Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

15 juin 2016    Théâtre

Publié par d.gouard

Nos Serments

Compte-rendu de la pièce de théâtre vue par les A1 au mois de mars 2017 au Lieu Unique.

La compagnie orchestrée par Julie Duclos

Par Alexandre BONNET, Lucas RAGOT, Marie PELHATE et Marie TORRENS.

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Julie Duclos est une jeune metteuse en scène, auteur ainsi que comédienne du XXIème siècle. Duclos a suivi les formations de l’école Le Cerisier et du conservatoire du 13e arrondissement de Paris. Elle sort d’une formation au Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris qu’elle intègre en 2007 et fonde en 2010 la compagnie de L’in-quatro. Cette compagnie est formée de plusieurs acteurs déjà tous amis au CNSAD. Durant un stage en tant que comédienne, elle fait la rencontre de deux personnes qui vont la marquer dans sa production :

Tout d’abord, Krystian Lupa, metteur en scène polonais. Sa technique particulière est de laisser improviser l’acteur ou le comédien dans différentes situations. Ceci influencera beaucoup Julie Duclos pour ses prochaines scènes de théâtre. En effet, lors de la réalisation de « Nos serments » Julie Duclos a laissé la liberté d’improvisation aux comédiens puis créa le texte en fonction d’eux. Puis il y a son ancien professeur, Philippe Garrel, qui lui a montré une autre perspective de jouer le théâtre, travailler en dehors de l’école, dans un autre contexte que le théâtre. Ils ont travaillé tous les deux et ont inventé de nouveaux procédés permettant d’habiter l’espace de la scène. Ainsi ce qui la passionne, est la réflexion portant sur le théâtre, ce qu’est le théâtre et le jeu avec l’acteur sur scène mais aussi de pouvoir déthéâtraliser le théâtre.

De plus, elle est inspirée par un film datant des années 70, « la maman et la putain » qui, à l’époque, était assez provocateur car Jean Eustache a voulu représenter la société et la liberté dans un couple mélangeant trahison, désir et amour. A travers ces deux personnes marquantes sont parcours et l’influence du film, elle se questionne sur la façon et la possibilité d’aimer autrement en réalisant avec l’in-quarto, « Nos serments » dans l’année 2014, tout en poursuivant son enquête sur le désir avec autant d’humour que de sérieux. Cependant, concernant l’écriture, il faut reconnaître que ça reste Guy-Patrick Sainderichin, un metteur en scène, qui écrit le scénario : lors de la production, elle a utilisé l’improvisation des acteurs face à des situations que l’on retrouve dans le film, afin de créer un scénario avec Guy Patrick Eustache. Julie Duclos se trouve plus créatrice en s’adaptant aux acteurs, à leur improvisation. Ce qui fait qu’elle est considérée, à la fois, metteur en scène et auteur de « Nos serments ». On retrouve des similitudes entre le film et cette scène de théâtre notamment dans l’histoire de couple mais aussi chez les comédiens :

Alexandre devient François, ils se ressemblent : ne font rien, parlent beaucoup, ont besoin de séduire, sont sincèrement veules, vivent avec une femme qui bosse et fait vivre le couple. L’amante est toujours polonaise et infirmière, elle aime toujours picoler (moins tout de même que Véronika), elle s’appelle maintenant Oliwia. L’ami du héros s’appelle ici Gilles (Yohan Lopez) mais il ne fait pas que passer comme dans le film, il s’installe, on ne dit pas non. Esther est un peu comme un personnage de Truffaut tendance « baisers volés » qui se rêve en Moreau dans « Jules et Jim ». Et pour finir, l’amour d’avant Marie, Gilberte dans le film qui va se marier devient ici Mathilde celle qui va être quittée.

Une autre singularité dans son travail est sa façon de rompre les frontières entre théâtre et cinéma. En effet, le spectateur est bercé entre la vidéo et le jeu sur le plateau. Ce qui se passe à l’extérieur de l’appartement est matérialisé par la vidéo.

Une façon de travailler singulière et particulière de Julie Duclos, qui reste néanmoins accompagnée de sa compagnie L’in-Quatro et de l’aide de Guy-Patrick Sanderichin.

Parallélisme narratif et envolée contemporaine.

Par Vincent BOUDONNET, Thomas SABLE, Martin SIGLER et Marianne ZAMMIT

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Personnages principaux :

François : Ne fait rien de sa vie, parle beaucoup, entreprend sans aboutir, besoin de séduction, se rêve écrivain.

Oliwia : Femme à l’esprit soixante-huitard, ouverte d’esprit, infirmière.

Esther : Jeune femme bercée de sentiments contradictoires, gérante d’une boutique de vêtements.

Gilles : Ne fait rien de sa vie, se dit riche.

Mathilde : Jeune femme active, désemparée par la complexité des profils amoureux.

Personnages secondaires :

Alexandre

Une journaliste

Au début de la pièce seul François et Mathilde apparaissent. Suite à leur dispute, Mathilde sort de la pièce. Premier moment fort de la pièce : on entre dans le vif du sujet par une dispute poignante et réaliste. Apparait alors Esther et Oliwia; avec qui François essaie d’instaurer un ménage à trois. Second moment fort de la pièce où un nouveau fil conducteur se crée. Malheureusement, François échoue et déstabilise son couple formé avec Esther. Il finit par partir avec Oliwia, laissant Esther seule. Celle-ci finit par brûler la lettre de François comme si elle détruisait par le feu, sa relation avec lui.

C’est alors qu’une ambiguïté amoureuse s’installe entre Gilles (nouveau personnage) et Esther. François tentera alors, sans y croire, de récupérer sa relation avec Esther : il échoue. Ce coup de poker est le troisième moment fort, un changement de situation s’opère. Par la suite on revoit Esther et Gilles en couple.

La pièce se finit sur une scène où François retrouve Oliwia dans un café à Paris, on comprend alors qu’ils ont eu un enfant ensemble; se sont quittés ensuite;  et que Oliwia a reconstruit une relation avec un autre homme. Il s’agit d’une scène pleine de nostalgie et de mélancolie. Les personnages ont plus de recul sur eux-mêmes et c’est ainsi que s’achève la pièce sur un quatrième moment fort.

La pièce, s’insérant dans une époque contemporaine, présente des échanges dont le registre de langue est courant, permettant des dialogues simples et compréhensibles. Deux types de dialogues sont mis en avant : dialectique d’abord, dialogue usuel qui permet de guider les deux interlocuteurs vers un point d’entente ; et polémique ensuite, un dialogue de contradiction qui va opposer deux points de vue.

