Blog des enseignements en culture générale de L’Ecole de design de Nantes Atlantique

4 janvier 2015    Théâtre

Publié par d.gouard

Soeurs de Wajdi Mouawad

Compte-rendu du spectacle présenté au Grand T en septembre 2014, par des étudiants de A1.

Dans la tête de Wajdi Mouawad

Par Ophélie STREZLEC, Xiaoyu TANG, Coline ROYER, Clovis ROMANO et Chloé ROUGEAU

Illustration par Ophélie STREZLEC, Xiaoyu TANG, Coline ROYER, Clovis ROMANO et Chloé ROUGEAU

Né le 16 octobre 1968 à Deir-el-qamar au Liban, Wajdi Mouawad, d’abord acteur, est connu pour sa fonction d’auteur et de metteur en scène. Il commence à écrire des pièces dans lesquelles il joue dès les années 90, comme « Partie de cache-cache»  (1991). Son travail est orienté autour de la vie quotidienne, de la culture et des origines. En effet, Wajdi Mouawad a été marqué par l’exil et le changement des cultures dès son plus jeune âge: après avoir fuit la guerre au Liban avec sa famille, il passe son enfance à Paris, puis est allé vivre au Québec durant son adolescence.

A la fin des années 90, il met en scène des pièces de grande ampleur comme « Incendies»  (2003) ou « Seuls»  (2008). Il crée en 2005 deux compagnies de création, « Au carré de l’hypoténuse»  (France) et « Abé carré cé carré»  (Québec). Travaillant avec la même équipe depuis 5 ans, il est associé au festival d’Avignon en 2009 (où quatre de ses pièces ont été jouées) s’associe au Grand T en 2011. Il écrit « Sœurs»  en juin 2010 qui reprend les mêmes dispositifs scéniques de « Seuls» : cette pièce s’inscrit dans un cycle domestique. En effet, « Sœurs»  est la suite de « Seuls» , et deux suites sont en cours de projet, « Frères» , et « Père et Mère» . Il s’associe à Annick Bergeron, grande amie avec laquelle il travaille depuis plusieurs années. Adoptant le rôle de Geneviève Bergeron (elle garde son nom pour le personnage), Annick a été co-auteur de la pièce. En effet, Wajdi voulait écrire une pièce sur sa sœur mais ne voulait pas tourner la pièce que sur lui-même. Il a ainsi demandé à son amie de se mettre à la place de sa sœur Nayla Mouawad, avec laquelle elle s’est liée d’amitié. Reprenant les notes d’Annick, il a écrit sa pièce, s’inspirant ainsi des deux femmes. Ensuite, il aborde 4 grands thèmes dans sa pièce, dont la sororité: évoquée sous plusieurs angles, on retrouve à la fois la sœur de l’auteur, la sœur perdue (sa grande sœur de sang est venue la chercher), et les deux sœurs métaphoriques (deux femmes du même âge qui se sentent liées l’une à l’autre). Puis, il aborde la langue, en questionnant le rapport à l’immigration, la colonisation qui prend le dessus sur la langue maternelle: en effet selon lui, la langue reflète l’identité de l’individu et il est humiliant de ne pouvoir l’utiliser librement. L’âge est également très présent à travers les parents qui vieillissent, l’âge des femmes, l’histoire du passé… Enfin, Wajdi Mouawad appuie l’absurdité du monde moderne, dysfonctionnel et déshumanisé (une chambre semblable à un champ de bataille devient un refuge).

Tu n’as rien à faire icitte

Par Camille CHENOT, Tiphaine DHERRET, Émilio DELAJOT, Marine CORRE et Benoît CARDUNER

Illustration par Camille CHENOT, Tiphaine DHERRET, Émilio DELAJOT, Marine CORRE et Benoît CARDUNER

Sœurs débute en voiture avec Geneviève Bergeron, avocate et médiatrice reconnue qui se rend à Ottawa à l’occasion d’une conférence. L’ensemble de la pièce se déroulera là-bas, dans une chambre d’hôtel où elle séjournera quelques jours. On observe un personnage en proie à de nombreux questionnements, et alors que tout semble aller contre elle, il se produit une « rupture ». Elle bascule alors, saccage la chambre et s’efface complément, provoquant sans le vouloir sa rencontre avec Leila, une experte en assurance dont la vie et le parcours ressemblent sensiblement aux siens.

