaptation qu’en a fait le metteur en scène.

L’œuvre de Molière est constituée de phrases longues et laborieuses qui, pour un public du XXIe siècle est difficile à assimiler. Ceci est dû au fait que l’intégralité du texte est rédigé en alexandrins. De plus, le langage utilisé est soutenu avec un vocabulaire du XVIIe siècle. L’histoire racontée est tout de même intemporelle et malgré ce langage, il reste compréhensible et il est facile de s’identifier aux personnages. Même dans notre société actuelle, l’hypocrisie est très présente : plaire aux autres et commérer, peut permettre encore aujourd’hui de gagner en popularité pour gravir l’échelle sociale. Les répliques sont très longues ce qui représente une prouesse technique pour les acteurs. Avant d’arriver à terme, bons nombres de détours sont utilisés liés à la présence d’alexandrins. Cette manière d’écrire contraint les acteurs à forcer sur la prononciation et l’articulation pour marquer les diérèses. Les alexandrins et les rimes qui le composent, représentent une contrainte dans la tournure des phrases et l’ordre des mots.

Le metteur en scène Jean-François Sivadier, a fait une adaptation très fidèle au texte de Molière. Cependant, si des parties avaient été retirées, cela n’aurait pas gêné la compréhension de la pièce. L’ajout d’une introduction en alexandrins a permis d’exposer les règles de respects soumises par le spectacle (arrêt du téléphone et ne pas prendre de photos) et d’enchaîner avec le texte de Molière. Malgré un départ contemporain, avec un vocabulaire qui s’y prête et la musique de the Clash, le metteur en scène n’a pas continué sur cette lancée … en tout cas, en ce qui concerne le texte. Cette musique fait une réapparition dans la pièce, obligeant l’acteur à parler en Anglais, ce qui peut surprendre et notifie la dimension internationale de la culture Anglo-Saxonne. Par le biais du Rock’n Roll l’idéologie révolutionnaire du personnage principal n’en est qu’amplifiée. Certaine répliques sont chantées, ajoutant un rythme supplémentaire à celui des alexandrins.

Malgré sa fidélité au texte de Molière,  Jean-François Sivadier a su ajouter des touches contemporaines. Aux vues de l’introduction, nous nous attendions à une adaptation plus contemporaine de moins fidèle au texte de Molière. Néanmoins, les décors et les costumes étaient à la hauteur de nos attentes de « modernité ».

« Mise en rock »

Par Paul JEANNINGROS, Marion PILLET, Antoine BRACHET, Elena STEVANT
Illustration par Paul JEANNINGROS, Marion PILLET, Antoine BRACHET, Elena STEVANT

Illustration par Paul JEANNINGROS, Marion PILLET, Antoine BRACHET, Elena STEVANT

Les comédiens dirigés par Jean-François Sivadier nous installent dans l’univers de l’auteur du Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux avant même que la représentation ne commence. En effet, c’est en alexandrins que l’un d’eux nous invite à éteindre nos téléphones portables et à ne pas prendre de photos avant de commencer le spectacle. Il sollicite ensuite un spectateur du premier rang qui tiendra un rôle au début du spectacle. Effectivement, il sera le sujet de plusieurs répliques, soulignant ainsi le choix du metteur en scène d’interagir avec la salle. Cette volonté va être également perçue par les allées et venues d’Alceste dans l’assistance et aussi dans la façon où les comédiens dirigent leurs propos vers eux alors que leurs répliques sont initialement destinées aux acteurs sur scène.

Les « Clash » en scène d’ouverture nous montre directement une interprétation rock, dynamique, rythmée et pleine d’humour qui s’observe déjà dans la gestuelle des comédiens.

Jean-François Sivadier a conservé le texte original de la pièce de Molière. Les comédiens sont donc confrontés à sa composition en alexandrins, une des particularités de cette comédie. Cette caractéristique oblige ceux-ci à prononcer les diérèses ce qui peut compliquer la compréhension du texte. Ainsi, les répliques s’enchaînent avec des changements de tons fréquents et des gestuelles excentriques parfois même caricaturales, comme pour le personnage de Doronte et ses mouvements de cheveux, laissant naître des personnages ambivalents et instables. Alceste en est un très bon exemple. En effet, celui-ci nous propose deux polarités : celui du début, le «misanthrope», et celui de l’Acte II scène 1, l’«amant jaloux». De plus, Alceste est un personnage hyperbolique. Toujours dans l’excès, il se joue du langage et de l’excentricité de son comportement. C’est le personnage emblématique des partis pris de jeu et d’interprétation du metteur en scène.

Dans cette mise en scène contemporaine Jean-François Sivadier fait des choix surprenants. En effet,  il décide de faire intervenir les comédiens au milieu de la pièce pour annoncer un entracte qui sera ensuite annulée quelque secondes plus tard. De plus, il a jugé bon de rendre les coulisses apparentes ce qui explique le fait que les acteurs soient rarement hors de la scène. Néanmoins, pour cette raison, quand ceux-ci sont sur l’arrière-scène il nous est difficile de savoir s’ils incarnent toujours leurs personnages ou non. Enfin, il a parfois choisi de faire incarner deux personnages à ses acteurs. Effectivement, Cyril Bothorel, interprète le rôle d’Oronte et d’un garde, Vincent Guédon, Philinte et Du Bois (le valet d’Alceste) et Christèle Tual, Arsinoé et Basque (le valet de Célimène). Cependant, cela ne gêne pas forcément la compréhension de l’œuvre puisque le deuxième personnage est mineur.

Décors/ Accessoires / Costumes

Par Andréa ROYER, Clémence JONNOT, Jocelin VERGA, Charline HAVART

Illustration par Andréa ROYER, Clémence JONNOT, Jocelin VERGA, Charline HAVART

Illustration par Andréa ROYER, Clémence JONNOT, Jocelin VERGA, Charline HAVART

Dans cette pièce du Misanthrope mise en scène par Jean-François Sivadier, le décor est très riche et donne envie d’être admiré, il donne vie au spectacle et appuie le jeu des acteurs.

Une multitude de paillettes dorées et noires couvrent la scène, rendant l’atmosphère particulière.