Le rythme des dialogues varient, souvent intense comme dans la première scène, ils expriment une fougue intérieure, un rejet, une rage ; mais existe aussi quelques rares moment de silence. Lorsque c’est le cas, ce silence est meublé par une musique « d’ambiance » ;  sinon il est pur, et sert à exprimer une gêne, une suspension dans le temps.

Tout ceci nous permet d’aborder différents enjeux relatifs à la complexité des rapports hommes / femmes. Le scénario nous livre des personnages qu’on aime détester et nous met face à nous-mêmes, à nos propres expériences de vie.

Jeux intimes mis en scène

Par Louise HERBRETEAU, Philippine ROY, Bastien HERVE, Julia NICOLI et Julia ICHOUA

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Dans la pièce « nos serments » le scénario est basé sur une histoire complexe d’un trio amoureux dans laquelle le type de jeu est très réaliste. Cela nous permet de nous identifier aux personnages et à la situation, principalement dans les moments de conflits et de solitude des personnages.

Le public est confronté à des scènes qui peuvent être plus ou moins gênantes de vie intime et quotidienne. Tout dépend de la perception de chacun, mais un malaise et un sentiment de voyeurisme peut s’installer chez le spectateur lors des scènes de nu.

L’improvisation amène une singularité au jeu qui nous plonge encore plus dans cette  intimité privée lors des conflits par exemple sur la première scène où les deux personnages se retrouvent face à des désaccords qui les amènent à un comportement violent ne pouvant pas être prémédité. On peut comprendre que le personnage masculin au centre de ces trois femmes recherche une utopie de la relation amoureuse. Il détient sa propre perception de ce qui pourrait être l’idéal d’une vie sentimentale. Il contrôle alors les émotions et les attitudes des femmes qui l’entourent provoquant des réactions visibles dans le jeu de celles-ci.

Le jeu est tellement réaliste qu’il donne l’impression d’une seule et même personne entre les personnages et les acteurs ; le fait d’imaginer que les acteurs sont semblables dans la vie comme sur scène.

La mise en scène est également particulière car en plus de nous plonger réellement dans la pièce de théâtre, un film est projeté par moments lorsque les acteurs se déplacent à l’extérieur de la scène illustrant l’appartement des personnages. On parle donc d’un hors champs qui instaure un jeu entre théâtre et cinéma.

En ce qui concerne la diction, elle est souvent accompagnée de gestes et d’intonations la rendant spontanée et très expressive. Les déplacements sur scène sont énergiques, les personnages dansent, boivent, fument, des actions que l’on voit rarement au théâtre mais davantage au cinéma. Ce qui rend le jeu encore plus réaliste est visible lorsque ce sont les acteurs qui gèrent le décor comme par exemple quand ils allument ou éteignent les lumières et écoutent de la musique, ils interagissent avec leur environnement.

Les comédiens ne se tournent pas vers le public, créant une distance entre les spectateurs et ce qui se déroule sur la scène, nous ne nous sentons pas sollicités.

C’est donc tout cela qui permet aux spectateurs de prendre part à la pièce.

Source :La Colline théâtre national, http://www.colline.fr/fr/spectacle/nos-serments, 22/03/2016

Scène ouverte

Par Marie BERTHOME, Doriane CARADEUX, Mathilde CERES, Jeanne CRESPIN, et Margot SIMON

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Dans « Nos Serments » le décor, les accessoires, les costumes sont réalistes.

Le décor est composé d’un appartement standard, le lit se trouve à même le sol dans la pièce à vivre et l’appartement comporte peu de mobilier ; seulement le stricte nécessaire.

Il est constitué de 4 cloisons dont l’une séparant la cuisine à l’arrière de la scène. L’appartement traduit le niveau social des personnages, c’est à dire un couple de jeunes actifs où une personne du couple est toujours au chômage.

Il y a un changement de décors à l’entracte qui traduit le temps passé. L’éclairage défini les espaces du studio. On peut supposer que la rue se trouve à gauche de l’appartement car il y avait un éclairage semblable à un lampadaire urbain. Il n’y a pas vraiment de porte, la scène est ouverte ce qui provoque une incohérence avec le décor réaliste. En effet les acteurs se déplacent en dehors de la scène, ce qui nous permet d’imaginer d’autres pièces de l’appartement.

L’espace du théâtre sert également de décor puisque des acteurs sont rentrés par les portes du théâtre. De plus, une partie des coulisses est ouverte ce qui provoque une intimité avec le spectateur. Cependant, le décor est différent sur les autres lieux où a été jouée la pièce car il y avait de cloisons et des portes.

Tous les accessoires traduisent le réel, mis à part le grand écran sur la cloison du fond où sont projetées les scènes qui se déroulent hors de l’appartement. Ce procédé repousse les limites du théâtre.

En effet il permet d’étendre la scène vers le monde réel, de sortir du cadre du théâtre nous mêlant presque à une sensation de cinéma.

Les costumes sont ceux que l’on porte dans la vie quotidienne, ils sont contemporains. Les acteurs changent de vêtements ce qui permet de nous situer dans le temps. Deux personnages se mettent à nu lors d’une scène intime dans un lit, ce qui provoque de l’intimité et de la proximité entre les spectateurs et les acteurs. Cette intimité et proximité est renforcée par des accessoires inattendus comme l’alcool ou la cigarette, dont on a en plus l’odeur. De plus, les acteurs mettent eux-mêmes la musique avec leurs portables ce qui renforce la réalité de la pièce.

Une forte intimité se produit entre le spectateur et les acteurs. Cette intimité est renforcée par les couleurs chaleureuses du décor et des accessoires.