Annick Bergeron, seule actrice de cette pièce, incarne successivement cinq rôles, tous féminins, les deux personnages principaux, Leila et Geneviève ainsi que les rôles de la directrice de l’hôtel, la femme de ménage et la policière.

La sororité, les liens de parenté ou plus globalement la famille sont des thèmes principaux dans l’œuvre de Wajdi Mouawad, dont le titre fait directement échos à cette idée. Il n’est pas uniquement question de ces « sœurs métaphoriques», directement inspirées de Neyla Mouawad, mais plutôt de la notion de fraternité au sens universel. Sœurs est inscrite dans le cycle domestique, constitué de Seuls, Sœurs, et prochainement Frères, Père et Mère le but étant de reconstituer une cartographie familiale.

Sœurs reprend également le thème des traditions et des origines, souvent présents dans les pièces de Wajdi Mouawad. On constate que Geneviève et Leila sont marquées par une histoire similaire, elles ont toutes les deux connu l’exil, et sont très attachées à leur racines ainsi qu’à leur langue maternelle.

La question de l’identité est elle aussi au cœur de la pièce. Pour Geneviève comme pour Leila ce sujet reste sensible et difficile à définir. Elles vont progressivement se découvrir une identité commune due à la similitude de leur parcours, et de leur situation actuelle.

Sur une note plus légère, il est également question de l’absurdité du monde moderne, qui semble quelque peu déshumanisé. Dans cette chambre d’hôtel où tout ou presque est contrôlé par la technologie, l’homme n’y est plus à sa place.

Les échanges prennent une place évidente dans la pièce Sœurs comme dans la vie de Geneviève Bergeron, qui, en sa qualité de médiatrice et d’avocate se doit de maitriser « l’art des mots ». Elle donne d’ailleurs une conférence au début de la pièce, monologue dans lequel elle livre quelques lignes de conduite sensées aider lors d’une discussion. Si au début elle les applique tous à la lettre elle bascule ensuite vers un certain mutisme, Leila intervient et relate dans de longues tirades ses souvenirs d’enfance, son exil, ses regrets et plus largement toutes ses interrogations. On s’expose alors à quelques longueurs, des moments pesants qui renforcent la solitude et la détresse des personnages. L’échange se fait uniquement entre Geneviève et Leila, sans interventions du monde extérieur.

Les quelques échanges avec l’extérieur, se font principalement par le biais de conversations téléphoniques, qui nous permettent de « rencontrer » leur entourage. Au début on suit notamment une longue discussion entre Geneviève et sa mère à propos des funérailles de son oncle et de son départ imminent pour le Mali ainsi que quelques échanges avec sa collaboratrice.

Quelques phrases, accompagnées d’images sont également projetées. Celles-ci font directement échos aux rêves ou aux souvenirs d’enfance des deux personnages principaux. Elles sont comme les pièces d’un puzzle, et nous relient ainsi avec leur enfance.

Multiples Facettes

Par Héloïse BANNERMAN, Bérénice FREYDIER, Louise GAZEAU, Colombe GOURGEON et Andrea PALLADINO

Illustration par Héloïse BANNERMAN, Bérénice FREYDIER, Louise GAZEAU, Colombe GOURGEON et Andrea PALLADINO

Dans cette pièce de Wajdi Mouawad, il est impossible de ne pas relever la présence d’une seule et unique actrice, interprétant cinq personnages différents, avec une excellente diction. En effet, Annick Bergeron, québécoise, joue non seulement dans l’ordre Geneviève Bergeron, personnage principal, qu’on rencontre au début comme médiatrice, puis avocate, mais aussi une femme de ménage, qui va découvrir la chambre d’hôtel dans lequel Geneviève va séjourner durant une nuit , transformée en champ de bataille, la directrice de l’hôtel, une policière pour réaliser un rapport, et enfin l’experte en assurance, Leila, sœur métaphorique de Geneviève, qui, au lieu de faire son travail et partir, reste des heures au côté du personnage principal, après avoir découvert sa cachette, entre le matelas et le sommier du lit de sa chambre, devenue sa « tanière» .