On peut y observer l’accumulation de chaises disposées de manière chaotique les unes sur les autres, ou ordonnées pour permettre de s’y asseoir. Dans le fond, des tables sont disposées, elles possèdent plusieurs utilités, se maquiller, se coiffer, elles servent également à la pièce pour des réunions entre les personnages, telles que des banquets, des discussions ou des chants. Ces tables sont par moment comme des coulisses pour les acteurs ; coulisses visibles par le spectateur.

Pour représenter les lumières de l’époque, des chandeliers sont présents et donne une  atmosphère tamisée. L’éclairage offre une lumière parfois jaunâtre pour cet effet tamisé et parfois bleuâtres pour un effet nuit se reflétant sur des rideaux « de soie » disposés en arrière plan et sur le ballon blanc qui pourrait correspondre à un lampadaire.

Les fontaines, sur la scène, aident à comprendre les moments où les personnages se trouvent dans les jardins. Celles-ci sont illuminées et tournent sur elles-mêmes en même temps que la musique.

La musique a également sa place car on trouve sur la scène, un tourne disque, un mégaphone et une cymbale qui sont utilisés pendant la pièce par les personnages.

Dans cette pièce, les accessoires sont omniprésents, ils ne font pas partie du jeu du Misanthrope, mais sont une mise en scène choisie par Jean-François Sivadier.

Pour cette nouvelle interprétation les chaises sont en effet un parti pris important. Elles sont utiles aux acteurs qui jouent avec, les lancent, les lâchent, les jettent ou s’assoient tout simplement dessus.

Le plateau est recouvert de cendres et de paillettes. Afin de changer d’actes, les acteurs balayent la scène. Les balais, en les montrant au spectateur, deviennent des accessoires du jeu de scène.

Un carrosse fait d’un chariot, de chaises, de tissu rouge et d’une lampe, souligne l’arrivé de la femme aristocratique habillée de rouge.

Un drap blanc permet de séparer des parties différentes du plateau. Les acteurs jouent avec et le déplacent en fonction des scènes et des actes. Vers la fin de la représentation, Alceste, le personnage principal, l’arrache et le met sur sa tête, il court, il danse avec.

L’ensemble des accessoires et du décor donne un esprit salon très présent au siècle des Lumières. Cela correspond totalement au thème de la pièce.

Au cours du spectacle, nous constatons que les vêtements parlent avec les personnages.

En effet, chaque acteur porte un costume et des accessoires distinctifs par leurs formes, leurs textures, leur style ou leurs couleurs.

Les vêtements et leurs textures nous permettent de contextualiser la scène et le milieu social dans lequel les personnages évoluent. Les robes à corset ainsi que les pourpoints sont fait de matières nobles telles que le velours ou le satin.

Les effets brillants, satinés et moirés de ces étoffes, peuvent nous évoquer l’artifice et ainsi l’hypocrisie des personnages.

L’extravagance des couleurs des costumes amène également un aspect burlesque à la pièce.

Le personnage d’Alceste se marginalise par le port de vêtements plus sombre que les autres protagonistes. Il est également le seul à ne pas être coiffé ou à ne pas porter de perruque. Le port de son kilt contraste radicalement avec le style des autres costumes et souligne son opposition aux conventions et au paraître.

Éclairages / Son

Par Léo Bousique, Isaac Galtier, Alexandre Pineau, Clémence Pujol

Illustration par Léo Bousique, Isaac Galtier, Alexandre Pineau, Clémence Pujol

Illustration par Léo Bousique, Isaac Galtier, Alexandre Pineau, Clémence Pujol

La lumière et le son, comme dans la plupart des représentations théâtrales, sont deux éléments majeurs dans la mise en scène. En effet, du côté de la lumière, il sert à orienter le regard du spectateur, traduire des émotions et dévoiler, ou non, ce qu’il y a à voir sur scène. Tandis que pour le son, il situe les acteurs dans le temps et dans l’espace. Philippe Berthomé, assisté de Jean-Jacques Beaudoin se sont chargés de l’éclairage et du son pour cette version du Misanthrope.

Dans un premier temps, notre attention s’est portée sur l’installation au sol composée de plusieurs matériaux tels que des paillettes et des morceaux de plastique. Ce choix d’installation nous a intrigué, ce qui devait être le but recherché. Par la suite nous avons pu comprendre que ce dispositif cherchait à traduire une atmosphère superficielle à l’image de ce que combat le misanthrope.

Par ailleurs, il nous a semblé intéressant de comprendre le jeu de lumière qui participait à la pièce et pourquoi était-il mis en place. Il est vrai que la lumière prend en compte l’évolution de l’environnement afin d’illustrer le temps qui passe. Initialement, lors de représentations plus classiques, le rideau se fermait à chaque fin d’acte dans le but de montrer le changement de temps et/ou de lieu. Ici, tout autour de la scène, des rideaux éclairés ondulaient et reflétaient la lumière. Ce mouvement traduisait, selon nous, la durée et la succession des événements chronologiques de la pièce.

Nous avons également remarqué l’attention que portait le scénographe aux détails et tout particulièrement sur les éléments de décors tels que le lustre constitué de chaises ou encore les fontaines et le chariot. Ces trois éléments, ornés de lumière sous forme de petites ampoules, ajoutaient des pointes de luminosité nous plongeant ainsi chez quelqu’un, dans l’intimité d’un personnage.

Quant à l’organisation des acteurs dans l’espace, cette mise en scène du Misanthrope est audacieuse car le scénographe a pris le risque de dévoiler les acteurs en coulisse au second plan. En effet, les personnages ne jouant pas, restaient au second plan assis autour d’une table, éclairés par des lampes de salon. Nous en déduisons que le scénographe a souhaité évoquer une unité entre tous les personnages dans l’espace.

Dans un second temps, le son a aussi son importance dans la pièce même si celui-ci était moins présent.

Tout d’abord, le début de la pièce est introduit par une musique contemporaine, « Should I Stay Or Should I Go » interprété par The Clash, qui replace la scène dans notre société. Force est de constater que ce choix  correspond pleinement au personnage facilement irritable. Néanmoins, la diffusion de l’œuvre symphonique de Lulli, contemporain de Molière, rappelle tout de même que la pièce d’origine datait du XVIIe.