Que la lumière sonne

Par Sarah TUNCQ, Marie VIGUIER, Eva SALMON, Manon BOUTEVIN et Hannan AYADI

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Il semble important de souligner que l’éclairage présent tout au long de la pièce est assez diffus, provenant de multiples sources lumineuses placées dans plusieurs coins de l’appartement. L’éclairage est dit “classique” pour cette pièce : un éclairage sobre d’intérieur (lumière jaune et blanche). Les éclairages sont directs, ils éclairent la scène dans sa totalité, ce qui donne une ambiance conviviale, à l’exception de la scène dans le lit où l’éclairage est indirect, sur le côté, et crée un clair obscur, qui rend la scène très intime. Les lumières intérieures à l’appartement ont selon nous, un rôle de séparation dans son organisation permettant de donner une fonction à chaque pièce. Par exemple, l’éclairage du salon est important car c’est l’endroit le plus fréquenté par les comédiens. D’autre part, la scène où se trouve François, Esther et Oliwia lors d’une soirée improvisée, montre une lumière tamisée, ce qui renvoie une ambiance contraire à la scène que l’on regarde. La lumière annonce un froid, peut être connote-t-elle l’infidélité de François avant qu’elle ne se produise. La lumière s’ajuste aux déplacements des acteurs, aux changements de décors, aux moments forts du spectacle. On observe un jeu de lumière qui représente la lune et le soleil, ce qui permet d’observer le temps qui passe tout au long de la pièce, lui apportant du réalisme. La lumière que l’on qualifiera ici d’artificielle pour l’intérieur, change d’intensité selon la scène jouée. Vive ou au contraire tamisée, elle donne de l’intimité à la scène, permettant d’inclure le spectateur qui a alors l’impression d’être doucement mêlé à la scène et de prendre parti pour l’un ou l’autre personnage. La lumière accompagne les crises que les différents couples traversent. C’est comme une sorte de rythme qui se répète, parfois coupé par l’accentuation d’une scène, comme lorsque Esther brûle la lettre de François : la seule lumière présente est la flamme, qui apporte un effet plus filmique que théâtrale. La lumière orangée de la flamme éclaire le visage d’Esther nous plongeant dans une intimité profonde avec le personnage.

Concernant le son, nous avons constaté qu’il n’y avait pas de bruits artificiels, seulement les bruits émis par les comédiens. Cela enlève cette distance théâtrale qu’il peut y avoir entre le spectateur et le personnage. L’autre type de son que l’on a pu relever est la présence de musique, elle sert ici la pièce puisqu’elle est directement intégrée à la mise en scène, cela nous renvoie à un acte banal. La musique nous transporte dans un univers familier, on peut s’identifier rapidement aux personnages et s’imaginer danser avec eux. Le son a alors un rôle de proximité.

Nos Serments, Julie Duclos

Par Océane LEBRETON, Morgane LE POTTIER, Agathe GERMON, Raphaëlle CAROFF et Simon CAUDAL

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« Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire, Près de l’époux perfide et qui fut son amant, Semblait lui réclamer un suprême sourire Où brillât la douceur de son premier serment » (Baudelaire, « Dom Juan aux enfers » 1857). Molière, Baudelaire, Eustache, Barthes… Les serments que l’on se fait à soi-même lors de nos relations amoureuses, ces promesses solennelles, utopiques, sacrées, sont une source de questionnement sans fin. Que cela soit au cinéma dans « Mon Roi » de Maïwenn (2015), dans « Les amours imaginaires » de Xavier Dolan (2010) ou dans la littérature avec « Heureux les heureux » de Yasmina Reza (2013), cette réflexion, très développée dans les années 1970, est loin d’être tombée en désuétude. Dans la pièce de Julie Duclos, on découvre trois visions des relations amoureuses au travers de trois femmes, liées par leur histoire avec un même homme, incarnation de l’amour alternatif, rejetant la dichotomie du couple. Tour à tour on se trouve face à de grandes questions, peut-on aimer deux personnes à la fois ? Peut-on accepter que son compagnon désire une autre femme ? Peut-on vivre sa vie amoureuse librement sans s’attacher ..?

Ces différentes rencontres amoureuses se déroulent dans un décor simple mais efficace : un appartement lambda de jeune adulte parisien. Les costumes quant à eux sont inexistants, chaque personnage est habillé de vêtements urbains classiques comme si les acteurs ne s’étaient pas changé avant d’entrer en scène, ce qui permet au spectateur une identification plus facile au personnage.

Inspirée de « La maman et la putain » de Jean Eustache, la liaison avec le cinéma ne s’arrête pas là, le spectateur fait face à un singulier entre deux rarement exploité au théâtre, le décor ressemble à un plateau de tournage avec ses projecteurs et ses pans de cloisons et la pièce est ponctuée de scènes filmées, projetées sur un écran. Cet écran central instaure un clair-obscur sur la scène, révélant l’intime des personnages, l’absence de raison dans les sentiments, leur impossible contrôle.

Avec les improvisations et cette liberté de jeu, l’interprétation des acteurs est assez déroutante.

D’abord, l’exagération évidente de la crise de couple, entre  Maëlia Gentil et David Houri, puis un naturel captivant d’Alix Riemer et Magdalena Malina, et enfin une ironie inattendue de Yohan Lopez.

Tags: Théâtre

8 mai 2016    Théâtre

Publié par d.gouard

Cinq Visages pour Camille Brunelle

Compte-rendu du spectacle vu par les étudiants de A1 en janvier 2016

Deux visages pour Camille Brunelle

Par Audrey POILANE, Pierre HELIOU, Naël HANRAS, Killian JACQ et Lauréane ESCUDIER

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La troupe « Cinq Visages pour Camille Brunelle»  nous a fait l’honneur de venir en France durant l’hiver 2016 ; son auteur, Guillaume Corbeil, est un écrivain de 36 ans né à Coteau-station en 1980. Ce jeune Canadien n’a pas fait de nombreux textes dans sa carrière, toutefois, il détient aujourd’hui un grand nombre de prix pour ses textes remplis de spontanéité et d’audace.

Avec « Pleurer comme dans les films» , paru chez Leméac en 2009 Guillaume Corbeil signe son premier roman à l’imaginaire foisonnant et débridé, puis continue son travail avec une biographie du metteur en scène André Brassard en 2010.

La pièce de théâtre « Cinq Visages pour Camille Brunelle»  a été écrite entre 2012 et 2013 afin de critiquer une société « médiatisée»  qu’est la nôtre. Elle est composée en cinq actes, dont chacun montre le point de vue d’un personnage présent sur la scène.

Sans jamais mentionner de réseaux sociaux, nous comprenons de quoi ils parlent, tout d’abord la pièce est racontée à la manière des profils Facebook, en mettant en avant la mention « J’AIME» , et ensuite l’excessive réalité des photos prises au cours de soirées qui reflètent bien la génération actuelle.

Cette pièce fut dans un premier temps représentée dans une école de manière totalement improvisée, puis dans un second temps mise en scène par Claude Poissant à sa demande, ce qui est peu courant.

Claude Poissant est né en 1995 à Montréal, il est très connu du public canadien car il est avant tout fondateur de la troupe de théâtre PAP (Petit À Petit), crée en 1978, fortement orientée vers la dramaturgie contemporaine. Il est aujourd’hui directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier. Il a aussi consacré une partie de sa carrière au cinéma en interprétant quatre rôles d’acteurs et un scénariste.