Durant la première partie, lorsque Geneviève va à l’hôtel à cause d’une tempête de neige, celle-ci se pose beaucoup de questions, réagit drôlement au monde qui l’entoure, étant interactif, et rendant ce début dynamique. En effet, on aborde le thème de la modernité, tourné en dérision par l’auteur de la pièce. Cet hôtel, paraissant comme futuriste et révolutionnaire, se transforme en un hôtel dysfonctionnel, déshumanisé, autant du point de vue de Geneviève que pour nous. Le fait qu’elle fasse rire le public, à cause cette haute technologie , est non seulement du à sa gestuelle, mais également grâce à des courtes « pauses» , le temps qu’elle réagisse. Son jeu permet de matérialiser ses émotions et donc de les communiquer au public. Cela permet aussi de donner une forte impression de réalisme, accentuée par le fait que l’actrice imite plusieurs accents pour chacun de ses rôles.

On retrouve ceci lorsqu’elle réalise une réflexion autour du thème du passé ainsi que celui de la vieillesse dans cette chambre, rejoint par Leila. Il y a donc un autre thème, celui de la sororité, non seulement entre ces deux cinquantenaires, mais également entre Geneviève et sa sœur d’adoption. On apprend en effet qu’elle essayera de la retrouver en appelant une collègue pour avoir des informations.

Ces déplacements sont variés : statique de temps à autre, et face au public, pour nous permettre de comprendre certaines actions (lorsqu’elle est en voiture au début). Et en mouvement lorsqu’elle arrive à l’hôtel (vers le balcon, salle de bain, au téléphone…).

On peut remarquer durant la pièce la présence de nombreux monologues/ tirades, assez longs et pouvant nous faire perdre notre attention : Geneviève et Leila expriment ainsi leurs doutes et leurs peines.

On peut parler aussi de la présence d’enchainements d’idées : Geneviève et Leila reprennent le thème abordé par l’une et l’autre le développe.

La symbiose entre la scénographie et la pièce

Par Lise COURDRIEAU, Savina DE CHASSEVAL, Philippine DUCOULOMBIER, Marine DURBECQ et Thomas CESCOUSSE

Illustration par Lise COURDRIEAU, Savina DE CHASSEVAL, Philippine DUCOULOMBIER, Marine DURBECQ et Thomas CESCOUSSE

Nous avons utilisé dans ce document le terme de « symbiose » car par définition la symbiose c’est : l’association de deux êtres vivants de façon durable et réciproque. On peut donc dire que le décor est indispensable à la pièce et inversement. Le décor principal de la pièce se passe dans une chambre d’hôtel à Ottawa au Canada. On y trouve Geneviève Bergeron qui est contrainte d’y dormir une nuit à cause de l’annonce d’une tempête de neige. Le choix de Wadji Mouawad pour ce lieu et pour cette ville permet au spectateur de pouvoir s’identifier aux personnages car ce sont des éléments neutres. De plus, nous n’avons aucunes indications temporelles, ce qui permet au spectateur sa propre interprétation des événements. Tout au long de la représentation certains décors et effets techniques sont intercalés dans le déroulement de la pièce. Nous allons voir comment le décor, les accessoires, et les costumes ont une place essentielle dans la pièce Les sœurs.

Au début de la pièce, deux panneaux coulissants sont installés derrière Geneviève Bergeron, ceux-ci permettent d’ouvrir et de fermer la chambre. Dans un premier temps, sur ces panneaux découlent des mots, des phrases qui servent de fil conducteur puisqu’ils interviennent tout au long de la pièce.

Il y a une pluralité des scènes grâce à l’utilisation d’un vidéo projecteur et des panneaux coulissants, par exemple la scène de l’auditorium, de la voiture, du couloir, et de la salle de bain. Le jeu avec la vidéo permet une infinité de décors possibles.

Après l’exposition (correspond au début de la pièce), nous accédons à un nouveau décor, une chambre d’hôtel composée d’un lit, d’une table de chevet, d’une baie vitrée, un frigo, d’une télévision, d’un téléphone, d’une porte qui permet l’accès à la salle de bain, et d’un tapis.

On peut parler de dispositif scénique, voir même d’architecture. Nous avons affaire , à un décor qui est totalement réel, vrai. On peut parler de modernité de la chambre, de haute technologie, de domotique à cause du frigo, de la télévision, du réveil, et des lumières qui sont interactifs durant la pièce. Descriptif, réaliste, moderne, précis sont des mots-clés du décor.