Par ailleurs, puisqu’il s’agissait d’une pièce de théâtre, les acteurs ne disposaient pas de micro si bien qu’ils devaient s’exprimer de manière à ce que tout le monde les entendent, ce qui accentuaient parfois l’aspect comique de leurs interprétations. Effectivement leurs jeux étaient ponctués de cris, de chants, d’onomatopées, dynamisant le rapport spectateurs-acteurs. Nous avons ainsi constaté que le son était au service de l’interprétation.

« Qu’est-ce que la théâtralité ? C’est le théâtre moins le texte, c’est une épaisseur de signes et de sensations qui s’édifient sur la scène à partir de l’argument écrit. »  Roland Barthes illustre parfaitement notre propos. Lumière et son sont des éléments extérieur au texte qui nous installent dans une atmosphère et nous guident jusqu’à la fin de la pièce car ils sont complètement engagés dans la scénographie et ne peuvent être absents tout particulièrement dans une pièce ancienne comme le Misanthrope.

Le Misanthrope : paradoxe d’un classique revisité de façon moderne

Par Katell GÉRARD, Maëva AZEMAR, Ophélie MOREAU, Emilie BETHUNE

Illustration par Katell GÉRARD, Maëva AZEMAR, Ophélie MOREAU, Emilie BETHUNE

Illustration par Katell GÉRARD, Maëva AZEMAR, Ophélie MOREAU, Emilie BETHUNE

Le Misanthrope de Molière est aujourd’hui mis en scène par Jean-François Sivadier, associé au théâtre national de Bretagne. Ce dernier, également auteur et acteur, ajoute à ce grand classique un côté moderne où se côtoient musique rock et costumes extravagants. Ce premier paradoxe entre classique et contemporain se reflète dans le personnage d’Alceste tiraillé entre deux choix, haïr le genre humain et refuser le monde du paraître de la cour ou succomber à son amour pour Célimène.

Le jeu des personnages avec des traits exagérés et une gestuelle poussée participe au comique de la pièce. Le ton des personnages se veut outrancier et le jeu plutôt ridicule, à l’inverse du ton dramatique qui avait été donné à cette pièce à partir du 18è siècle par les philosophes des Lumières et qui faisait d’Alceste un personnage droit et estimable. Avec cette approche, on retrouve donc une mise en scène dynamique proche de celle de Molière, qui lorsqu’il jouait lui-même son personnage s’en moquait ouvertement.

Le décor constitué d’éléments modernes rappelle cependant le 17è siècle avec ses inspirations des jardins de Versailles, on peut prendre pour exemple le grand lustre constitué de chaises retournées. Ce décor offre cependant de la nouveauté, en effet tous les changements de scène s’effectuent sous les yeux des spectateurs, ainsi le décor évolue et il n’y a pas de rupture dans l’histoire. On peut également noter le fait que les coulisses soient visibles en permanence    ; on retrouve là une habitude de Jean-François Sivadier où les personnages qui ne jouent pas dans la scène restent à l’arrière plan, souvent attablés ensemble. Un autre élément fort de ce décor est le parterre de paillettes noires qui semble à la fois symboliser le brillant de la société autant que les cendres du genre humain, ce qui illustre encore une fois le dilemme d’Alceste.

Au final, on se rend compte que cette pièce que Molière a écrit comme une comédie a une visée morale où chaque personnage finit par être puni ou ridiculisé pour son côté malhonnête ou déraisonnable. Il est à noter que le sujet abordé dans cette pièce (écrite il y plus de trois siècles), à savoir la protestation contre le paraître et la critique de la malhonnêteté des gens, reste d’actualité dans notre société moderne. Cela permet au spectateur de s’immiscer plus facilement dans l’histoire malgré un texte en alexandrins qui, imposant un rythme et des prononciations inhabituels, est parfois difficile à comprendre.

En conclusion, (malgré un cadre quelque peu inconfortable au niveau de la salle) la vision de cette pièce détonne et apprend, ou réapprend, à regarder ce classique d’un œil légèrement différent.

Tags: Théâtre

5 septembre 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Passim (Noces et Banquets)

Compte-rendu du spectacle présenté au Lieu Unique en janvier 2014 (par un groupe d’étudiants de A1)

François Tanguy, la continuité du désordre

Par Caroline Block, Capucine Gorenbouh, Gaël Hillion, Thomas Herbreteau, Clémentine Rouzier
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Illustration par Caroline Block, Capucine Gorenbouh, Gaël Hillion, Thomas Herbreteau, Clémentine Rouzier

Depuis sa création et plus précisément depuis 1982, date où François Tanguy devient le metteur en scène, le Théâtre du Radeau s’efforce de proposer des scènes à la fois lyriques, symphoniques et poétiques. En effet, François Tanguy s’inspire de textes et de pièces antérieures, et il en ressort à chaque œuvre un véritable renouvellement dramaturgique. C’est ainsi que François Tanguy et la troupe du Théâtre du Radeau offrent au spectateur des représentations qui confondent plusieurs disciplines, telles que la danse, la littérature, la musique ou encore les arts plastiques. Le spectateur assiste à une sorte de peinture mouvante, où gestuelle et décor se confondent, laissant place à une agitation perpétuelle. La déconstruction du décor, les textes mythologiques et poétiques sont une véritable marque de fabrique chez François Tanguy.

Acteur prédominant du théâtre contemporain européen, ce dramaturge transforme les normes théâtrales en œuvres tout à fait originales. Ce style particulier, qui brise les codes de la scène est devenu un procédé remarquable dans la quasi-totalité des pièces du Théâtre du Radeau. François Tanguy fait tout simplement résistance au formalisme théâtral. Cela peut être l’exemple de la création Onzième (2011), Ricercar (2007), Les Cantates (2001) et Coda (2004). Passim, créé le 7 novembre 2013, s’inscrit donc dans la continuité du désordre ; un monde dans lequel règne fiction, corps disloqués, ombres et lumières intrigantes. Un monde qui laisse place à l’imagination du spectateur qui se doit de dompter cette atmosphère déstabilisante et cet espace sombre et mouvant. Ces œuvres, si confuses au premier abord, se révèlent être de parfaits exemples de rigueur et de minutie.