Son travail porte généralement un fort intérêt à l’outil principal d’une pièce de théâtre : la parole. Nous la retrouvons dans « Cinq Visages pour Camille Brunelle»  mais aussi « The Dragonfly of Chicoutimi»  de Larry Tremblay (2011) ou encore « Tristesse animal noir»  de Anji Hiling. Dans cette pièce, Claude Poissant utilise également la projection d’images afin d’animer les décors, le tout dans une ambiance sombre, tout comme le jeu des acteurs, qui se trouvent face à nous.

Nous pouvons clore ce chapitre avec la métaphore de Guillaume Corbeil qui résume bien ce qu’il veut démontrer : »  Nous sommes tous avalés par la bête, les uns après les autres. Nous avons beau tout faire pour y échapper, ses tentacules s’enroulent à notre jambe et nous tirent vers sa gueule grande ouverte ; chaque instant et chaque chose sont dévorés et digérés. Dans le ventre du monstre, nous sommes des acteurs qui tentons tant bien que mal de définir notre rôle, de nous mettre en scène du mieux possible pour être saisis tel que nous croyons ou voulons être – ou voulons croire que nous sommes. « 

Mentons-nous à nous-mêmes ?

Par Zélie GUILLARD, Coralie HAEGEMAN, Laurine HERMOUET, Ninon MANCIAUX, Philippine MASUREL

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5 actes nous présentent 5 personnages différents mais ordinaires, contemporains et universels. Ils se retrouvent sur scène en nous énumérant anaphoriquement de nombreuses phrases banales. Nous identifions des paroles inspirées d’une forme de langage retrouvé sur les réseaux sociaux dans un univers compétitif (ex: «J’aime» ; «J’ai vu» ; «J’ai lu» etc…).

Dans le premier acte nous découvrons les personnages à travers leur portait: leur âge, leur sexe, la couleur de leurs yeux, la taille, leurs goûts et leurs références culturelles. Un monologue vif mais sans dialogue nous plonge dans une analyse sociale tout en nous décrivant les personnages.

Nous pouvons dire qu’ils nous entraînent dans une compétition amicale accompagnée d’un langage familier à celui ou celle qui se fabriquera la meilleure image plaisante et enviable par autrui. Dans la première partie de la pièce, les personnages racontent leur soirée de manière artificielle, publique et positive. Cependant nous remarquons rapidement que les 5 personnages désignent globalement l’universel.

Dans la deuxième partie de la scène, ces personnages paraissent démunis face au temps, le temps est un point essentiel de la pièce, plus on avance plus le temps écoulé est long. En effet durant celle ci les 5 personnages se basent sur une soirée, où ils étaient quasiment tous présents. Ils nous la décrivent, ils nous commentent leurs photos défilant sur le mur derrière avec un rythme effréné.

Les cinq acteurs surexposent leur image, puis ils analysent le temps grâce à cette soirée »  déjà la semaine dernière, c’était déjà le mois dernier» , le temps passe pour soudainement se figer et laisser place à la vérité. Les personnages rompent progressivement l’image idyllique qu’ils renvoyaient et ils commencent à se dévoiler.

Nous découvrons que l’un se drogue, l’autre se prostitue, grâce à des paroles « trash»  et crues, amplifiées par les photos du décor. Les 5 personnages connaissent Camille Brunelle, une femme dont on ne connait pas les goûts, les références culturelles. Elle ne fait pas partie de la scène, mais du décor. Ils la mentionnent brièvement mais avec intensité, ils sont admiratifs mais antipathiques à son égard. Lors du dénouement un des personnages met fin à ses jours et les quatre autres personnages s’approprient sa personne en reprenant son identité présentée au début. Au fur et à mesure de la pièce on comprend la différence entre l’image qu’on veut transmettre et ce qu’on est vraiment, en particulier sur les réseaux sociaux. Nous discernons une superficialité et une fiction couronnée d’un besoin de validation extérieure, ainsi nous sommes plongés dans l’isolement et la douleur des personnages. Cette pièce peut être une réflexion sur l’identité, sur l’image que l’on renvoie et surtout celle que l’on souhaite ou que l’on pense renvoyer.

Un jeu contrasté

Par Manon VERCAMBRE, Charles GUEDON, Brandon GONDOUIN, Baptiste GIRONNET et Maëva HEMON.

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Si le jeu des comédiens parait limité dans cette pièce, il est en réalité très complexe et très déterminé. Des passages de paroles statiques et des passages chorégraphiés, très mouvementés, s’alternent et s’enchainent pour rendre la pièce dynamique et le rythme irrégulier et soutenu. Bien que les comédiens se déplacent peu sur la scène, que leurs mouvements soient moindres, que leur position soit souvent figée et que leur expression soit neutre, leur débit de parole très élevé capte l’attention du spectateur aussi bien que le ferait un sur-jeu. Ce débit est alimenté par une concurrence entre les personnages qui haussent le ton et le rythme des répliques. Les personnages se démarquent très peu les uns des autres de part leur jeu, mais plus par leurs propos. Ceux-ci ont une façon de jouer très similaire et semblent avoir une certaine unité du début jusqu’à la fin. Leur jeu sobre et leurs propos nombreux permettent au spectateur de s’identifier à une partie de la personnalité de chaque personnage.

Les comédiens ne semblent pas jouer réellement entre eux, et ne sont que rarement réunis, bien que toujours présents sur scène, formant régulièrement des groupes marquant la distinction entre ceux qui racontent et ceux qui découvrent l’histoire racontée. Ils semblent séparés comme si chacun était derrière son écran d’ordinateur. De plus, ils sont tournés vers le public et leurs répliques, construites de manière impersonnelle avec toujours les mêmes formules, ne se répondent que rarement. Les répliques s’enchainent très rapidement, ce qui crée un effet d’accumulation qui peut perdre le spectateur. On a même parfois l’impression d’assister à une énumération d’informations lues sur les réseaux sociaux. Les personnages sont presque toujours face au public et semblent s’y adresser plus qu’à leurs propres amis, avec lesquels ils semblent avoir un certain détachement. Cette distanciation entre les personnages est marquée dès le début de la pièce avec l’intégration du public, salué par les comédiens, puis remercié à la fin.

Si les comédiens ne jouent pas entre eux, ils jouent par contre avec l’ensemble du théâtre. Ils s’adressent au public, dansent et se déplacent de plus en plus énergiquement sur des transitions sonores, commentent les photos du décor, qui traduisent les expressions qui n’apparaissent pas sur leur visage, s’habillent avec les accessoires présents sur scène.

Leur jeu parait rempli de stéréotypes, parfois même à la limite de la caricature. Cependant, en y réfléchissant, il ne s’agit que d’un reflet de la réalité. En effet, cela illustre le fait que nous apportons plus d’importance à notre image qu’à nos amis. Le jeu est donc au service du propos, et par conséquent du moi: nous vivons dans un monde où le narcissisme est omniprésent.