Pour ce qui est des couleurs du décor de la pièce, elles sont plutôt froides, dans tes tons de bleus, blancs, gris. On remarque également qu’un élément tel que le lit est indispensable à cette chambre puisque c’est dans celui-ci que Geneviève Bergeron se cache pendant toute la deuxième partie de la pièce.

Néanmoins le décor va évoluer au cours de la pièce, il est même l’élément déclencheur de l’intrigue. En effet, le fait que Geneviève ne puise pas accéder à la langue française va provoquer chez elle une crise de folie. Puis c’est suite à cette crise que le deuxième personnage principal, l’inspectrice, va apparaitre. Dans la deuxième partie de la pièce c’est le même décor et pourtant nous avons une impression d’apocalypse, ou de lendemain de guerre. Pendant sa crise, Genièvre a totalement dévasté la chambre d’hôtel. Les murs sont arrachés, le frigo a été vidé et est resté ouvert, sur le sol on trouve de la nourriture et les boissons du frigo. Ce nouveau décor offre une nouvelle scénographie puisque avec le saccage de la chambre d’hôtel, on a vu apparaitre un nouveau jeu de projection. En effet on voit sur le mur principal une image de bison, qui est un symbole de la pièce.

Les accessoires ne sont pas forcément présents, mis à part le fait que le décor en lui-même est un accessoire de la pièce. La comédienne interagit avec sont environnement. Nous avons vu que c’est le décor qui est élément déclencheur de la pièce, ce qui le place au rang d’accessoire. Cependant, quelques vrais accessoires sont ancrés dans la pièce, tels que la table et le fer à repasser, qui sont utilisés à la fin. Il y a aussi le téléphone et les plats qu’elle a récupéré à la réception et qui feront un lien entre Geneviève et l’inspectrice. On peut dire que ces accessoires sont actifs de la pièce autant le frigo.

Les costumes, dans la pièce sont parfaitement définis aux métiers et sont ancrés dans le XXIème siècle. Le policier porte un uniforme de police, la médiatrice est habillée une robe noire avec des chaussures noires à talons, etc. Chaque personnage a un costume différent, on peut dire qu’il y a une pluralité de costumes et donc qu’avec juste une comédienne on peut avoir une multitude de personnages.

En conclusion, dans la pièce Les sœurs de Wadji Mouawad on ne peut pas différencier la scénographie de l’histoire. Le décor n’est pas là seulement pour placer le contexte mais il est aussi acteur, sans lui il n’y a pas de pièce. La comédienne Annick Bergeron joue également avec le décor le transformant ainsi en accessoire. Les costumes sont présents mais sans être dominants, ils sont utilisés pour envoyer une information sur la profession de chaque personnage.

Coup de projecteur sur « Sœurs »

Par Thomas RUDI, Matthieu ROUSTEAU, Tifanie TAILLEFER, Sarah CORCHIA et Anne DELAUNAY

Illustration par Thomas RUDI, Matthieu ROUSTEAU, Tifanie TAILLEFER, Sarah CORCHIA et Anne DELAUNAY

« Soeurs » est un spectacle de théâtre écrit par Wadji MOUAWAD. Dans cette pièce, l’éclairage et le son occupent une place importante car ils influent sur la dramaturgie de l’histoire en orientant le regard et en provoquant diverses émotions.

Les lumières sont réalisées par Eric Champoux, elles révèlent les corps mystérieux et les émotions profondes. Différents éclairages sont présents dans cette pièce tels que des projections, des éclairages directs ou indirects. Ceux-ci sont tous travaillés sur diverses caractéristiques comme leur couleur, leur puissance lumineuse et l’orientation des faisceaux et des ombres qu’ils projettent. L’éclairage dominant était surtout d’aspect statique.

La projection a eu différents rôles. Elle a permis de projeter des scènes en mouvement, différents dessins architecturaux ainsi que des phrases pour introduire un sujet traité par la suite. Elles ont suscité diverses émotions telles que la peur avec une scène de bisons en mouvement, sensation accentuée par un son très présent. La surprise avec des pièces dessinées qui apportent également un effet d’optique. De l’humour avec une interaction entre la comédienne et un écran projeté ainsi que de la curiosité avec des phrases inattendues.

Les lumières directes ont pour but d’isoler de manière nette et focalisée des éléments pour les mettre en avant et faire sortir tout leur sens. A titre d’exemple, une lumière bleue ciblée sur des flocons de neige en train de tomber suggéra l’idée de froid glacial qui régnait à un moment donné.