Ce qui définit véritablement le théâtre de François Tanguy est qu’aucun élément ne prime sur un autre, le texte n’est pas plus important que le décor ou la musique, et la musique n’est pas plus importante que le reste. C’est l’entrecroisement de ces éléments qui forment un tout et qui, avec subtilité, font naître un univers d’émotions.

Passim, un poème imaginaire

Par Alexis Rhetiere, Adrien Milcent, Aurélien Lutton, Clément Lemiere, Alix Bourreau
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Illustration par Alexis Rhetiere, Adrien Milcent, Aurélien Lutton, Clément Lemiere, Alix Bourreau

Passim est un poème visuel et sonore composé de scénettes. Le réalisateur nous fait voyager dans l’inconscient par l’utilisation de procédés narratifs différents. Ainsi plusieurs disciplines artistiques sont mélangées, et toutefois liées grâce à un mouvement de masse tout au long du spectacle. Il y a de la danse, du chant, un jeu d’ombres chinoises, du théâtre. De plus, les textes choisis, de registres différents, d’époques différentes et de langues différentes, sont en désaccords avec le jeu des acteurs. Le spectateur interprète alors ce qu’il voit et entend à l’aide de ses connaissances et de son imagination, mais rassurez-vous, même les plus experts en matière de littérature ne pourront suivre la pièce sans une once d’imagination. Prenons comme exemple La vie est un songe de Pedro Calderon de la Barca, l’un des 15 fragments d’œuvres présents dans la pièce. Ce fragment de texte vient d’une pièce de théâtre espagnole dramatique, dont le thème central de l’histoire est la manière dont le destin rattrape les personnages. Tout en gardant la version originale du texte, François Tanguy fait une mise en scène absurde, le personnage reprend les codes de Don Quichotte et déclame son texte tout en tombant lentement de son cheval au fur et à mesure de sa diction. Le texte en espagnol n’est pas réellement audible à cause de jeux sonores, accentuant l’indifférence accordée au texte. Les personnages sont en groupes et interagissent entre eux, ils changent de rôle constamment, et peuvent devenir femme ou homme d’une scène à l’autre, ce qui offre un dynamisme, un mouvement perpétuel à la pièce et en constitue le fil conducteur dont l’interprétation et la compréhension dépend du spectateur et de chaque individu. Pour certains ce sera la tristesse, alors que pour d’autres, la famille ou même l’amour. Mais l’important pour le réalisateur n’est pas le contenu des textes mais plutôt la forme. Les fragments de textes choisis par François Tanguy sont dus au choix d’œuvres qui lui tiennent à cœur. Dans ce grand chaos permanent, le texte incompréhensible et le rythme de jeu des acteurs permet d’illustrer la poésie en tant que telle.

De temps en temps saccadé, mélancolique, triste puis mélodieux, engagé et passionné, le concept de mise en scène proposé par François Tanguy nous embarque dans un brouhaha organisé et mêlé de connaissances littéraires pointues, résultat d’une réflexion globale, qui nous invite à rêver en nous faisant basculer dans l’univers de l’imagination.

[Sans titre]

Par Simon CHAUVEL, Etienne DOURY, Baptiste LICHTENBERGER, Robin de NADAI, Paul BURGOS
illustration par Simon CHAUVEL, Etienne DOURY, Baptiste LICHTENBERGER, Robin de NADAI, Paul BURGOS

illustration par Simon CHAUVEL, Etienne DOURY, Baptiste LICHTENBERGER, Robin de NADAI, Paul BURGOS

La pièce « Passim », qui signifie « ça et là » a été mise en scène par François Tanguy. Il est réputé pour créer des pièces innovantes, plus proches de la performance ou encore de l’opéra que du théâtre classique. Passim est une expérience unique, nous amenant à prendre du recul par rapport au spectacle qui nous est proposé. Notre rôle sera d’analyser le jeu et l’interprétation des comédiens. Nous donnerons une analyse globale de ce thème, puis nous aborderons l’interaction des acteurs avec leur environnement et enfin nous verrons comment tout cela permet de faire régner une certaine confusion.

De nombreux acteurs étaient présents sur scène. Le spectacle étant constitué de plusieurs scénettes, sans rapport direct les unes envers les autres, les acteurs changeaient régulièrement de rôle. Ce changement inclut parfois un changement de costume et de sexe. Nous avons deux types d’interprétations bien distincts. Premièrement, de longs monologues déclamés, parfois dans des langues étrangères et inexactes. On a pu voir au travers des différentes scènes de nombreuses figures emblématiques, comme Napoléon ou Hercule. Deuxièmement, des scénettes présentant de nombreux acteurs, occupant de manière très dynamique l’ensemble de l’espace scénique.

Nous avons pu voir les acteurs interagir avec de nombreux éléments du décor. Parfois des accessoires (cheval, canapé, épée) mais aussi des pans entiers du décor. Ainsi, les acteurs avaient également un rôle de technicien. Un mouvement perpétuel était présent sur scène. De plus, un cadre était présent devant la scène et il sera parfois dépassé par les acteurs. Les costumes arborés par ces derniers, pouvaient être des plus somptueux aux plus brouillons. Enfin, une relation était entretenue entre les comédiens et le son, comme s’ils tentaient d’illustrer le son diffusé lors d’une scène. Nous avons pu les voir chanter en playback et gesticuler dans un brouhaha ponctuel.

Le jeu des comédiens proposait donc trop de choses pour être comprises (mouvement, décors et époque changeante, langues étrangères…). Cela nous amène à penser que telle en était la volonté du metteur en scène. La confusion régnant sur scène nous amène à prendre du recul par rapport au spectacle proposé.

Finalement, le jeu des acteurs nous amène à voir « Passim » non pas comme une pièce de théâtre classique mais plutôt comme un concept sensoriel et dépaysant.

Décors composites, pour une scénographie en mouvement

Par Raphaëlle Bègne, Julie Bigot, Anne-Solenne Lasseuguette, Clara Launay, Romane Lecué.

Illustration par Raphaëlle Bègne, Julie Bigot, Anne-Solenne Lasseuguette, Clara Launay, Romane Lecué.

Illustration par Raphaëlle Bègne, Julie Bigot, Anne-Solenne Lasseuguette, Clara Launay, Romane Lecué.