Cinq visages scénographiques

Par Zoé ESPINASSE, Loélia RAPIN, Guillaume FERREIRA, Guillaume JEHANNO et Emilie-Marie GIOANNI.

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La pièce, en ce qui concerne le décor, les accessoires et les costumes, est scindée en 2 parties. Au départ la scène reflète les apparences des cinq protagonistes pour ensuite montrer leurs véritables personnalités et histoires.

Avant que les personnages entrent sur scène, le spectateur est face à une estrade recouverte d’un tapis de vêtements sur laquelle se trouvent cinq chaises en plastique transparent. Le « mur » de cette scène est composé d’écrans, qui diffuseront durant toute la pièce les photos privées ou publiques des personnages. Celui-ci pourrait s’apparenter au mur Facebook où défile la vie plus ou moins intime de ces amis – ce qui peut provoquer une certaine gêne, le spectateur devenant voyeur malgré lui. Les vêtements répartis au sol peuvent être le reflet des différentes personnalités que revêtent les protagonistes le long de la pièce. Ils sont à la fois accessoires, décor, costumes et acteurs. Quant aux tenues portées par les cinq trentenaires, elles sont simples, correspondent à la mode actuelle et à leur âge. Elles reflètent leurs personnalités : la plus féminine est vêtue d’une jupe et d’un haut rose, l’autre, plus « garçonne », porte un pantalon et ses cheveux attachés.

Dans la deuxième partie de la pièce la scène évolue. Chaque changement scénographique la découpe en 5 actes. Les vêtements qui recouvraient la scène disparaissent petit à petit, tout comme les chaises. Les acteurs utilisent les habits comme accessoires pour montrer différents aspects de leur personnalité, tandis que les écrans derrière eux, leur « mur social », prennent de plus en plus de place, quitte à parfois détourner l’attention du spectateur des acteurs. A la fin, le jeu des acteurs sur l’espace scénique laisse place à un miroir au sol. Les vêtements qui servaient au décor sont alors une métaphore des réseaux sociaux comme les accessoires d’une apparence, et sortent de la scène au fur et à mesure que les acteurs se dévoilent. Ils laissent alors place à ce miroir reflétant leur personne sans artifice. Un décor plus vide mais qui sera vite oublié avec la place que prennent les images sur les écrans. Elles illustrent chaque parole des acteurs par des photos, de façon complémentaire, toujours plus crues. Peu à peu l’obsession de l’image s’empare de la scène jusqu’à nous rappeler à quel point les réseaux sociaux s’emparent de nous-mêmes. La pièce se conclue sur la mort d’une actrice et se traduit sur scène par un tas de vêtements que déposent les autres acteurs sur son corps. Cela prouve une dernière fois que l’image qu’il restera de la défunte ne sera qu’une apparence, et non celle de sa véritable identité.

Une mise en scène sobre pour une pièce subtile ?

Par Arthur COLPAERT, Maurine GUINGAMP, Anne-Charlotte JONO, Nathan FROUIN, Geneviève CUGNART.

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Les éclairages et les sons étaient des éléments importants dans la pièce. Les lumières étaient la plupart du temps classiques, lumière blanche focalisée sur les personnages. Il y avait donc cinq faisceaux de lumière, un sur chaque comédien. Au niveau des couleurs les lumières restent basiques, les lumières éclairent alors toute la scène, avec des jeux d’éclairages et de couleurs : bleu, rouge, orange, jaune et blanc. Celles-ci étaient en rythme avec la musique et en adéquation avec les photos projetées sur l’écran présent derrière les comédiens. L’intensité des lumières est assez forte, elle remplie bien la fonction d’éclairer les comédiens mais elle ne les met pas vraiment en valeur. Le seul point distinctif par rapport aux personnages apparaît à la fin de la pièce. En effet, la protagoniste défunte est éclairée d’un blanc profond et intense, la démarquant des autres personnages.

La pièce étant composée de cinq personnages, elle est structurée en cinq actes. Le son est composé principalement des dialogues des comédiens, mais aussi de musiques et d’enregistrements. A la fin de chaque acte, la dernière phrase prononcée était répétée une dizaine de fois. Cette phrase est alors mixée sur de la musique rythmée, électro, et répétée à chaque temps de la mesure.

Nous pouvons aussi introduire les images diffusées derrière les personnages comme éclairage car elles ont apporté des couleurs en plus à la pièce. Celles-ci étaient en adéquation avec le son et les lumières. En effet, les photos étaient plutôt tristes et sombres. Des crânes, des créatures étranges, des tombes qui font bien évidemment référence à la mort étaient projetées. La musique était agressive, les lumières rouge sang.

Le plus souvent le son, la lumière et les images sont complémentaires. Excepté lors d’un passage où la lumière et la musique sont en contradiction avec le dialogue des personnages. Ce jeu de lumière et de son a pu apporter un côté décalé à la scène, ironique. Pendant que les personnages racontent la vérité sur leur vie, leurs tristesse, leurs mensonges, leur solitude. La musique est, elle, chaleureuse et exotique, caribéenne. Les lumières, elles, sont de couleurs chaudes, orangées, crépusculaires faisant contradiction avec les paroles des acteurs dansant en rythme tout en racontant leurs malheurs.

Le son et les éclairages sont des éléments parfois oubliés mais ont une part d’importance pour la mise en scène de la pièce et son style. Un éclairage sobre comme celui choisi dans Cinq Visages pour Camille Brunelle permet d’accompagner le spectateur sur les subtilités de la pièce et des personnages. Le son, lui, accentue l’importance du texte et des paroles.

Moi, ma réalité, ma mort

Par Camille LAURENT, Lisa DIGUET, Laurine ERANOSSIAN, Maxence DE COCK et Mélodie GLÉONEC

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5 Visages pour Camille Brunelle est une pièce de théâtre contemporaine, respectant peu de codes du théâtre classique.

Dans cette pièce les références sont nombreuses et diverses. Elle ne possède aucune unité de lieu. Le thème du temps, lui est singulier par son expansion dans la pièce. Plus nous avançons dans l’histoire plus le temps s’écoule entre chaque rencontre, de jours, en semaines, puis années.