Enfin l’éclairage indirect permet au spectateur de voir l’environnement dans lequel les scènes évoluaient . Ces éclairages sont diffus et variaient de couleurs pour s’adapter à la dramaturgie des scènes et contribuer à leur donner une ambiance plus prononcée. La majeure partie du temps, la scène était éclairée d’une lumière blanche assez commune pour que le spectateur comprenne bien le fait que le décor était une simple chambre d’hôtel.

L’aspect sonore a été réalisé par Michel Maurer. Différentes techniques sont présentes comme des sons musicaux, des bruitages de la vie quotidienne et évidemment les voix humaines. Chacun d’entre eux agissent en complémentarité avec les jeux de lumière afin de mieux cerner l’ambiance souhaitée. Par exemple, la projection d’un troupeau de bisons en mouvement a été accentuée par un son grave pour donner l’idée du cauchemar vécu par la comédienne. Ensuite, lorsque la comédienne est dans sa chambre d’hôtel, la lumière est absente, elle doit dire ‘’light’’ pour que la lumière s’allume, ce qui ajoute un aspect comique à la pièce. De plus, la chambre est vivante grâce aux décors qui ajoutent de la présence. Le réfrigérateur, la télévision émettent du son.

Pour conclure, la superposition du son et de la lumière contribue à rendre la pièce plus vivante. En effet les sons mettent le spectateur au cœur de l’action tandis que les lumières permettent un meilleur suivi de l’action et une meilleure compréhension de l’histoire par le spectateur sur scène.

Une réflexion sur l’identité

Par Solène GLOUX, Noémie DUVAL, Thomas FIOCRE, Quentin FOURAGE, Céverine GIRARD

Illustration par Solène GLOUX, Noémie DUVAL, Thomas FIOCRE, Quentin FOURAGE, Céverine GIRARD

« Sœurs », c’est une pièce intimement liée à son auteur Wadji Mouawad, mêlant une histoire créée de toute pièce et des origines bien réelles : Liban, Québec et France. Ce dernier a mis sa pièce entre les mains d’une seule et unique comédienne : Annick Bergeron, qui a su interpréter à merveille les deux rôles principaux. En effet, celle-ci évolue seule face au public, interprétant deux femmes rongées par des problèmes familiaux, l’une avocate l’autre experte en sinistre, qui se retrouvent chacune dans le discours de l’autre. Le plus impressionnant dans le jeu de rôle de la comédienne est sa capacité à jouer cette rencontre, cette complicité entre deux femmes qui ne se retrouvent jamais physiquement sur scène, entre absence et présence.

L’auteur a aussi voulu mettre l’accent sur un autre élément important du théâtre : le décor. Effectivement, on peut remarquer l’usage de la projection dans le dispositif scénique de manière à figurer le temps (ellipse, phrase analepses , souvenirs) ainsi que l’espace. Cela permet de suggérer d’autres pièces comme la salle de bain ou la chambre d’hôtel, mais aussi d’ouvrir la perspective sur des lieux différents, comme le couloir, la route enneigée vue de la voiture et l’auditorium. La projection renforce la modernité de la pièce et fait écho à l’interactivité de la chambre qui elle aussi est richement décorée (tableau de Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs – clin d’œil à la sororité –, présence de nombreux objets dans la chambre…). La scène apparait comme un paysage état d’âme, et se dégrade en même temps que les émotions de l’avocate. Effectivement, enfermée dans sa chambre d’hôtel, celle-ci s’enlise dans le bilan de sa vie et saccage la pièce. De plus, les effets sonores (musique ou bruitages) appuient la narration et nous interpellent.

La réflexion autour des langues est un des piliers de la pièce. En effet, l’auteur se sert de la part importante du langage dans l’identité de chacun pour en faire l’élément déclencheur de l’intrigue. Il y en a 3 présentes dans la pièce. Le français est la langue natale de Geneviève et la langue perdue de sa mère. A l’inverse l’anglais a un côté beaucoup plus impersonnel qui l’oppresse. Enfin, l’arabe renvoie aux racines de l’auteur par l’intermédiaire de l’experte en sinistre.

Ainsi, la pièce est une réflexion sur la façon dont les individus se construisent grâce à la famille, à leurs origines, à leur vécu.

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