Dans ce spectacle scénographié par François Tanguy, le spectateur est de suite plongé dans un univers déroutant. Volontairement le spectateur est vite perdu, aussi bien dans ses repères spatiaux que dans la chronologie narrative. Ainsi le décor change à la vue du spectateur, en quelque sorte il est chorégraphié, jouant un rôle à part entière dans ce spectacle. Des panneaux, des portes entremêlées constituent le décor formant un tableau aux évocations cubistes. Ces entrelacs de planches créent un espace tout en profondeur fait de fausses perspectives que les comédiens, par leurs jeux, revisitent, déstructurent et recomposent sans cesse. Un mouvement, une dynamique se créent sous nos yeux dans la hauteur et la profondeur de la scène. Dans Passim les comédiens sont les techniciens du décor, ils adaptent celui-ci en fonction des scènes. Ils construisent eux-mêmes leur décor en déplaçant les divers panneaux. Cependant malgré cette mobilité du décor, les matériaux de celui-ci restent les mêmes tout au long du spectacle.

Par cette scénographie, François Tanguy transforme ses acteurs en de purs « encadreurs – décadreurs » de l’espace de jeu. Il en ressort un théâtre qui se construit tout en brouillant les repères du spectateur. Le scénographe donne à voir ce qui d’habitude ne se voit pas au théâtre : l’installation des décors notamment. C’est un théâtre aux multiples propositions visuelles dans lequel le regard attentif du spectateur est sollicité.

Les tables sont utilisées pour le banquet, en guise de praticables, de séparations. L’espace, le temps, et le décor, dans lesquels s’inscrit la pièce, sont neutres, sans repères de date, ni de lieu : ce qui contribue à perdre le spectateur dans ses repères habituels. Celui-ci ne sait pas si cela se passe en intérieur ou en extérieur. Il est séparé de la scène, comme mis à distance par un cadre qui sert ici de 4ème mur. La scénographie repose également sur l’utilisation de projections numériques suggérant la forêt, cela crée un effet visuel esthétique. Les ombres chinoises offrent une certaine poésie à cette pièce tumultueuse.

Les costumes dans le spectacle sont très présents. Ils représentent des époques diverses. Ils montrent ainsi des taches de couleurs, telle la palette chromatique d’une toile. On peut remarquer que les comédiennes se changent sur scène donnant ainsi l’illusion de jouer avec des marionnettes. Les costumes permettent aux comédiens de changer de rôle ou même de sexe. A noter également la présence de nombreux accessoires, tous venus d’époques différentes, comme des épées, un cheval, un fusil, une radio complétant ce spectacle en perpétuelle évolution où tout bouge continuellement !

En écho au caractère « multi-sources » du texte et de la musique, la scénographie de François Tanguy se révèle elle aussi toute aussi composite au service d’un « théâtre » de forme plus que de sens. Ce choix laisse à voir et à entendre quelques beaux moments visuels mais n’évite pas l’écueil d’un spectacle à l’unité difficilement perceptible où le spectateur peut vite être perturbé.

Passim – Son et Lumière

Par Tristan Lallemand, Marie Humez, Camille Renard, Raphaël Mascia, Mathilde Pointeau
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Illustration par Tristan Lallemand, Marie Humez, Camille Renard, Raphaël Mascia, Mathilde Pointeau

Dans cette pièce intitulée Passim (noces et banquet) nous avons choisis de travailler sur le thème de l’éclairage et du son. Nous avons retenu le fait que l’éclairage et le son soient des éléments disparates. En effet, ces éléments sont très différents selon les scènes qu’ils accompagnent.

Tout d’abord, nous avons constaté que la lumière est souvent amenée sur scène depuis les côtés ainsi que depuis des spots cachés dans les décors. Les spots soulignent les visages grâce à une lumière chaude et tamisée où l’absence de son amplifie l’importance de la pensée du personnage, la solitude des soliloques ou encore la tragédie de la scène. On peut citer comme exemple la scène d’ouverture dans laquelle la seule lumière est un léger spot latéral qui déclenche l’ambiance lugubre et angoissante. La lumière souligne les traits du visage du personnage qui évolue dans un environnement sombre et silencieux. Elle accompagne le monologue d’ouverture de la pièce.

Au contraire, certaines scènes sont éclairées à l’aide d’importants néons de lumière plus froide qui mettent en valeurs l’ensemble des décors. Ces scènes plus éclairées sont généralement accompagnées de musiques d’opéra d’un volume élevé qui peuvent être chantées par les comédiens comme par exemple « Invitation to the dance » de Arturo Toscanini weber qui met en avant une scène comique de danse. La musique peut donner un ton ironique aux scènes de valses ou de banquets. Nous retrouvons ce même humour lors du discours en allemand prononcé par l’un des acteurs.

De plus, dans cette pièce, les acteurs ne sont pas les seuls à produire un discours. À plusieurs reprises c’est une véritable cacophonie qui s’opère. Le mélange de bandes sonores, des répliques et du bruit produit par les déplacements de décor crée une sensation de flou et d’incompréhension chez le spectateur. L’intention est sans doute de mettre en avant de la folie ainsi que des scènes mouvantes et éclatées.

Nous avons donc observé un contraste entre les scènes de mouvements, très éclairées et bruyantes ; et les scènes plus intimes, sans musique, et éclairées de lumière chaude. Nous avons également noté le jeu d’ombre présent tout au long de la pièce. Plus éloignées ou plus rapprochées que les acteurs, ces ombres donnent une autre dimension à la pièce. Finalement, le fait que la salle soit complètement plongée dans le noir accentue les effets de lumière et d’ombres. L’immersion est totale même si la pièce reste souvent incompréhensible.

Synthèse : pièce de théâtre « Noces et banquets »

Par Manon Pétrimaux, Alix Vignon, Astrid Vincent, Eva Poussier, Guillaume Crespin
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Illustration par Manon Pétrimaux, Alix Vignon, Astrid Vincent, Eva Poussier, Guillaume Crespin

Noces et Banquet, renommée « Passim » est une pièce de théâtre de l’ordre du spectacle, atypique en de nombreux points.