Elle nous présente une succession de rencontres entres 5 protagonistes très distincts, formant une typologie de personnalités très marquées. Cependant les individus gardent un côté universel, réaliste, auquel nous pouvons s’identifier. On y voit une surenchère des caractères, nous sommes à la limite entre la caricature, le stéréotype et quelque chose au contraire de plus subtile qui crée une proxemie avec le spectateur. Camille Brunelle est une connaissance commune évoquée de temps à autre mais pas jouée sur scène. Elle amène une vision contradictoire. Si au début elle est valorisée et aimée, elle finit malade et dénigrée et tombe dans l’oubli des personnages. Cela concorde avec la construction en deux grandes périodes de la pièce. Dans un premier temps les personnages véhiculent une image méliorative et manipulée pour finir par se dévoiler réellement, en montrant la réalité crue de chacun.

La pièce est basée sur des comparaisons entre chaque personnage, avec des jugements de valeurs. Nous y voyons un certain narcissisme des personnages, que ce soit en bien ou en mal, c’est une compétition entre eux, chacun souhaite flatter son ego. La pièce montre la différence entre l’image que l’on veut transmettre et ce que nous sommes réellement, met en avant la représentation et le paraître dans notre société.

La pièce révèle “La manière dont on manipule la réalité à travers la communication”. Lorsque l’un rompt ce schéma de valorisation la pièce devient moins légère, chacun dévoile la vérité, des choses très privées sur leurs vrais vécus. Ils divulguent des faits d’ordinaire cachés, qui nuiraient à l’image. La pièce est un jeu de communication d’images, celles que nous projetons et celles que nous dissimulons.

Bien qu’ils ne soient jamais évoqués les réseaux sociaux sont manifestement une trame majeure de la pièce. Le pronom personnel accentué “ Moi ” la première personne du singulier “ Je ” sont les seuls sujets utilisés. Les ‘’J’aime’’ suivis d’énumérations de films, musiques puis des photos prises sur le vif confortent ce sentiment. De plus il n’y a pas d’interaction physique entres les personnages. Sont-ils du moins dans un même lieu, ou derrière un écran ?

On pourrait dire que les 5 personnages dans 5 visages pour Camille Brunelle correspondraient à 5 visages d’une réalité, 5 visions d’une même soirée ou encore 5 fragments d’identités.

Cette œuvre s’inscrit parfaitement dans le contexte actuel à l’heure où l’apparence tient une place importante. Cette pièce nous pousse donc à nous interroger sur les questions de l’identité, de l’ego et ainsi à se demander comment exister dans le regard des autres ?

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17 avril 2014    Théâtre

Publié par d.gouard

Before your very eyes

Compte-rendu du spectacle présenté au Lieu Unique en janvier 2014 (par un groupe d’étudiants de A1)

Le miroir de l’autre et du temps

Par Camille THOMAS, Justine SUTEAU, Mégane COLLET, Amélie GALCÉRA et Pauline DILOSQUER

Illustration par

Illustration par Camille THOMAS, Justine SUTEAU, Mégane COLLET, Amélie GALCÉRA et Pauline DILOSQUER

Cette ultime pièce de théâtre d’une trilogie unique, est une co-production constituée de deux collectifs : CAMPO et GOD SQUAD. Le collectif CAMPO est un partenariat entre la maison de production « Victoria » et le centre d’art « Niewpoorttheater ».

« Victoria, » est un carrefour de production international et pluridisciplinaire où les comédiens font preuve d’expériences et d’essais.

De même, Niewpoorttheater est un centre d’art qui favorise l’expérimentation grâce à une identité culturelle qui s’appuie sur la société. La particularité de ce centre d’art est qu’il valorise un public large en le prenant pour témoin. C’est pourquoi en 2000 il décide de demander à des artistes de créer des spectacles considérés pour «adultes » mais joués par des enfants. Dès lors le collectif GOB SQUAD entre en scène en 2008. Cette offre faite par Campo va être pour les membres de Gob Squad un véritable défi vers un territoire qui leur était jusqu’ici inconnu, voir risqué. Ce groupe de comédiens néerlandais et britanniques créé en 1994, compte sept artistes : Johanna Freiburg, Sean Patten, Sharon Smith, Berit Stumpf, Sarah Thom, Bastian Trost et Simon Will . Ils travaillent ensemble sur la conception, la réalisation et la mise en scène de leurs propres pièces. Le groupe explore de nouvelles technologies de manière originale et étudie la vie quotidienne. Leur travail se veut incontestablement singulier et riche. Leur source d» inspiration majeure est la manipulation du temps. Ils aiment se produire dans différents endroits comme les gares, le métro, les maisons individuelles, les hôtels et le théâtre. Before your very eyes va être pour ce collectif, une pièce unique puisque c’est la première pièce dans laquelle ils ne sont pas sur scène. Les enregistrements ont commencé au début de l’année 2009 avec 14 enfants âgés de 7 à 12 ans et qui ont aujourd’hui 10 à 14 ans.

Durant 3 ans, les acteurs (enfants) sont interrogés sur eux mêmes et le spectacle prend forme grâce à leurs réponses. God squad n’occupant pas la scène, les enfants ont donc, à leur manière, représenté le problème du processus mental et physique du vieillissement chez l’enfant.

L’idée de cette pièce est d’imposer la théorie du 4ème mur c’est à dire le fait de faire abstraction du public. On joue avec l’ambiguïté de savoir si les personnages nous voient ou pas. Le spectateur est donc placé comme un observateur allant même jusqu’au voyeurisme.

Before your very eyes est une pièce profonde qui se joue des clichés du quotidien pour aller à l’essentiel. Elle place son spectateur face à une réalité et à des questions existentielles pour mieux le remettre en question.

Une leçon de vie

Par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Illustration par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Illustration par Marianne Caudal, Constance Chambaud, Anaëlle Djadjo, Claire Brelivet et Baptiste Chrétien

Before your very eyes est une pièce anglo-allemande de registre pathétique. Elle met en scène sept personnages âgés de 11 à 16 ans. A notre arrivée, les acteurs sont déjà sur scène à discuter. Soit c’est une mise en scène, soit les acteurs n’ont aucune connaissance du public qui vient d’arriver. Chaque nœud de la pièce va être imposé par une voix-off à l’impératif. La pièce est réaliste. Elle est en néerlandais et anglais surtitrés. Le dialogue marche sur un jeu de questions-réponses. On peut se demander si le réalisateur n’a pas voulu créer une certaine distance avec l’usage de ces deux langues ou si l’usage de l’anglais n’a pas pour but une compréhension internationale. Parfois, il y a une liberté dans le texte, les acteurs discutent entre eux, mais ce dernier n’est alors pas traduit, tout comme les musiques. Seuls les éléments importants à la compréhension de la pièce sont traduits.