Tout d’abord par la simplicité de sa présentation, dans un décor neutre fait de récupérations et la mise en place du quatrième mur qui créée une certaine proximité avec le public. Mais aussi par de très nombreux changements de langues, de costumes, de musiques, de déplacements, de lumières qui créent une certaine cacophonie faisant voyager le spectateur, pas toujours dans la compréhension, volonté ou non du metteur en scène. En effet, on assiste à plusieurs scènes de différentes pièces célèbres, ainsi à différentes époques et dans différents lieux, pays. Le metteur en scène cherche surtout à reproduire une ambiance éveillant la sensibilité du spectateur, il s’agit surtout de la présentation de performances artistiques avant la présentation d’une pièce de théâtre. Ces différentes performances artistiques sont réalisées tant dans le chant que dans la chorégraphie, que dans la comédie, formant un fouillis méticuleusement mis en scène où chaque élément, indépendamment des autres, a son importance sans empiéter sur celle des autres, on retrouve ici le sens du titre « passim » qui signifie « ça et là » en latin.

Par ce choix atypique de François TANGUY, la mise en scène devrait intriguer et plaire aux spectateurs du fait de son originalité. Néanmoins, le spectateur est perdu et en vient à relâcher son attention malgré lui. En effet, il paraît important, pour s’attacher à ce spectacle, d’en saisir les subtilités telles que les différents extraits de pièces et la compréhension des langues. De ce fait, la pièce nous paraît donc ésotérique, inaccessible sans en avoir l’instruction.

Suite à cette incompréhension, l’œuvre paraît faire référence au mouvement de l’absurde par son refus du théâtre traditionnel (réaliste et psychologique), ses thèmes propres à l’attendre, au silence ainsi qu’à l’insignifiance et à la prolifération du langage qui témoignent de cette représentation si particulière.

Tags: Théâtre

17 avril 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Before your very eyes

Compte-rendu du spectacle présenté au Lieu Unique en janvier 2014 (par un groupe d’étudiants de A1)

Le miroir de l’autre et du temps

Par Camille THOMAS, Justine SUTEAU, Mégane COLLET, Amélie GALCÉRA et Pauline DILOSQUER

Illustration par

Illustration par Camille THOMAS, Justine SUTEAU, Mégane COLLET, Amélie GALCÉRA et Pauline DILOSQUER

Cette ultime pièce de théâtre d’une trilogie unique, est une co-production constituée de deux collectifs : CAMPO et GOD SQUAD. Le collectif CAMPO est un partenariat entre la maison de production « Victoria » et le centre d’art « Niewpoorttheater ».

« Victoria, » est un carrefour de production international et pluridisciplinaire où les comédiens font preuve d’expériences et d’essais.

De même, Niewpoorttheater est un centre d’art qui favorise l’expérimentation grâce à une identité culturelle qui s’appuie sur la société. La particularité de ce centre d’art est qu’il valorise un public large en le prenant pour témoin. C’est pourquoi en 2000 il décide de demander à des artistes de créer des spectacles considérés pour «adultes » mais joués par des enfants. Dès lors le collectif GOB SQUAD entre en scène en 2008. Cette offre faite par Campo va être pour les membres de Gob Squad un véritable défi vers un territoire qui leur était jusqu’ici inconnu, voir risqué. Ce groupe de comédiens néerlandais et britanniques créé en 1994, compte sept artistes : Johanna Freiburg, Sean Patten, Sharon Smith, Berit Stumpf, Sarah Thom, Bastian Trost et Simon Will . Ils travaillent ensemble sur la conception, la réalisation et la mise en scène de leurs propres pièces. Le groupe explore de nouvelles technologies de manière originale et étudie la vie quotidienne. Leur travail se veut incontestablement singulier et riche. Leur source d» inspiration majeure est la manipulation du temps. Ils aiment se produire dans différents endroits comme les gares, le métro, les maisons individuelles, les hôtels et le théâtre. Before your very eyes va être pour ce collectif, une pièce unique puisque c’est la première pièce dans laquelle ils ne sont pas sur scène. Les enregistrements ont commencé au début de l’année 2009 avec 14 enfants âgés de 7 à 12 ans et qui ont aujourd’hui 10 à 14 ans.

Durant 3 ans, les acteurs (enfants) sont interrogés sur eux mêmes et le spectacle prend forme grâce à leurs réponses. God squad n’occupant pas la scène, les enfants ont donc, à leur manière, représenté le problème du processus mental et physique du vieillissement chez l’enfant.

L’idée de cette pièce est d’imposer la théorie du 4ème mur c’est à dire le fait de faire abstraction du public. On joue avec l’ambiguïté de savoir si les personnages nous voient ou pas. Le spectateur est donc placé comme un observateur allant même jusqu’au voyeurisme.

Before your very eyes est une pièce profonde qui se joue des clichés du quotidien pour aller à l’essentiel. Elle place son spectateur face à une réalité et à des questions existentielles pour mieux le remettre en question.

Une leçon de vie

Par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Illustration par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Illustration par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Before your very eyes est une pièce anglo-allemande de registre pathétique. Elle met en scène sept personnages âgés de 11 à 16 ans. A notre arrivée, les acteurs sont déjà sur scène à discuter. Soit c’est une mise en scène, soit les acteurs n’ont aucune connaissance du public qui vient d’arriver. Chaque nœud de la pièce va être imposé par une voix-off à l’impératif. La pièce est réaliste. Elle est en néerlandais et anglais surtitrés. Le dialogue marche sur un jeu de questions-réponses. On peut se demander si le réalisateur n’a pas voulu créer une certaine distance avec l’usage de ces deux langues ou si l’usage de l’anglais n’a pas pour but une compréhension internationale. Parfois, il y a une liberté dans le texte, les acteurs discutent entre eux, mais ce dernier n’est alors pas traduit, tout comme les musiques. Seuls les éléments importants à la compréhension de la pièce sont traduits.

La couleur des textes traduits sur l’écran au-dessus de la mise en scène varie en fonction de la langue parlée. Nous pouvons nous demander si ceci n’est pas dans le but de distinguer une fois de plus les personnages, de la voix. Cette voix-off oblige les comédiens à grandir, elle marque les différentes étapes de leur vie en leur demandant « quel âge as-tu ? Que peux-tu faire à cet âge là ?» Cette pièce peut être mise en corrélation avec les télés réalités, aussi bien par la mise en scène que par la voix qui donne des instructions. On peut ainsi y voir une privation de liberté. Mais la voix peut aussi permettre au public de s’identifier à la pièce , elle pourrait être la représentation de notre conscience. Effectivement nous sommes amenés à nous demander « que vais-je devenir ? ». C’est une question qui nous intrigue mais devient récurrente au quotidien. Elle pourrait aussi être la représentation de notre inconscient en mettant les acteurs face à une vérité qu’ils ne veulent pas accepter.

Cette voix peut être en elle-même une caricature de la société en représentant une sorte de morale à respecter ou des codes à ne pas transgresser à un certain âge. Une autre forme de dialogue apparait, tel un flash-back. Il s’agit de la confrontation des acteurs devenus adultes ou jeunes adultes avec eux-mêmes alors qu’ils étaient enfants. Il s’agit d’une remise en question. Elle ne touche pas seulement l’acteur, le personnage, mais aussi le spectateur en le poussant à réfléchir peu importe son âge. Au début les acteurs sont assez pessimistes, mais avec l’âge, ils changent leur point de vue. C’est alors une prise de conscience de leur part mais aussi de la notre, en tant que spectateur.

Retour sur le destin

Par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Illustration par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Illustration par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Dès le début, on remarque que les enfants jouent avec une certaine spontanéité et simplicité qui pourraient laisser penser à de l’improvisation. Isolés dans une « boîte », ils ne prêtent pas attention à toutes les personnes qui les regardent. Jouent–ils leur propre rôle ? Le jeu en devient plus naturel, il est alors difficile de discerner si la pièce a déjà commencé ou si on observe simplement l’avant jeu. Cette ambiguïté entre le jeu et le comportement naturel sera d’ailleurs présente durant toute la pièce.

Le spectateur assiste à beaucoup de déplacements dans un petit espace, étroit et fermé ce qui favorise le contact entre eux. Ils bougent en permanence et occupent assez bien la pièce. Ce « désordre organisé » se construit par la danse, les déguisements, du maquillage … Ce qui donne une âme à l’endroit et aux personnages. Les « surtitres » deviennent souvent inutiles. Leurs gestes et attitudes suffisent à la compréhension.

On remarque que plus ils grandissent moins on ressent l’agitation de la jeunesse, ils iront même jusqu’à faire un retour en arrière, par une gestuelle, à la fin de la pièce exprimant ainsi la fin d’un cycle. A ce stade, la pièce prend une dimension triste et nostalgique, en annonçant la lenteur de la vieillesse et l’arrivée de la mort. En effet, la pièce est jouée pour montrer l’évolution du cours de la vie.

Le réalisme est présent dans la pièce car les acteurs n’ont pas de costumes de scène. Ils sont habillés comme tous les jours de façon simple. Par le biais d’un enregistrement vidéo des acteurs quelques années plus tôt, ces derniers se parlent à eux-mêmes. Ce processus entraine une ambiguïté sur la nature du jeu entre réalité et fiction. Cela rend le public perplexe.

Durant toute la pièce une progression dans le temps s’opère. Dans un premier temps, les enfants « jouent » ce qu’ils croient être la jeunesse (jeu dynamique, mouvementé, folie), puis l’âge adulte (jeu plus doux, beaucoup de caricature dans les paroles et les gestes, faux) et la vieillesse (jeu dynamique, puis très lent, obéissance, sagesse) et enfin la mort. Certaines attitudes sont tellement caricaturées qu’elles en deviennent ironiques et apportent quelques touches d’humour au jeu.

La voix off permet au public de comprendre et de se situer dans la pièce. Elle resitue en permanence l’âge des 7 enfants. La voix est un guide. Elle peut être considérée de différentes manières : serait-elle leur inconscient ou bien les enfants ne sont-ils que des poupées dans une boîte de jeux ? Ne permet-elle pas au contraire d’éclairer le sens de la vie de manière indirecte ?

La voix dicte tous les faits et gestes que les acteurs doivent jouer. Elle est en quelque sorte la trame de la pièce. Grâce à ses directives, les jeunes expriment différents comportements tels que la joie, la colère, la tristesse, le dégoût… L’acteur ne sera jamais en interaction avec le public. En regardant cette pièce, nous avons tous eu l’impression d’une téléréalité moralisatrice.

Before your very eyes nous montre une réelle prouesse de la part de jeunes acteurs qui ont su nous faire douter sur la réalité de la pièce et sur nous-mêmes.

DRESS CODE / LIFE CODE

Par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Illustration par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Illustration par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Les spectateurs découvrent le décor directement en rentrant dans la salle. Tout d’abord une curieuse chose nous intrigue, il s’agit d’un espace fermé par quatre parois vitrées à travers lesquelles nous pouvons voir les acteurs. Cependant, ils ne semblent pas nous voir. Cet espace est surplombé d’un « panneau lumineux » où défilent les sur-titrages. De part et d’autre de celle-ci se trouvent deux écrans permettant d’avoir des plans différents de la scène. À l’intérieur de cette « boîte»  évoluent les comédiens dans une sorte de salon aménagé avec un canapé, une table, des chaises, de la moquette et des miroirs en guise de tapisserie, reflétant les faits et gestes des acteurs. On y trouve aussi divers accessoires alimentaires et décoratifs, comme des bouteilles d’alcool, des sushis. Dans le fond, nous remarquons une télévision ainsi qu’une caméra qui serviront à diffuser des images de la scène ou bien des images prises en direct par les comédiens eux-mêmes.

Cet ensemble d’éléments de décor crée l’impression d’assister à une télé-réalité en direct qui retrace les différents âges de la vie d’un petit groupe de personnes. A chaque nouvelle tranche d’âge épiloguée, les costumes des adolescents sont caractéristiques d’une époque. Il y a quatre univers différents qui représentent chacun une tranche d’âge. Ils sont des clichés du quotidien. Les costumes au début du spectacle représentent leur état d’esprit. Dès le début, les enfants rappellent l’innocence puis à l’approche de l’adolescence, en choisissant le style gothique, ils rejettent la société. À l’approche de la quarantaine, les costumes traduisent d’une évolution physique comme la prise de poids, ainsi que par les accessoires des centres d’intérêts qui ont évolués, présence de vin, sushi, etc qui répondent à des normes sociales. Pour finir lors de la vieillesse, la fatigue y est représentée par la présence de cosmétiques qui soulignent l’apparition de rides et de cernes. Les artifices tels que le maquillage, les perruques et les différentes tenues se font sous nos yeux en totale improvisation face au public par l’intermédiaire d’une caméra située dans leur espace d’expérience. Le maquillage appliqué de manière grossière donne une sensation de spontanéité. La caméra permet de garder une preuve visuelle. Cette trace est plus forte qu’un simple souvenir. Elle permet de rappeler leurs choix et de constater ou non leur réel aboutissement.