La couleur des textes traduits sur l’écran au-dessus de la mise en scène varie en fonction de la langue parlée. Nous pouvons nous demander si ceci n’est pas dans le but de distinguer une fois de plus les personnages, de la voix. Cette voix-off oblige les comédiens à grandir, elle marque les différentes étapes de leur vie en leur demandant « quel âge as-tu ? Que peux-tu faire à cet âge là ?» Cette pièce peut être mise en corrélation avec les télés réalités, aussi bien par la mise en scène que par la voix qui donne des instructions. On peut ainsi y voir une privation de liberté. Mais la voix peut aussi permettre au public de s’identifier à la pièce , elle pourrait être la représentation de notre conscience. Effectivement nous sommes amenés à nous demander « que vais-je devenir ? ». C’est une question qui nous intrigue mais devient récurrente au quotidien. Elle pourrait aussi être la représentation de notre inconscient en mettant les acteurs face à une vérité qu’ils ne veulent pas accepter.

Cette voix peut être en elle-même une caricature de la société en représentant une sorte de morale à respecter ou des codes à ne pas transgresser à un certain âge. Une autre forme de dialogue apparait, tel un flash-back. Il s’agit de la confrontation des acteurs devenus adultes ou jeunes adultes avec eux-mêmes alors qu’ils étaient enfants. Il s’agit d’une remise en question. Elle ne touche pas seulement l’acteur, le personnage, mais aussi le spectateur en le poussant à réfléchir peu importe son âge. Au début les acteurs sont assez pessimistes, mais avec l’âge, ils changent leur point de vue. C’est alors une prise de conscience de leur part mais aussi de la notre, en tant que spectateur.

Retour sur le destin

Par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Illustration par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Illustration par Charlotte de RAFELIS, Alice DELSENNE, Manon CHARLOU, Anaïs DE ABREU et Yan HUANG

Dès le début, on remarque que les enfants jouent avec une certaine spontanéité et simplicité qui pourraient laisser penser à de l’improvisation. Isolés dans une « boîte », ils ne prêtent pas attention à toutes les personnes qui les regardent. Jouent–ils leur propre rôle ? Le jeu en devient plus naturel, il est alors difficile de discerner si la pièce a déjà commencé ou si on observe simplement l’avant jeu. Cette ambiguïté entre le jeu et le comportement naturel sera d’ailleurs présente durant toute la pièce.

Le spectateur assiste à beaucoup de déplacements dans un petit espace, étroit et fermé ce qui favorise le contact entre eux. Ils bougent en permanence et occupent assez bien la pièce. Ce « désordre organisé » se construit par la danse, les déguisements, du maquillage … Ce qui donne une âme à l’endroit et aux personnages. Les « surtitres » deviennent souvent inutiles. Leurs gestes et attitudes suffisent à la compréhension.

On remarque que plus ils grandissent moins on ressent l’agitation de la jeunesse, ils iront même jusqu’à faire un retour en arrière, par une gestuelle, à la fin de la pièce exprimant ainsi la fin d’un cycle. A ce stade, la pièce prend une dimension triste et nostalgique, en annonçant la lenteur de la vieillesse et l’arrivée de la mort. En effet, la pièce est jouée pour montrer l’évolution du cours de la vie.

Le réalisme est présent dans la pièce car les acteurs n’ont pas de costumes de scène. Ils sont habillés comme tous les jours de façon simple. Par le biais d’un enregistrement vidéo des acteurs quelques années plus tôt, ces derniers se parlent à eux-mêmes. Ce processus entraine une ambiguïté sur la nature du jeu entre réalité et fiction. Cela rend le public perplexe.

Durant toute la pièce une progression dans le temps s’opère. Dans un premier temps, les enfants « jouent » ce qu’ils croient être la jeunesse (jeu dynamique, mouvementé, folie), puis l’âge adulte (jeu plus doux, beaucoup de caricature dans les paroles et les gestes, faux) et la vieillesse (jeu dynamique, puis très lent, obéissance, sagesse) et enfin la mort. Certaines attitudes sont tellement caricaturées qu’elles en deviennent ironiques et apportent quelques touches d’humour au jeu.

La voix off permet au public de comprendre et de se situer dans la pièce. Elle resitue en permanence l’âge des 7 enfants. La voix est un guide. Elle peut être considérée de différentes manières : serait-elle leur inconscient ou bien les enfants ne sont-ils que des poupées dans une boîte de jeux ? Ne permet-elle pas au contraire d’éclairer le sens de la vie de manière indirecte ?

La voix dicte tous les faits et gestes que les acteurs doivent jouer. Elle est en quelque sorte la trame de la pièce. Grâce à ses directives, les jeunes expriment différents comportements tels que la joie, la colère, la tristesse, le dégoût… L’acteur ne sera jamais en interaction avec le public. En regardant cette pièce, nous avons tous eu l’impression d’une téléréalité moralisatrice.

Before your very eyes nous montre une réelle prouesse de la part de jeunes acteurs qui ont su nous faire douter sur la réalité de la pièce et sur nous-mêmes.

DRESS CODE / LIFE CODE

Par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Illustration par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Illustration par Elise HUNEAU, Nicolas DUSSOUIL, Coline HERCOUËT, Léa GUERRY et Iris BJÖRNSDOTTIR

Les spectateurs découvrent le décor directement en rentrant dans la salle. Tout d’abord une curieuse chose nous intrigue, il s’agit d’un espace fermé par quatre parois vitrées à travers lesquelles nous pouvons voir les acteurs. Cependant, ils ne semblent pas nous voir. Cet espace est surplombé d’un « panneau lumineux » où défilent les sur-titrages. De part et d’autre de celle-ci se trouvent deux écrans permettant d’avoir des plans différents de la scène. À l’intérieur de cette « boîte»  évoluent les comédiens dans une sorte de salon aménagé avec un canapé, une table, des chaises, de la moquette et des miroirs en guise de tapisserie, reflétant les faits et gestes des acteurs. On y trouve aussi divers accessoires alimentaires et décoratifs, comme des bouteilles d’alcool, des sushis. Dans le fond, nous remarquons une télévision ainsi qu’une caméra qui serviront à diffuser des images de la scène ou bien des images prises en direct par les comédiens eux-mêmes.