« I can see you … »

Par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

Illustration par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

Illustration par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

L’éclairage et le son sont généralement désignés comme étant les aspects techniques de la mise en scène d’une représentation. En revanche dans cette pièce nous avons pu découvrir un autre visage de cet ensemble: la complémentarité avec les personnages. La lumière, le son et la vie des personnages forment un cycle complémentaire. Chacun des faits se répercute sur l’autre. Ainsi un jeu de questions/réponses se met en place entre eux. Ils rythment la vie de ces derniers en leur donnant la cadence.

La pièce commence dès l’entrée des personnages sur «Don’t stop me now» de Queen qui donne le «la» à la pièce : dynamique et singulière. Cependant elle peut aussi donner un ton grave avec la chanson d’Edith Piaf «je ne regrette rien» interprété ici par Johnny Hallyday qui nous rappelle le conditionnement de la vie ; fil conducteur de la pièce. Lors de ce passage les personnages qui interprètent à tour de rôle la chanson sont éclairés de face. Ainsi la lumière et le son sont donc des éléments à part entière de la dramaturgie de la pièce et nous indiquent l’état d’esprit des personnages.

La pièce ne cherche pas à reproduire une lumière naturelle ce qui crée une intemporalité de la pièce. Elle ne permet pas au spectateur d’identifier le moment de la journée où se déroule l’action. Mais cela n’entrave en rien l’interprétation de la pièce. Le jeu de flash engendré avec les lumières blanches au sol, nous permet de créer des flashs back.

Une discordance s’impose au moment de la scène de la mort, en effet, les personnages, âgés, dansent énergiquement sur la musique de Queen (cité plus haut) mise à rebours. Un contraste se fait sentir entre l’action de mourir et la performance qu’ils effectuent : une danse macabre.

En ce qui concerne la voix off elle n’est pas clairement identifiée, et n’est détentrice d’aucune identité ; seulement une voix de femme calme et posée. Elle n’est pas le sujet de la pièce, mais en reste un élément essentiel, le fil conducteur. Ce qui permet la continuité et la narration de la pièce.

Au déroulement de la pièce les différents bruits de fonds, tels que les battements du cœur et discussions que l’on peut remarquer, intègrent le spectateur à la pièce, malgré l’incompréhension de la langue.

Les séquences musicales, donnent le rythme à la pièce. Elles permettent une ellipse de la vie des personnages, les différents passages de la vie sont “compressés” le temps d’une chanson. Celle-ci accompagne le contexte de la pièce par les paroles.

Pour conclure, l’éclairage et le son créent une dynamique qui présuppose la dérision du sujet de la pièce qui est lui même dramatique.

Sous vos yeux : La vie dure 1h15

Par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Illustration par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Illustration par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Nous pouvons donc dire que la pièce mis en scène par Gob Squad et Campo, Before your very eyes, est accessible à tous, bien qu’elle soit proposée en Néerlandais. On peut cependant comprendre l’histoire grâce au sur-titrage en français et à la voix off en anglais. Il s’agit d’une pièce dynamique, jouée par sept adolescents qui nous donnent à voir le cycle de la vie. La sensation de vieillissement nous est transmise de différentes manières tout au long de la pièce. Tout d’abord les costumes et le maquillage des artistes; semblent issus de leurs vie quotidienne, il s’agit de l’évocation de différentes tranches de vie. En revanche, il faut reconnaître que cela est exagéré, ils se servent de stéréotypes pour caractériser chaque tranche d’âge.

L’histoire se tisse tout au long du spectacle, grâce à la vidéo et à la voix off qui interagissent avec les acteurs en leur posant des questions récurrentes sur leurs âges, et leur façon de voir la vie. Finalement on note que durant toute la pièce les comédiens sont dans leur « boîte » face à des miroirs sans vraiment percevoir le public, et ce n’est qu’à la fin que l’on réalise qu’il s’agit vraiment d’une pièce de théâtre car ils viennent nous saluer.

La mise en scène choisie pourrait être qualifiée de « fouillis organisé ». En effet, on a une impression d’improvisation constante de la part des personnages dans leur comportement, leur placement sur la scène et les choix des costumes qu’ils mettent sous nos yeux. Alors qu’en réalité, ceux-ci sont prévus et très organisés, c’est donc un important travail de mise en scène qui a été effectué en pré-production de la pièce. Il s’agit d’une performance réalisée sur le long terme, grâce à des vidéos filmées quelques années auparavant avec les apprentis comédiens. Les deux univers de la mise en scène nous font voir une partie paraissant très cadrée où les personnages sont au devant de la scène et sont mis en avant chacun leur tour, face à nous, lorsqu’ils parlent avec la voix.

Cette pièce évoque un certain voyeurisme de la société. Elle est basée sur le regard d’après son titre: « sous vos yeux» . En effet, la scénographie est particulière : un endroit clos dont un mur coté public qui nous sépare d’eux et nous permet de les voir alors qu’eux ne le peuvent pas. Cette scénographie peut faire penser à certaines émissions de télé-réalité. C’est donc une critique satirique de la société qui aujourd’hui via la télévision, internet et les réseaux sociaux nous donne à voir un monde sans pudeur. Une morale ressort de cette pièce : l’intimité est de moins en moins préservée.

En conclusion c’est une pièce qui fait réfléchir. Elle aborde des questions actuelles telles que le voyeurisme de la société, les réflexions personnelles que l’on a tous sur notre avenir. Elle demeure une pièce dynamique, joyeuse et préservant l’insouciance des comédiens adolescents.

Tags: Théâtre