Cet ensemble d’éléments de décor crée l’impression d’assister à une télé-réalité en direct qui retrace les différents âges de la vie d’un petit groupe de personnes. A chaque nouvelle tranche d’âge épiloguée, les costumes des adolescents sont caractéristiques d’une époque. Il y a quatre univers différents qui représentent chacun une tranche d’âge. Ils sont des clichés du quotidien. Les costumes au début du spectacle représentent leur état d’esprit. Dès le début, les enfants rappellent l’innocence puis à l’approche de l’adolescence, en choisissant le style gothique, ils rejettent la société. À l’approche de la quarantaine, les costumes traduisent d’une évolution physique comme la prise de poids, ainsi que par les accessoires des centres d’intérêts qui ont évolués, présence de vin, sushi, etc qui répondent à des normes sociales. Pour finir lors de la vieillesse, la fatigue y est représentée par la présence de cosmétiques qui soulignent l’apparition de rides et de cernes. Les artifices tels que le maquillage, les perruques et les différentes tenues se font sous nos yeux en totale improvisation face au public par l’intermédiaire d’une caméra située dans leur espace d’expérience. Le maquillage appliqué de manière grossière donne une sensation de spontanéité. La caméra permet de garder une preuve visuelle. Cette trace est plus forte qu’un simple souvenir. Elle permet de rappeler leurs choix et de constater ou non leur réel aboutissement.

« I can see you … »

Par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

Illustration par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

Illustration par Neha Hassanbay, Laura Gomiero, Juliette Fontaine, Lucie Burel et Marion Fouré

L’éclairage et le son sont généralement désignés comme étant les aspects techniques de la mise en scène d’une représentation. En revanche dans cette pièce nous avons pu découvrir un autre visage de cet ensemble: la complémentarité avec les personnages. La lumière, le son et la vie des personnages forment un cycle complémentaire. Chacun des faits se répercute sur l’autre. Ainsi un jeu de questions/réponses se met en place entre eux. Ils rythment la vie de ces derniers en leur donnant la cadence.

La pièce commence dès l’entrée des personnages sur «Don’t stop me now» de Queen qui donne le «la» à la pièce : dynamique et singulière. Cependant elle peut aussi donner un ton grave avec la chanson d’Edith Piaf «je ne regrette rien» interprété ici par Johnny Hallyday qui nous rappelle le conditionnement de la vie ; fil conducteur de la pièce. Lors de ce passage les personnages qui interprètent à tour de rôle la chanson sont éclairés de face. Ainsi la lumière et le son sont donc des éléments à part entière de la dramaturgie de la pièce et nous indiquent l’état d’esprit des personnages.

La pièce ne cherche pas à reproduire une lumière naturelle ce qui crée une intemporalité de la pièce. Elle ne permet pas au spectateur d’identifier le moment de la journée où se déroule l’action. Mais cela n’entrave en rien l’interprétation de la pièce. Le jeu de flash engendré avec les lumières blanches au sol, nous permet de créer des flashs back.

Une discordance s’impose au moment de la scène de la mort, en effet, les personnages, âgés, dansent énergiquement sur la musique de Queen (cité plus haut) mise à rebours. Un contraste se fait sentir entre l’action de mourir et la performance qu’ils effectuent : une danse macabre.

En ce qui concerne la voix off elle n’est pas clairement identifiée, et n’est détentrice d’aucune identité ; seulement une voix de femme calme et posée. Elle n’est pas le sujet de la pièce, mais en reste un élément essentiel, le fil conducteur. Ce qui permet la continuité et la narration de la pièce.

Au déroulement de la pièce les différents bruits de fonds, tels que les battements du cœur et discussions que l’on peut remarquer, intègrent le spectateur à la pièce, malgré l’incompréhension de la langue.

Les séquences musicales, donnent le rythme à la pièce. Elles permettent une ellipse de la vie des personnages, les différents passages de la vie sont “compressés” le temps d’une chanson. Celle-ci accompagne le contexte de la pièce par les paroles.

Pour conclure, l’éclairage et le son créent une dynamique qui présuppose la dérision du sujet de la pièce qui est lui même dramatique.

Sous vos yeux : La vie dure 1h15

Par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Illustration par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Illustration par Lucille AVICÉ, Faustine BAYLON, Perrine BADER, Noé RIOULT et Julie COLLIOU

Nous pouvons donc dire que la pièce mis en scène par Gob Squad et Campo, Before your very eyes, est accessible à tous, bien qu’elle soit proposée en Néerlandais. On peut cependant comprendre l’histoire grâce au sur-titrage en français et à la voix off en anglais. Il s’agit d’une pièce dynamique, jouée par sept adolescents qui nous donnent à voir le cycle de la vie. La sensation de vieillissement nous est transmise de différentes manières tout au long de la pièce. Tout d’abord les costumes et le maquillage des artistes; semblent issus de leurs vie quotidienne, il s’agit de l’évocation de différentes tranches de vie. En revanche, il faut reconnaître que cela est exagéré, ils se servent de stéréotypes pour caractériser chaque tranche d’âge.

L’histoire se tisse tout au long du spectacle, grâce à la vidéo et à la voix off qui interagissent avec les acteurs en leur posant des questions récurrentes sur leurs âges, et leur façon de voir la vie. Finalement on note que durant toute la pièce les comédiens sont dans leur « boîte » face à des miroirs sans vraiment percevoir le public, et ce n’est qu’à la fin que l’on réalise qu’il s’agit vraiment d’une pièce de théâtre car ils viennent nous saluer.

La mise en scène choisie pourrait être qualifiée de « fouillis organisé ». En effet, on a une impression d’improvisation constante de la part des personnages dans leur comportement, leur placement sur la scène et les choix des costumes qu’ils mettent sous nos yeux. Alors qu’en réalité, ceux-ci sont prévus et très organisés, c’est donc un important travail de mise en scène qui a été effectué en pré-production de la pièce. Il s’agit d’une performance réalisée sur le long terme, grâce à des vidéos filmées quelques années auparavant avec les apprentis comédiens. Les deux univers de la mise en scène nous font voir une partie paraissant très cadrée où les personnages sont au devant de la scène et sont mis en avant chacun leur tour, face à nous, lorsqu’ils parlent avec la voix.

Cette pièce évoque un certain voyeurisme de la société. Elle est basée sur le regard d’après son titre: « sous vos yeux» . En effet, la scénographie est particulière : un endroit clos dont un mur coté public qui nous sépare d’eux et nous permet de les voir alors qu’eux ne le peuvent pas. Cette scénographie peut faire penser à certaines émissions de télé-réalité. C’est donc une critique satirique de la société qui aujourd’hui via la télévision, internet et les réseaux sociaux nous donne à voir un monde sans pudeur. Une morale ressort de cette pièce : l’intimité est de moins en moins préservée.

En conclusion c’est une pièce qui fait réfléchir. Elle aborde des questions actuelles telles que le voyeurisme de la société, les réflexions personnelles que l’on a tous sur notre avenir. Elle demeure une pièce dynamique, joyeuse et préservant l’insouciance des comédiens adolescents.

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